OGM: un outil pour vendre du roundup

Des archives exceptionnelles

Avant toutes choses, il faut comprendre que la passion soudaine de Monsanto pour les semences n’est qu’une stratégie pour assurer la pérennité de son activité de chimiste.
Si, dans les années quatre-vingt, la compagnie se lance dans la biotechnologie c’est d’abord parce qu’elle cherche une parade à la fin de son brevet sur le Roundup, prévue pour 2000 qui permettra à ses concurrents de fabriquer des génériques.

La fin du monopole sur l’herbicide le plus vendu au monde entraînera immanquablement une chute des prix que seule une augmentation des volumes vendus pourra compenser.
C’est ainsi que, dès 1985, est constituée une équipe autour du biologiste Stephen Padgette chargée de fabriquer des tomates, puis un soja résistant au Roundup.

J’ai retrouvé des archives exceptionnelles où l’on voit George Bush (père), alors en campagne pour être président, déambuler dans les laboratoires de Monsanto à Saint Louis.
La scène se déroule très exactement le 15 mai 1987.

Je retranscris ici l’incroyable dialogue entre le futur président des Etats Unis et les représentants de Monsanto, dont Stephen Rogers, l’un des « inventeurs » du soja roundup ready:

MONSANTO 1:
J’aimerais vous montrer les étapes pour déplacer des gènes d’un organisme à un autre. On va vous faire faire les mêmes manipulations que nous faisons au laboratoire. Nous prenons de l’ADN, nous le coupons en morceaux, puis nous mélangeons les différentes parties pour les recoller ensemble.

GEORGE BUSH :
Vous les insérer ?

MONSANTO 1:
Oui nous les réinsérons. Cette éprouvette contient de l’ADN qui provient d’une bactérie. Il a le même aspect, qu’il vienne d’une plante ou un animal.

GEORGE BUSH :
Je vois, et cela vous sert à quoi ? A avoir une plante plus forte ou une plante qui résiste…

MONSANTO 1:
Dans ce cas, elle résiste à un herbicide.

GEORGE BUSH:
Ah, je vois.

MONSANTO 2:
Nous avons un herbicide fabuleux…

De cette conversation, il ressort que Monsanto n’a pas inventé les OGM pour nourrir le monde (nous verrons que ce bel argument a été inventé à la fin des années 1990 par une agence de communication pour redorer le blason des OGM qui suscitent alors un rejet massif en Europe).
Non! Dès le début, la firme de Saint Louis , entend se servir des OGM pour vendre de l’herbicide.
De la conversation il ressort aussi que Bush s’attendait à des objectifs plus nobles et qu’il découvre les véritables intentions de Monsanto…

Au moment où George Bush effectue sa visite au siège de Monsanto, il est le vice president de Ronald Reagan.
Le mot d’ordre de l’administration républicaine c’est la déréglementation.
Il s’agit de favoriser l’industrie en réduisant au maximum les entraves “bureaucratiques”, comme disent les faucons de la Maison Blanche, en supprimant notamment les tests toxicologiques ou environnementaux sur les nouveaux produits, dont la longueur tatillonne ralentit la mise sur le marché.

La suite de la conversation donne une idée de l’aplomb de la firme qui s’adresse, je le rappelle, au futur président des Etats Unis:

MONSANTO 1:
Nous avons fait une demande à l’USDA ( ministère de l’agriculture) pour qu’on puisse faire des essais avec les nouvelles plantes pour la 1ere fois dans l’Illinois cette année.

MONSANTO 2:
Nous en rêvons tous! on continue à investir de l’argent mais rien ne se passe.

MONSANTO 1:
Nous ne pouvons pas nous plaindre du ministère de l’agriculture, il suit le processus normal. Il fait très attention à ces nouvelles technologies, mais si en septembre on n’a pas reçu l’autorisation, peut-être qu’on changera de ton!

GEORGE BUSH:
Appelez-moi, mon job c’est la déréglementation. Je peux vous aider!

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