L’ANSES met en garde contre les dangers du Bisphénol A

Une fois n’est pas coutume, mais je voudrais saluer le courage de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) qui vient de publier un rapport très documenté (282 pages) sur les effets sanitaires du Bisphénol A (encore appelé « BPA »).

http://www.anses.fr/fr

Je reproduis , ici, un extrait de la synthèse du rapport :

L’avis publié ce jour confirme les effets sanitaires du bisphénol A pointés par l’Agence en septembre 2011, en particulier pour la femme enceinte au regard des risques potentiels pour l’enfant à naître. Il prend en compte, pour la première fois, une estimation des expositions réelles de la population au bisphénol A par voie alimentaire, mais aussi par inhalation (via l’air ambiant) et par voie cutanée (au contact de produits de consommation).

L’alimentation contribue à plus de 80% de l’exposition de la population. Les principales sources d’exposition alimentaire sont les produits conditionnés en boîtes de conserve (1) qui représentent environ 50% de l’exposition alimentaire totale. L’Agence a également identifié l’eau distribuée en bonbonnes de polycarbonate comme une source conséquente d’exposition au bisphénol A.

Les conclusions de l’évaluation des risques, réalisée sur la base des dangers identifiés à partir d’études conduites sur des animaux et de la caractérisation des expositions, montrent un risque potentiel pour l’enfant à naître des femmes enceintes exposées. Les effets identifiés portent sur une modification de la structure de la glande mammaire chez l’enfant à naître qui pourrait favoriser un développement tumoral ultérieur.

Comme le souligne Le Monde, dans un article intitulé « Bisphénol A et cancer : les preuves s’accumulent » (10 avril 2013),

Rarement – jamais peut-être – une agence de sécurité sanitaire aura rendu des conclusions aussi alarmantes sur un polluant à ce point omniprésent dans notre environnement quotidien. Au terme d’un travail de longue haleine ayant rassemblé les contributions d’une centaine de scientifiques, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a rendu public, mardi 9 avril, un avis sur le bisphénol A (BPA) singulièrement inquiétant pour les générations à venir.

De toutes les substances chimiques de synthèse capables d’interférer avec le système hormonal (« perturbateurs endocriniens »), le BPA est celle qui entre dans la composition du plus grand nombre d’objets (plastiques, conserves, canettes, amalgames dentaires, etc.) ; il imprègne l’ensemble de la population occidentale.

Selon l’agence française, « certaines situations d’exposition de la femme enceinte au BPA présentent un risque pour la glande mammaire de l’enfant à naître ». En d’autres termes, les enfants exposées in utero à des taux de BPA rencontrés dans la population générale pourront avoir un risque accru de contracter un cancer du sein plus tard dans leur vie.

La mesure de BPA dans l’air à l’intérieur des habitations, les poussières, l’alimentation, l’eau, les tickets de caisse, etc. a permis à l’agence d’évaluer cette exposition. Dans 23 % des situations, les femmes enceintes sont potentiellement exposées à des taux de BPA présentant un risque accru de cancer du sein pour l’enfant à naître.

La situation la plus inquiétante est celle des caissières qui manipulent des tickets de caisse en permanence : en cas de grossesse, les risques pour l’enfant à naître, outre ceux de cancer du sein, peuvent concerner les troubles du comportement, le risque d’obésité et d’éventuelles altérations de l’appareil reproducteur féminin.

Comment diminuer les risques ? s’interroge, de son côté, Libération, qui écrit dans un article intitulé « Bisphénol A, substance tout risque »:

Le Parlement a adopté une loi interdisant le bisphénol A dans tout conditionnement à vocation alimentaire à partir de 2015. Première étape, sa présence est interdite dans les contenants alimentaires destinés aux enfants de moins de trois ans depuis janvier. «Cette nouvelle législation devrait conduire à une baisse très significative du niveau d’exposition au BPA», se réjouit l’Anses. D’ores et déjà, l’agence recommande de réduire l’exposition des personnes manipulant des papiers thermiques contenant du bisphénol A. Aux femmes enceintes, elle conseille également d’éviter boîtes de conserves et bonbonnes d’eau.

Bien sûr, on ne peut que se réjouir de l’avis des experts de l’ANSES qui ont , enfin, fait leur travail : examiner TOUTES les études menées sur le BPA , dont plusieurs centaines réalisées par des laboratoires indépendants qui montrent le danger que représente une exposition à faibles doses, notamment des fœtus. Mais que de temps perdu ! Car la plupart des études qu’ils ont examinées étaient disponibles il y a déjà plusieurs années!

Ainsi que je l’ai raconté dans mon livre Notre poison quotidien, il n’est pas loin  le temps où Roselyne Bachelot, ministre de la santé, assurait, avec l’aplomb de rigueur, que les biberons contenant du Bisphénol A étaient tout à fait inoffensifs ! Ni celui, où Pascale Briand, la directrice de l’AFSSA (l’ancêtre de l’ANSES) disait, la main sur le cœur, que le BPA avait été très bien testé par les industriels et qu’il ne fallait pas céder à l’ « émotion », ainsi qu’on peut l’entendre dans cet extrait de mon film :

Comme je l’ai écrit dans la postface de l’édition poche de Notre poison quotidien (voir sur ce blog), les « choses avancent lentement mais sûrement ».

En attendant, une chose est sûre: logiquement, le ministère de la Santé devrait lancer une campagne d’information après des femmes enceintes et des jeunes parents les invitant à jeter à la poubelle ou à boycotter, au plus vite, tous les produits contenant du Bisphénol A, comme les récipients en plastique, les bonbonnes d’eau,  les boîtes de conserve et canettes, sans oublier certains matériels médicaux, les tickets de caisse ou les reçus de cartes bancaires.

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