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OGm, conflits d’intérêt et instances européennes

2) les conflits d’intérêts à l’EFSA et la pomme de terre AMFLORA

Pour commencer, j’informe les internautes que mon film « Le monde selon Monsanto » sera diffusé sur Planète, le lundi 4 octobre, à 20 heures 40.

Dans mon livre  Le monde selon Monsanto, je racontais les  liens étroits qui unissent  certains membres  du comité OGM de l’EFSA – l’Autorité européenne pour la sécurité des aliments –  avec les géants des biotechnologies , avec en tête, son président , le professeur Harry Kuiper. Celui-ci est, en effet, le coordinateur de Entransgood, un projet, soutenu par l’Union européenne, pour « favoriser l’introduction des OGM sur le marché européen, et rendre l’industrie européenne compétitive », et à ce titre, fait partie d’un groupe de travail comprenant Monsanto et Syngenta.

De même, Mike Gasson travaille pour Danisco, un partenaire de Monsanto ; Pere Puigdomenech est le co-président du septième congrès international sur la biologie moléculaire végétale, sponsorisé par Monsanto, Bayer et Dupont ; Hans-Yorg   Buhk et Detlef Bartsch sont « connus pour leur engagement en faveur des OGM , au point d’apparaître sur des vidéos promotionnelles, financées par l’industrie des biotechnologies » ;  parmi les (rares) experts extérieurs sollicités par le comité, il y a notamment le docteur Richard Philipps qui a signé une pétition en faveur des biotechnologies pour Agbioworld  et apparaît sur le site de Monsanto pour soutenir la très controversée hormone de croissance laitière…

Hier, Libération rapportait le « beau lièvre », levé par José Bové, eurodéputé vert et vice-président de la commission agriculture du parlement européen. Celui-ci a , en effet, découvert que «  la présidente du conseil d’administration de l’Agence européenne de sécurité alimentaire, la Hongroise Diána Bánáti, a dissimulé qu’elle avait été membre du comité des directeurs de la branche européenne de l’International Life Science Institute (Ilsi), le «lobby de l’agrobusiness», comme le qualifie Bové » .

http://www.liberation.fr/economie/01012293046-europe-le-lobby-ogm-infiltre-a-la-tete-de-la-securite-alimentaire

Pour mon prochain livre et film  Notre poison quotidien , je me suis intéressée de près à l’ILSI, qui est effectivement une création des géants de l’industrie chimique et agroalimentaire, comme le confirme la liste des « membres » affichée sur son site :

http://www.ilsi.org/Europe/Pages/currentmembers.aspx

Au printemps dernier, l’ observatoire européen des multinationales révélait  que la coordinatrice scientifique du groupe d’experts sur les OGM de l’EFSA  , Suzy Renkens avait été embauchée en 2008 par Syngenta, l’un des concurrents de Monsanto. Docteur en biologie moléculaire, la scientifique belge a été la coordinatrice scientifique du Panel OGM de l’EFSA d’avril 2003 à mars 2008 , avant d’occuper  un poste clé au sein de la multinationale  agro-semencière suisse dès mai 2008, soit quelques semaines à peine après avoir quitté son poste de fonctionnaire de l’Union européenne ! Son parcours, qui constitue un cas de « porte tournante » flagrant et jette un nouveau trouble sur l’indépendance des décisions prises par l’agence européenne,  a été décrit très précisément sur Mediapart :

http://www.mediapart.fr/club/blog/sebastien-portal/250110/ue-un-cas-de-portes-tournantes-entraine-m-barroso-dans-une-polemiq

On comprend mieux, dès lors, pourquoi la « Commission européenne a toujours été l’amie des OGM », pour reprendre les termes de Libération, accordant sans sourciller les 125 autorisations d’importation sollicitées par les firmes  de la biotechnologie depuis 1998.

Pour les autorisations de mise en culture, c’est plus compliqué. Malgré les avis systématiquement favorables rendus par l ‘EFSA, le seul OGM autorisé à la culture en Europe est le maïs transgénique de Monsanto, le MON 810,  pour lequel six Etats européens, dont la France, ont prononcé des interdictions provisoires, en raison des doutes qui planent sur son innocuité, tant environnementales que sanitaires.

http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2010-03-03/la-pomme-de-terre-ogm-de-la-peur/920/0/429856

Coup de tonnerre, le 3 mars 2010 :  on apprend que la Commission a accordé l’autorisation de mise en culture d’une pomme de terre transgénique, AMFLORA, produite par BASF. Enrichie en amidon, par manipulation génétique, la patate OGM de la firme chimique allemande a été mise au point pour fabriquer du papier, de la colle ou des adhésifs. Toutefois, « les co-produits de la transformation industrielle de l’amidon (pulpes) pourraient être utilisés dans l’alimentation animale«.

C’est ce qu’a souligné le Haut Conseil des Biotechnologies (HCB), dans son avis rendu le 12 juillet 2010. Dans ce même avis, le HCB fait une remarque fort intéressante : « Dans la situation actuelle, la pomme de terre Amflora, dont les débouchés sont en tout premier lieu papetiers, ne constituera pas une réponse aux difficultés économiques traversées par la filière féculière (…)  ni la filière féculière ni l’industrie papetière, qui paraissent se satisfaire des amidons actuellement disponibles, n’envisagent d’utiliser Amflora » .

En clair : l’industrie papetière, qui pourrait être la seule intéressée par la patate magique ( super-productrice d’amidon) ne veut pas d’AMFLORA !

Alors pourquoi l’Union européenne l’a-t-elle autorisée, alors que son innocuité, revendiquée haut et fort par BASF, fait l’objet de controverses scientifiques, auxquelles un certain nombre de gouvernements européens ont été sensibles. L’avis du HCB rappelle, en effet, que le 16 juillet 2007, puis le 18 février 2008, le Conseil des ministres européens n’a pas pu statuer sur l’autorisation de mise en culture de Amflora, « aucune majorité qualifiée n’ayant été réunie entre les Etats membres ».

L’inquiétude concerne le gène nptII, un gène marqueur de la patate OGM, qui confère une résistance à un antibiotique largement utilisé,   la kanamycine. Dans mon livre Le monde selon Monsanto, j’ai longuement expliqué à quoi servent les gènes de résistance aux antibiotiques dans les OGM. Je rappelle , en quelques mots, que la majorité des OGM sont « fabriqués » grâce à un canon à gènes, qui bombarde de petites boules d’or , sur lesquelles a été accroché le gène dit « d’intérêt », sur des cellules de la plante que l’on cherche à modifier génétiquement. Le problème, c’est que, complètement aléatoire,  le processus se fait à l’aveugle et qu’en moyenne une cellule sur mille « attrape » le fameux gène. Comment savoir quelles sont les cellules qui ont « attrapé » le gène ?

La seule solution qu’ont trouvée les apprentis sorciers, c’est d’adjoindre à la construction génétique ce qu’ils appellent un « marqueur de sélection », en l’occurrence un gène de résistance aux antibiotiques (généralement la kanamycine) .  Pour déterminer quelles cellules ont « attrapé » le gène (pour pouvoir ensuiteles multiplier) , on arrose les cellules d’une solution antibiotique, les « élues » étant celles qui survivent à ce traitement de choc, ce qui  suscite de nombreuses  inquiétudes sanitaires : à l’heure où la résistance aux antibiotiques est en passe de devenir un grave problème de santé publique, certains « Cassandre » craignent que le « marqueur de sélection » soit absorbé par les bactéries qui peuplent la flore intestinale des humains réduisant la capacité de lutter contre les agents infectieux.

Le plus curieux dans l’affaire d’AMFLORA c’est que l’EFSA, elle-même, partageait cette inquiétude, puisque dans un texte de 2001, elle recommandait de ne pas accorder d’ autorisations européenne aux OGM contenant les fameux marqueurs. Malgré tout, par trois fois, comme le souligne le  HCB, l’Autorité européenne a rendu un avis favorable à AMFLORA…

Notons, au passage, les conclusions peu convaincantes du Haut Conseil des Biotechnologies qui, commentant les études toxicologiques fournies par BASF ,  écrit dans son avis :

« Aucun effet négatif sur la santé humaine et animale n’a été détecté dans les études de toxicité et d’allergénicité de la protéine NPTII isolée, ni dans les études de toxicité, d’allergénicité et d’alimentarité de la pomme de terre entière EH92-527-1 ou d’un produit dérivé (pulpe).

Toutefois, ces études ne comportent pas de données sur la puissance des tests mis en œuvre, si bien qu’il est impossible d’évaluer le risque qu’un effet biologiquement significatif ne soit pas détecté avec les protocoles adoptés ».

Pas vraiment rassurant…

En attendant, ainsi que le rappelle Le Monde, dans un article intitulé « OGM : le Gers dépose un recours contre Bruxelles », paru le 20 septembre :

« En mai, la Hongrie a attaqué la décision de la Commission, au mois de mars, d’autoriser la pomme de terre transgénique Amflora, développée par la firme BASF. Début septembre, l’Autriche a notifié à la CJUE qu’elle se joignait à la plainte hongroise, et le Luxembourg a fait de même le 15 septembre. Un épisode de contamination d’une culture de cet OGM par une autre pomme de terre transgénique, non autorisée celle-là, révélé en Suède le 4 septembre, a sans doute encouragé cette démarche ».

Tout indique que la pomme de terre transgénique n’aurait jamais été autorisée si le « lobby OGM » n’était pas « infiltré à la tête de la sécurité alimentaire » (EFSA), pour reprendre le titre de l’article de Libération, paru hier.

Devant ces dysfonctionnements manifestes des institutions européennes, j’appelle les internautes à signer la pétition mise en ligne par Greenpeace. et le réseau Internet Avaaz.org « dans le but de réunir un million de signatures en faveur d’un moratoire sur les OGM en Europe, ce qui obligerait la Commission, selon un article du traité de Lisbonne, à lancer une initiative législative sur le sujet. Les associations affirment avoir déjà réuni 869 000 signatures » (Le Monde du 20/9/2010).

http://greenpeace.fr/ogmjenveuxpas/zappons-les-ogm/

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