mmrobin

Notre poison quotidien: pourquoi ce titre?

Comme promis, je voudrais expliquer comment le titre de mon livre et film  Notre poison quotidien a été choisi.

Au cœur de ma nouvelle enquête , il y a une question fondamentale : comment les produits chimiques qui contaminent notre chaîne alimentaire sont-ils testés, évalués, puis réglementés ?

Pour pouvoir répondre à cette question, qui concerne exclusivement les pesticides, les additifs et plastiques alimentaires (et donc pas les autres polluants environnementaux, comme les radiations nucléaires ou les ondes magnétiques), je me suis intéressée à l’histoire des produits concernés.

C’est ainsi que j’ai découvert que les « produits phytosanitaires », selon le terme euphémisant utilisé par l’industrie et les pouvoirs publics, sont des dérivés des gaz de combat mis au point par un  chimiste allemand du nom de Fritz Haber pendant la première guerre mondiale.

Ses travaux sur les gaz chlorés ont ouvert la voie à la production industrielle d’insecticides de synthèse, dont le plus célèbre est le DTT, qui fait partie de la vaste famille des organochlorés. Suivront les organophosphorés, dont le développement dans l’entre-deux guerres est directement lié à la recherche sur de nouveaux gaz de combat, qui finalement ne seront jamais utilisés à des fins militaires., mais seront recyclés dans l’agriculture chimique.

Comme le souligne un film institutionnel du ministère de la santé américain du début des années 1960, que j’ai utilisé dans mon film, les pesticides sont bel et bien des « poisons », car ils ont été conçus pour tuer. La grande famille des pesticides est d’ailleurs identifiable par le suffixe commun « – cide », – du latin caedo, cadere , « tuer » – car d’après leur étymologie, les pesticides sont des tueurs de « pestes », du latin « pestis » qui désigne  des fléaux ou calamités  : les adventices, ou « mauvaises herbes » (herbicides), les insectes (insecticides), les champignons (fongicides), les escargots et autres limaces (mollusticides), les vers (nématicides), les rongeurs (rodenticides), ou les corbeaux (corvicides).

C’est précisément parce qu’ils sont hautement toxiques et nocifs pour la santé de ceux qui y sont exposés (les agriculteurs, mais aussi les consommateurs) que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Food and Agriculture Organization (FAO) ont inventé un système qui permet d’évaluer la toxicité des pesticides (mais aussi des additifs et plastiques alimentaires-), dont le pilier s’appelle la « Dose Journalière Acceptable » (DJA). Certains emploient l’expression « Dose journalière admissible » mais je préfère utiliser celle qu’a proposée René Truhaut, un toxicologue français, considéré comme le « père de la DJA« , dans les (rares) articles qu’il a consacrés à son « invention ».

Ce concept, dont j’ai reconstitué l’origine grâce à mes recherches dans les archives de l’OMS , à Genève (voir photos ci-dessous) désigne « la quantité de substance chimique que l’on peut ingérer quotidiennement et pendant toute une vie sans qu’il n’y ait d’effet sur la santé ».

En termes clairs : c’est la quantité de poison que nous sommes censés pouvoir ingérer quotidiennement, car si ladite substance n’était pas un poison, il n’y aurait pas besoin d’inventer une DJA!

Voilà pourquoi , avec ARTE et La Découverte, j’ai décidé d’appeler mon film et livre Notre poison quotidien, car je montre comment notre nourriture est quotidiennement contaminée par de petites quantités de poisons divers et variés.

Le titre est aussi un clin d’œil à la référence des Evangiles que tout le monde connaît: « Notre pain quotidien« .

Les photos ci-dessous ont été prises par Marc Duployer, l’ingénieur du son de mon film,  à l’OMS.

»

Catégories : Notre poison quotidien