Le « golden rice »

N’en déplaise au cher Zobi, je maintiens que le « riz doré » est un « miroir aux alouettes », ainsi que me l’a d’ailleurs confirmé le journaliste du journal Le Temps (Genève) qui est bien placé pour suivre ce dossier de près. Il a confirmé tout ce que j’ai écrit à ce sujet dans mon livre (voir ci-dessous): la performance agronomique du riz doré est si dérisoire qu’il faudrait que les enfants en absorbent une quantité de neuf kilos par jour, pour couvrir leurs besoins en pro-vitamine A…

Pour les fabricants, en revanche, l’introduction du riz doré permet d’introduire en Asie le premier riz OGM , ouvrant ainsi la porte aux semences brevetées de cet aliment fondamental…

Plutôt que de bricoler le riz, on ferait mieux d’encourager les paysans à développer leurs cultures vivrières plutôt que de les piéger avec des cultures de rente comme le coton qui font leur malheur.

Pour faire le point sur ce dossier, brandi comme un trophée par les pro-OGM, depuis une dizaine d’années, sans que rien de concret n’ait jamais vu le jour, j’encourage les lecteurs à parcourir cet excellent dossier.

EXTRAIT DE MON LIVRE

« Contrairement à ce qu’affirme Monsanto, elle n’est pas une entreprise agricole, mais chimique, affirme Marc Brammer, un analyste financier de New York. La preuve en est que les seuls OGM qu’elle a réussi à mettre sur le marché sont des plantes résistantes à son herbicide vedette, le Roundup, qui représente toujours 30 % de son chiffre d’affaires , ou des plantes insecticides. Ces produits n’ont aucun intérêt pour les consommateurs, qui attendent toujours les OGM miracles que la firme n’a cessé de leur promettre, comme le riz doré qu’elle a annoncé à grand renfort de publicité. »

Pour être précise, la firme de Saint-Louis n’a pas inventé le fameux « riz doré », qui fut bricolé, avec les meilleures intentions du monde, par deux chercheurs européens : le Suisse Ingo Potrykus (Zurich) et l’Allemand Peter Beyer (Fribourg).
Ce riz OGM était censé produire de la beta-carotène, la vitamine A, que l’on trouve abondamment dans les carottes, dont la déficience entraîne, chaque année, la mort d’un million d’enfants du tiers monde et provoque la cécité de 300 000 autres.

Publiés dans Science en 2000, les résultats de laboratoire semblaient si prometteurs que le « riz doré » fit la une de nombreux journaux comme l’incarnation des « belles promesses » des biotechnologies.
Financés par la Fondation Rockefeller, les deux chercheurs décident de lancer leur bébé sur le marché, mais ils se trouvent confrontés à un inextricable problème de brevets : pour fabriquer leur « riz doré », ils ont utilisé des gènes et procédés couverts par pas moins de soixante-dix brevets appartenant à trente-deux entreprises ou centres de recherche !

Autant dire qu’à moins de vendre les précieuses graines à prix d’or, l’affaire est condamnée à l’échec. C’est là qu’intervient une association philanthropique, du nom de… Monsanto. Lors d’une conférence agricole organisée en Inde en août 2000, la firme annonce qu’elle va « faire don de certains de ses brevets pour accélérer l’utilisation du riz OGM, qui pourra sauver des millions d’enfants sous-alimentés ».

« Le développement de ce riz, assure alors Hendrik Verfaillie, qui succédera bientôt à Robert Shapiro à la tête de la firme de Saint Louis, , montre clairement que les biotechnologies peuvent aider non seulement les pays occidentaux mais aussi les pays en voie de développement . »
Seulement voilà : le « riz doré » a fini dans les oubliettes de l’histoire, car dès qu’il a été cultivé dans des conditions réelles, il produisait une quantité de béta-carotène si dérisoire qu’il ne servait absolument à rien…
« On n’a jamais su pourquoi, commente Marc Brammer, mais cette histoire illustre bien les inconnues qui entourent le processus de manipulation génétique. Or, celles-ci constituent un risque pour la performance de Monsanto à moyen et long terme : rien ne peut nous assurer que les OGM ne seront pas l’agent orange de demain… »

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