rencontre avec le Pr. Vincent Garry

En parcourant les commentaires laissés sur mon Blog par les lobbyistes de l’industrie chimique   je constate , une fois de plus, qu’ils sont bien mal informés (comme « Wackes Seppi », qui n’a pas trouvé le Pr. Garry sur Internet ou « André » qui ne sait pas que Minneapolis est la capitale du Minnesota!!!)! Et c’est tant mieux, car cela me donne l’occasion de raconter ma rencontre avec le Pr. Vincent Garry, un biologiste réputé de l’Université de Minneapolis qui a conduit plusieurs études épidémiologiques dans la Red River Valley, dont les principales sont présentées ici:

http://www.labome.org/expert/usa/university/garry/vincent-f-garry-482738.html

Avant de transcrire les pages que j’ai consacrées à cette rencontre dans mon livre Notre poison quotidien, je voudrais raconter une anecdote tout à fait étonnante. J’avais donné rendez-vous au scientifique à Fargo (dans la Dakota du Nord), le 30 octobre 2009. Quand je suis arrivée à l’aéroport, j’ai constaté que le pied de ma caméra manquait. En fait, il avait été envoyé à … San Diego (en Californie)! J’étais vraiment désespérée, car je voyais mal comment j’allais pouvoir trouver un pied dans cette ville paumée et aussi lugubre que dans le film des frères Coen. Le matin du 1er novembre, j’ai raconté mes déboires au Pr. Garry, au moment où ne prenions le petit déjeuner à l’hôtel. C’est alors qu’est intervenu le serveur qui avait manifestement saisi mon dépit:

– Quel est votre problème, m’a-t-il gentiment demandé.

En quelques mots, je lui ai expliqué mes problèmes,  persuadée qu’il ne pourrait pas grand chose pour moi!

– C’est une réalisatrice très connue, a glissé Vincent Garry. Elle est l’auteure du film Le monde selon Monsanto…

– You are Ms. Robin? s’est exclamé le serveur, un étudiant en biologie qui avait passé le DVD de mon film « en boucle pendant des semaines ». Je peux vous aider à trouver un pied! Il y a ici une chaîne locale, dédiée à l’agriculture, je connais très bien le rédacteur en chef, s’il sait que vous êtes ici, il vous prêtera un pied, même si aujourd’hui c’est férié. je peux l’appeler sur son portable! »

Aussitôt dit, aussitôt fait… Vingt minutes plus tard, débarquait à l’hôtel Nick Kgar (dont j’ai parlé récemment sur ce blog) me proposant un pied contre une interview que j’ai évidemment acceptée!

Incroyable, mais vrai! C’est ainsi que nous avons pu filmer dans des conditions normales la visite du professeur Garry à une famille d’agriculteurs , ainsi que je l’ai raconté dans Notre poison quotidien:

Je n’oublierai jamais mon séjour à Fargo, la ville du Dakota du Nord qui donna son nom à l’un des films les plus sinistres des frères Coen. J’y suis arrivée la veille de la Toussaint 2009. Il faisait un froid glacial dans la Red River Valley toute proche, prête à accueillir la neige pendant de longs mois, avant que ne reprennent les cultures intensives de blé, de maïs, betteraves, pommes de terre ou de soja (transgénique). Dans cette région à cheval sur les États du Dakota et du Minnesota, les pesticides sont généralement épandus par avion, car la taille moyenne des exploitations agricoles dépasse plusieurs centaines d’hectares.

J’avais rendez-vous avec le professeur Vincent Garry, de l’université de Minneapolis (Minnesota), qui participa à la conférence de Wingspread sur les perturbateurs endocriniens (voir supra, chapitre 16) et dirigea trois études sur le lien entre l’exposition aux poisons agricoles et les malformations congénitales[i]. Celles-ci montraient un risque accru très significatif d’anomalies cardiovasculaires, respiratoires, urogénitales (hypospadias, cryptorchidie) et musculo-squelettiques (malformation des membres, nombre de doigts) dans les familles d’agriculteurs de la Red River Valley, mais aussi chez les riverains. Comparé avec celui des populations urbaines des États du Dakota du Nord ou du Minnesota, ce risque était multiplié de deux à quatre, selon le type d’anomalies. Lorsqu’il a étudié plus précisément les familles d’agriculteurs, Vincent Garry a constaté que les malformations congénitales et les fausses couches étaient plus fréquentes quand la conception des enfants avait lieu au printemps, c’est-à-dire au moment où sont appliqués les pesticides (notamment le Roundup de Monsanto, dont il démontra qu’il est un perturbateur endocrinien). Le chercheur a noté aussi un déficit du sexe mâle chez les enfants des utilisateurs de pesticides. Ensemble, nous avons rendu visite à David, un agriculteur d’une quarantaine d’années, dont les parents avaient participé à l’étude de 1996. Le professeur Garry avait conservé le dossier concernant la famille de David, où il apparaissait que son jeune frère était atteint de malformations congénitales graves et d’un retard mental. Je n’oublierai jamais l’attention émue et le silence embarrassé de la famille réunie autour de la table de la cuisine, quand Vincent Garry a présenté les résultats de l’étude, dont elle n’avait jamais été informée…


[i] Vincent Garry et alii, « Pesticide appliers, biocides, and birth defects in rural Minnesota », Environmental Health Perspectives, vol. 104, n° 4, 1996, p. 394-399 ; Vincent Garry et alii, « Birth defects, season of conception, and sex of children born to pesticide applicators living in the Red River valley of Minnesota, USA », Environmental Health Perspectives, vol. 110, sup. 3, 2002, p. 441-449 ; Vincent Garry et alii, « Male reproductive hormones and thyroid function in pesticide applicators in the Red River Valley of Minnesota », Journal of Toxicology and Environmental Health, vol. 66, 2003, p. 965-986.

Je mets maintenant en ligne l’interview que j’avais pré-montée pour mon film, mais que je n’ai pu garder , faute de temps. Au moment où la rencontre a lieu dans la salle à manger de la famille d’agriculteurs, visiblement très émue, l’un de leur fils, handicapé mental, dort sur une banquette de la cuisine…

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