{"id":75,"date":"2010-11-29T08:16:35","date_gmt":"2010-11-29T07:16:35","guid":{"rendered":"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/?p=75"},"modified":"2020-03-28T13:14:22","modified_gmt":"2020-03-28T12:14:22","slug":"roman-polanski-vie-et-destin-de-lartiste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2010\/11\/29\/roman-polanski-vie-et-destin-de-lartiste\/","title":{"rendered":"Roman Polanski vie et destin de l&rsquo;artiste"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Vient de para\u00eetre aux \u00e9ditions Philippe Rey un nouvel ouvrage sur Roman Polanski sign\u00e9 Florence Colombani qui est en fait la retranscription d\u2019une s\u00e9rie d\u2019\u00e9missions radiophoniques, \u00ab\u00a0La Grande Travers\u00e9e\u00a0: Roman Polanski, vie et destin\u00a0\u00bb diffus\u00e9e\u00a0 du 16 au 20 ao\u00fbt 2010. Le livre conserve la structure de ces rendez-vous radiophoniques, avec des intervenants divers (Serge Toubiana, Michel Ciment, Gilles Jacob, Alain Sarde\u2026), m\u00ealant itin\u00e9raire biographique et artistique de Roman Polanski (l\u2019enfance polonaise, les d\u00e9parts en France, Angleterre, Hollywood, le retour en Europe et les nombreux drames qui \u00e9gren\u00e8rent la vie du cin\u00e9aste) et une approche th\u00e9matique de l\u2019\u0153uvre (le juda\u00efsme, la politique, le Mal, la relation avec le cin\u00e9ma de genre et la confession intime masqu\u00e9e derri\u00e8re les conventions cin\u00e9matographiques\u2026) Cet essai \u00e9claire avec honn\u00eatet\u00e9 le parcours exceptionnel d\u2019un grand cin\u00e9aste, dont la vie au parfum de scandale et aux multiples trag\u00e9dies a trop souvent fait de l\u2019ombre \u00e0 l\u2019\u0153uvre. La filmographie de Polanski fut longtemps difficile \u00e0 saisir dans son ensemble, car trop disparate, \u00e0 premi\u00e8re vue in\u00e9gale (malgr\u00e9 des triomphes absolus), voire futile (malgr\u00e9 sa noirceur.) Elle rec\u00e8le pourtant une v\u00e9ritable coh\u00e9rence et une grande profondeur, \u00e0 l\u2019instar de celle de Kubrick.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Roman Polanski est n\u00e9 \u00e0 Paris le 18 ao\u00fbt 1933, de parents polonais. Ses g\u00e9niteurs ayant le mal du pays, la famille Polanski retourne \u00e0 Cracovie, alors que Roman a quatre ans et que la menace nazie plane sur l\u2019Europe. Premi\u00e8re d\u00e9cision lourde en cons\u00e9quences dramatiques dans une vie marqu\u00e9e par de nombreux coups du sort. L\u2019Allemagne envahit la Pologne deux ans plus tard. Les pers\u00e9cutions et les confiscations antis\u00e9mites se multiplient. La m\u00e8re et la soeur de Polanski sont arr\u00eat\u00e9es et mourront \u00e0 Auschwitz. Son p\u00e8re l\u2019aide \u00e0 s\u2019\u00e9chapper du ghetto et Roman se r\u00e9fugie chez des familles catholiques. L\u2019enfant turbulent et d\u00e9j\u00e0 obs\u00e9d\u00e9 par le cin\u00e9ma donne du fil \u00e0 retordre \u00e0 ses h\u00f4tes, passe de cachette en cachette \u00e0 la campagne, toujours \u00e0 la merci d\u2019une arrestation ou des balles des soldats allemands. De retour \u00e0 Cracovie, il assiste en 1945 aux derniers jours de la guerre tapi dans un abri antia\u00e9rien. On aura reconnu dans cette odyss\u00e9e de la peur et de la dissimulation, quelques-unes des p\u00e9rip\u00e9ties du <em>Pianiste<\/em> (2002), palme d\u2019or \u00e0 Cannes et oscar du meilleur r\u00e9alisateur. Il aura fallu \u00e0 Polanski pr\u00e8s de soixante ans pour aborder un grand sujet doubl\u00e9 d\u2019une exp\u00e9rience personnelle inoubliable, sans pour autant se confier au travers de l\u2019autobiographie, puisque le film s\u2019inspire des m\u00e9moires de Wladyslaw Szpilman. Mais les souvenirs des deux hommes sont suffisamment proches pour que l\u2019on puisse consid\u00e9rer <em>Le Pianiste<\/em> comme le t\u00e9moignage de Polanski sur une p\u00e9riode primordiale de l\u2019Histoire et de sa propre vie. <em>Le Pianiste<\/em> a permis de revoir la filmographie de Polanski sous un jour nouveau. On a souvent reproch\u00e9 \u00e0 Polanski de choisir la facilit\u00e9 avec des commandes de prestige capables de satisfaire son go\u00fbt du perfectionnisme et de la ma\u00eetrise, fid\u00e8le \u00e0 son image de super auteur dictatorial et cynique. Pourtant, on retrouve dans tous ses films les th\u00e8mes du Mal, de la peur, des rapports ma\u00eetre esclave, de l\u2019enfermement et de la folie. Si Polanski s\u2019est amus\u00e9 \u00e0 tourner des films d\u2019horreur, des huis clos absurdes, des parodies des genres populaires ou des r\u00e9cits \u00e9rotiques, il n\u2019a pas cess\u00e9 d\u2019y sonder les profondeurs de l\u2019\u00e2me humaine et d\u2019y aborder les th\u00e8mes moraux les plus fondamentaux. <em>Chinatown, Tess, Le Locataire<\/em> <em>ou Lunes de fiel<\/em> (et m\u00eame des films m\u00e9connus mais pas si mineurs que cela comme <em>Macbeth<\/em> et <em>Quoi\u00a0?)<\/em> sont aussi personnels que <em>Le Pianiste<\/em>. Qu\u2019ils soient dr\u00f4les ou terrifiants, rat\u00e9s ou g\u00e9niaux, contemporains ou historiques, les films de Polanski sont des explorations d\u2019un univers mental et d\u2019une situation de malaise, les portraits de personnages perdus ou apeur\u00e9s sur lesquels le cin\u00e9aste semble projeter ses propres cauchemars et traumatismes. Toute l\u2019\u0153uvre de Polanski ob\u00e9it aux principes de l\u2019alternance mais aussi de la coh\u00e9rence. Cin\u00e9aste intellectuel, Polanski se refuse \u00e0 analyser des propres films ou \u00e0 s\u2019assurer la complicit\u00e9 de la critique. Sa passion pour le professionnalisme, les tournages en studios le situe \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 des nouvelles vagues europ\u00e9ennes dont il est le contemporain. Mais sa personnalit\u00e9, aussi forte que celle d\u2019un Fellini ou d\u2019un Kubrick l\u2019emp\u00eache de se couler dans le moule d\u2019un cin\u00e9ma grand public \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 spectaculaire. Au mieux, Polanski aurait pu se r\u00eaver en Alfred Hitchcock ou en Otto Preminger, cin\u00e9astes venus d\u2019Europe ayant donn\u00e9 le meilleur d\u2019eux-m\u00eames au sein du syst\u00e8me hollywoodien. Le destin une fois de plus va contrarier les aspirations de Polanski. Il ne signera que deux films \u00e0 Hollywood (les plus parfaits, <em>Rosemary\u2019s Baby<\/em> et <em>Chinatown<\/em>), voyant sa carri\u00e8re interrompue une premi\u00e8re fois par l\u2019assassinat de son \u00e9pouse Sharon Tate, puis apr\u00e8s <em>Chinatown<\/em> par une trop fameuse affaire de m\u0153urs qui le contraindra \u00e0 fuir les Etats-Unis.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Polanski et Kubrick. Deux ma\u00eetres de la technique et du langage cin\u00e9matographiques, deux obs\u00e9d\u00e9s du contr\u00f4le et de la perfection, deux moralistes inquiets et sans illusions. Tandis que Kubrick fut un ermite secret qui se tint toujours \u00e0 l\u2019\u00e9cart du monde, il est difficile au contraire de s\u00e9parer la vie priv\u00e9e et les films de Polanski, intimement li\u00e9s par de perp\u00e9tuels mouvements g\u00e9ographiques (la s\u00e9rie d\u2019exils), amoureux (la s\u00e9rie d\u2019\u00e9g\u00e9ries) et m\u00e9diatiques (la s\u00e9rie des drames et des scandales).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">L\u2019enfance de Polanski a sans doute conditionn\u00e9 l\u2019artiste \u00e0 devenir un monstre d\u2019adaptation, de survie et d\u2019h\u00e9donisme. Une fois pass\u00e9es les affres de la guerre, Polanski va se jeter t\u00eate baiss\u00e9e dans le monde du spectacle, en devenant tr\u00e8s jeune un acteur de th\u00e9\u00e2tre r\u00e9put\u00e9. Il joue de sa petite taille et de son allure juv\u00e9nile qui ne le quittera jamais pour interpr\u00e9ter des r\u00f4les d\u2019enfants. Il continuera de jouer par la suite dans ses films (<em>Le Bal des vampires<\/em>, <em>Le Locataire<\/em>) et dans ceux des autres. Son charme et son aplomb en font tr\u00e8s vite un s\u00e9ducteur imp\u00e9nitent et un homme \u00e0 femmes. \u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, il \u00e9chappe une nouvelle fois par miracle \u00e0 la mort, gri\u00e8vement bless\u00e9 par un tueur en s\u00e9rie. Polanski \u00e9tudie l\u2019art puis le cin\u00e9ma dans la c\u00e9l\u00e8bre \u00e9cole de Lodz, o\u00f9 il r\u00e9alise six courts m\u00e9trages marqu\u00e9s par la violence, l\u2019absurde et la po\u00e9sie. Un univers tr\u00e8s personnel, malgr\u00e9 de nombreuses influences litt\u00e9raires et th\u00e9\u00e2trales, s\u2019installe aussit\u00f4t sur la sc\u00e8ne cin\u00e9matographique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Son premier long m\u00e9trage, <em>Le Couteau dans l\u2019eau<\/em>, co-\u00e9crit avec Jerzy Skolimowski, est un huis clos cruel o\u00f9 deux hommes et une femme se d\u00e9chirent sur un bateau. Jolanta Umeck est la premi\u00e8re d\u2019une longue liste d\u2019h\u00e9ro\u00efnes polanskiennes, jeunes femmes fr\u00eales et jolies, tour \u00e0 tour victimes, manipulatrices et objets de d\u00e9sir. Les foudres de la censure communiste ne tardent pas \u00e0 s\u2019abattre sur ce film \u00ab\u00a0d\u00e9cadent\u00a0\u00bb. Polanski s\u2019embarque pour un premier exil, \u00e0 Paris puis \u00e0 Londres o\u00f9 il r\u00e9alise avec la complicit\u00e9 du sc\u00e9nariste G\u00e9rard Brach qu\u2019il a rencontr\u00e9 \u00e0 Paris (ils signeront neuf films ensemble) son second long m\u00e9trage. <em>R\u00e9pulsion<\/em> est la description perturbante des hallucinations d\u2019une jeune femme schizophr\u00e8ne et meurtri\u00e8re (Catherine Deneuve dans un de ses plus grands r\u00f4les). Le film suivant, <em>Cul-de-sac<\/em>, nouveau huis clos sexuel, criminel et tragicomique, consacre Polanski comme le nouvel enfant terrible du cin\u00e9ma europ\u00e9en.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\"><em>Le Bal des vampires<\/em> est le premier grand film commercial de Polanski, et ressemble \u00e0 une vaste cour de r\u00e9cr\u00e9ation pour enfant g\u00e2t\u00e9. Polanski et G\u00e9rard Brach prennent pour cible les productions horrifiques de la Hammer, qui terrifiaient le public populaire des ann\u00e9es 60, mais ne d\u00e9clenchaient chez les deux comp\u00e8res que ricanements d&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9. Certains gags sont demeur\u00e9s justement c\u00e9l\u00e8bres (le vampire homosexuel), et le cin\u00e9aste affiche un talent incontestable pour l&rsquo;absurde et la cruaut\u00e9, mais le succ\u00e8s du <em>Bal des vampires<\/em> doit sa long\u00e9vit\u00e9 \u00e0 la beaut\u00e9 de sa direction artistique. Polanski part du principe qu&rsquo;un sujet fantastique doit \u00eatre trait\u00e9 de la fa\u00e7on la plus r\u00e9aliste possible, et accorde un soin maniaque au moindre d\u00e9tail visuel. Il estime aussi qu&rsquo;une parodie a le droit d&rsquo;\u00eatre visuellement superbe. Le succ\u00e8s du <em>Bal des vampires<\/em> (o\u00f9 il a rencontr\u00e9 Sharon Tate, qui deviendra sa seconde \u00e9pouse) lui ouvre les portes d\u2019Hollywood. Polanski trouve dans <em>Rosemary\u2019s Baby<\/em>, une inqui\u00e9tante histoire de sorcellerie en plein New York, l\u2019argument id\u00e9al pour laisser \u00e9clater son talent de conteur ironique.\u00a0 Polanski se moque des adorateurs de Satan, lui qui ne croit ni \u00e0 Dieu ni au Diable. Heureusement, il ne se moque pas du sujet de son film, qui r\u00e9ussit, sans presque rien montrer, \u00e0 \u00eatre un des plus effrayants de l\u2019histoire du cin\u00e9ma. Polanski ne savoure pas longtemps son bonheur de cin\u00e9aste \u00e0 succ\u00e8s et de membre de la jet-set californienne. Le 9 ao\u00fbt 1969, son \u00e9pouse Sharon Tate, enceinte de 8 mois, est assassin\u00e9e dans la maison du couple, avec un groupe d\u2019amis, par des membres de la secte de Charles Manson. Harcel\u00e9 par les m\u00e9dias, Polanski se r\u00e9fugie en Europe et se remet peu \u00e0 peu de la trag\u00e9die. Il tourne deux films, une version sanglante de <em>Macbeth<\/em> en Grande-Bretagne et une com\u00e9die sexy en Italie, <em>Quoi\u00a0?,<\/em> comme deux facettes de sa personnalit\u00e9. <em>Chinatown<\/em>, relecture du film noir, est un pur chef-d\u2019\u0153uvre, enfant\u00e9 dans la douleur par Polanski, le producteur Robert Evans et le sc\u00e9nariste Robert Towne. Cette histoire de d\u00e9tective dissimule une incroyable plong\u00e9e aux racines du Mal et de la corruption. Tout y est parfait, des circonvolutions du r\u00e9cit et de la mise en sc\u00e8ne aux interpr\u00e9tations magistrales de Jack Nicholson et Faye Dunaway. Une fois de plus, le succ\u00e8s ne porte pas chance \u00e0 Polanski. En 1977, une arrestation pour relations sexuelles avec une mineure le conduit en prison. Il plaide coupable pour certains faits, mais n\u2019est reconnu ni p\u00e9dophile, ni d\u00e9linquant sexuel. L\u2019acharnement du juge incite Polanski \u00e0 fuir les Etats-Unis pour la France o\u00f9 il va poursuivre tant bien que mal sa carri\u00e8re. <em>Le Locataire<\/em>, d\u2019apr\u00e8s Topor, est une vision oppressante de Paris et un des films les plus convaincants sur la folie. Il s\u2019agit du chef-d&rsquo;\u0153uvre maudit de Polanski, o\u00f9 le cin\u00e9aste parle avant tout de l\u2019angoisse d\u2019\u00eatre un \u00e9tranger, seul et en proie \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9 de tous. <em>Tess<\/em> est une production co\u00fbteuse, d\u2019apr\u00e8s un roman de Thomas Hardy que Sharon Tate avait fait d\u00e9couvrir \u00e0 Polanski. Ce grand film romanesque et tr\u00e8s sombre est un nouveau portrait de jeune femme (r\u00e9v\u00e9lant Nastassja Kinski) victime des hommes et de la soci\u00e9t\u00e9 puritaine et aristocratique. Polanski ne tourne plus rien pendant sept ans. Il incarne Mozart au th\u00e9\u00e2tre dans la pi\u00e8ce <em>Amadeus<\/em> de Peter Schaffer, mont\u00e9e \u00e0 Varsovie et \u00e0 Paris (triomphe) et publie ses m\u00e9moires, <em>Roman<\/em>. Il refait surface (fa\u00e7on de parler) au cin\u00e9ma avec <em>Pirates<\/em>, tentative rat\u00e9e de mener \u00e0 bien un vieux projet initi\u00e9 \u00e0 Hollywood. C\u2019est le plus grand d\u00e9sastre de sa carri\u00e8re. <em>Frantic<\/em>, thriller hitchcockien tourn\u00e9 \u00e0 Paris avec Harrison Ford est une le\u00e7on de mise en sc\u00e8ne, mais la critique n\u2019y voit qu\u2019un divertissement sans ambition. C\u2019est le d\u00e9but d\u2019une p\u00e9riode o\u00f9 Polanski est consid\u00e9r\u00e9 par beaucoup de critiques comme un cin\u00e9aste fini. Polanski fait tourner dans <em>Frantic <\/em>sa future compagne et m\u00e8re de ses enfants, Emmanuelle Seigner, qu\u2019il dirigera \u00e0 nouveau dans <em>Lunes de fiel<\/em> et <em>La Neuvi\u00e8me Porte<\/em>. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Mal re\u00e7u \u00e0 sa sortie, <em>Lunes de fiel<\/em> est pourtant un film essentiel. Polanski y explore les m\u00e9canismes d&rsquo;une passion sexuelle et destructrice avec son humour sarcastique habituel mais aussi beaucoup de sinc\u00e9rit\u00e9 et d&rsquo;\u00e9motion. Le jeu sur les clich\u00e9s du roman-photo et l&rsquo;esth\u00e9tisme publicitaire d\u00e9bouche sur un v\u00e9ritable romantisme noir et l&rsquo;\u00e9tude minutieuse d&rsquo;un cas limite de relation amoureuse. Une fois de plus, chez Polanski, l&rsquo;artifice m\u00e8ne \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. <em>La Jeune Fille et la mort<\/em>, nouveau huis clos p\u00e2tit d\u2019un mat\u00e9riau faiblard (une pi\u00e8ce \u00e0 th\u00e8se d\u2019Ariel Dorfman) et <em>La Neuvi\u00e8me Porte<\/em>, distrayant jeu de piste satanique, remet Polanski sur la voie du succ\u00e8s<em>. Le Pianiste<\/em> \u00e9vite les \u00e9cueils de la reconstitution historique et du pathos pour devenir dans sa seconde moiti\u00e9 un film mental et subjectif, proche du <em>Locataire<\/em>. Ce triomphe est suivi d\u2019un film moins appr\u00e9ci\u00e9, et pourtant magnifique. Polanski poursuit avec <em>Oliver Twist<\/em> l\u2019exploration de sa m\u00e9moire intime \u00e0 travers l\u2019inconscient collectif. Nous connaissons tous l\u2019histoire du h\u00e9ros de Dickens, mais Polanski en fait un double enfantin de lui-m\u00eame, un survivant t\u00e9moin des pires horreurs mais capable d\u2019interpr\u00e9ter le monde et de le conqu\u00e9rir gr\u00e2ce \u00e0 son intelligence et ses facult\u00e9s d\u2019adaptation.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Le 27 septembre 2009, toujours sous le coup d\u2019un mandat d\u2019arr\u00eat international \u00e9mis en 2005 par la justice am\u00e9ricaine qui demande son extradition pour \u00eatre jug\u00e9 une seconde fois (toujours pour l\u2019affaire de 77) sur le territoire am\u00e9ricain, Roman Polanski est interpell\u00e9 \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Zurich, puis assign\u00e9 \u00e0 r\u00e9sidence surveill\u00e9e dans son chalet \u00e0 Gstadt. Le 12 juillet 2010, la ministre suisse de la Justice Eveline Widmer-Schlumpf fait volte-face pour d\u00e9clarer que le cin\u00e9aste \u00ab\u00a0ne sera pas extrad\u00e9 vers les \u00c9tats-Unis et les mesures de restriction de sa libert\u00e9 sont lev\u00e9es\u00a0\u00bb. Polanski retrouve la libert\u00e9, mais il est toujours consid\u00e9r\u00e9 comme fugitif par la justice am\u00e9ricaine. Au milieu de ce tumulte m\u00e9diatico-judiciaire qui enflamme l\u2019opinion internationale, Polanski continue de travailler. Il dirige \u00e0 distance la post-production de <em>The Ghost Writer<\/em>, qui recevra (en son absence remarqu\u00e9e) l\u2019Ours d\u2019argent au festival de Berlin. C\u2019est un de ses meilleurs films, un thriller politique \u00e9pur\u00e9 et d\u2019un classicisme hitchcockien. Le cin\u00e9aste, en pleine possession de ces moyens, livre un constat pessimiste sur les arcanes du pouvoir, par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une m\u00e9canique parano\u00efaque et une nouvelle fois limit\u00e9e \u00e0 une dramaturgie en huis clos (presque tout le film se d\u00e9roule sur une \u00eele am\u00e9ricaine, dans la r\u00e9sidence d\u2019un ancien Premier ministre britannique en exil, inqui\u00e9t\u00e9 par la justice de son propre pays.) Toutes ressemblances, etc.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Au mois de janvier, Roman Polanski d\u00e9butera \u00e0 Paris le tournage de son dix-neuvi\u00e8me film, <em>Le Dieu du Carnage<\/em> d\u2019apr\u00e8s la pi\u00e8ce de Yasmina Reza, avec Jodie Foster, Kate Winslet, Christopher Waltz (la g\u00e9niale r\u00e9v\u00e9lation de <em>Inglourious Basterds<\/em> de Quentin Tarantino) et John C. Reilly, qui remplace Matt Dillon. Le Festival del film Locarno avait rendu un hommage \u00e0 John C. Reilly cet \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion de la pr\u00e9sentation de sa nouvelle com\u00e9die <em>Cyrus<\/em>. Ce formidable com\u00e9dien am\u00e9ricain, qui a tourn\u00e9 avec quelques-uns des meilleurs cin\u00e9astes contemporains (Brian De Palma, Terrence Malick, Martin Scorsese, Robert Altman, Paul Thomas Anderson) ajoute ainsi un grand nom \u00e0 sa filmographie.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Vient de para\u00eetre aux \u00e9ditions Philippe Rey un nouvel ouvrage sur Roman Polanski sign\u00e9 Florence Colombani qui est en\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Roman Polanski vie et destin de l&#039;artiste - Olivier P\u00e8re<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2010\/11\/29\/roman-polanski-vie-et-destin-de-lartiste\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Roman Polanski vie et destin de l&#039;artiste - Olivier P\u00e8re\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"&nbsp; 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