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La une de Usine Nouvelle

Après l’Express, Télérama, Le Nouvel Observateur, c’est au tour de Usine Nouvelle de faire la Une sur mon livre Notre poison quotidien.

Je suis évidemment très heureuse de voir que mon ouvrage de 479 pages suscite autant de réactions du côté de l’industrie, contrainte de justifier ses pratiques et agissements pour maintenir ses produits sur le marché, fût ce au prix de coûts environnementaux et sanitaires considérables. J’espère qu’elle en profitera pour revoir de fond en comble son modus operandi car elle a tout à y gagner. Tout indique, en effet, que rien ne pourra arrêter l’exigence de transparence exprimée par la société civile, ainsi que le prouvent les projections-débats auxquelles je participe un peu partout en France et qui attirent les foules (photos ci-dessous).

Je note que certains industriels sont toujours dans le déni, ainsi que le prouve cette phrase de Usine Nouvelle: « Les industriels estiment que les liens entre manipulation de pesticides et cancers ne sont pas avérés ».

C’est toujours la même rengaine! Et une preuve supplémentaire de la mauvaise fois des industriels.

En effet, comment prouver avec certitude qu’un poison agricole donné est cancérigène?

La meilleure façon serait de renfermer dans une cage hermétique, sans contact extérieur, des volontaires et de les exposer pendant vingt ou trente ans à de petites doses de pesticide, pour mesurer ensuite le taux de cancer. On voit bien que c’est impossible!

La deuxième solution c’est de réaliser des études épidémiologique sen comparant des paysans malades à des personnes non malades pour voir si l’usage de pesticides peut être considéré comme un facteur déterminant. C’est ce qu’ont fait de nombreux chercheurs indépendants et le résultat est sans ambiguïté: il y a un lien évident entre l’exposition chronique aux pesticides et la prévalence des cancers. C’est d’ailleurs sur cet énorme corpus d’études épidémiologiques que se basent les tribunaux des affaires de sécurité sociale et la Mutualité sociale agricole pour accorder le statut de maladie professionnelle à des paysans atteints de cancer (voir mon film et livre).

La troisième solution ce sont des études toxicologiques réalisées sur des rats ou souris. En général, ces études sont (mal) réalisées par les fabricants de pesticides qui se gardent bien de les publier dans des revues scientifiques à comité de lecture. Et pour cause! Voyez ce qu’en dit le docteur Vincent Cogliano , chef des monographies au centre international de recherche sur le cancer (CIRC) qui dépend de l’Organisation mondiale de la santé, dans l’interview qu’il m’a accordée:

http://notre-poison-quotidien.arte.tv/fr/pesticides/

Je note, cependant, que Jean-Charles Bocquet, le directeur de l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP), le représentant des fabricants de pesticides, a reconnu que les pesticides pouvaient provoquer des cancers chez les agriculteurs, chose qu’il a « regrettée », lors de notre face à face pour Libération:

http://www.liberation.fr/terre/06013220-pesticides-notre-poison-quotidien

Les internautes ont remarqué que Jean-Charles Bocquet trouve « regrettable » que les paysans aient des cancers à cause des pesticides et qu’il leur recommande de se « protéger » lors des épandages. C’est alors que je lui parle du rapport très inquiétant publié le 15 janvier  2010 par l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) où les experts expliquaient en détail qu’ils avaient testé dix modèles de combinaison [i]. et constaté leur inefficacité : « Seuls deux modèles sur les dix testés conformément à la norme atteignent le niveau de performance annoncée, écrivaient-ils.  Pour les autres combinaisons, le passage des produits chimiques a été quasi immédiat à travers le matériau de trois d’entre elles et à travers les coutures pour deux autres, ce qui constitue des non-conformités graves. Les trois dernières sont à déclasser pour au moins une substance. »

Enfonçant le clou, ils constataient que les tests réalisés par les fabricants « sont réalisés en laboratoire dans des conditions trop éloignées des conditions réelles d’exposition. Les facteurs essentiels, tels que la durée d’exposition, la température extérieure, le type d’activité, la durée de contact n’entrent pas en considération ». Et leur conclusion était sans appel : « Un contrôle de conformité de l’ensemble des combinaisons de protection contre les produits chimiques liquides présentes sur le marché doit être réalisé et les combinaisons non conformes retirées sans délai. »

Lorsque j’ai cité ce rapport à Jean-Charles Bocquet, celui-ci s’est passablement énervé, allant jusqu’à dire que ce rapport était infondé et que l’UIPP l’avait dénoncé dans un courrier à l’AFSSET.

Curieusement, quelques jours plus tard, M. Bocquet n’avait plus rien à dire contre ce rapport, lorsque nous nous sommes retrouvés dans une émission de Radio france Internationale:

http://www.rfi.fr/emission/20110319-1-mangeons-nous-poison-notre-assiette

Tout indique que Protéines, l’agence de communication de l’UIPP, a soigneusement analysé la prestation de son client sur Libération Labo en lui recommandant d’adopter un profil (plus) bas au sujet du rapport de l’AFSSET…

http://www.proteines.fr/-Portfolio-

Dans mon livre Notre poison quotidien ( 8ème meilleure vente de France au bout de dix jours dans le classement de l’Express, et troisième meilleure vente à la FNAC), je consacre six chapitres aux pesticides , dans lesquels j’expose minutieusement les principales études conduites par des scientifiques indépendants (c’est-à-dire sans liens avec l’industrie de la chimie):

Dans un prochain commentaire , je reviendra sur la phrase que Usine Nouvelle prête à Gérard Thomas qui travaille pour Syngenta « Notre poison quotidien contient beaucoup d’éléments fallacieux. Il n’est pas honnête du point de vue de l’investigation scientifique » … Je raconterai, notamment, l’histoire scandaleuse de l’atrazine, un herbicide fabriqué par Syngenta, aujourd’hui interdit en Europe, mais qui continue d’empoisonner les campagnes américaines.

Photos :

– Projection de Notre poison quotidien au festival du FIGRA au Touquet

–  Salle Pétrarque de Montpellier avec la librairie Sauramps:

– Festival Itinérances d’Alès:

http://languedoc-roussillon.france3.fr/info/-notre-poison-quotidien–a-ales-68138232.html

Cinéma Utopia de Tournefeuille (Toulouse):

http://midi-pyrenees.france3.fr/info/marie-monique-robin-invitee-du-midi-pile-68181915.html?onglet=videos

Maison du peuple de Montauban:

– Cinéma de Romans avec la librairie des Cordeliers:

– Librairie Kléber à Strasbourg:

http://alsace.france3.fr/info/deux-rives/strasbourg–marie-monique-robin-en-visite-68029659.html


[i] Afsset, « L’Afsset recommande de renforcer l’évaluation des combinaisons de protection des travailleurs contre les produits chimiques liquides », <www.afsset.fr>, 15 janvier 2010.

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