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Rush 9: le soja roundup ready n’est pas « équivalent » au soja conventionnel

Je mets en ligne l’interview que j’ai réalisée en Californie de Britt Baley qui a répété l’une des (deux) études réalisées par Monsanto censées montrer que le soja roundup ready était « équivalent en substance » au soja conventionnel.

Je rappelle que pour confirmer la validité scientifique du « principe d’équivalence en substance », la firme de Saint Louis a réalisé deux études:
– une étude toxicologique censée prouver l’innocuité du soja transgénique. Dans mon film, celle-ci est critiquée comme de la « mauvaise science » par le Pr. Ian Pryme de l’Université de Bergen. Cette étude n’a duré que 28 jours, sur des rats adultes, dont la diète n’a pas été précisément définie, sans examen des intestins ni des estomacs, etc. J’ai déjà retranscris sur mon Blog la partie de mon livre concernant l’interview du Pr. Pryme (Rubrique « les nouvelles de la toile »/ « l’AFIS attaque 5″).

– une étude censée prouver que la composition organique d’un grain de soja roundup ready est similaire à celle d’un soja conventionnel. C’est précisément cette étude que Marc Lappé, aujourd’hui décédé, et Britt Baley ont répétée dans leur laboratoire, où ils ne sont pas arrivés aux mêmes conclusions que Monsanto…

Je reproduis ici l’extrait de mon livre où je rapporte cette interview.

EXTRAIT (chapitre 8)

Nous entrons là dans l’ultime phase du « plan d’action » élaboré, comme nous l’avons vu, un jour d’octobre 1986 (voir chapitre précédent).

Consciente que le lancement du soja Roundup ready doit être sans faute, parce qu’il trace la voie de tous les OGM qui suivront, la firme de Saint-Louis a décidé d’avoir recours au mécanisme de la « consultation volontaire » prévu par la directive de la FDA.

C’est ainsi que le docteur Roy Fuchs, le directeur scientifique de Monsanto qui siégeait assidûment dans les « workshops » onusiens, a été chargé de concevoir deux études, dont le but était d’apporter la preuve scientifique que le principe d’équivalence en substance est bien fondé (ce qui confirme que les textes de la FAO, l’OMS et l’OCDE étaient purement théoriques et ne reposaient sur aucune donnée scientifique…).

La première visait à comparer la composition organique du soja Roundup ready avec celle du soja non transgénique, en mesurant notamment les taux de protéines, graisse, fibres, hydrates de carbone et d’isoflavones présents dans les deux types de grains, c’est-à-dire tous les constituants déjà connus de l’oléagineuse.
Autrement dit, on n’a pas cherché à savoir si le soja transgénique contenait dans sa structure moléculaire des substances inconnues ou (légèrement) transformées dues aux effets de la manipulation génétique.
Supervisée par Stephen Padgette, l’étude a finalement été publiée en 1996 dans The Journal of Nutrition, une revue scientifique de référence, et ses résultats sont sans surprise : « La composition des graines de soja résistant au glyphosate est équivalente à celle des graines de soja conventionnel », annonce son titre .

Mais cette étude est loin de faire l’unanimité, notamment parce que ses auteurs ont « omis » d’y inclure un certain nombre de données, ainsi que l’a découvert Marc Lappé, un toxicologue renommé, fondateur du CETOS (Center for Ethics and Toxics) de Gualala (Californie).

« Que montrent les données omises ?, s’interroge-t-il en 2001 dans The Los Angeles Times. D’abord, un niveau significativement plus bas de protéine et d’un acide gras dans les grains de soja Roundup ready. Puis, un niveau significativement plus bas de phénylalanine, un acide aminé essentiel qui peut potentiellement affecter le niveau des principaux phytœstrogènes liés à la production d’œstrogène pour laquelle les dérivés du soja sont souvent prescrits et consommés. Ensuite, après cuisson, des niveaux plus élevés de l’inhibiteur de la trypsine, un allergène connu, dans les grains de soja Roundup ready que dans le groupe contrôle . »

Pour le néophyte, ces données techniques sont sans doute un peu rébarbatives, mais si je prends la peine de les traduire, c’est précisément pour souligner qu’en matière de sécurité alimentaire, on ne peut pas se contenter du « grosso modo » qu’implique le principe d’équivalence en substance.
En d’autres termes : soit les grains transgéniques sont strictement similaires à leurs homologues conventionnels, soit ils ne le sont pas. Et s’ils ne le sont pas : en quoi et quelles conséquences sanitaires cela peut-il avoir ?

C’est précisément pour en avoir le cœur net que Marc Lappé (décédé en 2005) et sa collègue Britt Bailey ont décidé de répéter l’expérience menée par Stephen Padgette.
« Pour notre étude, m’explique Britt Bailey, que j’ai rencontrée à San Francisco en octobre 2006, nous avons planté des graines de soja Roundup ready, ainsi que des graines issues des lignées conventionnelles d’origine, la seule différence étant la présence du gène Roundup ready dans les graines de Monsanto. Je précise que nous avons réalisé les cultures dans des sols strictement identiques, avec les mêmes conditions climatiques pour les deux groupes. Les pousses de soja transgénique ont été aspergées de Roundup, en respectant les recommandations de Monsanto. En fin de saison, nous avons récolté les grains issus des deux groupes et nous avons comparé leur composition organique.

– Quels furent les résultats ?

– Nos analyses ont montré des différences importantes entre le soja Roundup ready et le soja conventionnel, et notamment un niveau d’isoflavones, et donc de phytœstrogènes, de 12 % à 14 % moins élevé, ce qui prouve clairement que la composition du soja Roundup ready n’est pas équivalente au soja conventionnel. Nous avons envoyé nos données à la FDA, mais elle ne nous a jamais répondu…

– Comment a réagi Monsanto ?

– Nous avons proposé notre étude au Journal of Medicinal Food, qui l’a donc soumise à des relecteurs. Elle a été acceptée et sa publication a été fixée au 1er juillet 1999 . Curieusement, une semaine avant la publication, alors que selon l’usage l’article était encore sous embargo, l’Association américaine du soja (American Soybean Association, ASA), connue pour ses liens avec Monsanto, a publié un communiqué de presse affirmant que notre étude n’était pas rigoureuse. Nous n’avons jamais su d’où venait la fuite… »

J’ai retrouvé le communiqué de l’association (dont je rencontrerai bientôt le vice-président) sur le site britannique de… Monsanto, qui en présente une version française ! « L’ASA a foi dans les analyses de soja Roundup ready menées par les services de tutelle aux États-Unis et dans le monde et aux études scientifiques qui les étayent et qui montrent une équivalence entre le soja Roundup ready et le soja classique… », y est-il écrit dans une langue de bois qui égratigne un peu la langue de Voltaire …

« Comment expliquez-vous que Monsanto ait conclu que les deux sojas étaient équivalents ?, ai-je demandé à Britt Bailey.

– Je pense que la faille principale de leur étude, c’est qu’ils n’ont pas arrosé les grains avec du Roundup, ce qui invalide complètement l’étude, car le soja Roundup ready est fait pour être arrosé d’herbicide.

– Comment le savez-vous ?

– Grâce à une étourderie du service juridique de Monsanto ! »

Et Britt Bailey de me montrer une lettre adressée par Tom Carrato, l’un des avocats de Monsanto, à Vital Health Publishing, un éditeur qui était alors sur le point de publier un livre qu’elle avait écrit avec Marc Lappé sur les OGM.
Ce courrier, daté du 26 mars 1998, en dit long, encore une fois, sur les pratiques de la firme.
Après avoir expliqué qu’il avait été informé de l’imminence de la publication dans un article du Winter Coast Magazine, le conseil écrit, avec une assurance déconcertante :
« Les auteurs du livre prétendent que le Roundup est toxique. Que veulent-ils dire par “toxique” ? Chacun sait que toute substance, qu’elle soit synthétique ou naturelle, peut être toxique à une certaine dose. […] Quiconque a bu plusieurs tasses de café ou observé une personne boire de l’alcool sait que tout est affaire de dose et de seuil à ne pas dépasser. […] Ces erreurs doivent être corrigées avant la publication, parce qu’elles […] dénigrent et diffament potentiellement le produit. »
Un peu plus loin, Tom Carrato défend l’étude réalisée par Stephen Padgette et fait, en effet, un bel aveu :

« Les tests menés sur du soja Roundup ready non pulvérisé ne montrent aucune différence dans les niveaux d’œstrogène. Les résultats ont été publiés dans un article relu par des pairs dans le Journal of Nutrition en janvier 1996… »

« En tout cas, la lettre a été efficace, soupire Britt Bailey, car notre éditeur a renoncé à publier notre livre, et nous avons dû en chercher un autre …

– Savez-vous si les résidus de Roundup que l’on trouve immanquablement sur le soja transgénique ont été évalués, d’un point de vue sanitaire ?

– Jamais ! En écrivant notre livre, nous avons découvert qu’en 1987 le niveau de résidus de glyphosate autorisé sur les grains de soja était de six ppm. Et puis bizarrement, en 1995, un an avant la mise sur le marché du soja Roundup ready, le niveau permis par la FDA est passé à 20 ppm. J’ai parlé avec Phil Errico, le directeur du département glyphosate à l’EPA, et il m’a dit : “Monsanto nous a fourni des études qui montraient que 20 ppm ne posaient pas de risque pour la santé et le niveau autorisé a été changé.” Bienvenue aux États-Unis ! »

Pour être honnête, l’Europe ne vaut guère mieux : d’après une information publiée par Pesticides News en septembre 1999, en réponse à l’importation du soja transgénique américain, la Commission européenne a multiplié par deux cents le taux de résidu de glyphosate autorisé, en le portant de 0,1 à 20 mg/kg…

FIN DE L’EXTRAIT

Concernant la séquence filmée: je rappelle que c’est une maquette qui n’a jamais été finalisée. D’où une erreur non corrigée dans la voix off qui double Britt Baley: il ne s’agit pas de » glysophate », mais bien sûr de « glyphosate »!

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