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Révélations en Argentine

Les choses bougent en Argentine! Il y a tout juste un an, au moment où j’étais citée comme témoin lors d’un procès contre les généraux de la dictature à Corrientes (voir ce Blog), je remettais un exemplaire de mon film et livre sur Monsanto , qui venaient tout juste de sortir en France, à Horacio Verbitsky, l’un des journalistes les plus renommés du pays. Il a écrit un premier papier sur les méfaits des cultures roundup ready dans Página 12, qui a déclenché -enfin!- l’intérêt des journalistes argentins anesthésiés par les retombées de la crise financière « et bien d’autres problèmes », comme m’avait dit Horacio. Puis, il a passé le dossier à Darío Aranda, qui, depuis, a mené l’enquête et publié une dizaine d’articles que j’ai cités sur mon Blog.

Dimanche dernier, Horacio Verbitsky a publié des révélations qui expliquent comment Monsanto a pu introduire son soja roundup ready en Argentine. J’invite les hispanophones à lire ce papier très fouillé.

Pour les non hispanophones, je résume l’essentiel de l’article. Je rappelle, d’abord, qu’au moment où Monsanto essaie de s’introduire en Argentine, le pays est dirigé par Carlos Meném, qui s’est ensuite réfugié au Chili, pour échapper à des poursuites pour corruption et trafic d’armes… Dans mon livre, je raconte comment Clarin, le grand quotidien argentin, qui tire à quelque 800 OOO exemplaires, mène une véritable propagande en faveur des cultures transgéniques, depuis leur lancement en 1996. C’est particulièrement vrai pour son supplément Clarín Rural, dirigé par un certain Héctor Huergo , qui pour la petite histoire, a refusé catégoriquement de me rencontrer lors de mon dernier voyage en Argentine. Et pour cause!

Voici ce que révèle Horacio Verbitsky: agronome de formation, Huergo est entré à Clarín en 1971. De février à novembre 1994 – au moment où Monsanto établit les premiers contacts en Argentine, il a laissé le « journalisme » pour diriger l’Institut national de technologie agricole (INTA) , l’équivalent de l’INRA, qui depuis des décennies conduisait la recherche publique pour le développement de variétés végétales « améliorées ». Un patrimoine national financé avec les deniers des contribuables . Sa mission fut courte, mais efficace, comme le rapporte Alberto Lapollan, agronome et historien, témoin des faits:

« A cette époque, Hurgo était l’homme de Monsanto. Il a déstructuré l’INTA, en livrant le capital génétique stratégique pour le pays aux entreprises privées comme Monsanto et Nidera (NDR: l’entreprise semencière à qui Monsanto vendra une licence pour la vente des semences transgéniques) et en leur permettant l’accès aux , archives secrètes de l’INTA dont les équipes de recherche ont été achetées par ces entreprises. Cela a permis à Monsanto de créer le soja Roundup ready sur la base de variétés de soja développées en Argentine pour les sols du pays. Tous ceux qui n’étaient pas d’accord ont été licenciés ».

Le deuxième homme de Monsanto c’était Felipe Solá, secrétaire à l’agriculture, qui, le 3 avril 1996, a signé l’autorisation de commercialiser les semences transgéniques « tolérante à l’herbicide glyphosate ». Sans aucun débat parlementaire, ni essai , ni loi encadrant les cultures transgéniques!

Entre-temps, Héctor Huergo était retourné à Clarín Rural pour faire la propagande de Monsanto. Réputé pour mener un « grand train de vie » , Huergo est lui même producteur de soja et dirige la fédération des agrocarburants!

Cette histoire rappelle étrangement ce qui s’est passé récemment en Indonésie où, comme je le révèle dans mon livre, Monsanto a été condamné pour corruption: la multinationale avait arrosé une centaine de hauts fonctionnaires pour introduire son coton BT…

Par ailleurs, lorsque j’étais en Argentine, j’ai été contactée par Eugenia Lagone, journaliste au journal Capital de Rosario (Rosario est la capitale de l’empire transgénique). Elle m’avait entendue sur Radio nacional parler de l’étude publiée par l’hôpital italien de Rosario sur les multiples maladies et malformations congénitales , enregistrées par l’équipe du Docteur Alejandro Oliva, qui dirige l’Unité de médecine environnementale et de santé reproductive de l’hôpital. Curieusement, la journaliste n’était pas informée de l’étude, publiée l’année dernière (que j’ai citée sur mon Blog). N’ayant pas le temps de répondre à ses questions (j’étais sur le point de m’envoler pour le Chili), je lui ai conseillé de contacter le Dr. Oliva. Ce qu’elle a fait. Voici son article très détaillé, ainsi que la réaction du ministre de la Santé de la province, Miguel Capiello qui cite mon livre:

www.lacapital.com.ar//contenidos/2009/04/05/noticia_0001.html

www.lacapital.com.ar/ed_impresa/2009/4/edicion_166/contenidos/noticia_5491.html

www.pagina12.com.ar/imprimir/diario/suplementos/rosario/10-18026-2009-04-07.html

Pour les lecteurs non hispanophones, je synthétise (de nouveau!) l’essentiel de l’étude, qui met en cause les PCB de Monsanto et le roundup ( à savoir le glyphosate, et surtout les surfactants qui composent le produit final). Il est intéressant de noter que les habitants des quartiers concernés par l’étude ont la malchance d’être exposés à un « cocktail » hautement toxique: les PCB, accumulés dans des décharges et les épandages aériens de roundup sur les champs de soja transgénique tout proches.

L’étude montre que l’incidence des malformatiosn congénitales chez les enfants est dix fois supérieure à celle enregistrée dans le reste de l’Amérique latine. Parmi elles: la criptorquidie (absence des testicules dans le scrotum, empêchant celles-ci de descendre) et l’hipospadias (malformation de l’urètre qui ne se prolonge pas jusqu’à la fin du pénis). Un phénomène déjà constaté par le Dr. Darío Gianfelici dans la province d’Entre Rios, aussi très exposée aux épandages du poison de Monsanto (voir mon livre).

Les scientifiques de l’hôpital de Rosario ont aussi constaté une explosion des cancers hormono-dépendants (cancer des testicules et des ovaires).

Je rappelle que les PCB et le roundup sont des perturbateurs endocriniens qui perturbent les systèmes hormonaux, ainsi que le prouvent de nombreuses études.

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