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La fin des OGM en Inde?

Mauvaise nouvelle pour les lobbyistes qui s’acharnent sur ce Blog: des informations récentes confirment ce que j’ai révélé dans mes deux précédents films et livres « Le monde selon Monsanto » et « Notre poison quotidien ».

Publiée dans Le Monde du 27 avril, la première concerne l’échec du coton transgénique en Inde que je n’ai cessé de dénoncer, documents et témoignages à l’appui,  depuis la sortie de mon enquête sur Monsanto. Récemment encore, je publiais un extrait de mon livre (voir sur ce blog), où je rapportais le suicide massif des paysans de la région de Vidharba (Etat de l’Andhra Pradesh), qui s’étaient lourdement endettés pour acheter les « semences miracles » et avaient vu leur récolte réduite à néant, en raison de la fragilité du coton BT. J’avais moi-même pu assister à l’inhumation d’un jeune paysan de vingt-cinq ans, qui s’était suicidé en avalant du pesticide (photo).

Mon texte (et photos) avait suscité un déchaînement intempestif des lobbyistes de l’industrie qui prétendaient, au contraire, que les OGM de Monsanto et consorts faisaient le bonheur des paysans indiens ! Las ! Le gouvernement de l’Andhra Pradesh  vient d’annoncer que la récolte dans cet Etat cotonnier est inférieure de moitié à celle de l’année précédente et d’ordonner que Bayer CropScience, le confrère de Monsanto, paie des compensations aux paysans sinistrés.

L’article du Monde cite le directeur de l’Institut de la recherche sur le coton qui « met en garde contre la vulnérabilité accrue du coton transgénique contre les bactéries », chose que deux scientifiques indiens rencontrés pour mon enquête soulignaient déjà ! Il note aussi que les OGM, – qui sont des créations de laboratoire, sans aucun rapport avec les réalités agronomiques du terrain ( les tests pratiqués en champs représentent de véritables farces, ainsi que je l’ai aussi révélé) -, sont de grands consommateurs d’engrais chimiques et d’eau, pour pouvoir donner des rendements corrects et être en mesure de résister aux parasites. Or, ce modèle agroindustriel , gourmand d’intrants, ne convient absolument pas à l’Inde, où l’immense majorité des paysans sont de petits producteurs exploitant rarement plus qu’un hectare. Je souligne, au passage, que ce modèle est aussi à l’origine de l’effondrement des revenus des grands céréaliers américains, dont les coûts de production n’ont cessé de grimper depuis l’avènement des OGM, ainsi qu’on le verra bientôt dans mon prochain film et livre:

www.m2rfilms.com

Le dernier paragraphe de l’article du Monde confirme aussi ce que j’ai montré il y a déjà quatre ans : les semences traditionnelles et locales de coton ont quasiment disparu, rendant problématique une sortie du désastre transgénique. La raison ? Le rachat par Monsanto et consorts des compagnies semencières locales qui a permis de faire disparaître les semences locales, en imposant des semences transgéniques. Un sinistre tour de passe-passe qui permet, ensuite, aux lobbyistes de saluer la progression des OGM en Inde ! Or, cette progression ne signifie en rien l’adhésion des paysans indiens aux OGM, mais constitue, au contraire, la preuve que Monsanto et autres Bayer ont réussi leur holdup sur le pays.

Ainsi qu’on le verra dans mon prochain film et livre, l’alternative à ce modèle suicidaire c’est l’agro-écologie qui représente un mode de production durable, respectueux des ressources naturelles et efficace, permettant aux paysans de vivre dignement de leur travail  de façon autonome. Tout le contraire des OGM qui ont transformé les paysans en de nouveaux serfs de l’industrie…

Je retranscris ici l’article du Monde et invite les internautes à surfer sur mon blog ou à lire Le Monde selon Monsanto (il n’est jamais trop tard !)

Dix ans après son introduction en Inde, le coton transgénique n’a pas rempli toutes ses promesses. La plante est vulnérable à de nouvelles maladies et la hausse des rendements est moins élevée que prévue.

Le gouvernement de l’Etat de l’Andhra Pradesh a ainsi annoncé qu’en 2011 la récolte sur près des deux tiers de ses surfaces cultivées avait été inférieure de moitié à celle de l’année précédente. Et, pour la première fois, le gouvernement du Maharashtra ainsi qu’un tribunal d’un Etat voisin, le Madhya Pradesh, ont ordonné au semencier allemand Bayer CropScience de verser près de 850 000 euros de compensation à plus de 1 000 agriculteurs pour leur avoir vendu des semences n’ayant pas donné les récoltes promises.

L’entreprise allemande rejette toute responsabilité et met en cause la « mauvaise gestion des récoltes ainsi que les conditions météorologiques difficiles ». Elle étudie un recours en justice pour obtenir l’annulation de ces décisions.

Depuis l’introduction, en 2002, du coton génétiquement modifié en Inde, les récoltes ont doublé et le pays s’est hissé au rang de deuxième producteur mondial. Mais la « révolution blanche », comme on la surnommait au départ, suscite désormais la méfiance. Les opposants aux OGM estiment qu’au début des années 2000 la hausse des rendements était due, en grande partie, à une meilleure irrigation et à des conditions météorologiques favorables. Au cours des six dernières années, le rendement moyen par hectare a stagné alors que les cultures de coton transgénique ont plus que quadruplé.

VULNÉRABILITÉ AUX BACTÉRIES

En 2009, Monsanto a admis pour la première fois que sa variété de coton Bollgard avait perdu toute résistance au ver rose dans des champs du Gujarat, à l’ouest du pays. Deux ans plus tard, le directeur de l’Institut pour la recherche sur le coton (CICR), Keshav Raj Kranthi, a mis en garde contre la vulnérabilité accrue du coton transgénique aux bactéries.

« La productivité dans le nord de l’Inde devrait décliner en raison de la baisse du potentiel des semences hybrides, de l’apparition du problème du virus de la frisolée sur les nouvelles semences hybrides génétiquement modifiées et d’un haut niveau de vulnérabilité aux parasites suceurs (les variétés non génétiquement modifiées étaient résistantes) », lit-on dans un rapport publié en mai 2011. M. Kranthi constate également que les semences transgéniques consomment davantage d’eau et de nutriments, conduisant à l’épuisement des sols. Elles ont donc besoin d’engrais pour donner des rendements maximaux.

Ces engrais, insecticides et semences génétiquement modifiées ont un coût. Les paysans doivent s’endetter, souvent auprès d’usuriers locaux ou directement auprès des vendeurs de semences et d’engrais. La moindre chute des cours du coton ou des conditions météorologiques défavorables débouchent parfois sur des tragédies. En 2006, dans la région de Vidarbha, des milliers de paysans qui ne pouvaient plus rembourser leurs dettes se sont suicidés en ingurgitant des pesticides.

APPEL À UN MORATOIRE

Le coton OGM est une nouvelle technologie qui nécessite un savoir-faire pour être mise à profit. Chacune des 780 variétés mises sur le marché indien correspond à un type de sol particulier et à des besoins différents en engrais. Pour éviter que les bactéries ou insectes développent des résistances aux variétés transgéniques, des semences locales doivent également être plantées dans de justes proportions.

« Les petits paysans n’ont aucune idée de ce qu’ils achètent et savent encore moins comment faire pousser ces nouvelles variétés. Leur savoir-faire traditionnel est en train de disparaître », s’alarme Sridhar Radhakrishnan, de la Coalition pour une Inde sans OGM.

En cas de défaillance des récoltes, l’Inde n’a prévu aucune disposition juridique pour permettre aux agriculteurs de réclamer des compensations. « Si quelque chose ne va pas ou si les fermiers sont en difficulté, les Etats doivent prévoir des lois qui obligent les entreprises à leur verser des compensations », a admis devant le Parlement indien le ministre de l’agriculture, Sharad Pawar, le 30 mars.

Dix ans après l’introduction du coton transgénique, les semences locales ont quasiment disparu. Le marché des semences transgéniques, installé à grand renfort de publicité, est estimé à 280 millions d’euros. Les semenciers promettent de commercialiser des variétés encore plus résistantes et moins consommatrices d’eau ou d’engrais. Les opposants, eux, appellent à un moratoire sur la culture du coton transgénique en Inde.

Prochain article : la maladie de Parkinson reconnue comme maladie professionnelle

Catégories : Le monde selon Monsanto