{"id":6601,"date":"2012-08-08T08:00:54","date_gmt":"2012-08-08T06:00:54","guid":{"rendered":"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/?p=6601"},"modified":"2020-04-10T18:46:54","modified_gmt":"2020-04-10T17:46:54","slug":"locarno-2012-day-8-jean-claude-brisseau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2012\/08\/08\/locarno-2012-day-8-jean-claude-brisseau\/","title":{"rendered":"Locarno 2012 Day 8 : Jean-Claude Brisseau"},"content":{"rendered":"<p>Je suis tr\u00e8s heureux et honor\u00e9 d\u2019accueillir au Festival del film Locarno Jean-Claude Brisseau, l\u2019un de mes cin\u00e9astes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s et l\u2019un des plus grands r\u00e9alisateurs fran\u00e7ais, avec son admirable nouveau film <em>La Fille de nulle part <\/em>pr\u00e9sent\u00e9 aujourd\u2019hui en premi\u00e8re mondiale dans le Concorso internazionale.<\/p>\n<p>Jean-Claude Brisseau, cin\u00e9phile d\u00e8s l\u2019enfance, est n\u00e9 le 17 juillet 1944 \u00e0 Paris.<\/p>\n<p><em>La Vie comme \u00e7a<\/em> est son premier long m\u00e9trage professionnel, tourn\u00e9 \u00e0 l\u2019origine pour la t\u00e9l\u00e9vision. Brisseau, enseignant et cin\u00e9aste amateur, avait d\u2019abord tourn\u00e9 un film en super 8, <em>La Crois\u00e9e des chemins<\/em> qui avait \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9 par Pialat et Rohmer. <em>La Vie comme \u00e7a<\/em>, d\u00e9j\u00e0 un chef-d\u2019\u0153uvre, fut en 1978 le premier film \u00e0 montrer la violence et la d\u00e9shumanisation des grandes cit\u00e9s, avec un r\u00e9alisme et une cruaut\u00e9 qui ne sont pas sans \u00e9voquer Bu\u00f1uel. Le regard politique de Brisseau sur un sujet qu\u2019il conna\u00eet tr\u00e8s bien pour l\u2019avoir lui-m\u00eame v\u00e9cu se teinte de fantastique et \u00e9vite le naturalisme pur. <em>Un jeu brutal<\/em> (thriller m\u00e9taphysique o\u00f9 il rencontre son acteur f\u00e9tiche Bruno Cremer) et <em>De bruit et de fureur<\/em> (qui \u00e9voque avec po\u00e9sie mais sans d\u00e9tour un climat de violence insoutenable dans les banlieues) l\u2019imposent comme l\u2019une des r\u00e9v\u00e9lations majeures du cin\u00e9ma fran\u00e7ais des ann\u00e9es 80<\/p>\n<p><em>Noce blanche<\/em>, malgr\u00e9 la gravit\u00e9 des th\u00e8mes abord\u00e9s et l\u2019exigence sans concession de la mise en sc\u00e8ne de Brisseau, obtint un immense succ\u00e8s commercial en 1989, en grande partie gr\u00e2ce \u00e0 Vanessa Paradis, alors consid\u00e9r\u00e9e comme une petite chanteuse idiote et qui se r\u00e9v\u00e9la sous la direction de Brisseau une excellente actrice de cin\u00e9matographe. <em>Noce blanche<\/em>, histoire d&rsquo;un amour impossible, propose comme tous les autres films de Brisseau une interrogation philosophique sur le sens de la vie, en \u00e9motions et en actes. Un prof de philo guett\u00e9 par l&rsquo;ennui et la solitude, malgr\u00e9 sa r\u00e9ussite professionnelle et sentimentale, tombe sous le charme d&rsquo;une jeune lyc\u00e9enne brillante mais en situation d&rsquo;\u00e9chec scolaire en raison d&rsquo;une existence d\u00e9sordonn\u00e9e et d&rsquo;un pass\u00e9 myst\u00e9rieux. Elle repr\u00e9sente son double apparu sous la forme d&rsquo;un ange exterminateur, et il va passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la chance que lui offre le Destin, par peur.<\/p>\n<p>R\u00e9alis\u00e9 apr\u00e8s le triomphe de <em>Noce blanche<\/em>, <em>C\u00e9line<\/em> (1992) avec Isabelle Pasco et Lisa H\u00e9r\u00e9dia est un autre film magnifique de Brisseau qui aborde des questions m\u00e9taphysiques et philosophiques \u00e0 travers l\u2019histoire d\u2019une jeune fille suicidaire qui revient \u00e0 la vie gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9ditation transcendantale et au yoga. <em>L\u2019Ange noir<\/em> (1994) avec une surprenante Sylvie Vartan est le grand film maudit de Brisseau, incompris en son temps, qui appara\u00eet aujourd\u2019hui comme un sublime m\u00e9lodrame post hollywoodien, o\u00f9 s\u2019affirme la vision tourment\u00e9e du cin\u00e9aste de l\u2019amour, du d\u00e9sir et de la corruption. Le film s\u2019inspire librement de <em>La Lettre<\/em> de William Wyler (1940) et m\u00eale \u00e0 une critique implacable du monde du pouvoir et de l\u2019argent les fantasmes cin\u00e9philiques et \u00e9rotiques d\u2019un cin\u00e9aste qui sera de plus en plus hant\u00e9 par son obsession de la jouissance f\u00e9minine et des rapports entre sexe, mysticisme et lutte des classes.<\/p>\n<p><em>Les Savates du bon dieu<\/em> (2000) est une sorte de po\u00e8me \u00e9l\u00e9giaque sur la recherche de l\u2019absolu. Le film proc\u00e8de d\u2019un audacieux m\u00e9lange des genres que tentera \u00e9galement le cin\u00e9aste sur ses films suivants, <em>Choses secr\u00e8tes<\/em> et <em>Les Anges exterminateurs<\/em>. M\u00e9lodrame, enqu\u00eate sociale, polar, thriller \u00e9rotique\u2026<\/p>\n<p>Dans une cit\u00e9 de province, un m\u00e9canicien amoureux fou de sa femme est quitt\u00e9 par cette derni\u00e8re qui r\u00eave de luxe et de richesse. Commence alors une poursuite effr\u00e9n\u00e9e dans laquelle il entra\u00eene son amie d&rsquo;enfance, secr\u00e8tement \u00e9prise de lui. Les deux jeune gens commettent plusieurs braquages, croisent sur leur chemin un griot africain, traversent les diff\u00e9rentes strates de la France, de la petite d\u00e9linquance sordide \u00e0 la bourgeoisie clinquante et corruptrice. Jean-Claude Brisseau, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des modes et des discours dominants, poursuit une \u0153uvre magnifique. <em>Les Savates du bon dieu<\/em>, condens\u00e9 des obsessions et des convictions qui fondent le cin\u00e9ma de Brisseau, est son titre le plus exalt\u00e9, un m\u00e9lodrame au lyrisme torrentiel qui charrie des id\u00e9es et des sentiments plus grand que la vie. Le film sublime ses jeunes actrices par une image sensuelle et fantasmatique, ose confronter l&rsquo;esth\u00e9tisme de la s\u00e9rie B (un plan cite <em>Gun Crazy<\/em> de Joseph Lewis, d&rsquo;autres \u00e9voquent Nicholas Ray) ou du roman-photo \u00e0 une critique marxiste de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><em>Les Savates du bon dieu<\/em> embrasse d\u2019un m\u00eame et sublime \u00e9lan la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, le cin\u00e9ma et l\u2019amour fou.<\/p>\n<p>Jean-Claude Brisseau s\u2019est souvent attaqu\u00e9 aux tabous.<\/p>\n<p>Dans <em>La Vie comme \u00e7a<\/em>, il parlait de la vie dans les banlieues, dans <em>De bruit et de fureur<\/em>, il s\u2019est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la d\u00e9linquance.<\/p>\n<p>Dans ses trois films suivants (<em>Choses secr\u00e8tes<\/em>, <em>Les Anges exterminateurs<\/em>, <em>A l\u2019aventure<\/em>), il a pris le risque de s\u2019approcher du plus grands des tabous\u00a0: le sexe.<\/p>\n<p><em>Choses secr\u00e8tes<\/em>, l\u2019un de ses plus beaux films, montre comment deux jeunes filles jouent de leurs charmes comme d\u2019une arme pour p\u00e9n\u00e9trer les hautes sph\u00e8res de la soci\u00e9t\u00e9 et du pouvoir, dans un jeu dangereux qui se retournera contre elles.<\/p>\n<p>Avec <em>Les Anges exterminateurs<\/em> (2006) il plonge dans les myst\u00e8res du d\u00e9sir et du plaisir f\u00e9minin, v\u00e9cus comme une forme de mysticisme, non pas comme un provocateur mais comme un explorateur et un exp\u00e9rimentateur, avec la complicit\u00e9 de ses magnifiques jeunes com\u00e9diennes, en proc\u00e9dant \u00e0 une audacieuse mise en ab\u00eeme et un jeu de miroirs (le film met en sc\u00e8ne un cin\u00e9aste pris au pi\u00e8ge de son propre dispositif.)<\/p>\n<p>Le nouveau long m\u00e9trage de Jean-Claude Brisseau, <em>La Fille de nulle part<\/em>, est un \u00e9mouvant retour aux sources. Le film est autoproduit, interpr\u00e9t\u00e9 par Brisseau, et essentiellement tourn\u00e9 dans son propre appartement, un peu \u00e0 la mani\u00e8re des films amateurs de ses d\u00e9buts, et le num\u00e9rique (employ\u00e9 pour la premi\u00e8re fois par Brisseau) remplace le super 8. Le film fait penser \u00e0 ces \u0153uvres de cin\u00e9astes qui n\u2019ont plus rien \u00e0 prouver mais ont toujours soif d\u2019exp\u00e9rimentations, comme le r\u00e9cent <em>Twixt <\/em>de Francis Ford Coppola. Le confinement du sujet (la relation platonique entre un vieux professeur et une jeune fille sauvage) et la modestie des moyens apparaissent, davantage qu\u2019un aveu de r\u00e9signation, comme une authentique d\u00e9monstration de r\u00e9sistance politique et \u00e9conomique, un v\u00e9ritable manifeste de cin\u00e9ma gu\u00e9rilla. Car tournage l\u00e9ger et micro budget ne signifient pas amateurisme sous la direction d\u2019un cin\u00e9aste obs\u00e9d\u00e9 par le style et la forme. Chez Brisseau tout est question de mise en sc\u00e8ne, et <em>La Fille de nulle part <\/em>est une v\u00e9ritable le\u00e7on de cin\u00e9ma, symptomatique de la fid\u00e9lit\u00e9 de Brisseau \u00e0 certains pr\u00e9ceptes esth\u00e9tiques de la Nouvelle Vague mais aussi du cin\u00e9ma am\u00e9ricain classique (surtout Hitchcock). Si l\u2019on retrouve les pr\u00e9occupations mystiques et morales du cin\u00e9aste, avec de nouveau des incursions du c\u00f4t\u00e9 du paranormal et du spiritisme, <em>La Fille de nulle part<\/em> s\u2019enrichit d\u2019une surprenante dimension \u00e9motionnelle qui le fait \u00e9chapper \u00e0 un simple expos\u00e9 th\u00e9orique. Avec le portrait de cet homme vieillissant, misanthrope et id\u00e9aliste, Brisseau se livre \u00e0 une \u00e9trange confession intime, sacrifiant pour la premi\u00e8re fois \u00e0 l\u2019autobiographie, sans renoncer \u00e0 sa passion pour le romanesque.<\/p>\n<p>Sa propre interpr\u00e9tation est touchante, et il confirme sa r\u00e9putation magistrale de directeur d\u2019actrice, obtenant des merveilles de Virginie Legeay, ancienne \u00e9tudiante du d\u00e9partement sc\u00e9nario de La f\u00e9mis qui ne se destinait pas au m\u00e9tier de com\u00e9dienne (malgr\u00e9 un petit r\u00f4le dans <em>Les Anges exterminateurs<\/em>.)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je suis tr\u00e8s heureux et honor\u00e9 d\u2019accueillir au Festival del film Locarno Jean-Claude Brisseau, l\u2019un de mes cin\u00e9astes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s et\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - 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