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« Torture made in USA » : une bien étrange affaire …(2)

Voici, donc, comme suite à mon précédent message les textes que j’ai adressés au service de presse de Canal +, pour préparer la projection à la presse du film de 85 minutes, initiatlement prévue le 5 février, ainsi que le Mail adressé par les organisteurs du festival de Genève, confirmant sa sélection en compétition officielle.

« TORTURE MADE IN USA »
résumé

Les représentants de l’administration Bush peuvent-ils être poursuivis pour « crimes de guerre » ?
C’est à cette question, ouvertement débattue aux Etats Unis depuis quelques mois, que tente de répondre « Torture made in USA ». Ce documentaire d’investigation, qui s’appuie sur des interviews exclusives de grands témoins, comme le général Ricardo Sanchez, l’ancien chef des forces de la coalition en Irak, Larry Wilkerson, l’ancien chef de cabinet de Colin Powell, ou Matthew Waxman, l’ ancien conseiller de Condoleeza Rice à la Maison Blanche, mais aussi sur des archives filmées inédites des auditions parlementaires conduites entre 2004 et 2008, notamment par la commission des forces armées du sénat, décortique la machine qui a conduit la « plus grande démocratie du monde » à utiliser massivement et systématiquement la torture en Afghanistan, à Guantanamo et en Irak.
On découvre que, dès le lendemain des attentats du 11 septembre, le vice-président Dick Cheney a piloté un programme secret, destiné à « légaliser » la torture, en totale violation des Conventions de Genève (dont on fête en 2009 le soixantième anniversaire), mais aussi de la Convention contre la torture (signée par les Etats Unis) et des lois américaines comme le War Crimes Act de 1996 qui prévoit la peine de mort ou la prison à vie pour ceux qui utilisent la torture.
On découvre aussi que, dès le début, l’administration Bush était parfaitement consciente que le fait de ne pas respecter les lois internationales et américaines pouvait la conduire devant les tribunaux, et que pour se protéger d’éventuelles poursuites, elle a eu recours à des juristes , proches de Dick Cheney et de Donald Rumsfeld, pour « justifier » par des arguments juridiques l’usage de la torture, dont la technique du « waterboarding » (simulacre de la noyade).
On découvre encore que pour couvrir ses troupes, le Pentagone a décidé de détourner un « programme d’entraînement » alors éminemment secret, baptisé Survival Evasion Resistance and Escape (SERE) et dirigé par des psychologues principalement à Fort Bragg , l’école militaire des « forces spéciales ». Destiné à la fleur des officiers, ce programme vise à les entraîner à résister à la … torture, dans le cas où ils tomberaient dans les mains d’ennemis peu respectueux des … Conventions de Genève .
On découvre, enfin, que le programme de torture a généré beaucoup de résistances au département d’Etat, mais aussi chez les chefs militaires, très attachés aux Conventions de Genève, et opposés à cette « conspiration criminelle », pour reprendre les termes de Michael Ratner, le président du Centre pour les droits constitutionnels …

TORTURE MADE IN USA
Intention

« Celui qui combat le monstre doit veiller à ne pas le devenir lui-même »..
Nietzsche

Le 1er septembre 2003, Canal + a diffusé mon documentaire « Escadrons de la mort : l’école française » , au moment où je finissais la rédaction de mon livre éponyme, publié aux Editions La Découverte . Dans cette enquête au long cours (rediffusée en septembre 2004 sur ARTE), je racontais comment le gouvernement français avait exporté les techniques dites de la « guerre anti-subversive », utilisées pendant la « Bataille d’Alger », vers les académies militaires d’ Amérique du Nord et du Sud.

Ces révélations sur la « doctrine française », où la recherche du renseignement , et donc la torture, ont été érigées en arme principale de la lutte contre le terrorisme, avaient provoqué une « commotion nationale » en Argentine, au point de précipiter la réouverture des procès contre les généraux de la dictature : aujourd’hui, les trois généraux argentins (anciens « élèves » des Français) qui m’avaient accordé une interview sont aux arrêts domiciliaires, et mon film et livre (traduits en espagnol) servent de pièces à conviction dans les tribunaux, où je suis régulièrement citée comme témoin par les juges et parties civiles.

Aux Etats Unis, la diffusion de mon enquête a coïncidé avec le « scandale d’Abou Ghraib » (avril 2004). Peu après, j’ai été contactée par Kenneth Roth, le directeur exécutif de Human Rights Watch (et ancien procureur de New York) qui m‘a demandé de participer à la rédaction d’un livre collectif, avec quinze autres auteurs internationaux, dont John McCain . Intitulé Torture, cet ouvrage retrace l’histoire de la « question », depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, et dresse un premier bilan des cas de torture pratiqués par l’armée américaine et la CIA, en Afghanistan, à Guantanamo et en Irak, recueillis par l’organisation humanitaire.

« Tout indique qu’il y a des directives secrètes de l’Administration Bush qui encouragent l’usage de la torture, mais, pour l’heure, nous n’en avons pas la preuve », m’avait alors dit Minky Worden, la coordinatrice du livre à Human Rights Watch.
Voilà comment j’ai proposé une nouvelle enquête à Canal + , qui confirme qu’effectivement l’administration sortante américaine a délibérément piétiné les lois internationales et nationales, en instituant un véritable « régime de torture », pour reprendre les mots de Kenneth Roth, le président de Human Rights Watch . Celui-ci déplore aujourd’hui « l’effet boomerang de l’exemple américain » : depuis trois ans, son organisation a enregistré une « explosion de l’usage de la torture dans de nombreux pays du monde ». Et d’ajouter : « Si les responsables de cette lamentable affaire ne sont jamais jugés pour leurs crimes, les Etats Unis pourront se targuer d’avoir fait reculer l’humanité d’au moins cent ans en arrière ».
En attendant, une chose est sûre : les arguments développés par l’administration Bush pour justifier la torture sont les mêmes que ceux développés par les théoriciens de « l’école française », et tout indique qu’ils sont aussi… fallacieux . Indéfendable d’un point de vue éthique et moral, la torture s’est avérée aussi inefficace dans « la guerre contre la terreur » lancée après les attentats du 11 septembre, qu’en Algérie, Argentine, ou au Vietnam, en d’autres temps.
Après « Escadrons de la mort : l’école française », « Torture made in USA » boucle la boucle …

Marie-Monique Robin
Janvier 2009

Mail du Festival international des droits humains, de Genève:

Sujet : Urgent FIFDH Selection de TORTURE MADE IN USA
Date : Mon, 02 Feb 2009 17:00:50 +0100
De : Daphne Rozat FIFDH

Bonjour,

*J’ai le plaisir de vous annoncer que TORTURE MADE IN USA a été
sélectionné pour la compétition grand reportage du Festival du Film et
Forum International sur les Droits Humains qui se déroulera du 6 au 15 mars 2009 à Genève.
Merci de me confirmer par écrit dans les meilleurs délais que le film
sera disponible du 6 au 15 mars 2009.

Je vous remercie par avance et reste à votre disposition pour plus d’information.

Bien cordialement,

Daphne Rozat
Chargée Programmation Films
+41 22 809 69 02
*7 edition du Festival du film et Forum sur les Droits Humains
6 MARS >15 MARS 2009
*

Photo: la jaquette du DVD du film de 85 minutes proposée par Nicolas Guignard de AV Distri (qui a diffusé le DVD avec mes films « Les pirates du vivant » et « Argentine: le soja de la faim », également produits par Galaxie) , et validée par Galaxie.

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