2034: La France a réussi la transition!

J’ai eu le plaisir de « marrainer » la première nuit de la transition  à Vincennes, le 17 février dernier. La « nuit » avait commencé par une projection de mon film « Qu’est-ce qu’on attend? » devant une salle pleine.

Puis, j’ai ouvert le festival des courts métrages en compétition par une allocution que plusieurs personnes m’ont demandé de mettre en ligne. J’avais rédigé mon texte en m’appuyant sur mon livre Sacrée croissance! où j’imagine que François Hollande, alors président de la république, a décidé en 2014 de lancer la « Grande Transition » vers une société décarbonée, véritablement durable, solidaire et équitable. Il avait confié la mise en oeuvre de son programme de transition à … Nicolas Hulot, qui avait poursuivi son action sous la présidence de Emmanuel Macron. J’écris mon livre en 2034 et je raconte les transformations profondes de la société française dans tous les domaines: économie, transports, alimentation, éducation, etc.

Voici le texte de mon allocution où je décris la France désirable de 2034:

 

La « transition », c’est quoi ?

Le mot vient du latin « transire« , qui veut dire « passer » .

D’après Le Littré, la « transition » désigne une « manière de passer d’un raisonnement à un autre »,  ou le « passage d’un régime politique, d’un état de choses à un autre »

La « transition » désignerait donc le chemin qui mène d’un point A vers un point B. Le point A c’est le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, sur lequel pèse des menaces très sérieuses : dérèglement climatique, extinction de la biodiversité, épuisement des ressources naturelles, contamination de l’eau, des sols, de l’air, des aliments, explosion des maladies chroniques, inégalités de plus en plus criantes.

Tous ces dérèglements majeurs, dont tout indique qu’ils vont s’accélérer, en provoquant des dégâts humains et matériels considérables, sont le résultat d’un système  économique capitaliste, fondé sur la recherche illimitée du profit. Cette véritable machine à broyer  repose sur un modèle de développement fondé sur la croissance,  le « toujours plus » – toujours plus de production et de consommation-  qui s’avère aujourd’hui mortifère et suicidaire pour la planète et l’humanité qui l’habite. Il est donc urgent de changer de paradigme économique , mais aussi de mode de vie – les deux sont liés- , si nous voulons éviter l’effondrement de notre « maison commune », pour reprendre la jolie expression du pape François, dans son encyclique Laudato Si. Vous verrez tout à l’heure que plusieurs courts métrages abordent ces dérèglements qui nous mènent vers l’effondrement de la civilisation humaine si nous ne changeons pas rapidement de cap.

La « transition » désigne donc un ensemble d’actions collectives – l’idéal serait un véritable programme politique- qui permette de sortir au plus vite de ce monde A, pour aller vers le monde B, que nous appelons de nos vœux. Quelles sont les caractéristiques de ce monde B ?

Dans mon livre « Sacrée croissance ! », j’ai fait ce qu’on appelle en littérature une « uchronie » :   j’ai imaginé que François Hollande, alors président de la république, avait compris en avril 2014 qu’il fallait sortir de la croissance et construire un nouveau modèle économique, fondé sur la résilience et ce qu’on appelle en anglais le « care », le soin, . Pour cela, il lançait un vaste programme de transition, qu’il confiait à un certain Nicolas Hulot…J’écrivais mon livre en 2034 et racontais comment en vingt ans , nous avions pu stopper la machine de destruction en transformant en douceur, et sans ruptures d’approvisionnement, notre société.

Je vous invite donc à imaginer que je vous parle le 17 février 2034 et que je commence par ces mots : « L’humanité s’est donné les  moyens de construire une société véritablement durable qui n’a rien à voir avec la récession qui caractérisait le monde de 2014 :  c’est un peu comme la différence entre une voiture qu’on arrête délibérément au moyen de ses freins et une voiture qui s’arrête parce qu’elle a heurté un mur. Nous avons su freiner à temps pour éviter le mur !»

De fait, après la Conférence sur la Grande Transition (CGT), qui s’est tenue à l’ONUT – l’Organisation des nations unies pour la transition- fin 2014, les pays membres sont parvenus à un accord établissant des quotas d’ émission de CO2 pour chacun d’entre eux, en fonction de son apport historique à la concentration globale dans l’atmosphère, qui était alors de plus de 400 ppm (soit une quantité totale de 600 milliards de tonnes accumulées depuis le début de l’ère industrielle). En moyenne, chaque habitant de la planète avait émis 7,6 tonnes de dioxyde de carbone. Mais cette moyenne masquait des écarts considérables entre le plus gros émetteur – l’Américain moyen- et ceux qui n’émettaient rien ou presque rien comme les Bhoutanais ou Népalais. Grâce à l’accord (âprement négocié), nous avons considérablement réduit nos émissions globales, puisqu’en 2033 elles étaient de treize milliards de tonnes, soit plus de trois fois moins qu’en 2014. Spectaculaire, la réduction est surtout due aux efforts réalisés par les pays industrialisés et la Chine, qui, il faut le souligner, a renvoyé bon nombre d’usines polluantes vers l’Europe et les États-Unis.

Pour illustrer les mesures prises par les pays du Nord, je prendrai l’exemple de la France, qui en 2014 faisait figure de mauvais élève européen avec des émissions en hausse, soit un total de plus de 490 millions de tonnes. Le premier secteur émetteur était celui de  l’énergie (transport et habitat). Les mesures annoncées par le président François Hollande furent appliquées tambour battant par le Ministre de l’énergie Thierry Salomon – auteur du rapport Negawatt, devenu la Bible de l’Elysée,  en collaboration avec Nicolas Hulot à Matignon. D’abord, l’introduction de la taxe carbone eut pour effet de réduire considérablement l’usage des moyens de transport polluants comme l’automobile, l’avion ou le fret routier. Aujourd’hui, l’usage privé de la voiture est considéré comme « antisocial », sauf dans des aires rurales très retirées, où les transports en commun n’ont pas encore été développés.  Les compagnies aériennes low cost ont été interdites, ce qui a encouragé les Français à voyager moins et mieux. Pour les trajets de moyenne et longue distance, le partage des voitures et le covoiturage sont devenus la norme, ainsi que l’usage du train grâce à une politique volontariste de la SNCF qui a renoué avec sa mission initiale de service public. Dans les villes, l’air est beaucoup moins pollué car les « transports doux » (tramways, bus électriques, vélo et marche à pied) sont les seuls autorisés. La plupart des parkings ont été transformés en jardins collectifs ou en fermes urbaines. Désormais, l’agriculture urbaine représente un secteur économique de pointe qui fournit 60% des légumes et 30% des fruits consommés en ville, mais aussi 100% du miel et la quasi totalité des œufs, poulets, et lapins. La production d’aliments en ville a créé des centaines de milliers d’emplois pérennes, mais aussi du lien social et une qualité de la vie que nous n’aurions jamais pu imaginer au début du siècle.  Je rappelle que dès 2025, la restauration collective – dans les établissements scolaires, les hôpitaux ou les maisons de retraite- a atteint le 100% bio et local. Si en 2014, un aliment acheté dans un supermarché voyageait en moyenne 3000 kms en Europe, aujourd’hui cette distance a été divisée par dix.

En vingt ans, les habitudes alimentaires ont considérablement changé, car la consommation de viande et de produits laitiers a été divisée par deux et tout indique que cette baisse va se poursuivre. L’immense chantier de la rénovation thermique a aussi largement contribué à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, tandis que les nouvelles constructions sont obligatoirement à énergie passive, voire positive.  Dans tout le pays se sont créées de petites entreprises qui fournissent des matériaux isolants naturels (argile, torchis, chanvre, paille, bois) et les techniques pour produire des aliments sur les toits, les murs ou les balcons. D’une manière générale, l’habitat est plus concentré, permettant de partager les équipements mais aussi d’échanger des services y compris intergénérationnels. D’après un sondage réalisé en 2033, 86% des Français estiment qu’ils vivent beaucoup mieux qu’avant, notamment parce que « il y a moins de solitude et d’individualisme ».

Le développement de l’agriculture urbaine a provoqué un exode massif vers la campagne, en suscitant des vocations à la pelle. Du coup, alors qu’en 2014, deux cents exploitations agricoles disparaissaient chaque semaine en France, le phénomène s’est inversé : dès 2020, on manquait de fermes pour satisfaire la demande d’installation ! Nombre de grands producteurs de la FNSEA ont accepté (sans trop de mal) de céder une partie de leurs énormes exploitations aux jeunes paysans et paysannes qui les ont d’ailleurs aidés à effectuer la conversion vers l’agro-écologie. D’ailleurs, la FNSEA a très vite troqué son slogan prônant « l’agriculture écologiquement intensive » par celui appelant à une « agriculture intensivement écologique ».

Aujourd’hui, le visage de la France rurale s’est profondément modifié : petit à petit, les monocultures intensives ont disparu, y compris dans la Beauce qui est devenue un haut lieu de l’agroforesterie (une technique agroécologique qui allie la culture de céréales et les arbres) ; partout, les arbres et les haies ont été replantés tandis que se développaient la permaculture et les techniques de culture simplifiée (sans labour et avec couvert végétal permanent) pour (re)construire l’humus des sols, ce qui permet de capter de grandes quantités de carbone. Résultat : alors qu’en 2014, l’agriculture industrielle était responsable de 20% des émissions françaises de gaz à effet de serre (cent millions de tonnes !), aujourd’hui ce secteur est redevenu ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un puits de carbone. D’une manière générale, les fermes sont beaucoup plus petites qu’il y a vingt ans et plus diversifiées : outres les aliments, destinés  à la consommation humaine, elles produisent de l’énergie renouvelable à petite échelle (biogaz et biomasse) ainsi que du biofuel (à partir de l’huile de noisette, de châtaignes et de noix) et des plantes médicinales. Devenus une aberration écologique et économique, les gros tracteurs ont progressivement été remplacés par de petites machines et des chevaux de labour. Autrefois désertée, la campagne est devenue un lieu de vie très prisé, riche en emplois pérennes dans les commerces, les petites entreprises de transformation ou de services. En vingt ans, la France a atteint son autonomie alimentaire et n’est pas loin de l’autosuffisance énergétique grâce à un réseau dense et décentralisé d’énergies renouvelables géré par des coopératives locales. Au fur et à mesure que montaient en puissance l’énergie éolienne, solaire, la géothermie ou la biomasse, nous avons pu fermer 80% des centrales de notre vieux parc nucléaire, tout en créant des centaines de milliers d’emploi, car le programme national de transition a permis justement d’anticiper les nécessaires mutations en ne laissant personne sur le bord de la route !

Comme l’avait annoncé François Hollande lors de la CGT,  l’Europe et les Etats-Unis ont renoncé à signer leur accord de « libre échange » car il n’allait favoriser que les multinationales devenues l’incarnation du mal qui rongeait la civilisation moderne : le capitalisme sauvage. Le 17 février 2018, s’est tenue à Vincennes une grande fête pour célébrer la disparition de Monsanto et de Bayer, deux mastodontes de la chimie, qui – au lieu de se marier, comme ils l’avaient annoncé, – ont appelé toutes les entreprises côtées en bourse à mettre leur activité au service de la transition. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui ne servait aussi que les intérêts des barons de la croissance fut démantelée et remplacée par l’Organisation mondiale des taxes (OMT). Au début le rôle de l’OMT fut très important, car elle veilla à ce que les entreprises qui faisaient du commerce international ou exportaient respectent bien les normes environnementales, sanitaires et sociales désormais en vigueur, sous peine d’être lourdement taxées. Petit à petit, tous les comportements délictueux furent éradiqués car le jeu n’en valait plus la chandelle. L’OMT était aussi chargée de fixer le montant des taxes que devaient payer les entreprises qui puisaient dans le stock de ressources fossiles de la planète (énergies, minerais) et polluaient l’air ou l’eau par leur activité. Bien évidemment le système financier fut aussi profondément remanié afin d’éliminer définitivement la spéculation qui est désormais considérée comme un crime quand elle concerne tout ce qui touche aux biens communs : la nourriture, l’eau, l’énergie ou l’argent. Aujourd’hui, les États ont repris le contrôle de la création monétaire, et comme l’avait suggéré l’économiste américain Herman Daly, tous les prêts accordés doivent être couverts par 100% de réserves (notamment les dépôts effectués par les épargnants). L’Europe connaît une énorme diversité monétaire : chaque ville, département ou région, mais aussi chaque pays bat sa propre monnaie, l’euro ne servant plus qu’aux échanges entre les États membres de l’Union. En France, de nombreuses monnaies se sont inspirées du Sol Violette, qui avait été lancé dès 2011 à Toulouse, avec le soutien de la municipalité. La réforme monétaire s’est accompagnée d’une refonte totale du système scolaire qui s’est avéré complètement obsolète. D’abord pour limiter les transports, ont été créées sur tout le territoire de petites écoles de quartier ou de village. L’enseignement vise désormais l’apprentissage de la résilience et du soin qui est fondé sur un mixte de matières académiques et de compétences manuelles où les élèves apprennent à réparer, recycler, jardiner, cuisiner, échanger, collaborer, coopérer.

D’une manière générale, l’économie s’est remise au service de l’intérêt général et  ne profite plus qu’à une petite minorité toujours plus riche. Une ordonnance, imposée par le président Macron, qui a poursuivi l’oeuvre entamée par son prédécesseur,   favorise désormais l’économie réelle  répondant à de vrais besoins : les monnaies complémentaires, les banques de temps, les SEL (systèmes d’échange locaux), les ressourceries, les repair cafés ont fleuri sur tout notre territoire. Pour faire face à la réduction drastique de la production, due à la fin de la surconsommation et du gaspillage, mais aussi au démantèlement de secteurs d’activité complètement ringards, comme l’agroindustrie – usines à poulets, cochons, mille vaches, etc- le gouvernement d’Edouard Philippe a décidé de partager le travail, en en diminuant la durée : aujourd’hui, nous ne travaillons plus que vingt heures par semaine, ce qui nous laisse du  temps pour nous engager dans des initiatives collectives et bénévoles qui créent du lien et donnent du sens à la vie. Du coup, le travail a cessé d’être une énorme galère comme c’était le cas en 2014. Souvenez-vous du malaise qui existait alors, avec les agriculteurs, les infirmières, les postiers, etc qui se suicidaient, ou la souffrance de ceux qui travaillaient trop, ou de ceux qui ne travaillaient pas assez… Tout cela est fini ! Comme sont finies un certain nombre de coutumes instituées après la seconde guerre mondiale, qui étaient liées à l’addiction à la consommation, encouragée par la publicité – 500 milliards d’euros en 2014- ou le système de l’endettement.

Une anecdote que m’a rapportée récemment une institutrice de CM2. Dans le cadre de son cours d’histoire, elle a demandé à ses élèves de travailler sur les « coutumes disparues de la civilisation consumériste », encore appelée « société du gaspillage ». Elle a recommandé aux enfants d’interroger leurs parents et grands parents. Trois coutumes ont surpris vivement les élèves : deux fois par an, les drogués de la consommation avaient coutume de se ruer dans les magasins pour faire les soldes. Ils étaient contents d’acheter deux pantalons pour le prix d’un, alors qu’ils n’avaient pas besoin de pantalons ! Une drôle de coutume assurément. De même, les élèves ont rapporté avec étonnement que des centaines de milliers de familles s’achetaient un bout de terrain pour construire une maison, dans laquelle chacun avait sa machine à laver et sa tondeuse à gazon, des équipements qui tombaient souvent en panne, car nous vivions à l’époque de l’obsolescence programmée, un mot que les enfants d’aujourd’hui ne connaissent pas. Cerise sur le gâteau : le carré de pelouse, derrière chaque maison n’était pas cultivé. « Un truc de fou » a écrit l’un des élèves dans sa copie… Je rappelle que l’obsolescence programmée relève de l’ « écocide », le crime contre les écosystèmes, reconnu par le droit international depuis 2015.

Dans les pays du Sud où le capitalisme sauvage avait fait tant de dégâts, les populations ont, enfin, pu prendre en main leur développement et libérer leurs forces vives. La capacité de résilience qu’elles avaient dû développer pour survivre dans un environnement brutal et profondément injuste leur a permis d’éradiquer rapidement l’extrême misère, la faim et la malnutrition et donc de contrôler leur croissance démographique. Le flot des migrants qui fuyaient les conflits, les effets du dérèglement climatique ou des conditions de vie difficiles s’est tari et avec lui la vague des mouvements d’extrême droite qui menaçaient les vieilles démocraties occidentales.

C’est ainsi qu’en vingt ans, l’humanité a su éliminer la croissance exponentielle de son économie et de sa population. We got it ! Au nom des générations futures, je remercie tous ceux qui ont œuvré pour l’indispensable transition, et tout particulièrement l’ancien président François Hollande qui suit notre nuit de la transition depuis sa maison de Corrèze, et son successeur Emmanuel Macron qui a poursuivi avec détermination le programme de la Grande Transition ce qui nous a permis d’éviter l’effondrement et de vivre, enfin, heureux et libres !

L’expérience nous le prouve : la transition n’est pas synonyme d’austérité ni de sacrifice, mais de bonheur ! Vive la transition !

Et franchement, qu’est-ce qu’on attend ?

 

 

 

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