Les débuts de l’enquête

Cette enquête fut tout à fait particulière, car, en vingt-cinq ans de « carrière », c’est la première fois que j’ai préparé toute mon investigation sur … internet.

Officiellement, j’ai commencé à travailler en mars 2006. Je dis « officiellement », car cela faisait déjà deux ans que j’accumulais des informations sur Monsanto, ainsi que je l’ai déjà expliqué dans mon message » Pourquoi un film sur Monsanto ? ».
En fait, entre mon retour d’Inde, en décembre 2004, et le lancement véritable de la production, il s’est écoulé … deux ans. Développé avec Image et Compagnie, la maison de production de Serge Moati, le projet a été refusé une première fois par ARTE, puis s’est promené à France 2, qui l’a également refusé, avant d’être accepté par l’Unité documentaire de Thierry Garrel à … ARTE.

Pendant tout ce temps, j’ai dû bien sûr faire « autre chose », ce qui n’est pas vraiment grave, car, en tant que réalisatrice-journaliste free-lance, j’ai toujours plusieurs projets sur le feu.
C’est ainsi que j’ai réalisé un documentaire passionnant sur l’histoire du Mouvement français pour le planning familial (MFPF), diffusé le 8 mars 2006 sur France 5 (et rediffusé le 11 mars à minuit, juste après Le monde selon Monsanto !).

J’ai aussi écrit un livre, intitulé  » L’école du soupçon. Les dérives de la lutte contre la pédophilie » ( Editions La Découverte), qui faisait suite à deux documentaires que j’avais réalisés pour France 3 (2002) et Canal + (2005), et qui donnera lieu à un nouveau film diffusé en octobre 2006 sur France 5.

Bien évidemment, quand le 15 février 2006, Pierre Merle de ARTE a annoncé que finalement la chaîne prenait le film sur Monsanto comme le premier d’une nouvelle « case » consacrée au documentaire d’investigation, j’étais aux anges… Et de suite, la machine s’est emballée.

Quand on sait qu’on a enfin les moyens d’enquêter à fond sur un sujet qui vous tient à coeur, c’est carrément excitant! Les deux mois qui ont suivi j’ai navigué sur la toile pendant des jours et jusque tard dans la nuit. J’ai téléchargé deux Gigas de documents, essentiellement en anglais, que j’ai lus, classés, épluchés, recoupés, en constituant une liste de témoins ou acteurs de cette incroyable histoire.
Ma première liste comptait quelque 300 noms. Il y avait des victimes des activités industrielles de Monsanto (PCB, dioxine, OGM), des représentants des agences de réglementation américaines (Food and Drug Administration, Environment Protection Agency), des scientifiques, des avocats, des ministres ou ex ministres, des représentants de la firme de Saint Louis, etc.

Puis, un à un, je les ai localisés, en recherchant leur numéro de téléphone ou leur adresse électronique. Je les ai contactés, parfois avec une infinie précaution, car je savais que parfois le premier contact peut être fatal.

Je me souviens de l’impatience qui minait mon sommeil et virait à l’obsession, quand j’attendais la réponse d’un « gros poisson ». Par « gros poisson », j’entendais les acteurs clés dont tout indiquait qu’ils n’accepteraient pas de parler devant une caméra…

Photo:
L’ancienne usine de Monsanto à Anniston dans l’Alabama où la firme a fabriqué des PCB pendant plus de quarante ans.

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