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Séralini, la pyrale du maïs et la Greenpride

La polémique autour de l’étude de Gilles –Éric Séralini continue de faire rage.

Dans ce concert de critiques virulentes fortement orchestrées (suivez mon regard…), il est important d’entendre les arguments du chercheur de l’Université de Caen, qui répond point par point à ses détracteurs dans un entretien qu’il a accordé à Hervé Kempf, journaliste au Monde, et créateur du site Reporterre :

http://www.reporterre.net/spip.php?article3280

De son côté, Le Canard Enchaîné a enquêté sur Marc Fellous, Gérard Pascal et Louis-Marie Houbedine, les principaux détracteurs français du Prof. Séralini, que j’ai déjà présentés sur ce Blog. Les informations du Canard confirment les miennes :

Les scientifiques qui s’en prennent à l’étude de Séralini sur le maïs OGM sont d’une indépendance qui gagne à être connue ! Feu à volonté ! On sait le ramdam déclenché par l’étude de Gilles-Éric Séralini sur le maïs OGM de Monsanto. Les snipers de l’industrie agroalimentaire n’ont pas fini de dégainer…

Lire la suite de l’article :

http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article21153#forum13776

Concernant l’avis précipité  et très sévère de l’EFSA, je rappelle ce que j’écrivais dans Le Monde selon Monsanto, concernant l’ « indépendance » des experts qui constituent le « comité OGM » au sein de l’Autorité européenne de la sécurité euorpéenne:

« Les failles du système réglementaire » : l’exemple du maïs MON 863

Alors que le gouvernement français a annoncé en janvier 2008 qu’il activait la « clause de sauvegarde » pour le maïs MON 810, suspendant la culture de ce maïs Bt de Monsanto jusqu’à ce que l’Union européenne ait examiné à nouveau son autorisation, je voudrais rappeler l’histoire du MON 863, un cousin très proche du MON 810 : le premier (MON 863) contient une toxine (Cry3Bb1) censée le protéger contre la chrysomèle des racines du maïs[1], tandis que le second (MON 810) a été manipulé (Cry1Ab) pour résister aux attaques de la pyrale. L’affaire du MON 863 constitue une illustration parfaite de la manière pour le moins préoccupante dont sont réglementés les OGM en Europe.

Tout commence en août 2002, lorsque la firme de Saint-Louis dépose une demande d’autorisation de mise sur le marché auprès des autorités allemandes, à qui elle remet un dossier technique comprenant une étude toxicologique conduite pendant quatre-vingt-dix jours sur des rats. Conformément à la réglementation européenne (voir supra, chapitre 9), celles-ci examinent alors les données fournies par Monsanto, puis transmettent un avis… négatif à la Commission de Bruxelles, au motif que l’OGM contient un marqueur de résistance à un antibiotique qui enfreint la directive 2001/18 déconseillant fortement son utilisation. La Commission est alors tenue de distribuer le dossier aux États membres pour recueillir leurs avis, lesquels seront ensuite examinés par l’European Food Safety Authority (EFSA), le comité scientifique européen, chargé d’évaluer la sécurité alimentaire des OGM.

En France, c’est la Commission du génie biomoléculaire (CGB) qui récupère le dossier, en juin 2003. Cinq mois plus tard, le 28 octobre 2003, la CGB émet à son tour un avis défavorable, non pas à cause de la présence du marqueur antibiotique, mais parce que, comme l’expliquera Hervé Kempf dans Le Monde, elle a été « très troublée par les malformations observées sur un échantillon de rats nourris au maïs 863[i] ». « Ce qui m’a frappé dans ce dossier, c’est le nombre d’anomalies, explique Gérard Pascal, directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et membre de la CGB depuis sa création en 1986. Il y a ici trop d’éléments où l’on observe des variations significatives. Je n’ai jamais vu cela dans un autre dossier. Il faudrait le reprendre[ii]. »

Les « variations » incluent une « augmentation significative des globules blancs et des lymphocytes chez les mâles du lot nourri au MON 863 ; une baisse des réticulocytes (les jeunes globules rouges) chez les femelles ; une augmentation significative de la glycémie chez les femelles ; et une fréquence plus élevée d’anomalies (inflammation, régénération…) des reins chez les mâles[iii] », ainsi qu’une réduction du poids des cobayes. Or, comme le note mon confrère du Monde, « personne n’en aurait rien su » si l’avocate Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement d’Alain Juppé et présidente du CRII-GEN[2], « n’avait forcé la porte de la CGB » pour obtenir, « grâce à la commission d’accès aux documents administratifs (CADA) » les procès-verbaux des débats qui ont conduit à l’avis négatif de la CGB, « exceptionnel chez une commission qui a toujours été plutôt favorable à l’autorisation des OGM ». En effet, les délibérations des comités scientifiques des pays membres de l’Union européenne, tout comme d’ailleurs ceux de l’European Food Safety Authority (EFSA), sont confidentielles, ce qui donne une idée de la transparence du processus d’évaluation des OGM…

Toujours est-il que l’affaire rebondit, le 19 avril 2004, lorsque l’EFSA, justement, émet un avis… favorable à la mise sur le marché du MON 863. D’après le Comité scientifique européen, les anomalies observées par la CGB « rentrent dans la variation normale des populations de contrôle » ; quant aux malformations rénales, elles sont « d’une importance minimale »[iv].

Comment deux comités scientifiques peuvent-ils émettre des avis aussi différents sur un même dossier ? La réponse à cette question est fournie par la section européenne des Amis de la terre, qui a publié en novembre 2004 un rapport très détaillé (et très inquiétant) sur le fonctionnement de l’EFSA[v]. Créée en 2002, dans le cadre de la directive européenne 178/2002 sur la sécurité des produits alimentaires, cette institution compte huit comités scientifiques, dont un est chargé exclusivement de l’évaluation des OGM. C’est précisément ce dernier, que nous appellerons « comité OGM », qui est l’objet du rapport.

Premier constat des Amis de la terre : « Après un an d’activité, le comité a émis dix avis scientifiques, tous favorables à l’industrie des biotechnologies. Ces avis ont été utilisés par la Commission européenne, qui subit une pression croissante de la part des industriels et des États-Unis, pour pousser les nouveaux produits transgéniques sur le marché. Ils ont aussi servi à créer la fausse impression qu’il y avait un consensus scientifique, alors que la réalité est qu’il existe [au sein du Comité] un débat intense et continu et beaucoup d’incertitudes. Des inquiétudes quant à l’utilisation politique de leurs avis ont été exprimées par des membres de l’EFSA eux-mêmes. »

D’après le rapport, cette situation serait due aux liens étroits qui unissent « certains membres » du comité OGM avec les géants des biotechnologies, avec en tête son président, le professeur Harry Kuiper. Celui-ci est en effet le coordinateur d’Entransfood, un projet soutenu par l’Union européenne pour « favoriser l’introduction des OGM sur le marché européen et rendre l’industrie européenne compétitive » ; à ce titre, il fait partie d’un groupe de travail comprenant Monsanto et Syngenta. De même, Mike Gasson travaille pour Danisco, un partenaire de Monsanto ; Pere Puigdomenech est le co-président du septième congrès international sur la biologie moléculaire végétale, sponsorisé par Monsanto, Bayer et Dupont ; Hans-Yorg Buhk et Detlef Bartsch sont « connus pour leur engagement en faveur des OGM, au point d’apparaître sur des vidéos promotionnelles, financées par l’industrie des biotechnologies » ; parmi les (rares) experts extérieurs sollicités par le comité, il y a notamment le docteur Richard Phipps, qui a signé une pétition en faveur des biotechnologies pour AgBioWorld [vi] (voir supra, chapitre 12) et apparaît sur le site de Monsanto pour soutenir l’hormone de croissance laitière[vii]

Les Amis de la terre examinent alors plusieurs cas, dont celui du MON 863. Il apparaît que les réticences émises par le gouvernement allemand sur la présence d’un marqueur de résistance à un antibiotique ont été évacuées d’un revers de main par le comité OGM, qui s’est fondé sur un avis qu’il a publié, le 19 avril 2004, dans un communiqué de presse : « Le comité confirme que les marqueurs de résistance aux antibiotiques sont, dans la majeure partie des cas, nécessaires pour permettre une sélection efficace des OGM », y déclarait son président, Harry Kuiper. Commentaire des Amis de la terre : « La directive européenne ne demande pas de confirmer si les marqueurs de résistance aux antibiotiques sont un outil efficace pour l’industrie de la biotechnologie, mais s’ils peuvent avoir des effets nocifs sur l’environnement et la santé humaine. »

La fin de l’histoire est tout aussi exemplaire : après la publication de l’avis positif de l’EFSA, Greenpeace demande au ministère de l’Agriculture allemand de rendre public le dossier technique fourni par Monsanto (1 139 pages), pour qu’il soit soumis à une contre-expertise. Réponse du ministère : impossible, Monsanto refuse que les données soient communiquées, parce qu’elles sont couvertes par le « secret commercial ». Après une bataille judiciaire de plusieurs mois, la firme de Saint-Louis sera finalement contrainte de les rendre publiques par une décision du tribunal de Munich, le 9 juin 2005. Menée par le professeur Gilles-Éric Séralini et le docteur Arpad Pusztai, la contre-expertise confirmera les « anomalies » constatées par la Commission française du génie génétique et conduira à l’interdiction définitive du MON 863 dans l’UE, le 20 juin 2005[viii].

Concernant l’étude de Gilles-Eric Séralini, il est dommage que l’EFSA ait agi dans l’urgence, en confiant la rédaction de son avis à Andrew Chesson, un expert britannique qui est loin d’être au-dessous de tout soupçon, ainsi que l’a révélé Guillaume Malaurie dans Le Nouvel Observateur :

http://planete.blogs.nouvelobs.com/archive/2012/10/06/ogm-l-agence-europenne-aux-doubles-casquettes.html

Comme je l’ai déjà écrit, j’espère que le débat qu’a suscité l’étude de Séralini permettra de tout remettre sur la table, en contraignant les pouvoirs publics à exiger que soit conduite une nouvelle étude de toxicologie de deux ans, indépendante et transparente, qui permette de confirmer ou d’infirmer les résultats du chercheur de Caen, et de savoir – enfin !- quels risques nous courons en mangeant du maïs transgénique, comme le MON810, le maïs manipulé par Monsanto pour détruire la pyrale du maïs, un petit papillon nocturne, qui constitue le principal ravageur de la céréale.

Or, comme vous le découvrirez dans mon film (et livre) Les moissons du futur (sur ARTE, le 16 octobre, à 16 heures 55 et 20 heures 50)), on n’a pas besoin d’OGM pour venir à bout de ce fléau !!

Regardez cette petite vidéo que j’ai réalisée au Kenya, lors de mon tournage sur la ferme de John Otiep, qui utilise une méthode de contrôle biologique , appelée « push-pull », inventée par le Dr. Zeyaur Kahn , un entomologiste du centre de recherche internationale sur les insectes (ICIPE) que vous découvrirez dans mon film le 16 octobre !

http://www.arte.tv/fr/kenya/6967788.html

Lors de la projection à la presse de mon film Les moissons du futur, j’ai évoqué , avec émotion, l’histoire de John Otiep, qui représente l’un des sept paysans clés des Moissons du futur.

Dans cet extrait choisi par Marc Duployer, je répondais à une question d’une journaliste qui me demandait pourquoi je n’avais pas demandé à un représentant de l’industrie chimique ce qu’il pensait de la technique du « push pull ». Quand vous aurez vu les résultats spectaculaires obtenus par John Optiep dans son champ (rendez-vous le 16 octobre !), vous comprendrez que l’avis de l’industrie présente peu d’intérêt…



[1] D’après Greenpeace, cet insecte très nuisible a été introduit en Europe lors de la guerre des Balkans : il serait arrivé avec les avions de l’armée américaine.

[2] Je rappelle que le CRII-GEN est le Comité de recherches et d’information sur le génie génétique, dont le professeur Gilles-Éric Séralini est membre (voir supra, chapitre 4).


[i] Hervé Kempf, « L’expertise confidentielle sur un inquiétant maïs transgénique », Le Monde, 23 avril 2004.

[ii] Ibid.

[iii] Ibid.

[iv] Ibid.

[v] Friends of the Earth Europe, « Throwing caution to the wind. A review of the European Food Safety Authority and its work on genetically modified foods and crops », novembre 2004, <www.foeeurope.org/GMOs/publications/EFSAreport.pdf>.

[vi] <www.agbioworld.org/declaration/petition/petition_fr.php>.

[vii] <www.monsanto.co.uk/news/ukshowlib.phtml?uid=2330>.

[viii] Gilles-Eric Séralini, « Report on MON 863 GM maize produced by Monsanto Company », juin 2005, <www.greenpeace.de/fileadmin/gpd/user_upload/themen/gentechnik/bewertung_monsanto_studie_mon863_seralini.pdf> (version française : <www.crii-gen.org/m_fs_cz.htm>). Voir aussi : « Uproar in EU as secret Monsanto documents reveal significant damage to lab rats fed GE Corn », The Independant, 22 mai 2005.

J’ai participé , ce week end, à la Greenpride, organisée par l’Appel de la Jeunesse (dont je suis la marraine, avec Florence Servan-Schreiber) :

http://www.greenpride.me/

Ce fut une belle parade dans les rues de Paris, festive et joyeuse (avec des concerts super au Divan du monde, samedi soir) pour célébrer la vie et la résistance face au processus d’empoisonnement collectif que j’ai longuement décrit dans mon film et livre  Notre poison quotidien.

J’invite tous jeunes internautes qui lisent mon Blog à rejoindre l‘Appel de la jeunesse!

Voici une petite vidéo que j’ai tournée cet après-midi avec mon I phone !

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