{"id":625,"date":"2011-04-09T08:25:40","date_gmt":"2011-04-09T07:25:40","guid":{"rendered":"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/?p=625"},"modified":"2020-04-17T08:20:48","modified_gmt":"2020-04-17T07:20:48","slug":"lisandro-le-heros","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/04\/09\/lisandro-le-heros\/","title":{"rendered":"Lisandro, le h\u00e9ros"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">J\u2019\u00e9tais mardi 5 avril invit\u00e9 par la SUPSI (Universit\u00e9 professionnelle de Lugano) pour une conf\u00e9rence sur le cin\u00e9ma et mon travail de directeur artistique de festival. J\u2019ai choisi d\u2019\u00e9voquer l\u2019\u0153uvre de quatre grands jeunes cin\u00e9astes embl\u00e9matiques des ann\u00e9es 2000, qui sont aussi des amis que j\u2019admire particuli\u00e8rement et qui comptent parmi les plus belles rencontres de mes six ann\u00e9es \u00e0 la Quinzaine des r\u00e9alisateurs \u00e0 Cannes\u00a0: Lisandro Alonso, Miguel Gomes, Albert Serra et Rabah Ameur-Za\u00efmeche.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Les ann\u00e9es 2000 ont vu l\u2019apparition sur la carte du monde cin\u00e9matographique de plusieurs auteurs passionnants, synchrones avec une nouvelle fa\u00e7on de faire, de penser et de montrer le cin\u00e9ma. Ces apparitions ont d\u00e9sormais lieu dans ces observatoires du cin\u00e9ma contemporain que sont plus que jamais les festivals de cin\u00e9ma, du moins ceux qui restent \u00e0 l\u2019affut des nouvelles tendances et surtout des nouveaux cin\u00e9astes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Les directeurs de festival, les programmateurs, parfois davantage que les critiques ou les journalistes, sont devenus les compagnons de route de ces jeunes cin\u00e9astes, fortes personnalit\u00e9s, chefs de bande ou solitaires dont les films sonnent comme des mots de passe, mais dont le travail et le talent ont peu \u00e0 voir avec le snobisme ou l\u2019esprit de chapelle habituellement associ\u00e9s au cin\u00e9ma comme expression artistique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Il s\u2019agit plut\u00f4t de se montrer digne de l\u2019histoire du cin\u00e9ma du XXe si\u00e8cle, et r\u00e9fl\u00e9chir sur les m\u00e9tamorphoses subies ou invent\u00e9es que conna\u00eet le cin\u00e9ma depuis dix ans, de sa fabrication jusqu\u2019\u00e0 son exploitation.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Ces nouveaux cin\u00e9astes sont nombreux. Ils imaginent, inventent de nouvelles voies, mais ils refusent l\u2019\u00e9tiquette r\u00e9ductrice du cin\u00e9ma exp\u00e9rimental. Novateurs, ils n\u2019ont pas peur de s\u2019inscrire dans une histoire du cin\u00e9ma, mais en explorent les fronti\u00e8res modernes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Des pages enti\u00e8res m\u00e9riteraient de faire l\u2019\u00e9loge cin\u00e9ma roumain actuel, une des plus belles apparitions de talent dans la production contemporaine, ou aux cin\u00e9mas ind\u00e9pendants philippins, portugais, allemands ou chinois, eux aussi extr\u00eamement toniques et intelligents.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">J\u2019ai choisi d\u2019\u00e9voquer le travail de seulement quatre cin\u00e9astes, cit\u00e9s plus haut, et voici une version revue et augment\u00e9e du passage de ma conf\u00e9rence consacr\u00e9 \u00e0 Lisandro Alonso.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">L&rsquo;Argentin Lisandro Alonso est plus jeune et le plus sauvage des grands cin\u00e9astes modernes. On pourrait le comparer \u00e0 ses a\u00een\u00e9s Jean-Marie Straub, B\u00e9la Tarr et Pedro Costa par certains aspects de son travail, mais il demeure un artiste profond\u00e9ment singulier.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Ce cin\u00e9aste pratique un cin\u00e9ma de l\u2019enregistrement pur du monde qui d\u00e9bouche sur \u00e0 la fois sur une exp\u00e9rience de spectateur presque hallucinatoire et une r\u00e9flexion m\u00e9taphysique sur l\u2019humanit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Lisandro Alonso est n\u00e9 \u00e0 Buenos Aires en 1975, mais il a grandi \u00e0 la campagne. Apr\u00e8s le lyc\u00e9e il a voulu \u00e9tudier le cin\u00e9ma sans savoir vraiment pourquoi, sans \u00eatre cin\u00e9phile, un peu au hasard.\u00a0 A l\u2019\u00e9cole de cin\u00e9ma de Buenos Aires tous ses projets sont refus\u00e9s par les professeurs qui ne le consid\u00e8rent pas comme un \u00e9l\u00e8ve s\u00e9rieux, \u00e0 cause de son manque d\u2019int\u00e9r\u00eat pour les classiques des grands r\u00e9alisateurs ou son ignorance de l\u2019histoire du cin\u00e9ma, et ses faibles participations en cours.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Avec un peu de pellicule 16mm il r\u00e9alise pourtant avec un autre \u00e9l\u00e8ve un film en forme d\u2019autoportrait, sorte de court m\u00e9trage clandestin qui montre une force pr\u00e9coce, un esprit de vengeance et de r\u00e9bellion, une sensibilit\u00e9 artistique tr\u00e8s vive mais non intellectuelle.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Lisandro Alonso r\u00e9alise son premier long m\u00e9trage <em>La libertad<\/em> en 2000, sans exp\u00e9rience professionnelle, avec un sc\u00e9nario de cinq pages et des acteurs non professionnels. Dans ces conditions, il lui est impossible de recevoir une aide financi\u00e8re de l\u2019\u00e9tat ou d\u2019un producteur. Il parvient \u00e0 tourner le film principalement gr\u00e2ce \u00e0 au soutien financier de sa famille qui lui donne 30 000 dollars. Une fa\u00e7on de produire et r\u00e9aliser un premier film tr\u00e8s proche de l\u2019exp\u00e9rience d\u2019Albert Serra en 2006 pour <em>Honor de cavalleria<\/em>, qui d\u00e9montre que deux des plus grandes r\u00e9v\u00e9lations cin\u00e9matographiques de ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es n\u2019ont pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la moindre aide, ni des instituts nationaux, ni des producteurs professionnels, encore moins des t\u00e9l\u00e9visions, \u00e0 la recherche de produits culturels davantage que de cr\u00e9ations artistiques.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Le film <em>La libertad<\/em> est n\u00e9 d\u2019une rencontre, celle du r\u00e9alisateur retourn\u00e9 vivre \u00e0 la campagne pour travailler dans les champs avec un gar\u00e7on de son \u00e2ge, un coupeur de bois. En filmant cet \u00eatre simple, Lisandro Alonso a voulu exprimer le sentiment universel du malaise de la jeunesse, l\u2019absence de perspective d\u2019avenir, une insatisfaction ontologique. Le titre est trompeur. Une journ\u00e9e dans la vie d\u2019un bucheron dans la pampa permet au cin\u00e9aste de montrer au contraire l\u2019absence de libert\u00e9, l\u2019ali\u00e9nation d\u2019un jeune homme prisonnier de ses gestes r\u00e9p\u00e9titifs, sans horizon, sans \u00e9chappatoire. Il y a d\u2019ailleurs des contresens fr\u00e9quents et des erreurs d\u2019interpr\u00e9tation qui entourent l\u2019\u0153uvre de Lisandro Alonso, qui est tout sauf un cin\u00e9aste \u00e9cologiste du retour \u00e0 la nature contre la corruption de la ville. <em>La libertad<\/em> ne fait pas l\u2019apologie d\u2019une vie simple qui donnerait plus de libert\u00e9 aux hommes ; <em>Los muertos<\/em> n\u2019est pas un po\u00e8me rousseauiste qui vante les beaut\u00e9s pacificatrices de la nature sauvage.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Un film aussi radical que <em>La libertad<\/em> dans son minimalisme peut passer pour une provocation. Mais c\u2019est surtout un d\u00e9fi lanc\u00e9 \u00e0 la m\u00e9diocrit\u00e9, et une id\u00e9e d\u2019une imparable logique \u00e9conomique\u00a0: trouver une histoire et un projets parfaits pour un premier film, avec des lieux, des gens que l\u2019on conna\u00eet bien. Le film a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 en dix jours, entre amis. La aussi, on trouve une grande similitude avec <em>Honor de cavalleria<\/em>, six ans plus tard, dans la fa\u00e7on d\u2019appr\u00e9hender un tournage et la fabrication d\u2019un film.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\"><em>Los muertos<\/em>, le second film de Lisandro Alonso, propose clairement la continuation de ce qu\u2019il avait commenc\u00e9 dans <em>La libertad<\/em>. Il s\u2019agit d\u2019approfondir un syst\u00e8me de mise en sc\u00e8ne, de reprendre la m\u00eame probl\u00e9matique sur la signification et l\u2019impossibilit\u00e9 de la libert\u00e9, en rajoutant de mani\u00e8re tr\u00e8s discr\u00e8te un peu de fiction. Quelle est la diff\u00e9rence pour le personnage principal entre la vie en prison et la vie dans la jungle\u00a0? Telle semble \u00eatre la question pos\u00e9e par le film, qui montre une nature particuli\u00e8rement angoissante, myst\u00e9rieuse, hostile, et un protagoniste aux motivations opaques. La diff\u00e9rence entre vivre libre et \u00eatre en prison se limite \u00e0 un acc\u00e8s plus facile \u00e0 l\u2019alcool et \u00e0 la prostitution, r\u00e9pond le film. <em>Los muertos<\/em> est un voyage dans la jungle, mais on ressent l\u2019enfermement du personnage, m\u00eame dans un espace ouvert. Le choix de la musique rock et le travail sur le son installent un contraste avec les images calmes du film pour exprimer la confusion mentale du h\u00e9ros.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">En 2006, un court m\u00e9trage se transforme en \u00ab\u00a0long m\u00e9trage court\u00a0\u00bb, d\u2019un peu plus d\u2019une heure, intitul\u00e9 <em>Fantasma<\/em>.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Le projet du film est n\u00e9 d\u2019une id\u00e9e survenue apr\u00e8s la projection du film <em>Los muertos<\/em> au Teatro San Martin, salle art et essai situ\u00e9e au dernier \u00e9tage d\u2019une grande maison de la culture dans le centre de Buenos Aires, o\u00f9 sont traditionnellement programm\u00e9s les films de Lisandro Alonso. Les deux interpr\u00e8tes non professionnels de <em>La libertad<\/em> et <em>Los muertos<\/em>, Misael Saavedra et Argentino Vagras, avaient \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s par le cin\u00e9aste et assistaient \u00e0 la s\u00e9ance. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Apr\u00e8s avoir r\u00e9alis\u00e9 des films en plein air, dans la pampa puis dans la jungle, Lisandro Alonso imagine un film urbain, et enti\u00e8rement tourn\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un immeuble. La claustrophobie que l\u2019on pouvait ressentir lors du voyage dan la jungle de <em>Los muertos<\/em> est ici plus \u00e9vidente, avec un voyage dans les entrailles d\u2019un grand b\u00e2timent moderne, ses couloirs, ses souterrains, ses escaliers et ses ascenseurs.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Le changement radical r\u00e9side dans l\u2019apport d\u2019un nouveau directeur de la photographie, et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un \u00e9quipement \u00e9lectrique diff\u00e9rent de celui employ\u00e9 en pleine nature pour filmer dans un immeuble. Le r\u00e9sultat parvient \u00e0 susciter un sentiment de d\u00e9paysement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un lieu tr\u00e8s connu, banal et quotidien. C\u2019est la dimension fantastique de <em>Fantasma<\/em>, son c\u00f4t\u00e9 film de science-fiction ou de maison hant\u00e9e qui fait penser \u00e0 <em>The Shining<\/em>, un des films pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s de Lisandro Alonso. Nous sommes loin des habituels films r\u00e9flexifs qui prennent le monde du cin\u00e9ma ou le d\u00e9cor de la salle de cin\u00e9ma comme pr\u00e9textes pour \u00e9voquer une quelconque nostalgie ou f\u00e9tichisme cin\u00e9philes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Comme \u00e0 son habitude, Alonso n\u2019\u00e9crit que quelques pages (huit) de sc\u00e9nario, qu\u2019il est le seul \u00e0 avoir lues avant le d\u00e9but du tournage. Il lui suffit d\u2019avoir deux ou trois images en t\u00eate pour commencer \u00e0 filmer. Rappelons qu\u2019Alonso est un des tr\u00e8s rares cin\u00e9astes de sa g\u00e9n\u00e9ration (et bient\u00f4t en g\u00e9n\u00e9ral) \u00e0 refuser de tourner en vid\u00e9o num\u00e9rique. Tous ses films ont \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9s en 35mm, y compris un moyen m\u00e9trage partiellement improvis\u00e9 comme <em>Fantasma<\/em>. Cela coute \u00e9videmment plus cher, mais Alonso a une v\u00e9ritable religion de l\u2019argentique, qui conf\u00e8re \u00e0 son cin\u00e9ma une sensualit\u00e9, une texture qui sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes des r\u00e9sultats obtenus par des cin\u00e9astes comme Costa ou Serra par exemple. Le r\u00e9sultat final implique aussi des m\u00e9thodes de tournage tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Gr\u00e2ce au num\u00e9rique, Costa ou Serra peuvent filmer des centaines d\u2019heures qu\u2019ils montent ensuite. Alonso a d\u00e9j\u00e0 au tournage une conscience plus vive de la forme de son film, une plus grande discipline que l\u2019on remarque dans la rigueur et la pr\u00e9cision de ses cadres et de ses plans.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\"><em>Fantasma<\/em> est un objet tr\u00e8s net dans sa forme, mais c\u2019est aussi un film ouvert \u00e0 de nombreuses interpr\u00e9tations, qui donne beaucoup de place \u00e0 l\u2019imagination du spectateur et installe un sentiment d\u2019inqui\u00e9tude et d\u2019attention.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Alonso consid\u00e8re ce petit film interm\u00e9diaire, mais impressionnant sur le plan sonore et visuel, comme un remerciement aux acteurs de ses deux films pr\u00e9c\u00e9dents, qu\u2019il a invit\u00e9 \u00e0 Buenos Aires.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Il existe au moins un point commun entre les quatre cin\u00e9astes que j\u2019\u00e9voquais dans cette conf\u00e9rence\u00a0: l\u2019importance de l\u2019amiti\u00e9 dans leur travail. Ils font g\u00e9n\u00e9ralement des films avec des gens qu\u2019ils aiment, artistes, techniciens ou non professionnels. Le plaisir de travailler ensemble est crucial, et parfois suffisant pour faire un film.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\"><em>Fantasma<\/em> est un film de transition, mais aussi de pr\u00e9paration avant le troisi\u00e8me v\u00e9ritable long m\u00e9trage de Lisandro Alonso, <em>Liverpool<\/em> (2008), dont toute la premi\u00e8re partie se d\u00e9roule dans un cargo. On ne voit jamais la mer, seulement l\u2019int\u00e9rieur du navire, les petites cabines, les salles des machines et les couloirs o\u00f9 \u00e9voluent les marins, comme dans <em>Fantasma<\/em>.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Le titre du film, tr\u00e8s \u00e9nigmatique, est une nouvelle fois une fa\u00e7on de tromper le spectateur, puisque le film n\u2019a rien \u00e0 voir avec les Beatles ou le football. Le film a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 \u00e0 Ushuaia, la r\u00e9gion la plus au sud au monde. Les seuls rapports avec l\u2019Angleterre sont la proximit\u00e9 des \u00eeles des Malouines et le porte-cl\u00e9 dans le dernier plan, qui a \u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialement fabriqu\u00e9 pour le film.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\"><em>Liverpool<\/em> propose un sc\u00e9nario un peu plus \u00e9toff\u00e9 que <em>Los muertos<\/em>. C\u2019est aussi un film plus fictionnel dans la mesure o\u00f9 les hommes et les femmes que l\u2019on voit \u00e0 l\u2019\u00e9cran, m\u00eame si ce ne sont pas des acteurs professionnels, interpr\u00e8tent des r\u00f4les qui n\u2019ont rien \u00e0 voir avec ce qu\u2019ils sont dans la vie. Cela ne rend pas le film plus aimable, ni plus loquace, ni moins myst\u00e9rieux, au contraire. <em>Liverpool<\/em> montre des retrouvailles et des relations entre les membres d\u2019une famille. C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un marin qui arrive \u00e0 Ushuaia avec le projet de retrouver sa m\u00e8re. On assiste \u00e0 son voyage solitaire, comme dans <em>Los muertos<\/em>. Quand il arrive enfin dans son village, il y retrouve sa m\u00e8re mais aussi sa fille handicap\u00e9e mentale. La description de cette petite communaut\u00e9 est charg\u00e9e de d\u00e9sespoir, comme si Alonso voulait montrer la plus petite parcelle d\u2019humanit\u00e9 possible, le degr\u00e9 z\u00e9ro de l\u2019humain, avec une poign\u00e9e d\u2019hommes et de femmes vivant dans une mis\u00e8re et un isolement total, \u00e0 la fronti\u00e8re de l\u2019animalit\u00e9, oubli\u00e9s de tous et de tout\u00a0: civilisation, culture, langage, loi. Alonso nous laisse imaginer des histoires possibles autour du handicap de la jeune femme, et le retour du marin\u00a0: consanguinit\u00e9, inceste, alcoolisme.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">C\u2019est aussi la premi\u00e8re fois qu\u2019Alonso abandonne son personnage en cours de film. Le marin s\u2019en va, mais la cam\u00e9ra reste dans le village, comme dans un geste de solidarit\u00e9 envers ces gens exclus, malheureux et oubli\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Cin\u00e9aste du d\u00e9pouillement, du mutisme et de l\u2019observation pure du r\u00e9el, Alonso a voulu apporter plus de fiction \u00e0 chacun de ses nouveaux films. Mais on y d\u00e9c\u00e8le toujours une m\u00e9fiance presque sauvage envers le sc\u00e9nario, le r\u00e9cit, la dramatisation. Comme si Alonso r\u00e9sistait de toutes ses forces contre un cin\u00e9ma narratif, psychologique et explicatif \u2013 d\u00e9sign\u00e9 comme l\u2019ennemi ou le contre-exemple \u2013 tout en voulant exprimer des id\u00e9es philosophiques, par la seule force des images et des sons.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">On peut consid\u00e9rer cette d\u00e9marche comme un impasse, une posture admirable mais vou\u00e9e \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition, ou au contraire comme un manifeste de cin\u00e9ma pur et r\u00e9fractaire \u00e0 tous les diktats de la production culturelle. Il n\u2019emp\u00eache qu\u2019Alonso, r\u00e9guli\u00e8rement tent\u00e9 par l\u2019id\u00e9e d\u2019abandonner le cin\u00e9ma, est s\u00fbrement arriv\u00e9 au bout d\u2019un cycle cr\u00e9atif avec ces trois films et demi, et qu\u2019il s\u2019agit aujourd\u2019hui pour lui d\u2019inventer un nouveau d\u00e9part cin\u00e9matographique, ou de choisir le silence et clore pr\u00e9matur\u00e9ment une \u0153uvre qui compte d\u00e9j\u00e0 parmi les plus belles du cin\u00e9ma contemporain. Nous pr\u00e9f\u00e9rons la premi\u00e8re option.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center\">\n<p style=\"text-align: center\">\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">\u00a0<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; J\u2019\u00e9tais mardi 5 avril invit\u00e9 par la SUPSI (Universit\u00e9 professionnelle de Lugano) pour une conf\u00e9rence sur le cin\u00e9ma et\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Lisandro, le h\u00e9ros - Olivier P\u00e8re<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/04\/09\/lisandro-le-heros\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Lisandro, le h\u00e9ros - Olivier P\u00e8re\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"&nbsp; 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