{"id":8583,"date":"2013-01-22T07:00:55","date_gmt":"2013-01-22T06:00:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/?p=8583"},"modified":"2013-01-25T21:29:09","modified_gmt":"2013-01-25T20:29:09","slug":"michael-winner-1935-2013","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2013\/01\/22\/michael-winner-1935-2013\/","title":{"rendered":"Michael Winner (1935-2013)"},"content":{"rendered":"<p>Michael Winner (ici en photo sur le tournage des <em>Collines de la terreur<\/em> en compagnie de Charles Bronson) est mort hier \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 77 ans. Sa disparition vient nous rappeler que ce cin\u00e9aste, malgr\u00e9 sa mauvaise r\u00e9putation et une filmographie tr\u00e8s in\u00e9gale, avec une fin de carri\u00e8re carr\u00e9ment ex\u00e9crable, a r\u00e9alis\u00e9 entre 1971 et 1977 une poign\u00e9e de films qui m\u00e9rite l\u2019attention, voire l\u2019admiration, de tous ceux qui s\u2019int\u00e9ressent au cin\u00e9ma d\u2019action. Et c\u2019est d\u00e9j\u00e0 pas mal. \u00ab\u00a0Faut-il sauver Michael Winner\u00a0?\u00a0\u00bb demandions-nous dans un post du 8 octobre 2012 que nous reproduisons ici.<\/p>\n<p>Cin\u00e9aste, sc\u00e9nariste et producteur anglais n\u00e9 en 1935 \u00e0 Londres, Michael Winner s\u2019est exil\u00e9 aux Etats-Unis au d\u00e9but des ann\u00e9es 70 o\u00f9 il a encha\u00een\u00e9 les films commerciaux. Ses premiers longs m\u00e9trages britanniques des ann\u00e9es 60, entre com\u00e9dies, drames et polars n\u2019ont pas laiss\u00e9 de souvenirs imp\u00e9rissables (on doit avouer qu\u2019on ne les a pas \u2013 encore &#8211; vu, malgr\u00e9 la pr\u00e9sence fr\u00e9quente \u00e0 leurs g\u00e9n\u00e9riques du grand Oliver Reed.) Winner tra\u00eene une sale r\u00e9putation de t\u00e2cheron r\u00e9actionnaire grossier et m\u00e9chant (d\u00e9test\u00e9 par plusieurs acteurs et techniciens qui ont travaill\u00e9 avec lui, comme Richard Jordan ou Jack Cardiff), ou de mercenaire cynique de la pellicule. C\u2019est sans doute vrai, dans une certaine mesure. Mais <em>Un justicier dans la ville<\/em>, <em>La Sentinelle des maudits<\/em> ou <em>Le Flingueur<\/em> m\u00e9ritent pourtant une r\u00e9habilitation urgente. Comment un cin\u00e9aste r\u00e9put\u00e9 inf\u00e2me par toutes les histoires du cin\u00e9ma et la critique de l\u2019\u00e9poque a-t-il pu encha\u00eener entre 1971 et 1977 une s\u00e9rie de films remarquables et qui ont \u00e9t\u00e9 depuis r\u00e9habilit\u00e9s par une certaine frange de la cin\u00e9philie internationale\u00a0?<\/p>\n<div id=\"attachment_8585\" style=\"width: 1033px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/still-of-burt-lancaster-in-lawman-large-picture.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-8585\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-8585\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/still-of-burt-lancaster-in-lawman-large-picture.jpg\" alt=\"Burt Lancaster dans L'Homme de la loi\" width=\"1023\" height=\"812\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/still-of-burt-lancaster-in-lawman-large-picture.jpg 1023w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/still-of-burt-lancaster-in-lawman-large-picture-352x280.jpg 352w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/still-of-burt-lancaster-in-lawman-large-picture-967x768.jpg 967w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/still-of-burt-lancaster-in-lawman-large-picture-580x460.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 1023px) 100vw, 1023px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-8585\" class=\"wp-caption-text\">Burt Lancaster dans L&rsquo;Homme de la loi<\/p><\/div>\n<p>Magnifiquement interpr\u00e9t\u00e9 par un Burt Lancaster vieillissant, entour\u00e9 d\u2019une distribution prestigieuse (Lee J. Cobb, Robert Ryan, Robert Duvall) <em>L\u2019Homme de la loi<\/em> (<em>Lawman<\/em>, 1971) est le premier de ces films remarquables. C\u2019est aussi le premier film hollywoodien produit et r\u00e9alis\u00e9 par Winner, pour la MGM. C\u2019est un western (genre am\u00e9ricain par excellence, rarement mis en sc\u00e8ne par des Anglais) qui dresse le portrait d\u2019un sh\u00e9rif impassible dont l\u2019obsession pour la justice et le respect de la loi et l\u2019ordre vire \u00e0 une forme de pathologie proche de la vengeance personnelle. Il est aussi violent et cingl\u00e9 que la horde de truands qui se dresse contre lui. Le second western de Winner est \u00e9crit par le m\u00eame sc\u00e9nariste, son compatriote Gerald Wilson qu\u2019on retrouvera au g\u00e9n\u00e9rique de <em>Scorpio<\/em>, <em>Le Cercle noir<\/em> et <em>Firepower<\/em>. Dans <em>Les Collines de la terreur<\/em> (<em>Chato\u2019s Land<\/em>, 1972), tourn\u00e9 en Espagne, Charles Bronson plus taiseux que jamais incarne un m\u00e9tis Apache qui ex\u00e9cute un \u00e0 un gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019art de la guerre indien et sa parfaite connaissance de la nature sauvage les vigiles venus l\u2019arr\u00eater pour un crime commis en \u00e9tat de l\u00e9gitime d\u00e9fense (il a abattu un sh\u00e9rif qui le provoquait.) L\u00e0 encore la fronti\u00e8re entre justice et vengeance est brouill\u00e9e, dans un film particuli\u00e8rement nihiliste et cruel. Les Blancs sont montr\u00e9s comme des racistes d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s tandis que le h\u00e9ros indien, refusant le statut de victime ou d\u2019opprim\u00e9, se comporte en v\u00e9ritable tueur de sang froid, prenant vraisemblablement du plaisir \u00e0 ce jeu de massacre qu\u2019il ma\u00eetrise \u00e0 la perfection. Des sc\u00e8nes de violence dignes du cin\u00e9ma d\u2019horreur \u00ab\u00a0gore\u00a0\u00bb rapprochent le film des exc\u00e8s du western italien qui vivait ses derni\u00e8res heures de gloire. Il s\u2019agit de la premi\u00e8re collaboration entre Bronson et Winner qui deviendra l\u2019un des cin\u00e9astes attitr\u00e9s de l\u2019acteur.<\/p>\n<div id=\"attachment_8588\" style=\"width: 1510px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/chatos-land-933289l.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-8588\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-8588\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/chatos-land-933289l.jpg\" alt=\"\b\u0007Charles Bronson dans Les Collines de la terreur\" width=\"1500\" height=\"1000\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/chatos-land-933289l.jpg 1500w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/chatos-land-933289l-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/chatos-land-933289l-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/chatos-land-933289l-580x386.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 1500px) 100vw, 1500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-8588\" class=\"wp-caption-text\">\b\u0007Charles Bronson dans Les Collines de la terreur<\/p><\/div>\n<div id=\"attachment_8586\" style=\"width: 1210px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/corrupteur-1972-04-g.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-8586\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-8586\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/corrupteur-1972-04-g.jpg\" alt=\"Stephanie Beacham dans Le Corrupteur\" width=\"1200\" height=\"854\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/corrupteur-1972-04-g.jpg 1200w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/corrupteur-1972-04-g-393x280.jpg 393w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/corrupteur-1972-04-g-1024x728.jpg 1024w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/corrupteur-1972-04-g-580x412.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-8586\" class=\"wp-caption-text\">Stephanie Beacham dans Le Corrupteur<\/p><\/div>\n<p>Entretemps, Winner a sign\u00e9 en Grande-Bretagne l\u2019\u00e9trange <em>Corrupteur <\/em>(<em>The Nightcomers<\/em>, 1971) qui s\u2019inspire du <em>Tour d\u2019\u00e9crou<\/em> d\u2019Henry James dont il reprend les personnages pour raconter les \u00e9v\u00e9nements pr\u00e9c\u00e9dant le d\u00e9but du roman, port\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cran en 1961 par Jack Clayton dans <em>Les Innocents<\/em> (<em>The Innocents<\/em>), classique du cin\u00e9ma fantastique avec Deborah Kerr. Voil\u00e0 une d\u00e9marche originale et m\u00eame sans \u00e9quivalent (inventer la \u00ab\u00a0prequel\u00a0\u00bb d\u2019un roman et d\u2019un film avec une \u00e9quipe artistique et technique compl\u00e8tement diff\u00e9rente de l\u2019\u0153uvre pr\u00e9existante, en adoptant un style, des partis-pris narratifs et visuels oppos\u00e9s.) Dix ans ont pass\u00e9 entre les deux films, qui correspondent \u00e0 la fin de l\u2019\u00e2ge classique et au d\u00e9but d\u2019une forme mani\u00e9riste d\u00e9grad\u00e9e. Le film de Clayton, mod\u00e8le d\u2019histoire de fant\u00f4mes, d\u2019enfance mal\u00e9fique et de maison hant\u00e9e reposait presqu\u2019enti\u00e8rement sur un art de la litote, sorte de pr\u00e9curseur britannique, litt\u00e9raire et psychologique de <em>La Maison du diable<\/em> (<em>The<\/em> <em>Haunting<\/em>) de Robert Wise r\u00e9alis\u00e9 deux ans plus tard. Le secret des enfants d\u00e9couvert par leur nouvelle gouvernante \u00e9tait un drame sexuel scabreux et meurtrier survenu avant l\u2019arriv\u00e9e de cette derni\u00e8re. Alors que tout n\u2019\u00e9tait que suggestion dans le film de Clayton (fid\u00e8le \u00e0 l\u2019esprit et \u00e0 la lettre de James), Winner d\u00e9cide de mettre en images les \u00e9v\u00e8nements choquants qui conduisirent \u00e0 la mort d\u2019Emily Jessel et de son amant brutal et dominateur, le garde chasse Peter Quint. Les fant\u00f4mes des <em>Innocents<\/em> sont dans <em>Le Corrupteur<\/em> des \u00eatres de chair et de sang qui se livrent \u00e0 la d\u00e9bauche et \u00e0 des relations sadomasochistes, pr\u00e9textes \u00e0 des sc\u00e8nes de sexe tr\u00e8s explicites pour l\u2019\u00e9poque. D\u2019autant plus que Quint est interpr\u00e9t\u00e9 par un Marlon Brando plus\u00a0 viril, animal et \u00e9rotique que jamais, en pleine r\u00e9p\u00e9tition de son r\u00f4le mythique dans <em>Le Dernier Tango \u00e0 Paris<\/em> un an plus tard. Brando nu, Brando ligotant et violant la pauvre institutrice Miss Jessel bient\u00f4t consentante\u2026 Voil\u00e0 un film qui n\u2019a pas froid aux yeux, m\u00ealant \u00e9rotisme, sadisme et fantastique (tout cela sous les regards d\u2019un petit gar\u00e7on et d\u2019une petite fille) avec une audace encore payante aujourd\u2019hui. Il n\u2019est pas interdit de comparer <em>Le Corrupteur<\/em> avec un autre film r\u00e9alis\u00e9 la m\u00eame ann\u00e9e, <em>Les Chiens de paille <\/em>de Sam Peckinpah qui propulsait lui aussi une star hollywoodienne (Dustin Hoffman) dans un univers malsain et europ\u00e9en (les deux films ont le m\u00eame compositeur, le grand Jerry Fielding.) M\u00eame succ\u00e8s de scandale, m\u00eames accusations de pornographie et de violence outranci\u00e8re. Si <em>Le Corrupteur<\/em> de Winner n\u2019est pas aussi exceptionnel que le chef-d\u2019\u0153uvre de Peckinpah, le cabotinage hallucinant de Brando (avec son inimitable mauvais accent anglais) et les charmes complaisamment d\u00e9voil\u00e9s de la starlette Stefanie Beacham ach\u00e8vent d\u2019en faire un v\u00e9ritable r\u00e9gal pour cin\u00e9philes pervers.<\/p>\n<div id=\"attachment_8587\" style=\"width: 1210px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/flingueur-1972-02-g.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-8587\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-8587\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/flingueur-1972-02-g.jpg\" alt=\"Jan Michael Vincent et Charles Bronson dans Le Flingueur\" width=\"1200\" height=\"763\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/flingueur-1972-02-g.jpg 1200w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/flingueur-1972-02-g-440x280.jpg 440w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/flingueur-1972-02-g-1024x651.jpg 1024w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/flingueur-1972-02-g-580x368.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-8587\" class=\"wp-caption-text\">Jan Michael Vincent et Charles Bronson dans Le Flingueur<\/p><\/div>\n<p>Plus s\u00e9rieusement, <em>Le Flingueur<\/em> (<em>The Mechanic<\/em>, 1972) est peut-\u00eatre le meilleur film de Winner et compte parmi les thrillers les plus importants de la d\u00e9cennie. Pourquoi\u00a0? Parce que ce film enterre le code d\u2019honneur propre aux gangsters et autres hors-la-loi pour saluer la naissance d\u2019un monde cynique, sans valeurs ni morale, d\u00e9shumanis\u00e9. Sans porter lui m\u00eame de jugement moral ou condamner cet \u00e9tat de fait, ce qui peut en faire un film fasciste. Comme le titre original l\u2019indique, Bronson est une \u00ab\u00a0m\u00e9canique\u00a0\u00bb, une machine sans affects ni sentiments qui accomplit \u00e0 la perfection son m\u00e9tier, avec l\u2019argent comme seule motivation. Comme l\u2019Indien Chato, Bishop est pass\u00e9 ma\u00eetre dans l\u2019art de tuer et il accomplit chaque contrat avec un perfectionnisme, une imagination et une froideur imparables qui confinent au g\u00e9nie. Un g\u00e9nie mal\u00e9fique cela va sans dire. Mais <em>Le Flingueur<\/em> est aussi le r\u00e9cit d&rsquo;un d\u00e9r\u00e8glement. Comme toutes les machines Bishop n\u2019est pas \u00e0 l\u2019abri d\u2019une panne. Il est victime de malaises et comprend que sa fin est proche. C\u2019est la peur de la maladie qui va le pousser \u00e0 choisir et \u00e0 former un jeune disciple, encore plus amoral et cynique que lui (Jan Michael Vincent). Cette rencontre va pr\u00e9cipiter sa chute, d\u2019une mani\u00e8re aussi impr\u00e9visible que logique. Grande fiction comportementaliste (les quinze premi\u00e8re minutes, qui montrent comment Bishop ex\u00e9cute un contrat, sont d\u00e9nu\u00e9es du moindre dialogue) <em>Le Flingueur<\/em> est aussi une fable sur la trahison et la transmission impossible. No future.<\/p>\n<div id=\"attachment_8589\" style=\"width: 1210px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/scorpio-1973-06-g.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-8589\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-8589\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/scorpio-1973-06-g.jpg\" alt=\"Alain Delon dans Scorpio\" width=\"1200\" height=\"876\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-8589\" class=\"wp-caption-text\">Alain Delon dans Scorpio<\/p><\/div>\n<p><em>Scorpio<\/em> (1973) un an apr\u00e8s <em>Le Flingueur<\/em> reprend l\u2019id\u00e9e du couple masculin ma\u00eetre et \u00e9l\u00e8ve, du bin\u00f4me qui ne repr\u00e9sente en fait qu\u2019un seul et m\u00eame homme \u00e0 deux \u00e2ges diff\u00e9rents de sa vie (sans oublier le sous texte homosexuel), avec le th\u00e8me de la trahison et de l\u2019amiti\u00e9 pervertie. Cette fois-ci nous ne sommes plus dans l\u2019univers du film noir mais celui du film d\u2019espionnage, avec sa galerie d\u2019agents infiltr\u00e9s, tueurs et agents double sur fond de guerre froide. Cet excellent thriller repose sur l\u2019affrontement de deux acteurs rac\u00e9s qui s\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9s sur <em>Le Gu\u00e9pard<\/em> de Visconti : Burt Lancaster et Alain Delon dont le personnage de tueur solitaire surnomm\u00e9 Scorpio renvoie \u00e0 un autre r\u00f4le iconique de l\u2019acteur : <em>Le Samoura\u00ef<\/em> de Jean-Pierre Melville. Au lieu de l\u2019oiseau dans l\u2019appartement vide c\u2019est un chat qui tient lieu de seul compagnon \u00e0 Scorpio, qui conna\u00eetra le m\u00eame destin que Jeff Costello. Faussement conventionnel, <em>Scorpio <\/em>se hisse ainsi au-dessus de la production commerciale anonyme en multipliant les allusions \u00e0 la carri\u00e8re de ses deux stars. Le pessimisme et le nihilisme deviennent la marque de fabrique de Winner, m\u00eame si c\u2019est aussi dans l\u2019air du temps et si cela s\u2019applique aussi \u00e0 un cin\u00e9aste plus important comme Sam Peckinpah.<\/p>\n<p><em>Un justicier dans la ville<\/em> (<em>Death Wish<\/em>, 1974) est le plat de r\u00e9sistance de la filmographie de Michael Winner et de la collaboration entre Bronson et le r\u00e9alisateur. C\u2019est \u00e0 la fois le plus gros succ\u00e8s commercial des deux hommes, un titre embl\u00e9matique des ann\u00e9es 70, et l\u2019objet de toutes les controverses, pol\u00e9miques et malentendus. Cette histoire d\u2019un architecte new yorkais se transformant en \u00ab\u00a0vigilante\u00a0\u00bb apr\u00e8s l\u2019agression brutale de sa femme et de sa fille par des voyous est rapidement devenu le prototype du film d\u2019autod\u00e9fense, sous-genre du thriller urbain mettant en sc\u00e8ne de simples citoyens prenant les armes pour palier au laxisme de la justice et \u00e0 la complaisance ou l\u2019inefficacit\u00e9 de la police. Le th\u00e8me de la vengeance et de la justice personnelle irrigue le cin\u00e9ma am\u00e9ricain et en particulier le western. <em>Un justicier dans la ville<\/em> relance le d\u00e9bat dans un climat d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et de violence dans les grandes villes propre aux ann\u00e9es 70, qui explique l\u2019\u00e9cho important que rencontrera le film \u00e0 sortie. Tax\u00e9 de fasciste d\u00e8s sa sortie (comme <em>L\u2019Inspecteur Harry<\/em> ou <em>Voyage au bout de l\u2019enfer<\/em>) en raison de son sujet et de la personnalit\u00e9 de Bronson (une brute) et de Winner (un provocateur), le film est pourtant plus ambigu que cela. Le sc\u00e9nario, sign\u00e9 Wendell Mayes (<em>Autopsie d\u2019un meurtre<\/em>, <em>Temp\u00eate \u00e0 Washington<\/em>, pas vraiment des films manich\u00e9ens ni r\u00e9actionnaires) imagine un personnage de bourgeois de gauche d\u2019abord allergique \u00e0 la violence (ancien objecteur de conscience, il vomit apr\u00e8s sa premi\u00e8re excursion punitive) qui se transforme progressivement en tueur et y prend go\u00fbt. Loin du h\u00e9ros \u00e9rig\u00e9 en exemple par les m\u00e9dias et l\u2019opinion publique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du film, Paul Kersey est une sorte de psychopathe dont la croisade anti d\u00e9linquance est pervertie par la \u00ab\u00a0pulsion de mort\u00a0\u00bb \u00e9voqu\u00e9e par le titre original. Sans doute que le film aurait gagn\u00e9 en cr\u00e9dibilit\u00e9 et en subtilit\u00e9 avec un acteur moins viril et moins associ\u00e9 \u00e0 des personnages de \u00ab\u00a0flingueur\u00a0\u00bb comme Bronson, qui manifesta en outre une solidarit\u00e9 imm\u00e9diate avec le projet de Paul Kersey, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 avouer qu\u2019il aurait aim\u00e9 faire la m\u00eame chose que lui (buter des voyous.) Un \u00e9cueil qu\u2019\u00e9vitera Peckinpah en confiant le r\u00f4le principal des <em>Chiens de paille<\/em> \u00e0 un acteur ch\u00e9tif et de petite taille, Dustin Hoffman. Il n\u2019emp\u00eache qu\u2019<em>Un justicier dans la ville<\/em>, m\u00eame s\u2019il n\u2019\u00e9vite pas une certaine complaisance dans les sc\u00e8nes de violence (Winner est sans conteste un cin\u00e9aste sadique) demeure un mod\u00e8le du polar urbain poisseux et d\u00e9pressif qui a connu quatre suites (ridicules) et de nombreuses imitations, tant aux Etats-Unis qu\u2019en Europe.<\/p>\n<div id=\"attachment_8590\" style=\"width: 1210px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/sentinelle-des-maudits-01-g.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-8590\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-8590\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/sentinelle-des-maudits-01-g.jpg\" alt=\"La Sentinelle des maudits\" width=\"1200\" height=\"786\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/sentinelle-des-maudits-01-g.jpg 1200w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/sentinelle-des-maudits-01-g-427x280.jpg 427w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/sentinelle-des-maudits-01-g-1024x670.jpg 1024w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/sentinelle-des-maudits-01-g-580x379.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-8590\" class=\"wp-caption-text\">La Sentinelle des maudits<\/p><\/div>\n<p>De sadisme, de voyeurisme et de complaisance il est en aussi question dans<em> La Sentinelle des maudits<\/em> (<em>The Sentinel<\/em>, 1977), le dernier tr\u00e8s bon film de Winner et son incursion remarqu\u00e9e dans le cin\u00e9ma horrifique. Un jeune mod\u00e8le d\u00e9pressif et suicidaire, nouvellement fianc\u00e9 \u00e0 un s\u00e9duisant avocat, s\u2019installe dans un vieil immeuble de New York dont le dernier \u00e9tage est occup\u00e9 par un pr\u00eatre aveugle. D\u2019\u00e9tranges ph\u00e9nom\u00e8nes se produisent dans la maison, propri\u00e9t\u00e9 du dioc\u00e8se. M\u00e9lange de film de maison hant\u00e9e, de superstition catholique et de complot diabolique <em>La Sentinelle des maudits<\/em> fut sans aucun doute r\u00e9alis\u00e9 afin de profiter de l\u2019engouement du public pour les films d\u2019horreur \u00e0 connotation religieuse apr\u00e8s les triomphes de <em>L\u2019Exorciste<\/em> et de <em>La Mal\u00e9diction<\/em> produits et distribu\u00e9s par des studios hollywoodiens et contenant des sc\u00e8nes choquantes qui n\u2019auraient jamais franchies le stade de l\u2019autocensure quelques ann\u00e9es auparavant. En \u00ab\u00a0Monsieur Plus\u00a0\u00bb du cin\u00e9ma commercial Winner va encore plus loin que ses coll\u00e8gues et d\u00e9passe les limites de la biens\u00e9ance avec un film qui m\u00eale \u00e0 une histoire terrifiante, proche de <em>Rosemary\u2019s Baby<\/em>, des sc\u00e8nes et des d\u00e9tails profond\u00e9ment malsains et d\u00e9rangeants. Par ses exc\u00e8s, <em>La Sentinelle des maudits<\/em> rejoint les films gore et illogiques de Lucio Fulci consacr\u00e9 aux portes de l\u2019enfer, <em>Frayeurs<\/em> et <em>L\u2019Au-del\u00e0<\/em>. J\u2019ai d\u00e9couvert le film une nuit \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision dans les ann\u00e9es 80, j\u2019ai eu la peur de ma vie (avec <em>Inferno<\/em> d\u2019Argento vu pour la premi\u00e8re fois \u00e0 une s\u00e9ance de minuit au cin\u00e9ma.) <em>La Sentinelle des maudits<\/em> fait partie de ces rares films qui fichent vraiment la trouille et savent cr\u00e9er le malaise m\u00eame chez les spectateurs blas\u00e9s et les amateurs les plus endurcis. Pour cela, Winner est pr\u00eat \u00e0 tout : les maquillages r\u00e9pugnants de Dick Smith (<em>L\u2019Exorciste<\/em>), sa fr\u00eale h\u00e9ro\u00efne harcel\u00e9e par des traumatismes d\u2019enfance et des apparitions nocturnes terrifiantes, et surtout quelque chose d\u2019impensable dans un gros film de studio (<em>La Sentinelle des maudits<\/em> est produit par Universal) : le recours \u00e0 des vrais \u00ab\u00a0freaks\u00a0\u00bb, hommes et femmes victimes d\u2019anomalies physiques spectaculaires exhib\u00e9s \u00e0 moiti\u00e9 nus dans la sc\u00e8ne finale dantesque et qui interpr\u00e8tent des damn\u00e9s \u00e9chapp\u00e9s de l\u2019enfer. Tandis que Tod Browning faisait jouer des \u00eatres difformes ou handicap\u00e9s dans son chef-d\u2019\u0153uvre <em>Freaks<\/em>, la monstrueuses parade pour en montrer la douloureuse et bouleversante humanit\u00e9, Winner utilise la laideur de figurants atteints des m\u00eames maladies ou mutilations pour incarner des spectres encore plus repoussants que les zombies de Fulci. Il en r\u00e9sulte des visions r\u00e9ellement infernales, \u00e0 vous glacer le sang, mais qui provoquent un malaise \u00e0 la fois physique et moral. Autre particularit\u00e9 de ce film qui compte parmi les plus malsains r\u00e9alis\u00e9s : il dispose d\u2019un casting hallucinant digne des plus prestigieuses productions catastrophe comme <em>La Tour infernale<\/em> ou <em>Airport<\/em>. Au g\u00e9n\u00e9rique de <em>La Sentinelle des maudits<\/em> se bousculent, parfois dans des r\u00f4les microscopiques, Chris Sarandon, Cristina Raines, Martin Balsam, John Carradine, Jos\u00e9 Ferrer, Ava Gardner, Arthur Kennedy, Burgess Meredith, Eli Wallach, Beverly d\u2019Angelo (en lesbienne muette avec une sc\u00e8ne de masturbation inoubliable), Christopher Walken, Tom Berenger, Jeff Goldblum et m\u00eame Richard Dreyfuss dans un cam\u00e9o. Un vrai film de malade.<\/p>\n<p>Durant la m\u00eame p\u00e9riode Winner signe aussi deux films commerciaux moins ou pas du tout r\u00e9ussis : <em>Le Cercle noir<\/em> (<em>The Stone Killer<\/em>, 1973) un polar anti mafia produit par Dino De Laurentiis avec Charles Bronson en de\u00e7\u00e0 de ce que l\u2019on pouvait attendre de la r\u00e9union des trois hommes et <em>Won Ton Ton\u00a0: The Dog Who Saved Hollywood<\/em>, une biographie film\u00e9e de Rintintin qui consterna les rares spectateurs qui eurent l\u2019id\u00e9e bizarre d\u2019aller la voir.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s 1977 c\u2019est la d\u00e9gringolade progressive et du grand n\u2019importe quoi : un remake poussif et inutile du <em>Grand Sommeil<\/em> avec Robert Mitchum dans le r\u00f4le de Marlowe, inf\u00e9rieur \u00e0 <em>Adieu ma jolie <\/em>de Dick Richards et qui ne vaut que pour sa prestigieuse distribution, un nanar d\u2019aventures avec James Coburn et Sophia Loren <em>L\u2019Arme au poing<\/em> (<em>Firepower<\/em>, 1979), et les impayables deux premi\u00e8res suites de <em>Death Wish<\/em> lorsque la franchise passe des mains de De Laurentiis \u00e0 celles de Golan et Globus pour la Cannon, qui devient le principal employeur de Winner \u00e0 partir de 1982. <em>Le Justicier de New York<\/em> (<em>Death Wish 3, <\/em>1985) b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une notori\u00e9t\u00e9 particuli\u00e8re chez les amateurs de d\u00e9bilit\u00e9s cin\u00e9matographiques qui en appr\u00e9cient l\u2019humour involontaire et l\u2019emphase destructrice, v\u00e9ritable excroissance burlesque et monstrueuse de la franchise qui a vite sombr\u00e9 dans l\u2019auto caricature. Bronson pulv\u00e9rise une centaine de voyous \u00e0 la mitrailleuse pour qu\u2019un quartier de Brooklyn retrouve sa tranquillit\u00e9. Jetons un voile pudique sur tous les derniers films de Winner r\u00e9alis\u00e9s avant sa retraite. Conclusion : une fin de carri\u00e8re lamentable n\u2019enl\u00e8ve rien aux qualit\u00e9s de ses films des ann\u00e9es 70, m\u00eame si l\u2019on peut juger ces qualit\u00e9s n\u00e9gatives (nihilisme, chaos, violence et d\u00e9sespoir.) Des films au-del\u00e0 du Bien et du Mal, ou plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 du Mal. Michael Winner s\u2019\u00e9tait reconverti avec succ\u00e8s depuis plusieurs ann\u00e9es dans la critique gastronomique dans les colonnes du Sunday Times et dans des livres.<\/p>\n<div id=\"attachment_8591\" style=\"width: 1010px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/un-justicier-dans-la-ville.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-8591\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-8591\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/un-justicier-dans-la-ville.jpg\" alt=\"Affiche am\u00e9ricaine d'Un justicier dans la ville\" width=\"1000\" height=\"1538\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/un-justicier-dans-la-ville.jpg 1000w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/un-justicier-dans-la-ville-182x280.jpg 182w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/un-justicier-dans-la-ville-499x768.jpg 499w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2013\/01\/un-justicier-dans-la-ville-580x892.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-8591\" class=\"wp-caption-text\">Affiche am\u00e9ricaine d&rsquo;Un justicier dans la ville<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Michael Winner (ici en photo sur le tournage des Collines de la terreur en compagnie de Charles Bronson) est mort\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":8584,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - 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