{"id":5845,"date":"2012-04-06T09:00:44","date_gmt":"2012-04-06T08:00:44","guid":{"rendered":"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/?p=5845"},"modified":"2020-04-14T09:20:46","modified_gmt":"2020-04-14T08:20:46","slug":"hayao-miyazaki-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2012\/04\/06\/hayao-miyazaki-3\/","title":{"rendered":"Hayao Miyazaki"},"content":{"rendered":"<p>Professeur de cin\u00e9ma, essayiste, Herv\u00e9 Joubert-Laurencin a sign\u00e9 un livre magnifique sur Hayao Miyazaki, qui r\u00e9unit quatre \u00e9tudes de films du cin\u00e9aste japonais tir\u00e9es du catalogue des \u00ab enfants de cin\u00e9ma \u00bb, destin\u00e9es au d\u00e9part au enseignants qui emm\u00e8nent leurs \u00e9l\u00e8ves dans les salles de cin\u00e9ma. Au-del\u00e0 de sa remarquable valeur p\u00e9dagogique, cet essai d\u00e9sormais accessible \u00e0 tous les lecteurs \u00e9claire avec l\u2019intelligence, l\u2019\u00e9rudition et la pr\u00e9cision qui caract\u00e9risent les textes d\u2019HJL (grand connaisseur du cin\u00e9ma d\u2019animation, d\u2019Andr\u00e9 Bazin et de Pier Paolo Pasolini, entre autre) l\u2019\u0153uvre d\u2019un artiste et cin\u00e9aste majeur. Le livre, intitul\u00e9 \u00ab Quatre films de Hayao Miyazaki Mon voisin Totoro \u2013 Porco Rosso \u2013 Le Voyage de Chihiro \u2013 Ponyo sur la falaise \u00bb est \u00e9dit\u00e9 par Yellow Now. Il est en librairies depuis le 16 mars.<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage est un plaisir pour l\u2019esprit, pour les yeux aussi avec une mise en page \u00e9l\u00e9gante. Il est si bien \u00e9crit que le simple r\u00e9sum\u00e9 en encadr\u00e9 du <em>Tombeau des lucioles<\/em> (d\u2019Isao Takahata) suffit \u00e0 faire resurgir les \u00e9motions ressenties \u00e0 la vision de ce chef-d\u2019\u0153uvre et \u00e0 vous tirer les larmes.<\/p>\n<p>Les quatre films choisis constituent des sommets dans la carri\u00e8re de Miyazaki, jusqu\u2019au tr\u00e8s beau <em>Ponyo sur la falaise<\/em> (2008), dernier long m\u00e9trage en date du cin\u00e9aste qui convoque \u00e0 nouveau les th\u00e8mes de la m\u00e9tamorphose, de la confusion entre les esp\u00e8ces et de la magie, avec l\u2019histoire d\u2019une amiti\u00e9 entre un petit gar\u00e7on et une fille poisson d\u00e9couverte dans un pot de verre, bien d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 acc\u00e9der au statut d\u2019humaine pour vivre aux c\u00f4t\u00e9s de son ami.<\/p>\n<p>Hayao Miyazaki est n\u00e9 en 1941 \u00e0 Tokyo. Son p\u00e8re fabriquait des avions, et avait donc, comme toute l\u2019industrie nippone, particip\u00e9 \u00e0 l\u2019effort de guerre. La famille Miyazaki fuit la ville et les bombardements pour se r\u00e9fugier \u00e0 la campagne. On retrouve dans plusieurs de ses films des \u00e9l\u00e9ments biographiques emprunt\u00e9s \u00e0 son enfance rurale, ainsi que le th\u00e8me de l\u2019aviation.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quand j&rsquo;\u00e9tais petit, j&rsquo;aimais dessiner. Mais je ne faisais absolument pas les dessins des enfants de mon \u00e2ge. Je dessinais uniquement des avions, des chars ou des bateaux de guerre. J&rsquo;\u00e9tais un gar\u00e7on de sant\u00e9 tr\u00e8s fragile, et j&rsquo;\u00e9tais fascin\u00e9 par tout ce qui exprimait la force, la puissance.<\/p>\n<p>J&rsquo;aimais beaucoup les mangas de Tesuka Osamo dans les ann\u00e9es 60. Le film qui m&rsquo;a d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 entrer dans l&rsquo;animation est le premier long-m\u00e9trage d&rsquo;animation du cin\u00e9ma japonais, <em>Le Serpent blanc<\/em>, sorti en 1958. Mais ce qui m&rsquo;a le plus \u00e9mu, \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, c&rsquo;est un film de Paul Grimault, <em>La Berg\u00e8re et le Ramoneur<\/em> et un dessin anim\u00e9 sovi\u00e9tique qui s&rsquo;appelait <em>La Reine des neiges<\/em>. Ce sont ces deux films qui m&rsquo;ont vraiment convaincus de travailler dans l&rsquo;animation.<\/p>\n<p>Avant de voir le film de Grimault et <em>La Reine des neiges<\/em>, j&rsquo;avais renonc\u00e9 \u00e0 ma pseudo vocation de dessinateur de bande dessin\u00e9e et j&rsquo;avais l&rsquo;id\u00e9e de devenir animateur. J&rsquo;ai vu toutes les possibilit\u00e9s artistiques offertes par l&rsquo;animation, et j&rsquo;ai d\u00e9couvert qu&rsquo;on pouvait dire d&rsquo;autres choses dans les dessins anim\u00e9s.<\/p>\n<p>Ensuite, \u00e0 quinze ans, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de devenir dessinateur de mangas, mais ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une d\u00e9cision, je ne suis jamais pass\u00e9 \u00e0 l&rsquo;acte. \u00c0 dix-huit ans, \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9, j&rsquo;ai fait des \u00e9tudes d&rsquo;\u00e9conomie, et j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 m\u2019int\u00e9resser aux th\u00e9ories marxistes. Pendant tout mon temps libre, et j&rsquo;en avais beaucoup, j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 dessiner vraiment, et j&rsquo;ai fait ma formation artistique moi-m\u00eame. Je ne suis jamais all\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole des beaux-arts. J&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 ce moment-l\u00e0 de passer \u00e0 l&rsquo;action.<\/p>\n<p>Beaucoup d&rsquo;autres \u00e9v\u00e9nements m&rsquo;ont convaincu \u00e0 cette \u00e9poque des possibilit\u00e9s du cin\u00e9ma d&rsquo;animation. Cela n&rsquo;a pas d\u00e9cid\u00e9 de ma carri\u00e8re, mais cela m&rsquo;a montr\u00e9 qu&rsquo;on pouvait mettre la barre tr\u00e8s haut et cela a peut-\u00eatre marqu\u00e9 le d\u00e9but d&rsquo;un long processus. De toutes fa\u00e7ons, je ne pensais pas atteindre un jour cette perfection. Je souhaitais seulement m&rsquo;am\u00e9liorer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En 1963 Miyazaki entre au d\u00e9partement animation des studios Toe\u00ef et travaille sur de nombreuses s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es adapt\u00e9es d&rsquo;\u0153uvres litt\u00e9raires pour la jeunesse. Il y rencontre Isao Takahata (futur associ\u00e9 et r\u00e9alisateur du <em>Tombeau des lucioles<\/em>) et Yasuo Otsuka (son mentor). <em>Hols, fils du soleil<\/em>, premier projet ind\u00e9pendant et artistique de Miyazaki et ses complices, sort en salles au Japon en 1968. Succ\u00e8s critique, \u00e9chec commercial. Apr\u00e8s dix ans de s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9s d&rsquo;apr\u00e8s des \u0153uvres litt\u00e9raires classiques avec Takahata, Miyazaki r\u00e9alise son premier long m\u00e9trage pour la t\u00e9l\u00e9vision, <em>Conan, le fils du futur<\/em>, en 1978.<\/p>\n<p><em>Le Ch\u00e2teau de Cagliosto<\/em> (1979), le premier grand film de Miyazaki, puise son inspiration \u00e0 la fois chez Maurice Leblanc et Hom\u00e8re.<\/p>\n<p>Miyazaki consid\u00e8re <em>Le Ch\u00e2teau de Cagliostro<\/em>, <em>Conan, le fils du futur<\/em>, <em>Panda Kopanda<\/em> qu\u2019il a fait avec Isao Takahata, et <em>Heidi<\/em>, comme ses premiers films personnels.<\/p>\n<p>En 1982 d\u00e9bute la publication du manga de Miyazaki \u00ab\u00a0Nausica\u00e4\u00a0\u00bb, qui durera douze ans. Miyazaki en assure lui-m\u00eame l&rsquo;adaptation sur grand \u00e9cran deux ans plus tard (photo en t\u00eate de texte), mais entre en conflit avec ses producteurs qui amputent le film jug\u00e9 trop long.<\/p>\n<p>En 1985 Miyazaki fonde avec Takahata et Otsuka le studio Ghibli, structure destin\u00e9e \u00e0 produire des chefs-d&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;artistes en toute libert\u00e9. En devenant son propre producteur, Miyazaki encha\u00eene les futurs classiques de l&rsquo;animation : <em>Le Ch\u00e2teau dans le ciel<\/em> (1986), <em>Mon voisin Totoro<\/em> (1988), <em>Porco Rosso<\/em> (1992).<\/p>\n<p>En 1997 le public occidental de Miyazaki s&rsquo;\u00e9largit consid\u00e9rablement avec <em>Princesse Mononoke<\/em>, fresque \u00e9pique et po\u00e9tique digne de Kurosawa. Miyazaki est reconnu comme un ma\u00eetre du cin\u00e9ma mondial.<\/p>\n<p>En 2001 <em>Le Voyage de Chihiro<\/em> devient le plus gros succ\u00e8s du cin\u00e9ma japonais et s&rsquo;exporte \u00e0 merveille (il obtient l&rsquo;Ours d&rsquo;Or au Festival de Berlin et l\u2019Oscar du meilleur film d\u2019animation.) C\u2019est \u00e0 l\u2019occasion de la sortie du film en France la m\u00eame ann\u00e9e que nous avions rencontr\u00e9 le cin\u00e9aste, et ses propos retranscrits ici proviennent de cet entretien.<\/p>\n<p>Chihiro est une fillette de dix ans, une petite citadine capricieuse et g\u00e2t\u00e9e qui voyage en voiture avec ses parents, en route vers leur nouvelle maison. En chemin, son p\u00e8re se trompe de direction. La famille traverse un immense tunnel et se retrouve dans parc d&rsquo;attractions d\u00e9saffect\u00e9, perdu en pleine nature. L&rsquo;atmosph\u00e8re inqui\u00e9tante tourne au cauchemar lorsque les parents de Chihiro, pour s&rsquo;\u00eatre nourris de victuailles, sont transform\u00e9s en cochons. La petite fille va d\u00e9couvrir un univers fantastique peupl\u00e9 de monstres, de fant\u00f4mes et d&rsquo;anciens dieux en vill\u00e9giature dans une immense maison de bains r\u00e9gie par une sorci\u00e8re. La suite des p\u00e9rip\u00e9ties est difficilement racontable, car le film prend des allures de po\u00e8me en prose, d&rsquo;\u00e9pop\u00e9e foisonnante et de conte philosophique, bien plus ambitieux qu&rsquo;un simple roman d&rsquo;apprentissage destin\u00e9 \u00e0 la jeunesse. Si la premi\u00e8re partie place le spectateur en terrain connu, la seconde pourra d\u00e9router ceux qui ne poss\u00e8dent de l&rsquo;\u0153uvre de Hayao Miyazaki qu&rsquo;une connaissance superficielle. Le cin\u00e9aste nous entra\u00eene en effet dans une succession prolif\u00e9rante de visions all\u00e9goriques parfois plus proches de Fellini que de Kurosawa. <em>Le Voyage de Chihiro<\/em> ressemble \u00e0 une version monumentale de <em>Mon voisin Totoro<\/em> (on y retrouve les merveilleuses cr\u00e9atures sylvestres et une vision de la nature propre au cin\u00e9aste), enrichi de la dimension spectaculaire de <em>Princesse Mononoke<\/em>.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je pense avoir chang\u00e9 ma fa\u00e7on de faire des films depuis <em>Princesse Mononoke<\/em>. Avant ce film, je m&rsquo;\u00e9tais constitu\u00e9 une sorte de m\u00e9morandum. Je m&rsquo;\u00e9tais fix\u00e9 un certain nombre de r\u00e8gles car je refusais de faire des films de pure distraction. Cela me conduisait \u00e0 toujours soustraire davantage, \u00e0 m&rsquo;imposer des contraintes et des interdits. J&rsquo;ai jet\u00e9 tout cela au moment de <em>Princesse Mononoke<\/em>, et j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de repartir de z\u00e9ro sur une base totalement neuve et libre, pour aboutir \u00e0 un r\u00e9sultat diff\u00e9rent. Dans <em>Le Voyage de Chihiro<\/em> il y a beaucoup de personnages, car pour moi le film est comme la transposition de l&rsquo;histoire d&rsquo;une jeune fille qui d\u00e9barque au milieu de l&rsquo;agitation des studios Ghibli pour y travailler. Elle va devoir franchir de nombreuses \u00e9preuves. La plupart de mes films grouillent de personnages. <em>Mon voisin Totoro <\/em>faisait plut\u00f4t figure d&rsquo;exception.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Contrairement aux films pr\u00e9c\u00e9dents de Miyazaki, qui tendaient vers une forme artistique universelle, <em>Le Voyage de Chihiro<\/em> marque un ancrage volontaire dans un imaginaire purement nippon, une sorte de retour aux sources pour l&rsquo;artiste, dont l&rsquo;\u0153uvre poss\u00e8de \u00e9galement une dimension politique de r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricanisation de son pays. Miyazaki a souvent puis\u00e9 les sujets de ses films dans le patrimoine litt\u00e9raire mondial, de Swift \u00e0 Maurice Leblanc. <em>Le Voyage de Chihiro <\/em>s&rsquo;inspire de l\u00e9gendes traditionnelles japonaises, et se refuse au moindre compromis culturel. On est loin d&rsquo;une forme de \u00ab\u00a0world cin\u00e9ma\u00a0\u00bb symbolis\u00e9e par <em>Tigre et Dragon<\/em>, qui profite de l&rsquo;engouement du public occidental pour l&rsquo;exotisme du cin\u00e9ma asiatique. <em>Le Voyage de Chihiro<\/em> est un film que Miyazaki a prioritairement adress\u00e9 au public des enfants japonais.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c0 une \u00e9poque, j&rsquo;avais en effet le souci de ne pas montrer que des choses purement japonaises dans mes films. En ce moment, et cela ne veut pas dire que cela sera toujours comme cela, j&rsquo;ai envie de montrer aux Japonais, et \u00e9ventuellement aux autres, que le Japon est aussi riche en culture et en histoire que d&rsquo;autres pays. Les Japonais ont tendance \u00e0 l&rsquo;oublier. Le Japon est le pays des touristes qui font le voyage \u00e0 Paris pour d&rsquo;acheter des sacs Vuitton. Il serait temps qu&rsquo;ils red\u00e9couvrent leurs propres racines. Moi, je ne porte que des v\u00eatements sans marque (\u2026)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On trouve dans la litt\u00e9rature japonaise des histoires de voyageurs victimes de sortil\u00e8ges et qui se r\u00e9veillent le lendemain matin transform\u00e9s en animaux. Je connais bien \u00ab\u00a0Pinocchio\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Alice au pays des merveilles\u00a0\u00bb, et je les aime beaucoup, mais je ne m&rsquo;en suis pas inspir\u00e9 pour ce film. J&rsquo;ai fait appel \u00e0 un imaginaire purement japonais. Tous les personnages sortent de mon imagination, mais il est certain que je me suis nourri des traditions et l\u00e9gendes pour les inventer. Il existe de nombreux dessins de monstres \u00e9pouvantables dans l&rsquo;art japonais. J&rsquo;ai souhait\u00e9 m&rsquo;\u00e9loigner le plus possible de cette repr\u00e9sentation traditionnelle des cr\u00e9atures et des fant\u00f4mes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le succ\u00e8s triomphal du <em>Voyage de Chihiro<\/em> a r\u00e9compens\u00e9 le parcours hors norme d&rsquo;un artiste unanimement respect\u00e9 au Japon, et qui a cr\u00e9\u00e9 avec d&rsquo;autres animateurs et dessinateurs les studios Ghibli, d&rsquo;o\u00f9 sont sortis plusieurs chefs-d&rsquo;\u0153uvre de l&rsquo;animation contemporaine. Les Studios Ghibli ont prouv\u00e9 au grand public que le cin\u00e9ma d&rsquo;animation pouvait non seulement aborder des sujets enfantins ou fantastiques mais aussi traiter de sujets r\u00e9alistes, graves ou autobiographiques, comme <em>Le Tombeau des lucioles<\/em> d\u2019Isao Takahata.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quand nous avons cr\u00e9\u00e9 ces studios, c&rsquo;\u00e9tait dans le dessein de faire des films comme nous le voulions, en toute libert\u00e9. N&rsquo;oubliez pas que l&rsquo;animation est un travail tr\u00e8s collectif. Quand on me parle de mes films, je r\u00e9ponds toujours que ce n&rsquo;est pas mon \u0153uvre, mais une \u0153uvre collective (\u2026) \u00ab\u00a0Cela s&rsquo;est pass\u00e9 progressivement. Au fur et \u00e0 mesure de l&rsquo;existence de studios Ghibli, nous avons eu des projets de nature et d&rsquo;ampleur diff\u00e9rentes. Nous avons ainsi transform\u00e9 la pens\u00e9e et l&rsquo;approche traditionnelle du dessin anim\u00e9, en lui apportant une nouvelle dimension. Cela n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9vident et cela a pris du temps. Pour \u00e9largir les fronti\u00e8res du dessin anim\u00e9, il nous a fallu beaucoup d&rsquo;efforts et c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;on trouve une certaine tenue dans nos films. Maintenant que le monde de l&rsquo;animation s&rsquo;est ouvert sur le r\u00e9alisme, les jeunes qui s&rsquo;engouffrent dans cette br\u00e8che ouverte n&rsquo;ont pas \u00e0 fournir les m\u00eames efforts. R\u00e9sultat, c&rsquo;est devenu un poids pour eux. Ce n&rsquo;est plus une ouverture, mais un fardeau qu&rsquo;ils portent car ils ne savent pas s&rsquo;en servir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Miyazaki, faute de pouvoir contr\u00f4ler leur diffusion, s&rsquo;\u00e9tait longtemps montr\u00e9 r\u00e9ticent \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de sortir ses films hors du Japon. Depuis <em>Princesse Mononoke<\/em>, ce sont les studios Disney qui distribuent ses films en Occident. Une situation paradoxale, qui t\u00e9moigne du pouvoir acquis par Miyazaki, mais intervient au moment o\u00f9 le cin\u00e9aste semble de plus en plus d\u00e9sillusionn\u00e9 et m\u00e9fiant envers les Etats-Unis.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je me dis qu&rsquo;ils doivent \u00eatre tr\u00e8s embarrass\u00e9s en voyant <em>Le Voyage de Chihiro<\/em>. Je ne peux pas vous dire s&rsquo;ils ont tout compris ou s&rsquo;ils sont tr\u00e8s heureux. L&rsquo;accord que les studios Ghibli ont pass\u00e9 avec Disney est d&rsquo;ordre purement commercial. Le film correspond exactement \u00e0 ce que j&rsquo;ai voulu faire. Il n&rsquo;est pas question qu&rsquo;ils apportent des modifications au montage, ni m\u00eame qu&rsquo;ils donnent leur avis sur le r\u00e9sultat final.<\/p>\n<p>En tout cas, ce n&rsquo;est que du \u00ab\u00a0business\u00a0\u00bb. Je ne suis pas si faible que cela en face d&rsquo;eux. Pour eux <em>Le Voyage de Chihiro<\/em> se r\u00e9sume de la fa\u00e7on suivante : \u00ab\u00a0est-ce que Chihiro va battre la vilaine sorci\u00e8re ?\u00a0\u00bb Ils n&rsquo;arrivent pas \u00e0 comprendre que l&rsquo;histoire n&rsquo;est pas si simple que cela. C&rsquo;est comme lorsque le pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis d\u00e9clare : \u00ab\u00a0soit vous \u00eatre avec nous, soit vous \u00eates contre nous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me n&rsquo;est pas seulement li\u00e9 \u00e0 Disney. Je pense qu&rsquo;une partie du public am\u00e9ricain ne pourra pas comprendre et appr\u00e9cier ce film. C&rsquo;est regrettable, mais c&rsquo;est comme \u00e7a. Les Am\u00e9ricains souffrent d&rsquo;une insuffisance chronique et cela m&rsquo;est \u00e9gal.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Comme autrefois son ami Akira Kurosawa, Miyazaki se trouve au-dessus de la m\u00eal\u00e9e. Artiste incorruptible, ma\u00eetre admir\u00e9 par ses pairs, insensible aux modes, cet id\u00e9aliste observe avec s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 le Japon moderne.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je dis toujours qu&rsquo;il faut faire des films qui rencontrent notre \u00e9poque, mais pas qui l&rsquo;\u00e9pousent. Nous sommes des enfants de l&rsquo;\u00e9poque dans laquelle nous vivons, mais nous devons lui lancer des d\u00e9fis, pas nous fondre en elle. Les artistes qui collent trop \u00e0 leur \u00e9poque vont \u00eatres \u00e9vacu\u00e9s, comme le temps qui passe. Leurs films vont \u00eatre abandonn\u00e9s sur les bords du chemin. Si vous \u00e9pousez votre \u00e9poque, vous restez fix\u00e9s \u00e0 elle, et vous disparaissez avec elle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je n&rsquo;irai pas jusqu&rsquo;\u00e0 dire que ma d\u00e9marche artistique est animiste ou shinto\u00efste. Mais dans la mesure o\u00f9 je suis Japonais, Je me consid\u00e8re davantage comme un biotropiste, un adepte de la d\u00e9fense de la nature et de l&rsquo;environnement au japon. Nous sommes tr\u00e8s nombreux au japon. Il existe aussi des biotropistes en Allemagne, mais ils sont l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rents des Japonais. Certains biotropistes qui prot\u00e8gent l&rsquo;environnement d\u00e9cident que tel poisson ne doit pas \u00eatre \u00e0 tel endroit, ou que tel arbre n&rsquo;est pas \u00e0 sa place ici ou l\u00e0. Tout en respectant la nature, ils ont une vision tr\u00e8s ordonn\u00e9e des choses. Moi, et les biotropistes que je fr\u00e9quente, consid\u00e9rons que si cet arbre o\u00f9 ce poisson se trouve \u00e0 tel endroit, il faut le laisser vivre o\u00f9 il est. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;ordre \u00e0 imposer aux \u00eatres vivants. Nous respectons la nature telle qu&rsquo;elle est, et pas telle qu&rsquo;elle devrait \u00eatre. Nous nous rapprochons de la nouvelle doctrine de Gaia, \u00ab\u00a0la terre nourrici\u00e8re\u00a0\u00bb, selon laquelle il n&rsquo;existe pas de diff\u00e9rence entre le vivant et le non vivant, la terre et les animaux.\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Professeur de cin\u00e9ma, essayiste, Herv\u00e9 Joubert-Laurencin a sign\u00e9 un livre magnifique sur Hayao Miyazaki, qui r\u00e9unit quatre \u00e9tudes de films\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Hayao Miyazaki - Olivier P\u00e8re<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2012\/04\/06\/hayao-miyazaki-3\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Hayao Miyazaki - 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