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La postface de l’édition poche de mon livre (3)

Postface, suite…

Les réactions de Monsanto et de ses supporters

Comment Monsanto a-t-il réagi à toutes ces mises en cause ? Pendant plus de neuf mois, par le silence, comme si la firme avait jugé préférable de se taire, pour tenter de « limiter les dégâts ». En France, les journalistes qui ont contacté le siège de sa filiale française, dans la banlieue lyonnaise, se sont fait gentiment éconduire, conformément à ce qu’avait annoncé le site de Monsanto France :

« Le film et le livre de Marie-Monique Robin sont les dernières illustrations de la frustration des opposants aux bio-technologies. Ces travaux sont tellement partiaux qu’ils n’appellent aucun commen-taire de la part de notre entreprise. »

D’où ce commentaire de mon confrère Hervé Kempf, grand spécialiste des OGM au Monde, que j’ai souvent cité dans ce livre: « Qui ne dit mot consent . » (Note: Le Monde, 10 mars 2008.)

La première critique n’est donc pas venue de la firme, mais d’une obscure association, l’Association française pour l’information scientifique (AFIS), sur son site pseudo-sciences.org . Comme je l’écrivais dans mon blog, le 9 mars 2008, deux jours avant la diffusion de mon film sur Arte, « des internautes vigilants m’ont signalé un article mis en ligne [quatre jours plus tôt] sur le site de l’AFIS, qui “se donne pour but de promouvoir la science contre ceux qui nient ses valeurs culturelles, la détournent vers des œuvres malfaisantes ou encore usent de son nom pour couvrir des entreprises charlatanesques”. […] Cette association est connue pour ses prises de position scientistes pures et dures et son soutien sans faille à l’establishment scientifique, dont elle es-time que la parole et les travaux ne sauraient être questionnés par des citoyens aussi ignares qu’impies, parce que non scientifiques. C’est précisément au nom de cette science “au-dessus de la mêlée” et qui n’a de compte à rendre à personne, qu’ont pu avoir lieu les grands scandales sanitaires des vingt dernières années : affaire du sang contaminé, crise de la vache folle, drame de l’hormone de croissance ou désastre cri-minel de l’amiante. »

Cet article critique de l’AFIS, signé d’un certain Marcel Kuntz, biologiste et directeur de recherche au CNRS, était précédé d’un « avant-propos » de Michel Naud, « ingénieur et chef d’entreprise », président de l’AFIS, lequel se revendiquait par ailleurs comme un « rationaliste scientifique » et un « bright » – un « brillant », étrange appellation d’un mouvement promouvant une croyance quasi messianique dans le progrès scientifique (Note: « Un bright est un individu qui porte un regard naturaliste sur le monde. La compréhension qu’un bright a de l’univers est libre de tout élément surnaturel ou mystique. Les brights fondent leur éthique et leur comportement sur une compréhension naturaliste de l’univers » (). Sur le même site, la profession de foi de Michel Naud est disponible à l’adresse )

Il est intéressant de noter que, pour lancer leur « mise en garde » contre ce que Michel Naud appelle les « contrevérités et approximations relayées sans esprit critique » de mon enquête sur Monsanto, les rédacteurs de l’AFIS n’ont rien trouvé de mieux que d’avoir recours à la calomnie et à la désinformation. Parmi les quelque deux cents reportages et documentaires que j’ai réalisés pour la télévision, ils en ont retenu deux qui leur semblaient pouvoir jeter le discrédit sur mon travail : l’un, intitulé Voleurs d’organes, qui m’a valu en 1995 sept prix internationaux, dont le prix Albert Londres ; et l’autre, intitulé La Science face au paranormal, diffusé en 2004 sur Canal Plus et Arte (Note: Voir aussi mes deux livres : Voleurs d’organes. Enquête sur un trafic, Bayard Éditions, Paris, 1996 ; et Le Sixième Sens. Science et paranormal, Éditions du Chêne, Paris, 2002).

Je ne reviendrai pas sur la réponse substantielle que j’ai adressée à l’AFIS et j’invite le lecteur à lire les neuf messages que j’ai placés sur mon blog à ce sujet (dans la rubrique « Les nouvelles de la toile ») (Note: Voir aussi deux critiques très pointues de l’article de l’AFIS : ; ).

Mais je dois souligner ici que, dans le long article de Marcel Kuntz, celui-ci semble gêné aux entournures, car il est incapable de démonter ce qui, aux yeux de tous les commentateurs honnêtes, constitue le cœur de mon investigation, à savoir, comme je l’ai écrit dans mon blog :
« 1) Le “principe d’équivalence en substance” ne repose sur aucune donnée scientifique, mais sur une “décision politique” de la Maison-Blanche, destinée à favoriser, au plus vite, la mise sur le marché des OGM, en permettant que les produits issus des bio-technologies échappent aux tests sanitaires ou environnementaux ;
« 2) ce principe d’équivalence en substance était vivement critiqué par les propres scientifiques de la FDA qui pensaient, au contraire, que le processus de manipulation génétique pouvait entraîner des “risques spécifiques” et recommandaient donc que les OGM soient minutieusement testés avant leur mise sur le marché, mais ils n’ont pas été écoutés ;
« 3) effectivement, ce “principe a évolué depuis l’origine”, puisque le Codex alimentarius de l’ONU recommande depuis… 2000 qu’il soit considéré comme une “étape”. Mais c’était quatre ans après la mise sur le marché du soja Roundup ready, qui recouvre aujourd’hui des millions d’hectares ;
« 4) les chercheurs européens ont brillé par leur silence quand ce principe a été introduit, sous la houlette de la FDA et de Monsanto, au début des années 1990, à l’OMS, la FAO et l’OCDE, alors qu’aucun OGM n’était encore cultivé (cf. chapitre 8 de mon livre). »

À l’évidence, l’AFIS ne se distanciait gère de l’argumentaire de Monsanto, ainsi qu’a pu le vérifier en mars 2008 la journaliste Christina Palmeira, la correspondante parisienne du journal brésilien Carta Capital, à qui les représentants français de la firme ont décliné sa demande d’interview, en la renvoyant sur… l’AFIS ! (Note: Christina PALMEIRA, « Sementes do poder », , 20 mars 2008).

Et puis, comble de malchance pour mes détracteurs, le 29 mars 2008, je pouvais publier sur mon blog une lettre disponible sur Internet, adressée par le docteur Marcel-Francis Kahn à Christian Vélot, enseignant-chercheur en génie génétique moléculaire à l’université Paris-Sud, l’un des rares scientifiques français qui ont eu le courage de dénoncer l’absence d’évaluation sérieuse des plantes pesticides de Monsanto, et qui fut menacé de perdre son travail.

Voici ce qu’écrivait le docteur Kahn, qui a démissionné de l’association scientiste en dénonçant ses liens – et notamment ceux du… docteur Marcel Kuntz – avec Monsanto : « Je viens de signer la pétition protestant contre la suppression des facilités de recherche dont vous bénéficiez. L’élément suivant peut vous intéresser. Je faisais partie du comité scientifique et de patronage de l’AFIS, qui édite le bulletin Science et pseudo-sciences. Je combats depuis longtemps en médecine tous les charlatanismes.
« Il ne vous a peut-être pas échappé que, sous l’influence de son rédac chef Jean-Paul Krivine, l’AFIS s’est transformée sans que notre avis soit sollicité en un véritable lobby pro-OGM. Certes, je ne suis pas du tout persuadé que le maïs 810 ou d’autres soit toxique. Ce que j’ai lu ne m’en convainc pas. Mais, en revanche, je combats la stratégie monopolistique agressive de Monsanto et de ses diverses sociétés écrans. J’ai donc demandé à la rédaction de Science et pseudo-sciences que […] Marcel Kuntz et Louis-Marie Houdebine indiquent leurs liens avec Monsanto et ses filiales, comme en médecine (je m’occupe d’un journal scientifique médical et il est devenu obligatoire de préciser ce qu’on nomme “conflit d’intérêt”. »

Il faudra attendre la sortie en novembre 2008 de l’édition en portugais de ce livre au Brésil – où étaient cultivés en 2007, on l’a vu, plus de 15 millions d’hectares de soja RR – pour enregistrer une première réaction officielle de la firme de Saint Louis, expliquant dès le jour de mon arrivée dans le pays (le 8 décembre 2008) sur le site Web de sa filiale brésilienne que mon « livre-documentaire » « tend à dénigrer l’image de Monsanto ».

Le communiqué passe en revue tous les sujets traités dans mon enquête et qui manifestement fâchent la multinationale (et à ce titre il est fort instructif) : les PCB, l’hormone de croissance, l’agent orange, le Roundup, les revolving doors, la police des gènes, etc., avec la mauvaise foi et le déni habituels : on peut y lire, par exemple, qu’« aucune étude scientifique n’a pu montrer le lien causal entre une exposition aux PCB et le cancer » ! (Note: .)

Le 20 décembre, Annie Gasnier, correspondante du Monde au Brésil, et qui était présente à la projection-débat organisée par le consul de France à Rio de Janeiro, a eu la bonne idée d’appeler le service de communication de Monsanto Brésil, lequel a avoué que le communiqué était « une traduction littérale du texte envoyé par le siège américain de la firme ».

D’où le commentaire de la journaliste :

« La réaction publiée témoigne de l’importance du Brésil dans la stratégie de la multinationale. » Au passage, ma consœur révèle une information qui confirme tout ce que j’ai écrit dans ce livre : « Dans le Sud, des agriculteurs tentent d’abandonner le soja OGM, déçus par les rendements, mais ils ne trouvent plus de graines traditionnelles à cultiver. »

Alors que j’étais au Brésil, Soazig Quemener, journaliste au Journal du dimanche, a cherché à m’interviewer. Malheureusement, mon programme très chargé et le décalage horaire ne m’ont pas permis de répondre à ses questions. Le 14 décembre 2008, le journal a publié une interview de Laurent Martel, le directeur de Monsanto France, qui constitue une anthologie de langue de bois. Commentant mon livre, il déclare :

« C’est un livre à charge qui assène tout un tas d’erreurs. » On n’en saura pas plus, car aussitôt le cadre de Monsanto enfourche le cheval habituel de la firme : « En France, nous sommes avant tout des agronomes qui travaillons au service des agriculteurs. Monsan-to participe à des défis essentiels. Nous sommes 6,5 milliards d’habitants sur Terre, nous serons 9 milliards d’ici quarante ans… »

Mais, auparavant, j’ai été l’objet d’une assez extraordinaire campagne de dénigrement de mon travail, conduite sur le Web par quelques internautes jouant les spécialistes et signant leurs attaques de divers pseudos (« Anton », « Gatteca », « Zobi », « Ryuujin » ou « GPF »). Postant leurs commentaires à toute heure du jour et de la nuit – y compris le soir du nouvel an ! – sur mon blog et sur bien d’autres , comme s’ils n’avaient que cela à faire, ces partisans fanatiques des OGM ont prétendu démolir, point par point, mon enquête. Curieusement, tous – à moins que ce ne soit une seule et même personne, travaillant pour le compte d’une agence de communication spécialisée dans le « marketing viral », pratique que j’ai évoquée dans ce livre – ont décliné ma proposition de participer ensemble à un débat public, préférant garder leur anonymat somme toute bien confortable.(Note: Voir notamment )

Ainsi que je le soulignais précédemment, ceux que je dénomme sur mon blog « mes détracteurs personnels » et qui ont avoué, pour certains, qu’ils n’avaient pas lu mon livre ni vu mon film, se gardent bien en tout cas de revenir sur les points essentiels de mon investigation : l’inanité du « principe d’équivalence en substance », dont découle l’absence (voire la manipulation) d’études scientifiques sérieuses sur les OGM (comme avant sur les PCB, la rBGH, etc.) et le système des revolving doors qui permet de tout verrouiller.

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