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L’AFIS attaque! (7)

Les « failles » de l’étude de Monsanto sur la composition organique du soja round ready

S’agissant de l’étude (publiée en 1996 dans The Journal of Nutrition) conduite par Stephen Padgette, un chercheur de Monsanto, aujourd’hui vice-président de la firme, je m’y suis également intéressée de très près, pas dans mon film, mais dans mon livre (chapitre 8).
Je rappelle qu’elle visait à montrer que la composition en « nutriments et antinutriments » du soja Roundup ready était « similaire » à celle du soja conventionnel. Voici ce que j’ai découvert :

EXTRAIT

C’est précisément pour en avoir le coeur net que Marc Lappé (aujourd’hui décédé) et sa collègue Britt Bailey ont décidé de répéter l’expérience menée par Stephen Padgette.

« Pour notre étude, m’explique Britt Bailey, que j ‘ai rencontée à San Francisco en octobre 2006, nous avons planté des graines de soja Roundup ready, ainsi que des graines issues des lignées conventionnelles d’origine, la seule différence étant la présence du gène Roundup ready dans les graines de Monsanto. Je précise que nous avons réalisé les cultures dans des sols strictement identiques avec les mêmes conditions climatiques pour les deux groupes. Les pousses de soja transgénique ont été aspergées de Roundup, en respectant les recommandations de Monsanto. En fin de saison, nous avons récolté les grains issus des deux groupes et nous avons comparé leur composition organique.
– Quels furent les résultats ?
– Nos analyses ont montré des différences importantes entre le soja Roundup ready et le soja conventionnel, et notamment un niveau d’isoflavones, et donc de phytoestrogènes, de 12 % à 14 % moins élevé, ce qui prouve clairement que la composition du soja Roundup ready n’est pas équivalente au soja conventionnel. Nous avons envoyé nos données à la FDA, mais elle ne nous a jamais répondu…
– Comment a réagi Monsanto ?
– Nous avons proposé notre étude au Journal of Medicinal Food qui l’a donc soumise à des relecteurs. Elle a été acceptée et sa publication a été fixée au 1er juillet 1999 . Curieusement, une semaine avant la publication, alors que selon l’usage l’article était encore sous embargo, l’Association américaine du soja, connue pour ses liens avec Monsanto, a publié un communiqué de presse affirmant que notre étude n’était pas rigoureuse. Nous n’avons jamais su d’où venait la fuite… »

J’ai retrouvé le communiqué de l’association (dont je rencontrerai bientot le vice-président), sur le site britannique de… Monsanto, qui en présente une version française ! « L’ASA a foi dans les analyses de soja Roundup ready menées par les services de tutelle aux États-Unis et dans le monde et aux études scientifiques qui les étayent et qui montrent une équivalence entre le soja Roundup ready et le soja classique… », y est-t-il écrit dans une langue de bois qui égratigne un peu la langue de Voltaire …
« Comment expliquez-vous que Monsanto ait conclu que les deux sojas étaient équivalents ?, demandé-je.
– Je pense que la faille principale de leur étude, c’est qu’ils n’ont pas arrosé les grains avec du Roundup, ce qui invalide complètement l’étude car le soja Roundup ready est fait pour être arrosé d’herbicide !
– Comment le savez-vous ?
– Grâce à une étourderie du service juridique de Monsanto ! »
Et Britt Bailey de me montrer une lettre adressée par Tom Carrato, l’un des avocats de Monsanto, à Vital Health Publishing, un éditeur qui était alors sur le point de publier un livre qu’elle avait écrit avec Marc Lappé sur les OGM.
À dire vrai, ce courrier daté du 26 mars 1998, fait froid dans le dos tant il en dit long, encore une fois, sur les pratiques de la firme.
Après avoir expliqué qu’il avait été informé de l’imminence de la publication dans un article du Winter Coast Magazine, le conseil écrit, avec une assurance déconcertante : « Les auteurs du livre prétendent que le Roundup est toxique. Que veulent-ils dire par ‘toxique ‘ ? Chacun sait que toute substance, qu’elle soit synthétique ou naturelle, est capable d’être toxique à une certaine dose. […] Quiconque a bu plusieurs tasses de café ou observé une personne boire de l’alcool sait que tout est affaire de dose et de seuil à ne pas dépasser. […] Ces erreurs doivent être corrigées avant la publication parce qu’elles […] dénigrent et diffament potentiellement le produit. »
Un peu plus loin, Tom Carrato défend l’étude réalisée par Stephen Padgette et fait, en effet, un bel aveu : « Les tests menés sur du soja Roundup ready non pulvérisé ne montrent aucune différence dans les niveaux d’oestrogène. Les résultats ont été publiés dans un article relu par des pairs dans le Journal of Nutrition en janvier 1996 . »
« En tout cas, la lettre a été efficace, soupire Britt Bailey, car notre éditeur a renoncé à publier notre livre, et nous avons dû en chercher un autre …
– Savez-vous si les résidus de Roundup que l’on trouve immanquablement sur le soja transgénique ont été évalués, d’un point de vue sanitaire ?, demandé-je.
– Jamais ! En écrivant notre livre, nous avons découvert qu’en 1987 le niveau de résidus de glyphosate autorisé sur les grains de soja était de six parts par milliard. Et puis bizarrement en 1995, un an avant la mise sur le marché du soja Roundup ready, le niveau permis par la FDA est passé à vingt ppm.
J’ai parlé avec Phil Errico, le directeur du département glysophate à l’EPA, et il m’a dit : ‘ Monsanto nous a fourni des études qui montraient que 20 ppm ne posaient pas de risque pour la santé et le niveau autorisé a été changé’. Bienvenue aux États-Unis ! »
Pour être honnête, l’Europe ne vaut guère mieux : d’après une information publiée par Pesticides News, en septembre 1999, en réponse à l’importation du soja transgénique américain, la communauté européenne a multiplié par deux cents le taux de résidu de glyphosate autorisé en le portant de 0,1 mg/kg à 20 mg/kg…

FIN DE L’EXTRAIT

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