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Un document de la CE prédit que la contamination est inévitable

La contamination des cultures conventionnelles et biologiques par les variétés transgéniques est inévitable en particulier pour des plantes comme le colza et le maïs qui sont des plantes allogames, c’est à dire qui se reproduisent par pollinisation croisée (à la différence des plantes autogames, comme le blé ou le soja, qui , ayant leurs propres organes mâles et femelles, assurent leur propre reproduction).
Transporté par le vent ou les insectes, le pollen des plantes allogames se déplace sur des dizaines de kilomètres, rendant impossible toute tentative de ségrégation des cultures, ainsi que le reconnaît un document secret de la Communauté Européenne dont Greenpeace international s’est procuré une copie:

www.biotech-info.net/high_costs.html

Je retranscris ici le passage de mon livre où je citais ce document, situé à la fin du chapitre ‘Blé transgénique: la bataille perdue de Monsanto en Amérique du nord » (voir mon Blog).
Je rappelle que si Monsanto a dû renoncer à la mise sur le marché de son blé roundup ready, c’est principalement parce que les grands producteurs d’OGM (colza, maïs, soja, coton) d’Amérique du Nord, n’en ont pas voulu, pour deux raisons: la première était d’ordre économique (ils allaient perdre leurs marchés à l’exportation), et la deuxième concernait précisément les risques de contamination des variétés conventionnelles. En effet, même si comme je viens de le dire le blé est une plante autogame pour laquelle on estime que seuls 10% du pollen se disséminent dans l’environnement (contrairement au maïs et au colza , dont la quasi totalité du pollen se déplace sur de larges distances), il n’en reste pas moins que la contamination transgénique n’allait pas épargner non plus la céréale dorée…
C’est ce qu’a conclu une étude dirigée par René van Acker, un agronome de l’université de Manitoba, à la demande de la Commission canadienne du blé, qui voulait vérifier les risques de dissémination, si le blé roundup ready était libéré dans les prairies.

DÉBUT EXTRAIT

« Nous avons réalisé des tests dans vingt-sept silos de semences certifiées de colza non transgénique et nous avons constaté que 80 % étaient contaminés par le gène Roundup ready, m’explique René van Acker, lorsque je le rencontre en septembre 2004 à Ottawa. Ce qui veut dire qu’aujourd’hui, la quasi-totalité des champs de colza canadiens comptent des plantes Roundup ready. Quant au colza biologique, il a déjà disparu au Canada où il est difficile de trouver cinq kilomètres carrés qui n’aient pas d’OGM.

– En quoi l’expérience du colza pouvait-elle servir pour le blé ?

– La Commission canadienne du blé nous a demandé de vérifier si le gène Roundup ready était susceptible de passer d’une culture de blé à l’autre, me répond l’agronome. Pour cela, nous avons construit une modélisation du flux de gènes, qui, dans le colza, s’opère à partir de ce que nous appelons des “ponts de gènes”. Nous avons comparé tous les éléments de la modélisation, un par un, et nous avons conclu que la situation serait similaire pour le blé et qu’un flux de gènes était aussi possible.

– Ne pouvait-on pas organiser deux filières distinctes, fondées sur la ségrégation des grains ?, dis-je, en reprenant l’argument régulièrement avancé par les promoteurs des biotechnologies.

– C’est impossible, me répond l’agronome. Inévitable, la contamination dans les champs rend inefficace toute tentative de ségrégation en amont. »

De fait, cette conviction est partagée par les propriétaires de silos à céréales, ainsi que le confirme un sondage réalisé en 2003 par l’Institute for Agriculture and Trade Policy de Minneapolis . On y découvre que 82 % des professionnels contactés étaient « très préoccupés » par la commercialisation éventuelle du blé RR, parce qu’« il est impossible d’avoir un système de ségrégation avec une tolérance zéro ».

De même, en 2001, une note de service interne d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, adressée au ministre de l’Agriculture Lyle Vanclief, que Greenpeace a pu se procurer, révèle que l’argument de la ségrégation ne convainc pas les fonctionnaires ministériels eux-mêmes : « Si le blé transgénique est autorisé, il sera difficile et coûteux de le maintenir séparé du blé non transgénique dans l’ensemble des activités de production, de manutention et de transport », peut-on y lire .

À noter que c’est aussi l’avis des instances européennes qui, officiellement, tiennent pourtant un tout autre discours, censé rassurer leurs populations récalcitrantes. Ainsi, un rapport secret remis à l’Union européenne en janvier 2002, dont Greenpeace s’est procuré une copie, confirme que l’introduction des cultures transgéniques en Europe constituerait un coup fatal pour l’« agriculture biologique et familiale » du colza, mais aussi pour les « grands producteurs de maïs conventionnel » et que la coexistence de cultures conventionnelles et transgéniques « sur une même ferme semble un scénario irréaliste, y compris sur les grandes exploitations ».
Conscient de la « sensibilité » de ces conclusions, Barry McSweeney, le directeur du centre de recherche de l’Union européenne, a cru bon de joindre une lettre au rapport, dans laquelle il écrit :
« Étant donné la sensibilité du sujet, je suggère que ce rapport soit réservé uniquement à l’usage interne de la Commission . »

« Est-ce que la contamination transgénique est réversible ?, ai-je demandé à René van Acker, un peu affolée par toutes ces informations.

– Malheureusement, je pense que non, soupire-t-il. Il n’y a pas de marche arrière possible. Une fois qu’un OGM a été lâché dans la nature, on ne peut plus le rappeler… Si on voulait supprimer le colza transgénique dans l’Ouest du Canada, il faudrait demander à tous les paysans d’arrêter de cultiver cette plante pendant au moins dix ans. Ce qui est impossible, car le colza représente notre deuxième production nationale, avec 4,5 millions d’hectares cultivés…

– Quelles sont les conséquences pour la biodiversité ?

– C’est une question très importante, notamment pour le Mexique, qui est le centre d’origine du maïs, ou pour les pays du Croissant fertile, où est né le blé. Le Canada et les États-Unis exportent vers ces régions du monde : si les transgènes s’insèrent dans les espèces sauvages et traditionnelles de maïs ou de blé, cela entraînera un appauvrissement dramatique de la biodiversité. De plus, se pose le problème des droits de propriété intellectuelle. L’affaire de Percy Schmeiser montre que Monsanto considère que toute plante lui appartient dès lors qu’elle contient un gène breveté : si ce principe n’est pas remis en cause, cela veut dire qu’à terme, la firme pourrait contrôler les ressources génétiques du monde qui constituent un bien commun. Regardez ce qui se passe au Mexique, nous sommes déjà à la croisée des chemins… »

FIN DE L’EXTRAIT

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