bonjour du Chiapas

Il suffit que je prenne quelques jours de vacances sous le soleil mexicain pour que mes détracteurs personnels se déchaînent, révélant du même coup quelles sont les priorités actuelles de Monsanto: avec le cône sud (Argentine, Brésil, Paraguay), le Mexique représente indubitablement l’un des principaux champs de bataille de la multinationale de Saint Louis.

Normal: le Mexique est le centre d’origine du maïs et des millions de paysans cultivent la céréale depuis la nuit des temps du nord au sud du pays. Dans les régions de Oaxaca ou du Chiapas, où je suis actuellement, on compte des centaines de variétés traditionnelles (« criollas ») adaptées aux terroirs, climats ou pratiques alimentaires (voir photo).

C’est précisément pour protéger cette extraordinaire biodiversité que le gouvernement mexicain a déclaré un moratoire sur les cultures de maïs transgénique qui ne présentent, de surcroît, aucun intérêt pour les petits paysans , qui savent parfaitement cultiver la céréale de leurs ancêtres mayas ou aztèques sans engrais chimiques ni pesticides.

Or, sans intrants chimiques, les OGM pesticides de Monsanto ne donnent rien.

J’ai passé la journée dans une communauté indienne située à une trentaine de kilomètres de San Cristobal de las Casas: ici, comme dans les trois quarts du pays – à l’exception des Etats du Nord, où de grands producteurs blancs pratiquent une agriculture industrielle identique à celle des Etats Unis – les pratiques agricoles sont immuables, parce qu’elles ont fait la preuve de leur efficacité tant en termes de production qu’en termes de protection des ressources environnementales.

Le symbole de ce savoir faire c’est la « milpa » décrite par H. Garrison Wilkes, un spécialiste du maïs de l’Université du Massachusetts, comme « l’une des inventions les plus réussies que l’homme n’ait jamais créée ».

Le principe: les paysans cultivent en même temps une douzaine de plantes sur le même lopin de terre: du maïs, bien sûr, qui constitue la base de l’alimentation, mais aussi des haricots ( qui s’accrochent sur les pieds de maïs comme sur un tuteur: voir photo), des tomates, melons, chilis, avocats ou citrouilles qui nourrissent le sol, soit en vitamines , en aminoacides ou graisses.

Il est fréquent que les paysans sément également dans leur milpa de … l’amarante, cette « mauvaise herbe » qui est devenue le cauchemar des agriculteurs du sud des Etats unis, puisqu’ après dix ans d’épandages massifs de glyphosate sur les cultures roundup ready, elle est devenue résistante au roundup!

Proliférant sans retenue dans des sols laminés, elle est à l’origine d’un retournement de milliers d’agriculteurs nord-américains qui réclament à cor et à cri des semences non transgéniques (voir mon Blog).

Or, au Mexique, l’amarante, qui est une plante très riche en protéines, sert à fabriquer de délicieux gâteaux, appelés « alegria » que j’ai eu le plaisir de déguster (voir photo).

En attendant, le système de la milpa ne fait pas l’affaire des grands semenciers comme Monsanto qui exercent une pression permanente sur le gouvernement mexicain pour qu’il fasse disparaître les semences traditionnelles et impose dans tout le pays les semences hybrides de maïs et les OGM pesticides.

Depuis la présidence de Vicente Fox (l’ancien patron de Coca Cola pour l’Amérique centrale!), plusieurs lois ont été votées qui servent précisément ce but. La dernière en date est un texte, intitulé « ley de semillas » (loi des semences) qui vise à interdire la vente et l’échange de semences qui ne soient pas certifiées dans un catalogue validé par le ministère de l’agriculture (voir mon film » Blé: chronique d’une mort annoncée »).

Dans le même temps, le gouvernement promouvait un programme , intitulé « maïs solidario » (!) Celui-ci consiste à proposer aux petits paysans des « paquets « , comprenant des semences de maïs hybride, des engrais chimiques et herbicides.

Gratuits la première année, ces « paquets » sont payés, pour moitié par le gouvernement , avec le soutien de la banque mondiale, et pour moitié par Monsanto et consorts. A charge pour les paysans de racheter des semences, la deuxième année, car les hybrides de maïs sont quasiment stériles à la seconde génération…

Enfin, récemment, une loi a été votée, destinée à encadrer les cultures transgéniques, en contradiction totale avec le moratoire toujours en vigueur!

Mais le Mexique n’est pas à une contradiction près: depuis la signature de l’Accord de libre échange nord-américain (ALENA) en 1994, avec les Etats Unis et le Canada, le gouvernement a laissé entrer dans le pays des millions de tonnes de maïs en provenance du grand voisin du nord.

Grassement subventionné par Washington, le maïs américain a poussé dans les bidonvilles des dizaines de milliers de petits paysans mexicains, car il est vendu trois fois moins cher que le maïs local, qui ne bénéficie, lui, d’aucune subvention.

Evidemment, le gouvernement américain n’a de cesse d’exiger de son homologue mexicain qu’il « libéralise » son économie, en démantelant les services publics ou les systèmes d’aide notamment à l’agriculture…

Lors de la présentation de mon film et livre à Mexico, Mérida, et hier à San Cristobal de las Casas, j’ai apporté mon soutien à la campagne « Sin maïs, no hay pais », conduite par une vaste coalition d’associations, qui dénoncent, à juste titre, le processus d’accaparement des semences du pays par les multinationales comme Monsanto.

Voici quelques liens qui rendent compte de ma visite dans le pays:

www.otrosmundoschiapas.org/index.php

www.jornada.unam.mx/2009/07/12/index.php

www.elpoderdelconsumidor.org/multimedia.html

Photos de Solène Charrasse:

1: la biodiversité du maïs traditionnel
2: communauté indienne
3: milpa
4: le haricot accroché au pied de maïs
5: dégustant une « alegria » ( gâteau d’amarante)

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