{"id":5324,"date":"2012-03-07T09:00:49","date_gmt":"2012-03-07T08:00:49","guid":{"rendered":"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/?p=5324"},"modified":"2015-10-19T07:48:34","modified_gmt":"2015-10-19T06:48:34","slug":"retrospective-tim-burton-a-la-cinematheque-francaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2012\/03\/07\/retrospective-tim-burton-a-la-cinematheque-francaise\/","title":{"rendered":"R\u00e9trospective Tim Burton \u00e0 la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_5325\" style=\"width: 650px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/2012\/03\/07\/retrospective-tim-burton-a-la-cinematheque-francaise\/mars-attacks-de-tim-burton\/\" rel=\"attachment wp-att-5325\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-5325\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-5325\" title=\"Mars attacks! de Tim Burton (1996)\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2012\/02\/mars-attacks-de-tim-burton.jpg\" alt=\"Mars attacks! de Tim Burton (1996)\" width=\"640\" height=\"349\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2012\/02\/mars-attacks-de-tim-burton.jpg 1980w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2012\/02\/mars-attacks-de-tim-burton-513x280.jpg 513w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2012\/02\/mars-attacks-de-tim-burton-1024x558.jpg 1024w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2012\/02\/mars-attacks-de-tim-burton-580x316.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-5325\" class=\"wp-caption-text\">Mars attacks! de Tim Burton (1996)<\/p><\/div>\n<p>La r\u00e9trospective et l\u2019exposition Tim Burton \u00e0 la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise, du 7 mars au 13 avril, vou\u00e9es \u00e0 un immense succ\u00e8s, nous offrent l&rsquo;occasion d\u2019\u00e9valuer \u00e0 sa juste valeur l&rsquo;\u0153uvre de Tim Burton, ses qualit\u00e9s et ses faiblesses de cin\u00e9aste, sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 certains th\u00e8mes, une trajectoire hollywoodienne o\u00f9 cet amoureux du cin\u00e9ma fantastique est pass\u00e9 du statut d\u2019anomalie sympathique et bricoleuse \u00e0 celui de faiseur de blockbusters \u00e0 pr\u00e9tentions artistiques.<\/p>\n<p>Tim Burton est aujourd&rsquo;hui un des rares cin\u00e9astes am\u00e9ricains apparus dans les ann\u00e9es 80 susceptibles de r\u00e9pondre au statut d&rsquo;auteur, populaire de surcro\u00eet. Un tel terme peut para\u00eetre obsol\u00e8te, pourtant les spectateurs sont nombreux \u00e0 reconna\u00eetre et identifier la signature du cin\u00e9aste et l&rsquo;adjectif \u00ab\u00a0burtonien\u00a0\u00bb a int\u00e9gr\u00e9 le vocabulaire cin\u00e9philique courant. Reste la question suivante : qu\u2019est-ce qu\u2019un auteur dans le paysage sinistr\u00e9 d&rsquo;Hollywood, qui produit de plus en plus d&rsquo;images et de moins en moins de films? Un cr\u00e9ateur irr\u00e9ductible ou un artiste cam\u00e9l\u00e9on ? Un inventeur de formes cin\u00e9matographiques, un styliste capable de r\u00e9sister au rouleau compresseur normatif du syst\u00e8me industriel, pouvant sur le mod\u00e8le des grands cin\u00e9astes de l\u2019\u00e2ge d\u2019or des studios marquer une commande ou un film de genre du sceau de son g\u00e9nie? Ou bien le gardien attentif d\u2019un univers singulier et d\u2019obsessions intimes, creusant avec obstination le m\u00eame sillon, en autarcie? Pendant une d\u00e9cennie, de son premier long m\u00e9trage <em>Pee Wee Big Adventure<\/em> (1985) \u00e0 <em>Ed Wood<\/em> (1994), Tim Burton a laiss\u00e9 penser qu&rsquo;il pouvait r\u00e9ussir \u00e0 \u00eatre les deux, parvenant \u00e0 concilier prodigieusement les exigences des studios et l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de sa vision, dans le registre galvaud\u00e9 du fantastique merveilleux. Le tout arm\u00e9 d&rsquo;un talent original, avec un m\u00e9lange de modestie et de pugnacit\u00e9 qui for\u00e7ait le respect. Cet exploit fut possible gr\u00e2ce au succ\u00e8s inattendu de <em>Pee Wee Big Adventure<\/em> et <em>Beetlejuice<\/em> (1988) confirm\u00e9 par le triomphe commercial de<em> Batman<\/em> (1989), une exp\u00e9rience p\u00e9rilleuse dont il sort vainqueur. Burton gagne la confiance des studios, ce qui lui offre l&rsquo;opportunit\u00e9 de se consacrer \u00e0 des projets tr\u00e8s originaux. Il r\u00e9alise <em>Edward aux mains d&rsquo;argent<\/em> (1990), produit <em>L&rsquo;Etrange No\u00ebl de Monsieur Jack<\/em> (1993), et signe une suite plus personnelle des aventures de l&rsquo;homme chauve-souris. Dans <em>Batman, le d\u00e9fi<\/em> (1992), sup\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;original, Burton offrait la vedette aux ennemis de Batman, Catwoman et le Pingouin, cr\u00e9atures po\u00e9tiques, belles et monstrueuses ch\u00e8res au cin\u00e9aste de <em>Beetlejuice<\/em>. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat du cin\u00e9ma de Burton, hormis talent pour l&rsquo;invention d&rsquo;univers gothiques et de bestiaires fantastiques, r\u00e9side en effet dans cette sensibilit\u00e9 juv\u00e9nile et rebelle, cette phobie du conformisme et de la \u00ab\u00a0normalit\u00e9\u00a0\u00bb qui en ont fait le cin\u00e9aste \u00e9lu des adolescents du monde entier, le po\u00e8te des \u00ab\u00a0freaks\u00a0\u00bb, marginaux, parias. Un des plus beaux films de Burton, <em>Edward aux mains d&rsquo;argent<\/em>, organisait ainsi la rencontre fortuite du cin\u00e9ma de Nicholas Ray et de Jean Cocteau. Le personnage d&rsquo;Edward, cr\u00e9ature inachev\u00e9e et orpheline, se situait entre la figure du rebelle malgr\u00e9 lui (Johnny Depp en n\u00e9o James Dean) et de l&rsquo;ange aux ailes coup\u00e9es bless\u00e9 par la duret\u00e9 du monde. Le th\u00e8me coctaldien de l&rsquo;ang\u00e9lisme traverse l&rsquo;\u0153uvre de Burton, au m\u00eame titre que ceux de la fuite vers le r\u00eave, de la d\u00e9fiance envers toute forme d&rsquo;organisation sociale, et de la filiation probl\u00e9matique. Burton est un cin\u00e9 fils, qui s&rsquo;est choisi des ma\u00eetres hors normes, petits papes de la contre-culture et de la s\u00e9rie B (Mario Bava, Roger Corman, Russ Meyer, Nathan Juran, Terence Fisher) et un vrai p\u00e8re de substitution, l&rsquo;acteur Vincent Price auquel il d\u00e9dia un superbe court m\u00e9trage d&rsquo;animation (<em>Vincent<\/em>) et offrit le dernier r\u00f4le, \u00f4 combien symbolique du savant qui cr\u00e9e Edward avant de mourir d\u00e8s la fin du g\u00e9n\u00e9rique. Vincent Price \u00e9tait un prince du film d&rsquo;horreur, un acteur excentrique, cultiv\u00e9 et d\u00e9licieux, dont la diction onctueuse et la silhouette inqui\u00e9tante ont travers\u00e9 l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma am\u00e9ricain, de Mankiewicz et Preminger aux films d&rsquo;exploitation des ann\u00e9es 70. Tim Burton se souviendra de sa relation amicale avec le grand acteur vieillissant lorsqu&rsquo;il filmera celle, plus path\u00e9tique mais tout aussi intense, qui unit le jeune Ed Wood et son idole Bela Lugosi, l&rsquo;inoubliable Dracula des ann\u00e9es 30 ayant sombr\u00e9 dans l&rsquo;oubli et la drogue vingt ans plus tard. <em>Ed Wood<\/em> est \u00e0 ce jour le chef-d\u2019\u0153uvre de Tim Burton, un projet qui entre les mains d&rsquo;un amoureux sinc\u00e8re du cin\u00e9ma et de ses artisans les plus obscurs ou maladroits \u00e9vite tous les pi\u00e8ges de son sujet.<\/p>\n<div id=\"attachment_5326\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/2012\/03\/07\/retrospective-tim-burton-a-la-cinematheque-francaise\/ed-wood-de-tim-burton\/\" rel=\"attachment wp-att-5326\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-5326\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5326\" title=\"Ed Wood de Tim Burton (1994)\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2012\/02\/ed-wood-de-tim-burton.jpg?w=300\" alt=\"Ed Wood de Tim Burton (1994)\" width=\"300\" height=\"224\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2012\/02\/ed-wood-de-tim-burton.jpg 1600w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2012\/02\/ed-wood-de-tim-burton-373x280.jpg 373w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2012\/02\/ed-wood-de-tim-burton-1024x766.jpg 1024w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2012\/02\/ed-wood-de-tim-burton-580x434.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-5326\" class=\"wp-caption-text\">Ed Wood de Tim Burton (1994)<\/p><\/div>\n<p>Ed Wood fut le r\u00e9alisateur malchanceux d&rsquo;une poign\u00e9e de s\u00e9ries Z mises en sc\u00e8ne en d\u00e9pit du bon sens, avec un manque de moyens et de professionnalisme inversement proportionnels \u00e0 l&rsquo;enthousiasme et \u00e0 la passion de leur auteur. Mort dans la pauvret\u00e9 et l&rsquo;anonymat, au terme d&rsquo;une carri\u00e8re absolument rat\u00e9e, Ed Wood connut une gloire posthume en \u00e9tant \u00e9lu \u00ab\u00a0plus mauvais r\u00e9alisateur de tous les temps\u00a0\u00bb, et ses films <em>Glen or Glenda<\/em> et <em>Plan Nine From Outer Space<\/em> devinrent l&rsquo;objet d&rsquo;un culte fervent chez les amateurs de nanars. On peut d\u00e9celer dans les films d&rsquo;Ed Wood une forme na\u00efve d&rsquo;art brut, mais c&rsquo;est h\u00e9las au nom du kitsch et de la d\u00e9rision d\u00e9bile que ses films sont devenus c\u00e9l\u00e8bres. Tim Burton refuse de rire avec les petits malins de la cin\u00e9philie d\u00e9viante et son film \u00e9lude toute forme de moquerie ou de cynisme. Ed Wood, dans cette biographie r\u00e9invent\u00e9e qui ne recherche pas l&rsquo;exactitude mais la v\u00e9rit\u00e9, devient l&rsquo;arch\u00e9type de l&rsquo;artiste pr\u00eat \u00e0 surmonter tous les obstacles pour r\u00e9aliser ses r\u00eaves. Pour la premi\u00e8re fois les contingences du r\u00e9el entre en jeu dans le monde de Tim Burton, m\u00eame si celui-ci oriente son film vers le conte de f\u00e9e (la rencontre avec Orson Welles, l&rsquo;apoth\u00e9ose finale et fantasm\u00e9e). <em>Ed Wood<\/em> est une biographie en forme d&rsquo;autoportrait, un hommage \u00e0 un cin\u00e9aste incomp\u00e9tent et honn\u00eate, un homme sympathique et cingl\u00e9, travesti et h\u00e9t\u00e9rosexuel, \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;une troupe de tocards et de farfelus tout aussi \u00e9mouvants. Sur le plan artistique, <em>Ed Wood<\/em> est une r\u00e9ussite absolue. Le moindre com\u00e9dien est parfait et Martin Landau dans le r\u00f4le de Bela Lugosi livre une composition inoubliable. Burton prouve qu&rsquo;il est un directeur d&rsquo;acteur extraordinaire (une qualit\u00e9 qu&rsquo;il oubliera sur le tournage de <em>La Plan\u00e8te des singes<\/em>) et que ses talents de cin\u00e9aste ne se r\u00e9sument pas \u00e0 la gestion d&rsquo;effets sp\u00e9ciaux ou de budgets gigantesques. Tim Burton se distingue d&rsquo;ailleurs de ses coll\u00e8gues habitu\u00e9s aux films de genre ou aux productions spectaculaires par son inaptitude \u00e0 filmer des sc\u00e8nes d&rsquo;action ou de violence, toujours tr\u00e8s approximatives et sans ampleur (voir les <em>Batman <\/em>ou <em>La Plan\u00e8te des singes <\/em>encore). Cela ne l&rsquo;int\u00e9resse visiblement pas du tout. Burton se concentre dans ses films sur ses personnages, interpr\u00e9t\u00e9s par des acteurs d\u00e9guis\u00e9s ou maquill\u00e9s, et accorde autant de soin \u00e0 leur psychologie qu&rsquo;\u00e0 leur apparence (l&rsquo;une \u00e9tant toujours la cons\u00e9quence de l&rsquo;autre, et vice-versa).<\/p>\n<p>Apr\u00e8s <em>Ed Wood<\/em> Burton s&rsquo;est orient\u00e9 vers des projets assez rassurants qui l&rsquo;enferm\u00e8rent de plus en plus dans son propre univers, et en dessin\u00e8rent assez vite les limites. Tournant le dos au r\u00e9alisme, au monde contemporain, soulignant son image de r\u00eaveur irr\u00e9cup\u00e9rable, Burton tourna un pastiche de films de SF parano\u00efaque extr\u00eamement brillant, avec une dimension satirique proche du <em>Docteur Folamour<\/em> de Stanley Kubrick (<em>Mars Attacks! <\/em>en 1996), un conte gothique avec Johnny Depp (<em>Sleepy<\/em> <em>Hollow <\/em>en 1999) et un remake impersonnel d&rsquo;un classique de la science-fiction (<em>La Plan\u00e8te des singes<\/em> en 2001).<\/p>\n<p>Avec <em>Sleepy Hollow \u2013 la l\u00e9gende du cavalier sans t\u00eate<\/em> Tim Burton signe un beau livre d&rsquo;images, mais d\u00e9daigne son histoire et ses personnages. Seule l&rsquo;atmosph\u00e8re visuelle compte, compos\u00e9e de citations du cin\u00e9ma fantastique gothique de la Hammer et de Mario Bava. Adaptant un r\u00e9cit extr\u00eamement populaire aux \u00c9tats-Unis, v\u00e9ritable classique du patrimoine litt\u00e9raire et culturel am\u00e9ricain, peu connu en Europe (\u00ab\u00a0La l\u00e9gende de Sleepy Hollow\u00a0\u00bb de Washington Irvin), Tim Burton retrouve son acteur f\u00e9tiche Johnny Depp et assouvit son go\u00fbt pour les univers fantastiques recr\u00e9\u00e9s de toutes pi\u00e8ces. En 1799, une communaut\u00e9 de la Nouvelle-Angleterre vit dans la terreur depuis que plusieurs de ses membres sont retrouv\u00e9s d\u00e9capit\u00e9s, et leurs t\u00eates vol\u00e9es. Un jeune policier new-yorkais qui ne cro\u00eet ni aux l\u00e9gendes ni aux fant\u00f4mes m\u00e8ne l\u2019enqu\u00eate et tente d\u2019apporter \u00e0 ces myst\u00e9rieux meurtres une explication rationnelle. Le film illustre le combat entre les lumi\u00e8res de la raison et les t\u00e9n\u00e8bres des superstitions, et montre les balbutiements de la police scientifique, annonciateurs du monde moderne. Ceci dit, le film se r\u00e9v\u00e8le r\u00e9p\u00e9titif et sans passion.<\/p>\n<p>On aimerait que Tim Burton abandonne son cin\u00e9ma r\u00e9f\u00e9rentiel pour des projets plus risqu\u00e9s. On accusait Tim Burton de mettre en sourdine son inspiration visuelle dans <em>La Plan\u00e8te des singes<\/em>, voil\u00e0 qu\u2019on lui reproche aussi exactement le contraire. Il n\u2019y a pas un plan dans <em>Sleepy Hollow<\/em>, ni m\u00eame un acteur ou un d\u00e9cor qui ne porte la signature du cin\u00e9aste, cin\u00e9phile nostalgique du cin\u00e9ma d\u2019horreur des ann\u00e9es 60. Voil\u00e0 la limite du projet cin\u00e9matographique de Tim Burton : il a d\u00e9j\u00e0 fait le tour de ses r\u00eaves et de ses amours de spectateurs, il serait temps qu\u2019il se coltine au r\u00e9el, que son cin\u00e9ma prenne un peu l\u2019air.<\/p>\n<p>Sur un autre registre, <em>La Plan\u00e8te des singes<\/em> d\u00e9\u00e7oit : apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9 entre bien des mains (Oliver Stone, James Cameron, Chris Colombus), le remake de <em>La plan\u00e8te des singes<\/em> \u00e9choit \u00e0 Tim Burton, qui n&rsquo;en fait pas grand-chose.<\/p>\n<p>On se souvient que le jeune Tim Burton \u00e9tait parvenu \u00e0 transformer la superproduction <em>Batman<\/em> (et surtout sa suite) en film personnel, malgr\u00e9 la pression des studios et le contr\u00f4le de la star Jack Nicholson. Desservi par un sc\u00e9nario m\u00e9diocre et des acteurs peu concern\u00e9s, Burton ne r\u00e9it\u00e8re pas cet exploit avec la nouvelle version de <em>La Plan\u00e8te des singes<\/em>. Il livre un blockbuster certes plus agr\u00e9able \u00e0 regarder qu&rsquo;une production anonyme, mais o\u00f9 l&rsquo;on peine \u00e0 retrouver la po\u00e9sie et l&rsquo;inventivit\u00e9 du cin\u00e9aste r\u00eaveur.<\/p>\n<p>Les efforts ornementaux ne sont pas exempts de mauvais go\u00fbt. Le village des singes fait penser \u00e0 <em>L&rsquo;Aventure des Ewoks<\/em> et les costumes des humains \u00e9voquent les haillons d&rsquo;une communaut\u00e9 de hippies pr\u00e9historiques. La surcharge d\u00e9corative ne rend que plus g\u00eanante l&rsquo;absence d&rsquo;id\u00e9e de mise en sc\u00e8ne, le manque de conviction ou de professionnalisme des com\u00e9diens. Mark Wahlberg est inexistant, Estella Warren moins bonne que dans <em>Driven<\/em>. Seul Tim Roth semble avoir conscience qu&rsquo;il joue dans un film de Tim Burton, et compose &#8211; dans le vide &#8211; un personnage inoubliable de chef de guerre simiesque hant\u00e9 par sa haine des humains. On savait Burton peu concern\u00e9 par les mouvements de foule, les sc\u00e8nes \u00e0 grand spectacle ou la mise en sc\u00e8ne de l&rsquo;action, mais il se surpasse avec la bataille finale qui est totalement b\u00e2cl\u00e9e. Ceux qui s&rsquo;attendaient \u00e0 une vaste fresque de science-fiction regrett\u00e8rent le film original de Franklin J. Schaffner, sans g\u00e9nie mais muscl\u00e9, ceux qui cherchaient la signature de Tim Burton furent plus d\u00e9sappoint\u00e9s encore. Celui-ci s&rsquo;est absent\u00e9 de son film.<\/p>\n<p>A chaque fois, le surlignage des signes de reconnaissance, ou au contraire leur att\u00e9nuation consensuelle d\u00e9\u00e7oivent et donnent l&rsquo;impression que le cin\u00e9aste tourne en rond, prisonnier d&rsquo;un champ artistique trop restreint. La veine du merveilleux n&rsquo;est pas in\u00e9puisable, \u00ea moins de faire de chaque film une subtile variation du pr\u00e9c\u00e9dent. Les admirateurs d&rsquo;<em>Ed Wood <\/em>attendaient qu&rsquo;il d\u00e9cide enfin \u00e0 prendre des risques, \u00e0 aborder un vrai sujet qui lui permette d&rsquo;enrichir sa palette d&rsquo;\u00e9motions nouvelles. Ce fut le cas avec <em>Big Fish<\/em>, le film le plus int\u00e9ressant (malgr\u00e9 son ratage) de Burton depuis <em>Ed Wood<\/em>. <em>Big Fish<\/em> reprend la conversation interrompue entre Burton et les admirateurs d&rsquo;Ed Wood, apr\u00e8s une parenth\u00e8se gu\u00e8re enchant\u00e9e de trois films, mais aussi, il nous semble, le monologue int\u00e9rieur de Burton avec ses propres films et son petit monde fantasmagorique. <em>Big Fish<\/em> pr\u00e9sente les sympt\u00f4mes d&rsquo;un film miroir. Il renvoie une image invers\u00e9e de l&rsquo;univers si reconnaissable de Burton et entretient des rapports \u00e9troits avec <em>Ed Wood<\/em>. <em>Big Fish<\/em> s&rsquo;impose aussi, avec peut-\u00eatre trop d&rsquo;\u00e9vidence, comme le film de la maturit\u00e9 et du passage du statut de fils \u00e0 celui de p\u00e8re. La relation qui unit le p\u00e8re mourant et le jeune homme est cette fois-ci organique, mais aussi plus compliqu\u00e9e car pas uniquement v\u00e9cue sur le mode de l&rsquo;admiration. Le fils \u00e9crivain, bourgeois et rationnel rejette la personnalit\u00e9 fabulatrice de son p\u00e8re qui a brod\u00e9 \u00ea partir d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements r\u00e9els une saga orale d&rsquo;aventures extraordinaires dignes d&rsquo;un film de Tim Burton premi\u00e8re p\u00e9riode. Cela n&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9 le vieil homme de concr\u00e9tiser ses r\u00eaves de bonheur conjugal et de r\u00e9ussite professionnelle dont la normalit\u00e9 absolue tranche avec l&rsquo;inadaptation pathologique des h\u00e9ros pr\u00e9c\u00e9dents du cin\u00e9aste. On peut consid\u00e9rer <em>Big Fish<\/em> comme un \u00e9loge du conformisme, une r\u00eaverie confortable dans laquelle la folie douce du personnage est accept\u00e9e par tous et compatible avec les clich\u00e9s de la \u00ab\u00a0success story\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricaine (\u00e9pouse aimante, pavillon de banlieue et promotion sociale \u00e0 la cl\u00e9). L&rsquo;int\u00e9r\u00eat du film r\u00e9side dans son m\u00e9lange de f\u00e9erie et d&rsquo;attention au monde. Burton montre les effets de la crise \u00e9conomique sur le paysage (exode rural, villes fant\u00f4mes) et les mentalit\u00e9s. Il plane sur <em>Big Fish<\/em> l&rsquo;ombre de <em>La vie est belle<\/em> de Capra (encore une histoire d&rsquo;ange!), film matriciel qui n&rsquo;en finit pas d&rsquo;inspirer les cin\u00e9astes am\u00e9ricains. L&rsquo;univers rose bonbon du d\u00e9but s&rsquo;assombrit et le h\u00e9ros repr\u00e9sentant de commerce se transforme en t\u00e9moin de l&rsquo;\u00e9volution n\u00e9gative des Etats-Unis. Paradoxalement, le film est plus r\u00e9ussi dans ses passages \u00ab\u00a0r\u00e9alistes\u00a0\u00bb que dans ceux qui proposent un dernier tour de piste dans l&rsquo;univers de Tim Burton. Les sc\u00e8nes dans le cirque, par exemple, ne font pas oublier le tr\u00e8s bel hommage que Burton avait rendu \u00e0 Fellini et Nino Rota dans <em>Pee Wee Big Adventure<\/em>, et le g\u00e9ant et les s\u0153urs siamoises font un peu tapisserie. Souvent accus\u00e9 d&rsquo;\u00eatre un cin\u00e9aste ornemental, plus pr\u00e9occup\u00e9 par les d\u00e9cors et les accessoires que par la mise en sc\u00e8ne, Burton livre un film \u00e9tonnamment terne sur le plan visuel, dont la photo chichiteuse tranche avec le baroquisme chatoyant des Batman ou bien s\u00fbr le noir et blanc somptueux d&rsquo;<em>Ed Wood<\/em>. Malgr\u00e9 ses scories <em>Big Fish<\/em> est un film attachant qui d\u00e9montre que Tim Burton n&rsquo;a pas perdu sa croyance dans le cin\u00e9ma et son d\u00e9sir de raconter des histoires (surtout d&rsquo;amour), sans aucune tentation du second degr\u00e9. La tentative ambitieuse de greffer dans un m\u00eame film le roman familial, la mythologie am\u00e9ricaine et les contes \u00e0 dormir debout de Tim Burton se solde par un demi-\u00e9chec, nettement plus audacieux que <em>Sleepy Hollow<\/em> (une r\u00e9ussite esth\u00e9tique, mais vaine). On ne pouvait douter de la sinc\u00e9rit\u00e9 de Tim Burton, de son engagement personnel dans un film comme <em>Big Fish<\/em>, qui traduisait sa propre vision du romantisme. Son statut de cin\u00e9aste, entre r\u00e9sistance et int\u00e9gration, go\u00fbt de la marge et embourgeoisement, fid\u00e9lit\u00e9 et ouverture, semblait ind\u00e9cidable.<\/p>\n<p>Depuis, Tim Burton semble avoir lui-m\u00eame tranch\u00e9, mais pas du bon c\u00f4t\u00e9, avec des films aussi dispensables que <em>Charlie et la chocolaterie<\/em>, <em>Les<\/em> <em>Noces fun\u00e8bres<\/em> (film de marionnettes qui est une resuc\u00e9e moins r\u00e9ussie que <em>L\u2019Etrange No\u00ebl de Monsieur Jack<\/em>), une nouvelle version assez affreuse en 3D <em>d\u2019Alice au pays des merveilles<\/em>, et en pr\u00e9visions une adaptation d\u2019une s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9 des ann\u00e9es 60 (<em>Dark Shadows<\/em>) et un remake de son propre court m\u00e9trage de jeunesse, <em>Frankenweenie<\/em>. Le d\u00e9clin de son acteur f\u00e9tiche Johnny Depp, qui ne peut plus jouer que d\u00e9guis\u00e9, r\u00e9duit \u00e0 sa propre caricature dans un cabotinage transformiste vraiment embarrassant, n\u2019arrange pas les choses. A l\u2019heure de l\u2019embaumement culturel, du succ\u00e8s commercial et de l\u2019aveuglement critique \u2013 il y en aura toujours pour le comparer \u00e0 Federico Fellini &#8211; Tim Burton nous semble avoir sombr\u00e9 au contraire dans le cynisme hollywoodien, corps et \u00e2me, ses films ressemblants de plus en plus \u00e0 des produits Disney extr\u00eamement rentables auquel le cin\u00e9aste apporte sa patte visuelle et son univers reconnaissables entre tous. Mais Michael Bay et Jean-Pierre Jeunet poss\u00e8dent aussi une \u00ab\u00a0patte\u00a0\u00bb et un \u00ab\u00a0univers\u00a0\u00bb tr\u00e8s personnels.<\/p>\n<p>Depuis dix ans, seul <em>Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street<\/em> (2007) nous a paru digne du Burton que nous aimions. C\u2019est un film vraiment tr\u00e8s sombre, original et audacieux, avec des partis-pris de sc\u00e9nario et de mise en sc\u00e8ne assez gonfl\u00e9s (il s\u2019agit d\u2019une trag\u00e9die musicale gore sur le th\u00e8me de la vengeance) qui fait preuve d\u2019un r\u00e9el courage dans la production am\u00e9ricaine r\u00e9cente.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La r\u00e9trospective et l\u2019exposition Tim Burton \u00e0 la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise, du 7 mars au 13 avril, vou\u00e9es \u00e0 un immense\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":5325,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>R\u00e9trospective Tim Burton \u00e0 la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise - Olivier P\u00e8re<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2012\/03\/07\/retrospective-tim-burton-a-la-cinematheque-francaise\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"R\u00e9trospective Tim Burton \u00e0 la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise - 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