Je vous écris du Pérou

Je vous écris (rapidement, car c’est la course!) du Pérou, où je poursuis ma tournée latinoaméricaine, après le Brésil en décembre dernier.

J’ai été invitée à présenter mon film et livre lors d’un séminaire organisé par un collectif d’associations pour sensibiliser la société civile, les journalistes et les hommes politiques aux dangers que font courir les plantes transgéniques à la biodiversité.

Or, comme l’a rappelé Antonio Brack, le ministre de l’environnement qui a ouvert le séminaire, le « Pérou représente l’un des pays mégadivers », avec l’une des plus grandes biodiversités (tant en espèces végétales qu’animales) du monde.

J’ai discuté pendant plus d’une heure avec le ministre, un écologue péruvien réputé, à qui j’ai remis une copie de mon film et livre, et qui s’oppose fermement à l’introduction des OGM dans son pays, au moment où est discuté un projet de loi censé « encadrer la culture des plantes transgéniques ».

Tout indique qu’un trafic organisé de semences transgéniques illégales de maïs BT a commencé à contaminer certaines régions du Pérou, ce qui rappelle étrangement le scénario paraguayen et brésilien, qui a conduit à la légalisation forcée des cultures transgéniques…

L’enjeu est énorme, car, comme la rappelé la Dr. Antonieta Gutiérrez, de l’Université agronome de Lima, dans sa contribution au séminaire, à l’instar de Mexique, le Pérou représente l’un des réservoirs génétiques du maïs. Celui-ci est « cultivé des zones littorales jusqu’à 3000 mètres d’altitude », preuve , s’il en était besoin, que les millions de paysans péruviens qui entretiennent cette extraordinaire biodiversité depuis des millénaires, n’ont pas attendu le « génie génétique » de multinationales comme Monsanto, pour développer des variétés adaptées aux terroirs, climats, et aléas agronomiques. Même chose pour la pomme de terre, dont le Pérou constitue le centre d’origine, avec des milliers de variétés cultivées partout dans le pays.

Le problème pour Monsanto et consorts c’est que ces variétés ne sont pas brevetées, car les paysans continuent de développer leurs propres semences, au besoin en les échangeant avec leurs voisins.

Or, par l’un des plus « grands hasards », le Pérou vient d’adopter récemment une loi autorisant le brevetage des semences, ce qui ouvre la voie aux OGM de Monsanto et consorts…

J’ai donné hier une conférence de presse devant 25 journalistes (des photos suivront). Il est intéressant de noter que le gouvernement péruvien subit actuellement de nombreuses pressions pour interdire l’étiquetage des OGM, qui entrent déjà dans le pays, notamment sous forme d’huile de soja importée du Brésil.

Etonnant, non?

Pour les hispanophones, voici deux liens vers le journal El Comercio qui représente le plus grand journal du Pérou et qui a centré mon interview sur le débat autour de l’étiquetage.

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