De la chimie aux OGM

Avec 17 500 salariés, un chiffre d’affaires de 7,5 milliards de dollars en 2007 (dont un milliard de bénéfices) et une implantation dans quarante-six pays, Monsanto représente l’une des multinationales les plus puissantes du monde.

Leader mondial des OGM (90% des cultures transgéniques lui appartiennent), la firme n’a cessé de faire la manchette des journaux, depuis sa création en 1901, en incarnant l’un des plus grands…. pollueurs de l’histoire industrielle: production de PCB (polychlorobiphényles), de polystyrène , d’agent orange pendant la guerre du Vietnam, de pesticides à l’efficacité redoutable comme le Roundup, ou des très controversées hormones de croissance bovine et laitière.

Pourtant, aujourd’hui, Monsanto se présente comme une entreprise des « sciences de la vie », récemment convertie aux vertus du développement durable . Grâce à la commercialisation de semences transgéniques, elle prétend vouloir faire reculer les limites des écosystèmes pour le bien de l’humanité.

Qu’en est-il exactement ? En quoi le passé de la firme peut-il éclairer ses pratiques actuelles? Et peut-on lui faire confiance quand elle prétend que les OGM vont résoudre le problème de la faim dans le monde ou réduire les effets de l’agriculture sur l’environnement?

Quels sont les fondements économiques de cette entreprise, qui, après avoir longtemps négligé les impacts écologiques de ses activités, met soudainement l’environnement au cœur de ses préoccupations ? Comment expliquer qu’après avoir travaillé étroitement avec les stratèges militaires du Pentagone, elle s’intéresse tout à coup au problème de la faim dans le monde au point de se donner des allures d’organisation humanitaire ?

« LE MONDE SELON MONSANTO » tente de répondre à ces questions, en retraçant l’histoire trouble et délictueuse de la compagnie de Saint Louis (Missouri), dont la plupart des produits phares ont fini par être interdits à la vente, après avoir causé des dégâts écologiques et humains considérables.

S’appuyant sur le témoignage de représentants de la Food and Drug Administration (FDA) et de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), de victimes de ses activités toxiques, d’avocats ou d’hommes politiques, de scientifiques, l’enquête reconstitue la genèse d’un empire industriel mortifère, qui, à grand renfort de rapports mensongers, de collusion avec l’administration nord-américaine, de pressions et corruption en tout genre, est devenu le premier semencier de la planète.

Elle montre comment, derrière l’image de société propre et verte que décrit la propagande publicitaire, se cache un projet hégémonique menaçant la sécurité alimentaire du monde mais aussi l’équilibre écologique de la planète.

De fait, en instrumentalisant la problématique environnementale à ses propres fins, Monsanto écrit un nouveau chapitre de son histoire sulfureuse, que le film (et livre) décortique, étape par étape.

L’enquête est construite sur deux axes intimement liés:

– une partie historique qui raconte l’histoire de quatre produits phares de la compagnie, dont deux sont désormais interdits à la vente, après avoir gravement contaminé des centaines de milliers de personnes : les PCB et l’herbicide 2-4-5 T (dioxine); et un hautement controversé : l’hormone de croissance laitière (rBGH).

Le quatrième est le Roundup qui, contrairement à ce que la multinationale a toujours affirmé n’est pas « biodégradable » ni « respectueux de l’environnement », mais, au contraire, très toxique…

Cette partie éclaire la méthode récurrente de Monsanto pour imposer des produits hautement dangereux : mensonges, dissimulation de données, études scientifiques truquées, corruption, pression sur les journalistes ou scientifiques indépendants, etc.

– une partie contemporaine qui raconte comment la compagnie utilise la biotechnologie comme un outil pour vendre ses produits chimiques et mettre la main sur les semences du monde.
Car, contrairement à ce qu’elle affirme à grand renfort de publicité, elle n’a pas renoncé à son passé de chimiste, bien au contraire : 7O% de ses semences transgéniques (soja, colza, coton, maïs) ont été manipulées pour résister à son herbicide Roundup.

En imposant ses OGM un peu partout dans le monde, elle fait d’une pierre deux coups : maintenir ses ventes de pesticides et inféoder les paysans par le verrouillage des semences brevetées…

Photo:
En tournage aux Etats Unis

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