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Faites sans OGM!

Le week end dernier, j’ai eu le plaisir de parrainer avec Christian Vélot, la quatrième édition de  « Faites sans OGM », organisée par l’association Foll’Avoine, sur la commune de Le Thor. Administrée par Jacques Olivier (EELV), cette commune fut l’une des premières à se déclarer « sans OGM », à l’instar de nombreuses collectivités, un peu partout en Europe.  Lors de la première journée , les participants (environ 300 personnes, malgré le froid glacial !) se sont répartis dans des ateliers, où différents experts ont dressé le bilan des OGM, en Europe, Amérique du Nord, et en Afrique (étaient présents Jean-Didier Zongo, professeur de génétique à l’Université de Ouagadougou, et Ibrahim Coulibaly, fondateur de la coordination nationale des organisations paysannes du Mali).

Photos Guillaume de Crop

Pour ma part, j’ai rapporté mon expérience récente en Amérique du Nord, où , par deux fois, alors que je ne travaillais pas précisément sur la question des OGM, j’ai constaté le ras le bol des producteurs américains qui voudraient arrêter les cultures transgéniques, s’ils le pouvaient…

J’ai raconté ma visite, en octobre 2009,  dans l’Etat du Minnesota (USA), et très précisément dans la Red River Valley, une région d’agriculture intensive où l’on cultive à perte de vue le soja Roundup Ready de Monsanto. Je tournais alors mon documentaire Notre poison quotidien.

Accompagnée du professeur Vincent Garry et d’un technicien agricole de l’Université de Minneapolis, j’avais rencontré des farmers qui m’ont confirmé ce que je décrivais déjà dans mon livre Le monde selon Monsanto: leurs champs sont envahis par des mauvaises herbes résistantes au roundup, entraînant une augmentation exponentielle de leur consommation d’herbicides!

Mieux: ils m’ont assuré qu’ils voulaient renoncer aux OGM de Monsanto pour retourner à des semences de soja conventionnel, qu’ils ont d’ailleurs bien du mal à trouver, en raison du (quasi) monopole de Monsanto sur les semences (cf. mon livre).

« Les paysans de la région se détournent de plus en plus des OGM » m’a , pour sa part , raconté Nick Kgar, un journaliste d’une télévision locale de Fargo (le « Fargo » des Frères Cohen!) , qui a tenu à m’interviewer, dès qu’il a su que j’étais de passage dans la région (voir photos).

Tout ce que je rapportais déjà dans mon livre a été confirmé par un rapport, publié par Charles Benbrook , qui fut directeur de la division agricole de la prestigieuse Académie nationale des sciences, avant de créer un centre de promotion de l’agriculture biologique.

Intitulé « Impacts of Genetically Engineered Crops on Pesticide Use: the Firts Thirteen Years« , ce rapport confirme ce que Charles Benbrook avait déjà constaté dans ses études précédentes : contrairement aux promesses de Monsanto, les OGM roundup ready n’ont pas entraîné une baisse de la consommation d’herbicides, mais une augmentation de + 382 millions de livres  depuis leur introduction en 1996.

Les anglophones peuvent lire ce rapport ici:

www.organiccenter.org/science.latest.php

Les non anglophones peuvent lire cet article du Monde, publié le 29 novembre 2009 , intitulé « Aux Etats Unis, la généralisation des OGM aboutirait à une surutilisation des pesticides » :

mobile.lemonde.fr/planete/article/2009/11/28/aux-etats-unis-la-generalisation-des-ogm-aboutirait-a-une-surutilisation-de-pesticides_1273432_3244.html

Plus récemment, alors que je tournais mon prochain film, intitulé provisoirement « Comment on nourrit les gens ?? » (www.m2rfilms.com), j’ai rencontré un  producteur du Michigan, qui exploite plus de 600 hectares de maïs et de soja transgéniques. (voir photos). Cet agriculteur d’une cinquantaine d’années m’avait été proposé par des agronomes de l’Université du Michigan, car il représentait très bien le type d’agriculture intensive pratiquée dans le Midwest : à savoir un « désert vert » de monocultures, s’étendant sur des milliers d’hectares, sans arbres ni diversité. Contre toute attente, je suis tombée sur un producteur , complètement déprimé, qui ne sait plus comment se sortir de la spirale infernale dans laquelle l’a plongé Monsanto. Le jour de ma visite (octobre 2011), il s’apprêtait à moissonner un maïs transgénique manipulé par Monsanto pour présenter trois « caractéristiques » : deux gènes BT« insecticides », censés combattre la chrysomèle des racines du maïs et la pyrale du maïs, et un gène Roundup ready, censé tolérer les épandages de roundup. La totale !

« Les semences de Monsanto sont excessivement chères, m’a-t-il expliqué, mais si les cultures remplissaient leurs promesses, ça pourrait aller, mais ce n’est pas le cas : j’ai de plus en plus de mauvaises herbes résistantes au roundup, ce qui fait que je dois utiliser d’autres herbicides, et puis le BT ne marche plus très bien non plus, car les parasites ont aussi développé une résistance. J’ai commencé à chercher des semences conventionnelles, pour sortir des OGM, mais c’est très difficile à trouver… J’en suis à me demander s’il ne faudrait pas que je reparte de zéro, en passant au bio, mais à qui demander conseil ? »

Photos: Marc Duployer

Vous découvrirez cette interview dans mon prochain film et livre, en octobre prochain, mais en attendant, je suis surprise de voir que les grands céréaliers français et leurs représentants, -avec en tête l’ineffable Xavier Beullin, le patron de la FNSEA -, continuent de se battre , bec et ongles, pour semer du maïs transgénique dans leurs champs. De sources bien informées ( !), on sait qu’ils ont déjà acheté les semences de Monsanto, espérant pourvoir semer dans quelques semaines, alors que le gouvernement fait preuve d’une belle cacophonie : d’un côté, Bruno Le Maire, le ministre de l’agriculture et allié de la FNSEA, a déposé, le 30 janvier, un arrêté de mise en cultures des OGM, en s’appuyant sur la décision du Conseil d’Etat du 28 novembre 2011, qui a annulé le moratoire sur le maïs MON 810, en vigueur depuis janvier 2008 ; de l’autre, Nathalie Kosciusko-Morizet ,la ministre de l’écologie , a promis  une mesure d’interdiction gouvernementale pour la fin février, en s’appuyant, elle, sur  un jugement de la Cour de justice de l’Union européenne, qui a reconnu le tort causé par les OGM aux abeilles et aux apiculteurs.

Au même moment, on découvrait « la crise ouverte au Haut Conseil des Biotechnologies » (HCB), (Le Monde su 14 février), dont la mission est d’éclairer le gouvernement sur les enjeux des OGM. Toutes les organisations favorables aux OGM ont quitté l’instance, comme la FNSEA et l’ANIA, la fédération de l’industrie agro-alimentaire de mon « ami » Jean-René Buisson (voir sur mon site www.m2rfilms.com).

Dans un courrier adressé au   premier ministre, les défenseurs invétérés  de l’agro-business,  « déplorent l’absence de consensus sur la volonté même de parvenir à mettre en place des règles permettant une véritable coexistence des cultures OGM et non OGM en France ».

Et pour cause : la coexistence est impossible, ainsi que le montre l’exemple du colza au Canada (où le colza conventionnel et biologique a carrément disparu en raison de la contamination transgénique), même si on décide de « l’encadrer de nombreuses et difficiles précautions », pour reprendre les termes du  HCB.

Pour le maïs, la « coexistence » reviendrait à découper les campagnes françaises en camps retranchés et déboucherait sur une litanie de conflits entre les paysans conventionnels ou biologiques, et les grands industriels de la culture, comme ceux que représente Xavier Beullin. Tout cela pour un piètre résultat : le maïs BT finirait, de toutes les façons, par contaminer le maïs non transgénique, car la nature n’a que faire des « distances de sécurité » et autres « refuges » concoctés par les technocrates d’un modèle agricole , basé sur le pétrole (tous les pesticides et autres engrais chimiques dépendant des énergies fossiles, dont l’épuisement est déjà en cours), l’exploitation non durable des ressources en eau, l’érosion  des sols, la pollution environnementale et la destruction de la biodiversité.

Comme le soulignait très justement Hervé Kempf, (Le Monde du 6 février) : « Les OGM restent un problème politique. Qui ne pourra pas se résoudre tant qu’on ne formulera pas clairement le choix qu’ils impliquent : une agriculture productiviste et destructrice d’emplois, ou une agriculture écologique et créant du travail ».

En attendant, on peut s’interroger sur l’identité et les motivations de ces « paysans » qui sont prêts à semer des OGM dans leurs champs, pour nourrir les élevages intensifs, alors que tous les sondages (français et européens) montrent que leurs concitoyens et les consommateurs n’en veulent pas. Pensent-ils qu’ils vont survivre à une guerre déclarée avec la société  civile, alors que tous les signaux sont au rouge, montrant clairement que le modèle issu de la révolution verte nous mène dans l’impasse et a échoué à nourrir le monde ? La roue tourne inéluctablement  , et tout indique que l’aveuglement et la crispation des grands céréaliers de France sur un modèle qui appartient au passé (le XXème siècle) , soutenus par le principal syndicat agricole,  finiront par leur coûter très cher, en termes d’image mais aussi financiers…

Catégories : Le monde selon Monsanto