Les propos incohérents de Jean-François Narbonne (3)

Avant de poursuivre l’examen des propos que le journaliste de l’industrie chimique Gil Rivière-Weckstein a prêtés à Jean-François Narbonne sur le site Agriculture et environnement, j’invite les lecteurs à lire l’article publié par Gilles-Louis Francoeur dans le journal Le Devoir de Montréal.

C’est à ce jour la meilleure chronique jamais écrite sur mon film et livre Notre poison quotidien, car ce journaliste spécialiste des questions environnementales a parfaitement compris ce qui constitue le cœur de mon enquête : la remise en cause du processus de réglementation des produits chimiques, et notamment de la fameuse Dose Journalière Acceptable :

http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/324294/la-faillite-des-normes-de-controle

A peine rentrée du Canada, j’ai appris avec plaisir que mon livre Notre poison quotidien était à la huitième place sur le palmarès des meilleures ventes établi par Renaud Bray.

Comme je le soulignais dans mon précédent post, Jean-François Narbonne a déclaré à propos de l’aspartame :

« Marie-Monique Robin retrace l’histoire de la situation américaine, notamment la manière dont l’aspartame y a été autorisé dans les années 1980. Très bien, sauf qu’il n’y a rien de neuf, et que cela n’a rien à voir avec la situation en Europe. »

S’il avait lu mon livre, le professeur Narbonne se serait épargné des propos aussi mal informés ! En effet, ce qui s’est passé aux Etats Unis concerne directement «  la situation en Europe ». Lors de l’audience organisée par Corinne Lepage au parlement européen ( après avoir vu mon film sur la RTBF), puis sur demande du Réseau Environnement Santé d’André Cicollelal’EFSA (l’autorité européenne de sécurité des aliments) a dû confirmer ce que je dénonçais dans mon film et livre : elle n’a jamais eu les études de SEARLE (le fabricant de l’aspartame, acheté en 1985 par Monsanto) sur lesquelles elle prétend avoir fixé sa DJA ! Et pour cause : elle s’est contentée de « repiquer » l’avis émis par la Food and Drug Administration en 1981, après l’élection de Ronald Reagan et les « magouilles «  de Donald Rumsfeld, alors patron de SEARLE. Or, si Reagan n’avait pas été élu,  (voir mes posts précédents), l’aspartame n’aurait jamais été mis sur le marché, car les scientifiques de la FDA estimaient que les études soumises par SEARLE étaient d’une qualité lamentable, et que malgré leurs multiples déficiences, elles  montraient une sur-incidence de cancers du cerveau chez les rongeurs exposés, ainsi que de tumeurs de l’utérus chez les femelles.

Je retranscris l’article publié dans Le Monde, le 28 mai , où Hugues Kenigswald , que j’ai longuement interviewé à propos de cette lamentable affaire (voir mon film et livre), a dû avouer que les études qui sont censés avoir servi à l’évaluation du dangereux édulcorant se sont « volatilisées ». Et pour cause : les instances européennes ne les ont jamais eues !

Les autorités européennes n’ont plus les données scientifiques fondant leur décision

Un dossier trop « light » pour la dose admissible d’aspartame

Article paru dans l’édition du 28.05.11

Sur quelle base scientifique la dose journalière admissible (DJA) d’aspartame, l’édulcorant le plus employé notamment dans les boissons « light », a-t-elle été établie ?

C’est la demande faite auprès de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), dont le siège est à Parme (Italie) par le Réseau environnement santé (RES).

La DJA est le seuil de consommation d’une substance en deçà duquel elle ne présente pas de risque. Il est fixé à 40 mg/kg/jour pour l’aspartame. Dans un communiqué publié jeudi 26 mai, le RES affirme que les études sur la base desquelles a été établie la DJA « n’ont jamais été publiées dans une revue scientifique » et « ont été menées dans des conditions qui devraient conduire à les invalider ».

Documents volatilisés

Le problème est que, dans sa réponse en date du 24 mai, Hugues Kenigswald, chef de l’unité des additifs alimentaires et des nutriments de l’EFSA, explique que son agence « ne dispose pas du dossier de demande d’autorisation de l’aspartame en Europe qui devrait contenir ces études ». Il ajoute : « Les contacts que nous avons eus à ce sujet avec nos collègues de la Commission européenne semblent indiquer que la Commission ne dispose plus de ce dossier. » Les documents ayant servi à l’évaluation de l’aspartame en 1984 se seraient donc volatilisés.

Dirigée par la Française Catherine Geslain-Lanéelle, ex-directrice générale de l’alimentation au ministère de l’agriculture, l’EFSA minimise toutefois la portée de cette disparition.

« La Commission européenne nous a demandé, il y a quelques jours, une réévaluation complète de l’aspartame d’ici à l’été 2012, indique Lucia de Luca, chargée des relations avec la presse. Elle était initialement prévue pour 2020. Nous préciserons très vite à la Commission la date à laquelle nous pourrons mener à bien cette réévaluation. »

L’EFSA va lancer un appel public à toutes les équipes de chercheurs et aux industriels pour qu’ils lui fournissent les études en leur possession. « Nous devrions ainsi avoir accès à toutes les données scientifiques en 2012. Le dossier sera reconstitué et inclura les études les plus récentes. »

Paul Benkimoun

Par ailleurs, j’informe les internautes que mon enquête intéresse aussi au plus haut point le Sénat : je vais être auditionnée mardi 7 juin par le sénateur Gilbert Barbier, membre de l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques  à propos des perturbateurs endocriniens.  J’en suis ravie !

Enfin, j’ai appris que mon livre  The World according to Monsanto fait partie des cinq livres nominés (sur un total de 70 ouvrages) pour le prix de l’excellence ne journalisme Helen Bernstein de la New york Library :

http://www.nypl.org/help/about-nypl/awards/book-award-for-journalism

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