{"id":7263,"date":"2012-09-16T08:00:37","date_gmt":"2012-09-16T06:00:37","guid":{"rendered":"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/?p=7263"},"modified":"2020-04-07T18:25:56","modified_gmt":"2020-04-07T17:25:56","slug":"martin-scorsese-cetait-mieux-avant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2012\/09\/16\/martin-scorsese-cetait-mieux-avant\/","title":{"rendered":"Martin Scorsese, c\u2019\u00e9tait mieux avant"},"content":{"rendered":"<p>Nous n\u2019aimons pas tellement les (nombreux) films r\u00e9alis\u00e9s par Martin Scorsese apr\u00e8s <em>Casino<\/em>, mais force est d\u2019admettre que le cin\u00e9aste a profond\u00e9ment marqu\u00e9 trois d\u00e9cennies de cin\u00e9ma, les ann\u00e9es 70, 80 et 90 avec des \u0153uvres magnifiques. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 beaucoup. De <em>Taxi Driver<\/em> \u00e0 <em>Casino<\/em>, en passant par des films moins c\u00e9l\u00e8bres mais qui comptent parmi ses meilleurs comme <em>La Valse des pantins<\/em> ou <em>Le Temps de l\u2019innocence<\/em>, Scorsese a \u00e9crit l\u2019histoire du cin\u00e9ma am\u00e9ricain aux c\u00f4t\u00e9s de Coppola, De Palma, Spielberg, Cimino, Friedkin et Altman.<\/p>\n<p>N\u00e9\u00a0en 1942 \u00e0 New York dans une famille d\u2019origine sicilienne Martin Scorsese passe son enfance et sa jeunesse dans le quartier de Little Italy. Il avouera plus tard avoir longtemps h\u00e9sit\u00e9 entre la pr\u00eatrise et la d\u00e9linquance, mais sa passion pour le cin\u00e9ma finit par l\u2019emporter.<\/p>\n<p>En 1964 <em>It&rsquo;s Not Just You, Murray! <\/em>est letroisi\u00e8me court m\u00e9trage de Martin Scorsese et sa premi\u00e8re incursion sur le mode comique dans le monde des petits malfrats de Little Italy.<\/p>\n<p>En 1967, premier coup d\u2019\u00e9clat de Scorsese qui signe <em>The Big Shave<\/em>, court m\u00e9trage choc et minimaliste o\u00f9 l\u2019on voit un homme se raser jusqu\u2019au sang. Cette all\u00e9gorie sur la guerre du Vietnam est financ\u00e9e par la Cin\u00e9math\u00e8que Royale de Belgique et fait sensation au festival de Knokke-le-Zoute.<\/p>\n<p>En 1968\u00a0Scorsese est renvoy\u00e9 du tournage des <em>Tueurs de la lune de miel<\/em>, \u00e0 cause de son extr\u00eame lenteur. Le film est confi\u00e9 au musicien Leonard Kastle, qui signe une \u0153uvre unique, dans tous les sens du terme.<\/p>\n<p>En 1969\u00a0Scorsese participe au montage et \u00e0 la mise en sc\u00e8ne du film concert <em>Woodstock<\/em> de Michael Wadleigh (qui tournera les s\u00e9quences en 16mm de <em>Who\u2019s That Knocking at My Door<\/em>).<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 60 Martin Scorsese avait donc sign\u00e9 quelques courts m\u00e9trages et suivait des \u00e9tudes de cin\u00e9ma \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de New York. La gen\u00e8se de son premier long m\u00e9trage<em> Who\u2019s That Knocking at My Door <\/em>(1967) fut longue et compliqu\u00e9e. En 1965 Scorsese souhaite r\u00e9aliser son film de fin d\u2019\u00e9tudes en abordant des pr\u00e9occupations autobiographiques\u00a0: une certaine fascination pour les voyous de la communaut\u00e9 italo-am\u00e9ricaine, le poids de la religion catholique dans sa propre existence, une attirance contrari\u00e9e pour les filles et la sexualit\u00e9 et une ferveur cin\u00e9philique d\u00e9vorante. Scorsese tourne ainsi en 35mm et en noir et blanc un film de soixante-cinq minutes d\u2019abord intitul\u00e9 <em>Bring On the Dancing Girls<\/em> dont les premi\u00e8res projections re\u00e7oivent un accueil d\u00e9sastreux. Un an plus tard, Scorsese ajoute des s\u00e9quences en 16mm (tout ce qui concerne la relation amoureuse du h\u00e9ros avec une jeune fille) pour donner au film une dur\u00e9e normale. Le film s\u2019appelle d\u00e9sormais <em>I Call First<\/em>. Il est s\u00e9lectionn\u00e9 au Festival de Chicago et \u00e9cope de critiques positives. Mais il ne trouve pas de distribution. Scorsese part alors en Europe. \u00c0 Paris, il apprend qu\u2019un distributeur ind\u00e9pendant am\u00e9ricain sp\u00e9cialis\u00e9 dans le commerce \u00e9rotique est pr\u00eat \u00e0 sortir le film si le cin\u00e9aste ajoute des sc\u00e8nes de nus. Scorsese s\u2019ex\u00e9cute et fait venir son com\u00e9dien Harvey Keitel \u00e0 Amsterdam pour une s\u00e9quence de fantasmes sens\u00e9e de d\u00e9rouler dans un loft new yorkais. Le film h\u00e9rite enfin du titre sous lequel on le conna\u00eet aujourd\u2019hui. Un tournage chaotique, sans argent ni exp\u00e9rience professionnelle, des p\u00e9rip\u00e9ties a priori humiliantes pour un cin\u00e9aste d\u00e9butant qui se r\u00e9f\u00e8re aux <em>Vitelloni <\/em>de Fellini&#8230; Scorsese conna\u00eet suffisamment les ma\u00eetres de la s\u00e9rie B pour savoir que les contraintes peuvent se transformer en atouts pour un cin\u00e9aste imaginatif. Il sait aussi, plus proches de lui, que des auteurs comme Cassavetes ont adopt\u00e9 des m\u00e9thodes de tournage proches du documentaire. Scorsese est \u00e9galement un des premiers h\u00e9ritiers am\u00e9ricains de la Nouvelle Vague et de Godard. Il n\u2019a pas peur de bousculer la grammaire cin\u00e9matographique, d\u2019exp\u00e9rimenter de nouveaux modes narratifs et visuels, encourag\u00e9 par le manque de moyens.<\/p>\n<p>Tout est donc possible, et tout Scorsese est d\u00e9j\u00e0 dans ce premier film. La description du folklore machiste des petites frappes immatures qui se battent \u00e0 la moindre occasion, s\u2019amusent comme des gosses avec des armes \u00e0 feu, s\u2019aventurent dans des joutes verbales et des coups foireux verra son accomplissement dans <em>Mean Streets<\/em> puis <em>Les Affranchis<\/em>. Les signes et les effets du catholicisme impr\u00e8gnent le film et le comportement du personnage central, taraud\u00e9 par son puritanisme et son d\u00e9sir sexuel.<\/p>\n<p>La longue sc\u00e8ne de drague entre J.R. (le double de Scorsese jou\u00e9 par le d\u00e9butant Harvey Keitel, dans un r\u00f4le programmatique de toute sa carri\u00e8re) et la jeune fille blonde, belle et cultiv\u00e9e annonce celles de <em>Taxi Driver<\/em> et <em>New York, New York<\/em>. La s\u00e9quence dans <em>Who\u2019s That Knocking\u2026<\/em> est sans doute plus autobiographique puisque Harvey Keitel accoste la fille en lui parlant de John Wayne et <em>La Prisonni\u00e8re du d\u00e9sert<\/em> de John Ford. Six ans plus tard, Scorsese signera avec <em>Taxi Driver<\/em> une sorte de remake urbain du chef-d\u2019\u0153uvre de Ford, o\u00f9 il s\u2019agit de sauver une jeune fille de la souillure, avec des relents de racisme et de parano\u00efa chez le h\u00e9ros de cette croisade. Il n\u2019y a donc pas de hasard chez Scorsese, mais une poign\u00e9e d\u2019obsessions cin\u00e9matographiques et religieuses. <em>Who\u2019s That Knocking\u2026 <\/em>\u00e9tonne avant tout par la mise en place pr\u00e9coce d\u2019un style visuel et sonore d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s \u00e9labor\u00e9\u00a0: ralentis, acc\u00e9l\u00e9rations, arr\u00eats sur images, inserts, citations, collages, utilisation de musiques et de chansons pr\u00e9existantes. Cela s\u2019explique par la pr\u00e9sence au g\u00e9n\u00e9rique de Thelma Schoonmaker, fid\u00e8le monteuse de Scorsese sur presque tous ses films jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, qui a insuffl\u00e9 aux sons et aux images du cin\u00e9aste ce tempo unique, d\u00e8s la premi\u00e8re fois. En 1969, si Coppola ou De Palma se cherchent encore, Scorsese est d\u00e9j\u00e0 Scorsese. Il s\u2019est trouv\u00e9 tr\u00e8s vite. On peut regretter qu\u2019il se soit aussi perdu trop t\u00f4t. Aucun de ses films depuis <em>Casino<\/em> en 1995 n\u2019ait retrouv\u00e9 l\u2019urgence, la sinc\u00e9rit\u00e9, l\u2019intelligence et la passion de son entr\u00e9e fracassante dans l\u2019histoire du cin\u00e9ma am\u00e9ricain.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un passage chez Roger Corman le temps du beau <em>Bertha Boxcar <\/em>(<em>Boxcar Bertha<\/em>, 1972), <a href=\"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/2012\/08\/19\/bertha-boxcar-de-martin-scorsese\/\">http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/2012\/08\/19\/bertha-boxcar-de-martin-scorsese\/<\/a><\/p>\n<p><em>Mean Streets<\/em> (1973) est le premier film majeur de Scorsese et prend des allures de confession ou de t\u00e9moignage. Le cin\u00e9aste puise dans sa propre exp\u00e9rience des rites mafieux de Little Italy pour d\u00e9crire le parcours christique d\u2019un homme qui h\u00e9site encore entre religion et gangst\u00e9risme. Le mani\u00e9riste Scorsese exprime ici une sensibilit\u00e9 ethnographique h\u00e9rit\u00e9e du n\u00e9o-r\u00e9alisme et du free cin\u00e9ma. \u00ab\u00a0On ne rach\u00e8te pas ses fautes \u00e0 l\u2019\u00e9glise, mais dans la rue\u00a0\u00bb, telle semble \u00eatre la morale de ce film o\u00f9 le jeune Scorsese ma\u00eetrise d\u00e9j\u00e0 les effets de style et de montage qui feront sa gloire, ainsi qu\u2019une utilisation remarquable et originale \u00e0 l\u2019\u00e9poque de musiques pr\u00e9existantes (Ronettes et Rolling Stones en t\u00eate) qui insufflent \u00e0 <em>Mean Streets<\/em> une \u00e9nergie et une authenticit\u00e9 exceptionnelles.<\/p>\n<p>Chef-d&rsquo;\u0153uvre de jeunesse, <em>Mean Streets<\/em> impose le style de Scorsese qui confirme que l&rsquo;id\u00e9e de r\u00e9alisme documentaire et la virtuosit\u00e9 tapageuse ne sont pas toujours incompatibles.<\/p>\n<p>Charlie (Harvey Keitel) un jeune homme natif de Little Italy est \u00e9cartel\u00e9 entre son catholicisme exacerb\u00e9, sa relation sexuelle avec une cousine \u00e9pileptique et ses liens avec le Milieu. Il cherche \u00e0 prot\u00e9ger son ami Johnny Boy (Robert De Niro), un voyou endett\u00e9, mais la violence et le caract\u00e8re impr\u00e9visible de ce dernier finiront par impliquer Charlie dans un r\u00e8glement de comptes sanglant. Avec <em>Mean Streets<\/em> Scorsese trouve sa voie apr\u00e8s quelques premiers essais semi-professionnels et une exp\u00e9rience plus commerciale chez Roger Corman. <em>Mean Streets<\/em> contient les principaux th\u00e8mes que Scorsese va ressasser dans sa filmographie : l&rsquo;id\u00e9e de communaut\u00e9 en Am\u00e9rique, la violence, la religion, et plus particuli\u00e8rement l&rsquo;obsession chr\u00e9tienne du Mal.<\/p>\n<p><em>Mean Streets<\/em> est un avatar des films de gangsters de la Warner, avec leur m\u00e9lange de postures pittoresques et de r\u00e9alisme social, m\u00eal\u00e9 \u00e0 des influences cin\u00e9philiques vari\u00e9es, Samuel Fuller en particulier, dans lequel s\u2019affirme la virtuosit\u00e9 de Scorsese et ses exp\u00e9riences sur la vitesse et le rythme, les longs mouvements de cam\u00e9ra et l\u2019utilisation de chansons et de musiques d\u2019\u00e9poque. Le film se nourrit d\u2019un terreau autobiographique, la jeunesse de Scorsese dans le quartier italien de New York. Il va progressivement d\u00e9laisser cette orientation sociologique pour ne plus s\u2019int\u00e9resser qu\u2019\u00e0 son rapport intime au cin\u00e9ma, \u00e0 l&rsquo;Histoire des \u00c9tats-Unis et \u00e0 la spiritualit\u00e9. C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 pas mal.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e9galement dans ce film charni\u00e8re que l\u2019alter ego initial de Scorsese, Harvey Keitel, donne la r\u00e9plique au futur com\u00e9dien d\u2019\u00e9lection du cin\u00e9aste, Robert De Niro. Le d\u00e9butant De Niro, d\u00e9couvert par Brian De Palma, compose avec beaucoup de brio un personnage de petite frappe n\u00e9vrotique et sa performance r\u00e9pond parfaitement \u00e0 la mise en sc\u00e8ne survolt\u00e9e et Scorsese. Un an plus tard <em>ItalianAmerican <\/em>(1974) est un documentaire que Scorsese consacra \u00e0 ses parents en et qui constitue le contrepoint documentaire exact \u00e0 <em>Mean Streets<\/em>.<\/p>\n<p><em>Alice n\u2019est plus ici<\/em> (<em>Alice Doesn\u2019t Live Here Anymore<\/em>, 1974) est un beau film, un beau portrait de femme (ils dispara\u00eetront presque compl\u00e8tement de la filmographie du cin\u00e9aste) magnifiquement interpr\u00e9t\u00e9e par Ellen Burstyn. Un \u00ab\u00a0road movie\u00a0\u00bb rural au f\u00e9minin, une histoire sur la seconde chance, avec des r\u00e9f\u00e9rences au <em>Magicien d\u2019Oz<\/em> si l\u2019on se souvient bien. Un titre \u00e0 part dans la carri\u00e8re de Scorsese premi\u00e8re p\u00e9riode, \u00e0 revoir certainement.<\/p>\n<p><em>Mean Streets<\/em> avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Quinzaine des R\u00e9alisateurs \u00e0 Cannes et introduit Scorsese au public et \u00e0 la critique du monde entier.<\/p>\n<p>En 1976, <em>Taxi Driver<\/em> remporte la Palme d\u2019Or au Festival de Cannes et conna\u00eet un immense succ\u00e8s international. C\u2019est la cons\u00e9cration de Scorsese, \u00e0 trente-quatre ans.<\/p>\n<p>Un chauffeur de taxi solitaire (Robert De Niro), v\u00e9t\u00e9ran du Vietnam, est obs\u00e9d\u00e9 par l&rsquo;id\u00e9e de nettoyer la ville de New York. Comme Chabrol et son <em>Boucher<\/em>, Scorsese montre en creux les ravages de la guerre sur un homme fruste incapable de trouver sa place dans la soci\u00e9t\u00e9 et qui choisira en d\u00e9sespoir de cause la voie de la violence. <em>Taxi Driver<\/em> est l\u2019un des titres majeurs du cin\u00e9ma am\u00e9ricain des ann\u00e9es 70. Scorsese, De Niro et Schrader sont d\u00e9j\u00e0 au sommet de leur art.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/2011\/05\/04\/taxi-driver-de-martin-scorsese\/\">http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/2011\/05\/04\/taxi-driver-de-martin-scorsese\/<\/a><\/p>\n<p>Scorsese n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la folie et \u00e0 la m\u00e9galomanie du Nouvel Hollywood. Pour le meilleur. <em>New York, New York<\/em> (1977) est un autre film magnifique du cin\u00e9aste qui b\u00e9n\u00e9ficie pour la premi\u00e8re fois d\u2019un budget imposant et des moyens techniques d\u2019un gros film de studio, avec une totale libert\u00e9 cr\u00e9atrice.<\/p>\n<p>Ce somptueux hommage \u00e0 la com\u00e9die hollywoodienne, loin de s&rsquo;enfermer dans un f\u00e9tichisme r\u00e9tro, propose une \u00e9tude bouleversante sur le couple, la cr\u00e9ation artistique et l&rsquo;\u00e9chec amoureux. Film brillant, intelligent, m\u00e9lancolique, mais surtout m\u00e9lancolique et hant\u00e9 par le th\u00e8me du ratage. A cause de cela, et de son d\u00e9passement de budget (Scorsese est \u00e0 l\u2019\u00e9poque drogu\u00e9 jusqu\u2019aux yeux) le film sera sans surprise un d\u00e9sastre critique et commercial comme <em>Enfin l\u2019amour<\/em> de Bogdanovich, <em>Sorcerer <\/em>de Friedkin, <em>La Porte du paradis<\/em> de Cimino et <em>Coup de c\u0153ur<\/em> de Coppola quelques ann\u00e9es plus tard.<\/p>\n<p><em>The Last Waltz<\/em> (1978) est comme <em>New York, New York<\/em> un film musical mais d\u2019une toute autre nature. C\u2019est un titre anecdotique dans la filmographie de Scorsese qui s\u2019essaie avec sa virtuosit\u00e9 habituelle \u00e0 l\u2019exercice du concert film\u00e9. Au sortir de l\u2019aventure \u00e9puisante de <em>New York, New York<\/em>, Scorsese d\u00e9cide de s\u2019atteler \u00e0 une nouvelle exp\u00e9rience autour de la musique et du cin\u00e9ma qui appara\u00eet \u00e0 l\u2019oppos\u00e9, par la vitesse de son ex\u00e9cution et les conditions de tournage en direct, de sa relecture co\u00fbteuse et sophistiqu\u00e9e de la com\u00e9die musicale hollywoodienne. Martin Scorsese accepte la proposition de filmer le concert d\u2019adieux du groupe The Band, le soir du Thanksgiving de 1976, \u00e0 la salle du Winterland de San Francisco. Il choisit d\u2019enregistrer l\u2019\u00e9v\u00e9nement en son synchrone et avec sept cam\u00e9ras, et fait alterner au montage chansons sur sc\u00e8ne et longs entretiens en coulisses, men\u00e9s par Scorsese lui-m\u00eame. Ce concert fleuve de pr\u00e8s de huit heures, o\u00f9 d\u00e9filent de nombreux invit\u00e9s prestigieux, dont Bob Dylan et Ringo Starr, b\u00e9n\u00e9ficie de la virtuosit\u00e9 du cin\u00e9aste, qui avait fait ses classes en assurant le montage de plusieurs concerts film\u00e9s, dont le c\u00e9l\u00e8bre<em> Woodstock<\/em>. Les admirateurs de Scorsese retrouveront dans ce documentaire la passion du cin\u00e9aste pour la musique des ann\u00e9es 60 et 70 et le monde du show business, perceptibles dans tous ses films, d\u2019<em>Alice n\u2019habite plus ici<\/em> \u00e0 ses sagas mafieuses satur\u00e9es de standards rock. Les sc\u00e8nes en coulisses adoptent le style documentaire, sorte de n\u00e9o-r\u00e9alisme mani\u00e9r\u00e9, employ\u00e9 dans <em>Mean Streets<\/em>. En revanche, les performances musicales du Band paraissent aujourd\u2019hui assez dat\u00e9es et ce groupe populaire aux \u00c9tats-Unis aura du mal \u00e0 d\u00e9clencher l\u2019enthousiasme du public fran\u00e7ais en dehors des admirateurs nostalgiques. On retiendra surtout l\u2019apparition finale et princi\u00e8re de Bob Dylan, qui venait de r\u00e9aliser son propre film musical, le mythique <em>Renaldo and Clara<\/em>.<\/p>\n<p>Beaucoup plus tard, Scorsese consacrera d\u2019autres documentaires \u00e0 la musique, en particulier sur Bob Dylan et George Harrison, et aussi filmera un autre concert film\u00e9 de ses idoles vieillissantes, les Rolling Stones (on n\u2019a pas vu ces films).<\/p>\n<p><em>Raging Bull<\/em> (1980) conte l\u2019ascension et la d\u00e9ch\u00e9ance du champion de boxe Jake LaMotta. Ce classique du cin\u00e9ma am\u00e9ricain contemporain adul\u00e9 par beaucoup de monde fut pourtant une d\u00e9convenue commerciale \u00e0 sa sortie, peut-\u00eatre en raison du choix de Scorsese de tourner en noir et blanc. M\u00eame s\u2019il n\u2019\u00e9chappe pas toujours \u00e0 l\u2019emphase <em>Raging Bull<\/em> est un monument inattaquable, en grande partie pour la composition \u00e0 la fois g\u00e9niale et monstrueuse de De Niro qui devient r\u00e9ellement un champion de boxe puis un ob\u00e8se pour interpr\u00e9ter Jake LaMotta.<\/p>\n<p>Le simple enregistrement d\u2019un acteur au travail plus ou moins convaincant dans le r\u00f4le d\u2019un boxeur c\u00e8de ici la place \u00e0 la transformation d\u2019un com\u00e9dien en v\u00e9ritable pugiliste. De Niro apr\u00e8s plusieurs mois d\u2019entra\u00eenement avant le d\u00e9but du tournage avait atteint le niveau d\u2019un athl\u00e8te professionnel. L\u2019exc\u00e8s de r\u00e9alisme chez De Niro (trop de muscles puis trop de graisse) se m\u00eale \u00e0 une surench\u00e8re stylistique de la part de Scorsese. La performance de l\u2019acteur est valoris\u00e9e et amplifi\u00e9e par une d\u00e9bauche d\u2019effets visuels et sonores qui transforment les combats en chor\u00e9graphies, entre carnage peckinpahien et calvaire sulpicien.<\/p>\n<p>Avec Scorsese, la boxe au cin\u00e9ma est soudainement pass\u00e9e de l\u2019\u00e2ge d\u2019or du classicisme au cin\u00e9ma postmoderne ou mani\u00e9riste sans passer par la modernit\u00e9.<\/p>\n<p><em>La Valse des pantins<\/em> (<em>The King of Comedy<\/em>, 1983) est le chef-d\u2019\u0153uvre inconnu (ou presque) de Scorsese, un film dont l\u2019aura ne cesse de grandir depuis sa sortie assez confidentielle malgr\u00e9 une s\u00e9lection au Festival de Cannes. C\u2019est \u00e0 Godard et \u00e0 Andy Warhol qu\u2019on pense le plus en voyant cette satire implacable de la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle dont la violence\u00a0 s\u2019incarne dans l\u2019affrontement d\u2019un monstre \u00e0 deux t\u00eates\u00a0: la star cynique des m\u00e9dias (Jerry Lewis) et le sociopathe hyst\u00e9rique qui r\u00eave d\u2019obtenir son quart d\u2019heure de gloire (Robert De Niro en comique ringard). Encore un film sur l\u2019\u00e9chec d\u2019un pessimisme gla\u00e7ant qui prend des faux airs de com\u00e9die tashlinesque pour dresser un \u00e9tat de lieux de l\u2019Am\u00e9rique et le portrait d\u2019une \u00e2me perdue aussi d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 que <em>Taxi Driver<\/em>.<\/p>\n<p>Voici ce qu\u2019\u00e9crivait le grand critique de cin\u00e9ma et ami Philippe Arnaud sur ce film g\u00e9nial pour le catalogue du Festival du film \u00ab\u00a0Entrevues\u00a0\u00bb de Belfort en 1996\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est un cauchemar parce que le monde du film n\u2019a plus de dehors; c\u2019est la t\u00e9l\u00e9vision et le r\u00eave de ceux qui veulent y acc\u00e9der; ainsi se r\u00e9sume la sph\u00e8re \u00e9troite qui enclot les \u00e9v\u00e9nements. L\u2019effrayant histrionisme de Rupert Pupkin, pr\u00e9tendant \u00e0 la notori\u00e9t\u00e9 cathodique, avec l\u2019aide de Masha, constitue un type de freak purement psychologique, pr\u00e9sent\u00e9 avec une froideur clinique qui associe l\u2019implacable logique de ce d\u00e9sir pr\u00eat \u00e0 tout \u00e0 la nullit\u00e9 pr\u00e9visible de ses contenus. C\u2019est dans cette distorsion entre l\u2019invention et l\u2019\u00e9nergie mise pour passer \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision dans le show de Jerry Langford et le n\u00e9ant hilare de ses sketchs que r\u00e9side le vertige n\u00e9gatif du film. Jerry Lewis envelopp\u00e9 sur un fauteuil de bandelettes scotchantes, muet, enfonc\u00e9 dans une sorte d\u2019accablement qui dessine la frange myst\u00e9rieuse du personnage car peut-\u00eatre est-ce ce miroir humain de Pupkin qui le jette dans cet abandon, traverse le film avec une m\u00e9lancolie un peu souffrante, sans jamais rien c\u00e9der d\u2019une distance parfois s\u00e8che, antipathie positive autour de laquelle tourbillonnent deux phal\u00e8nes infatigables, Pupkin, et Masha qui donne \u00e0 cette danse du scalp sa dimension sexuelle. Ce barnum mental culmine dans la r\u00e9ussite finale de l\u2019op\u00e9ration, o\u00f9 la t\u00e9l\u00e9vision manifeste son pouvoir d\u2019absorption illimit\u00e9e avec un cynisme parfaitement \u00e9gal. L\u2019esp\u00e8ce de suradaptation initiale et monstrueuse de Pupkin triomphe dans ce conte de sorci\u00e8res, qui fait se rencontrer une machine \u00e0 d\u00e9cerveler avec l\u2019absurde talent de son incubation : le film en donne une coda tranchante, \u00e0 la fois s\u00e8che et sans illusion d\u2019am\u00e9lioration possible, avec une \u00e9conomie cinglante de plans, acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 narratif qui a l\u2019\u00e9l\u00e9gance d\u2019un commentaire d\u00e9guis\u00e9 en fait.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>After Hours<\/em> (1985) obtient le prix de la mise en sc\u00e8ne au Festival de Cannes. Avec ce petit film ind\u00e9pendant, Martin Scorsese se refait une sant\u00e9 commerciale apr\u00e8s les lourds \u00e9checs publics des formidables <em>New York, New York<\/em>, <em>Raging Bull<\/em> et <em>La Valse des pantins<\/em>. Le sympathique mais beaucoup moins g\u00e9nial <em>After Hours<\/em> est une com\u00e9die new yorkaise speed\u00e9e et parano\u00efaque sur la nuit de cauchemar d&rsquo;un employ\u00e9 pris au pi\u00e8ge de sa libido. C\u2019est l\u00e9ger l\u00e9ger et copieusement dat\u00e9.<\/p>\n<p>Tout le monde a oubli\u00e9 le film suivant de Scorsese <em>La Couleur de l\u2019argent<\/em> (<em>The Color of Money<\/em>, 1986), commande de studio sans grand int\u00e9r\u00eat (il s\u2019agit d\u2019une suite de <em>L\u2019Arnaqueur<\/em> de Robert Rossen) dans laquelle Scorsese dirige Paul Newman et Tom Cruise.<\/p>\n<p>Personne n\u2019a oubli\u00e9 en revanche qu\u2019\u00e0 sa sortie en 1988 <em>La Derni\u00e8re Tentation du Christ<\/em> (<em>The Last Temptation of Christ<\/em>) fut victime d\u2019une attaque des Catholiques, int\u00e9gristes et extr\u00e9mistes de droite qui sp\u00e9cialement en France multipli\u00e8rent les manifestations et les attentats contre ce film tax\u00e9 de blasph\u00e9mateur jusqu\u2019\u00e0 incendier le cin\u00e9ma Saint-Michel \u00e0 Paris causant la mort d\u2019un spectateur.<\/p>\n<p>La critique ne fut gu\u00e8re plus tendre, pour de toutes autres raisons on s\u2019en doute en accusant Scorsese de lourdeur visuelle, de mauvais go\u00fbt et surtout de bondieuserie. Il est vrai que le film ne s\u2019embarrasse pas d\u2019images sulpiciennes et de grands discours sur la foi (il est adapt\u00e9 du c\u00e9l\u00e8bre roman, un peu dat\u00e9, de Nikos Kazantzakis). Il ose surtout des rencontres esth\u00e9tiques assez abruptes entre les conventions hollywoodiennes les plus caduques (J\u00e9sus est interpr\u00e9t\u00e9 par un acteur blond aux yeux bleus, sorte de clone difforme et rachitique de Charlton Heston) et les aff\u00e9teries modernistes les plus irritantes (la world music de Peter Gabriel). Et pourtant <em>La Derni\u00e8re Tentation du Christ<\/em> s\u2019\u00e9l\u00e8ve largement au-dessus des deux autres ratages \u00ab\u00a0spiritualistes\u00a0\u00bb de Scorsese, <em>Kundun<\/em> (1997) et <em>\u00c0 tombeau ouvert<\/em> (<em>Bringing Out the Dead<\/em>, 1999), en attendant peut-\u00eatre <em>Silence<\/em>.<\/p>\n<p>Plut\u00f4t que de s\u2019auto parodier Scorsese exp\u00e9rimente de nouvelles formes cin\u00e9matographiques puis\u00e9es dans les origines du cin\u00e9ma comme dans la modernit\u00e9 entre solennit\u00e9 et grand guignol, imagerie respectueuse et foutoir kitsch. \u00c0 revoir le film on est frapp\u00e9 par l\u2019audace souvent payante de Scorsese, son souci de filmer \u00ab\u00a0\u00e0 la lettre\u00a0\u00bb certains \u00e9pisodes des \u00c9vangiles, sa croyance dans la repr\u00e9sentation, la puissance \u00e9vocatrice des plans, l\u2019intensit\u00e9 presque grandiloquente de l\u2019interpr\u00e9tation. Un cin\u00e9ma qui finit par \u00e9voquer l\u2019art des pionniers du cin\u00e9ma hollywoodien muet, Cecil B. De Mille et surtout King Vidor, dont la religiosit\u00e9, le monumentalisme jusque dans l\u2019intime pouvaient \u00e9galement fr\u00f4ler l\u2019hyst\u00e9rie. Un film \u00e0 part dans l\u2019\u0153uvre de Scorsese et dans le cin\u00e9ma am\u00e9ricain contemporain.<\/p>\n<p><em>Les Affranchis<\/em> (<em>Goodfellas<\/em>, 1990) raconte l&rsquo;ascension et la chute d&rsquo;un jeune homme n\u00e9 dans le quartier italo-am\u00e9ricain de Brooklyn et qui a toujours r\u00eav\u00e9 de devenir gangster. Scorsese, en pleine forme, filme la mafia comme personne et aborde la drogue de front, une des cl\u00e9s de la fr\u00e9n\u00e9sie de ses mises en sc\u00e8ne. <em>Casino<\/em> (chef-d&rsquo;\u0153uvre de 1995, sans doute le film le plus ambitieux du cin\u00e9aste, v\u00e9ritable fresque intimiste sur un couple et un homme sans qualit\u00e9 employ\u00e9 par la mafia) reprendra les th\u00e8mes des<em> Affranchis<\/em> pour les d\u00e9velopper et les approfondir. <em>Mean Streets<\/em>, <em>Les Affranchis<\/em> et <em>Casino <\/em>forment une trilogie sur le fonctionnement de la mafia mais surtout sur la \u00ab\u00a0vieillesse du m\u00eame\u00a0\u00bb (le couple form\u00e9 par Scorsese et De Niro, le film criminel) o\u00f9 le cin\u00e9aste \u00e9voque l\u2019\u00e9volution du gangst\u00e9risme, des petits voyous de quartier jusqu\u2019\u00e0 l\u2019organisation \u00e9conomique de Las Vegas film\u00e9e comme un documentaire cauchemardesque sur la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste mais aussi de son propre cin\u00e9ma de plus en plus virtuose et flamboyant. On pourrait comparer les trois films \u00e0 <em>Rio Bravo<\/em>, <em>El Dorado<\/em> et <em>Rio Lobo<\/em>, sauf qu\u2019\u00e0 la diff\u00e9rence de Hawks le dernier film de la s\u00e9rie est le meilleur chez Scorsese.<\/p>\n<p><em>Les Nerfs \u00e0 vif<\/em> (<em>Cape Fear<\/em>, 1991) est le remake produit par Steven Spielberg d\u2019un thriller de Jack Lee Thompson. On a d\u00e9j\u00e0 dit tout le bien que l\u2019on pensait de ce film brillant et violent qui surpasse son mod\u00e8le.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/2012\/02\/15\/les-nerfs-a-vif-de-jack-lee-thompson\/\">http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/2012\/02\/15\/les-nerfs-a-vif-de-jack-lee-thompson\/<\/a><\/p>\n<p><em>Le Temps de l&rsquo;innocence<\/em> (<em>The Age of Innocence<\/em>, 1993) longtemps mal aim\u00e9 et incompris s&rsquo;impose comme l&rsquo;un des chefs-d&rsquo;\u0153uvre de Scorsese dont l&rsquo;art extraordinaire du montage lui permet de repenser totalement l&rsquo;id\u00e9e de film \u00e0 costumes, d\u00e9barrass\u00e9e de l&rsquo;acad\u00e9misme inh\u00e9rent \u00e0 ce type de productions. Le film est visuellement somptueux, magnifiquement racont\u00e9 et interpr\u00e9t\u00e9. Daniel Day Lewis et Michelle Pfeiffer y trouvent leurs plus beaux r\u00f4les. <em>Le Temps de l&rsquo;innocence<\/em> ne parle que de passion et de sacrifice. La violence, le th\u00e8me majeur du cin\u00e9aste, se traduit ici par la r\u00e9tention des sentiments amoureux brim\u00e9s par les conventions sociales et le puritanisme.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s <em>Casino <\/em>Scorsese s\u2019enlise dans une phase illustratrice et pompi\u00e8re dont il n\u2019est pas encore sorti. Avec <em>Kundun<\/em> le r\u00e9alisateur catholique s\u2019est fourvoy\u00e9 dans une hagiographique du Dala\u00ef Lama gu\u00e8re inspir\u00e9e et min\u00e9e par une esth\u00e9tique \u00ab\u00a0new age\u00a0\u00bb insupportable. Cette \u00ab\u00a0biopic\u00a0\u00bb annonce un autre ratage du m\u00eame genre, un <em>Aviator<\/em> (<em>The Aviator<\/em>, 2004) assez ridicule pourtant consacr\u00e9 \u00e0 une figure fascinante, Howard Hughes, producteur, homme de presse, milliardaire, aviateur et sociopathe.<\/p>\n<p>A c\u00f4t\u00e9 de ses documentaires sur la musique Scorsese a aussi r\u00e9alis\u00e9 des documentaires sur le cin\u00e9ma. <em>Voyage avec Martin Scorsese \u00e0 travers le cin\u00e9ma am\u00e9ricain<\/em> (<em>A Personal Journey with Martin Scorsese Through American Movies<\/em>, 1995) est un documentaire r\u00e9alis\u00e9 pour la t\u00e9l\u00e9vision \u00e0 l\u2019occasion des cent ans du cin\u00e9ma dans lequel Scorsese nous fait partager ses choix de cin\u00e9phile. Un bon travail de p\u00e9dagogie qui offre le plaisir de revoir des extraits de films mythiques ou pr\u00e9cieux dans de belles copies et en format respect\u00e9.<\/p>\n<p><em>Mon voyage en Italie<\/em> (<em>Il mio viaggo in Italia<\/em>, 1999) est plus probl\u00e9matique.<\/p>\n<p>Le long documentaire de Scorsese (deux parties de deux heures chacune) d\u00e9di\u00e9 au cin\u00e9ma italien commence par une \u00e9vocation autobiographique des plus int\u00e9ressantes\u00a0: l\u2019histoire de sa famille d\u2019origine sicilienne, illustr\u00e9e par des photos et des films amateurs, les souvenirs des premiers films italiens vus enfant \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, entour\u00e9 de ses parents et grands-parents&#8230; <em>Mon voyage en Italie<\/em> se distingue aussi de son pr\u00e9c\u00e9dent documentaire consacr\u00e9 au cin\u00e9ma am\u00e9ricain, o\u00f9 l\u2019on avait l\u2019impression que Scorsese avait puis\u00e9 dans son imposante vid\u00e9oth\u00e8que des extraits de films de ses auteurs pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, des g\u00e9nies reconnus aux mavericks, peut-\u00eatre toujours m\u00e9pris\u00e9s aux Etats-Unis mais v\u00e9n\u00e9r\u00e9s depuis longtemps par la cin\u00e9philie fran\u00e7aise. Le projet de mon <em>Voyage en Italie<\/em> est diff\u00e9rent, mais il laisse toutefois perplexe. On appr\u00e9cie que Scorsese prenne son temps, d\u00e9cide de consacrer presque une heure pour parler de Rossellini, et ensuite de De Sica, Visconti, Fellini et Antonioni, et de l\u2019influence qu\u2019ils ont eue sur ses propres films, \u00e9vidente lorsque le cin\u00e9aste de <em>La Derni\u00e8re Tentation du Christ <\/em>avoue sa fascination pour les th\u00e8mes de la saintet\u00e9 et de la compassion chez l\u2019auteur des <em>Onze fioretti de Fran\u00e7ois d\u2019Assise<\/em>. Les films ne sont pas hach\u00e9s en trop brefs segments, et plut\u00f4t que la quantit\u00e9 Scorsese a choisi la qualit\u00e9 en s\u00e9lectionnant quelques \u0153uvres majeures de cin\u00e9astes essentiels dont il propose de longs passages dans des copies superbes qui restituent l\u2019\u00e9motion esth\u00e9tique des \u0153uvres originales. Impossible de ne pas pleurer une nouvelle fois devant la fin d\u2019<em>Umberto D<\/em>. Mais on a aussi le d\u00e9sagr\u00e9able sentiment que ce luxueux documentaire s\u2019adresse principalement aux \u00ab\u00a0amateurs de culture\u00a0\u00bb ou aux \u00e9tudiants de cin\u00e9ma auxquels l\u2019expos\u00e9 de Scorsese \u00e9vitera de voir les films en entier. C\u2019est l\u2019effet \u00ab\u00a0Reader\u2019s digest\u00a0\u00bb. Un condens\u00e9 de <em>Senso<\/em>, <em>Huit et demi<\/em> avec r\u00e9sum\u00e9s et fines analyses filmiques \u00e0 l\u2019appui, situation historique du film, accueil critique de l\u2019\u00e9poque. Le film de Scorsese est un super DVD, avec commentaire audio et possibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s aux sc\u00e8nes importantes. L\u2019extr\u00eame na\u00efvet\u00e9 de Scorsese est de penser que les t\u00e9l\u00e9spectateurs de son documentaire vont ensuite se pr\u00e9cipiter dans les cin\u00e9math\u00e8ques d\u00e9couvrir l\u2019\u0153uvre compl\u00e8te de Rossellini ou Visconti. Erreur. Ils pourront seulement en parler moins bien que lui. Pass\u00e9es les allusions initiales \u00e0 ses origines siciliennes, on cherche encore ce que la vision de Scorsese du cin\u00e9ma italien a de personnelle. Il s\u2019agit d\u2019un expos\u00e9 s\u00e9rieux et document\u00e9 sur le n\u00e9or\u00e9alisme et la naissance du cin\u00e9ma moderne, un bon cours magistral. Scorsese illustre l\u2019histoire officielle du cin\u00e9ma italien, \u00e9vite soigneusement de m\u00e9langer les torchons et les serviettes, fait une terrible impasse sur la porosit\u00e9 et la circulation entre les grands auteurs et les genres impurs qui ont justement constitu\u00e9 la force et la singularit\u00e9 de l\u2019industrie cin\u00e9matographique italienne. La conclusion de la seconde partie laisse r\u00eaveur. Scorsese s\u2019adresse aux spectateurs et leur d\u00e9clare, en toute innocence, qu\u2019il a fait ce film pour les jeunes g\u00e9n\u00e9rations qui pensent que le \u00ab\u00a0vieux cin\u00e9ma\u00a0\u00bb italien et en noir et blanc de surcro\u00eet est un truc ennuyeux, intello. Il est tout content de nous annoncer que dans une troisi\u00e8me partie, en pr\u00e9paration, il parlera de la nouvelle vague italienne (Pasolini, Bellocchio, Bertolucci), mais aussi de Leone, de la com\u00e9die et des films d\u2019horreur de Mario Bava qu\u2019il adore. Comme le gentil professeur qui promet \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves un sujet plus divertissant pour les r\u00e9compenser de leur attention apr\u00e8s une le\u00e7on un peu trop r\u00e9barbative.<\/p>\n<p><em>Gangs of New York<\/em> (2002) est un monument de pompi\u00e9risme cin\u00e9matographique. Les films suivants avec Leonardo Di Caprio sont les titres les plus impersonnels du r\u00e9alisateur. <em>Hugo Cabret<\/em> (<em>Hugo<\/em>, 2012) offre une tr\u00e8s belle utilisation de la 3D, mais on a le droit d\u2019\u00eatre septique devant une \u00e9vocation aussi compass\u00e9e de la naissance du cin\u00e9ma, entre Mus\u00e9e Gr\u00e9vin et hommages \u00e0 Michael Powell, l\u2019un des ma\u00eetres de Scorsese.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous n\u2019aimons pas tellement les (nombreux) films r\u00e9alis\u00e9s par Martin Scorsese apr\u00e8s Casino, mais force est d\u2019admettre que le cin\u00e9aste\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Martin Scorsese, c\u2019\u00e9tait mieux avant - 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