{"id":5056,"date":"2012-01-10T08:00:10","date_gmt":"2012-01-10T07:00:10","guid":{"rendered":"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/?p=5056"},"modified":"2020-04-12T10:52:23","modified_gmt":"2020-04-12T09:52:23","slug":"retrospective-mike-leigh-au-tessin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2012\/01\/10\/retrospective-mike-leigh-au-tessin\/","title":{"rendered":"R\u00e9trospective Mike Leigh au Tessin"},"content":{"rendered":"<p>Mike Leigh pr\u00e9sidera le jury de la prochaine Berlinale. En attendant, le cin\u00e9-club \u00ab\u00a0Circolo del cinema Bellinzona\u00a0\u00bb, organis\u00e9 par Michele Dell\u2019Ambrogio, montrera tous ses films (r\u00e9alis\u00e9s pour le cin\u00e9ma) dans plusieurs salles du Tessin, \u00e0 partir du 12 janvier et jusqu\u2019au mois d\u2019avril. J\u2019aurai le plaisir d\u2019inaugurer cette r\u00e9trospective, organis\u00e9e en partenariat avec le Festival del film Locarno et la Cin\u00e9math\u00e8que suisse, avec la projection de <em>Bleak Moments<\/em> au Teatro di Locarno (Kursaal) \u00e0 20h30 (entr\u00e9e gratuite).<\/p>\n<p>Mike Leigh et Locarno ont une histoire commune puisque le cin\u00e9aste britannique re\u00e7ut le Pardo d\u2019oro pour son premier long m\u00e9trage, <em>Bleak Moments<\/em>, en 1972.<\/p>\n<p>Mike Leigh est n\u00e9 en 1943 dans la banlieue de Manchester. D\u2019abord auteur et metteur en sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre, il adapte en 1971 une de ses pi\u00e8ces \u00e0 l\u2019\u00e9cran, <em>Bleak Moments<\/em>, pour ce qui deviendra son premier long m\u00e9trage de cin\u00e9ma. L\u2019\u00e9chec commercial du film contraint Leigh \u00e0 retourner vers le th\u00e9\u00e2tre mais aussi la t\u00e9l\u00e9vision o\u00f9 il r\u00e9alisera dix t\u00e9l\u00e9films entre 1973 et 1985, parmi lesquels l\u2019excellent <em>Meantime<\/em> (1983) avec les tr\u00e8s jeunes Tim Roth et Gary Oldman (emprunt\u00e9s aux films d\u2019Alan Clarke, un autre tr\u00e8s grand cin\u00e9aste britannique contemporain de Mike Leigh qui travailla presque exclusivement pour la t\u00e9l\u00e9vision avant de d\u00e9c\u00e9der pr\u00e9matur\u00e9ment en 1990.)<\/p>\n<p>Mike Leigh effectue son retour au cin\u00e9ma avec <em>High Hopes<\/em> en 1988, produit par la t\u00e9l\u00e9vision. Il acc\u00e8de rapidement \u00e0 la reconnaissance puis \u00e0 la cons\u00e9cration internationale avec les succ\u00e8s publics et critiques de <em>Naked<\/em>, <em>Secrets et Mensonges <\/em>ou <em>Vera Drake<\/em> qui remportent de nombreuses r\u00e9compenses \u00e0 Cannes et \u00e0 Venise. Mike Leigh est aujourd\u2019hui consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des plus importants cin\u00e9astes europ\u00e9ens et un immense directeur d\u2019acteurs, ma\u00eetre d\u2019un certain r\u00e9alisme social, contemporain ou historique, qui puise sa mati\u00e8re dramatique dans la vie quotidienne de la classe ouvri\u00e8re ou des gens simples, dans la tradition du \u00ab\u00a0free cin\u00e9ma\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>Bleak Moments<\/em>, les pr\u00e9misses d\u2019une \u0153uvre<\/p>\n<div id=\"attachment_5060\" style=\"width: 209px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/2012\/01\/10\/retrospective-mike-leigh-au-tessin\/affiche-de-bleak-moments\/\" rel=\"attachment wp-att-5060\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-5060\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5060\" title=\"Affiche de Bleak Moments (1972)\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2012\/01\/affiche-de-bleak-moments.jpg?w=199\" alt=\"Affiche de Bleak Moments (1972)\" width=\"199\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2012\/01\/affiche-de-bleak-moments.jpg 500w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2012\/01\/affiche-de-bleak-moments-186x280.jpg 186w\" sizes=\"(max-width: 199px) 100vw, 199px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-5060\" class=\"wp-caption-text\">Affiche de Bleak Moments (1972)<\/p><\/div>\n<p>Premier film de Mike Leigh, <em>Bleak Moments<\/em> poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0 toutes les qualit\u00e9s et les caract\u00e9ristiques d\u2019une \u0153uvre cin\u00e9matographique qui sera l\u2019une des plus c\u00e9l\u00e9br\u00e9s en Europe une quinzaine d\u2019ann\u00e9es plus tard. Tout semble d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s en place chez Leigh qui a une longue exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale avant d\u2019entreprendre sa carri\u00e8re cin\u00e9matographique et t\u00e9l\u00e9visuelle. Cela explique sans doute la pr\u00e9cision de sa direction d\u2019acteurs, et les performances extraordinaires qu\u2019il obtient de chacun de ses com\u00e9diens.<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0bleak moments\u00a0\u00bb, ce sont litt\u00e9ralement les moments mornes, tristes, d\u2019existences qui ne le sont pas moins, et qui constituent les moments \u00ab\u00a0forts\u00a0\u00bb du film, comme cette soir\u00e9e interminable o\u00f9 une jeune femme attend en vain que son ami se d\u00e9coince et se d\u00e9cide \u00e0 l\u2019embrasser, v\u00e9ritable morceau de bravoure et tour de force de la part de Leigh et ses com\u00e9diens qui plongent le spectateur dans un malaise et un inconfort qui devient presque comique. L\u2019ennui, les troubles maniaco-d\u00e9pressifs, la mis\u00e8re sentimentale et sexuelle accablent tous les personnages de Leigh dans son premier film. Dans la banlieue londonienne Sylvia est une secr\u00e9taire qui vit seule avec sa jeune s\u0153ur attard\u00e9e mentale. Sylvia est s\u00e9duisante et intelligente, mais elle souffre de sa solitude et \u00e9choue dans ses relations avec les hommes : ses \u00e9bauches de rencontres avec un voisin hippie bourr\u00e9 de tics, ou un prof d\u2019une timidit\u00e9 maladive, encore plus n\u00e9vros\u00e9s qu\u2019elle, ne lui seront d\u2019aucun secours. Sa coll\u00e8gue de bureau, vieille fille hyst\u00e9rique qui vit avec sa m\u00e8re invalide et acari\u00e2tre, est dans une situation encore plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e qu\u2019elle. Sans concession, brillamment mis en sc\u00e8ne et interpr\u00e9t\u00e9, le film de Mike Leigh est aussi un parfait repr\u00e9sentant d\u2019un esth\u00e9tique de la laideur et du poisseux qui allait triompher dans le cin\u00e9ma britannique du d\u00e9but des ann\u00e9es 70, sans doute le moins \u00ab\u00a0glamour\u00a0\u00bb du monde. Et dans tous les domaines. Il suffit de se rappeler que c\u2019est la m\u00eame ann\u00e9e que le d\u00e9butant Leigh que deux cin\u00e9astes confirm\u00e9s r\u00e9alis\u00e8rent en Grande-Bretagne leur film le plus glauque\u00a0: Alfred Hitchcock et <em>Frenzy<\/em>, Sidney Lumet et <em>The Offence<\/em>, tandis que des jeunes r\u00e9alisateurs comme Pete Walker ou Norman J. Warren allaient r\u00e9aliser \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode des films d\u2019horreur beaucoup plus \u00ab\u00a0sales\u00a0\u00bb et r\u00e9alistes que ceux de la Hammer d\u00e9clinante, souvent dans le m\u00eame environnement urbain sinistre que les chroniques de Mike Leigh (banlieue, quartiers d\u00e9favoris\u00e9s, rase campagne), et avec des acteurs et actrices loin des canons esth\u00e9tiques hollywoodiens (comme chez Mike Leigh aussi).<\/p>\n<p><em>Another Year<\/em>, un film somme<\/p>\n<p>Le dernier film en date de Mike Leigh, r\u00e9alis\u00e9 en 2010, ressemble \u00e0 l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une \u0153uvre. C&rsquo;est le film d&rsquo;un ma\u00eetre. Mike Leigh se trouve en pleine possession de ses moyens, avec une m\u00e9thode qui fonctionne \u00e0 plein r\u00e9gime. Cette m\u00e9thode concerne surtout son travail tr\u00e8s particulier avec ses com\u00e9diens, fait de r\u00e9p\u00e9titions et de pr\u00e9paration. Chaque personnage est cr\u00e9\u00e9 en \u00e9troite collaboration avec les com\u00e9diens, une troupe d\u2019acteurs fabuleux avec lesquels Leigh a l&rsquo;habitude de travailler r\u00e9guli\u00e8rement. Presque tous les acteurs d\u2019<em>Another Year <\/em>ont d\u00e9j\u00e0 fait des apparitions plus ou moins importantes dans les films pr\u00e9c\u00e9dents de Mike Leigh. Les amateurs de Mike Leigh sont donc en terrain connu. Il me semble qu\u2019<em>Another Year <\/em>est l\u2019un de ses films les plus passionnants. Il y a dans <em>Another Year<\/em> des choses qu\u2019on a la certitude de voir et de comprendre mais aussi d\u2019autres qui sont beaucoup plus complexes et ambig\u00fces et qui n\u2019ont d&rsquo;ailleurs pas toujours \u00e9t\u00e9s relev\u00e9es par les admirateurs du film, nombreux au moment de sa pr\u00e9sentation au Festival de Cannes et de sa sortie (\u00e0 l\u2019exception de Jean-Marc Lalanne dans \u00ab\u00a0Les Inrockuptibles\u00a0\u00bb et au \u00ab\u00a0Masque et la Plume\u00a0\u00bb.)<\/p>\n<div id=\"attachment_5066\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/2012\/01\/10\/retrospective-mike-leigh-au-tessin\/lesley-manville-dans-another-year\/\" rel=\"attachment wp-att-5066\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-5066\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5066\" title=\"Lesley Manville dans Another Year (2010)\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2012\/01\/lesley-manville-dans-another-year.jpg?w=300\" alt=\"Lesley Manville dans Another Year (2010)\" width=\"300\" height=\"199\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2012\/01\/lesley-manville-dans-another-year.jpg 1400w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2012\/01\/lesley-manville-dans-another-year-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2012\/01\/lesley-manville-dans-another-year-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2012\/01\/lesley-manville-dans-another-year-580x386.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-5066\" class=\"wp-caption-text\">Lesley Manville dans Another Year (2010)<\/p><\/div>\n<p><em>Another Year<\/em> n&rsquo;est pas un film sur la bont\u00e9 ou sur la philanthropie mais au contraire sur le malheur, la souffrance, l&rsquo;ali\u00e9nation et la d\u00e9pendance aux autres. La r\u00e9v\u00e9lation du sens du film survient \u00e0 la fin seulement, lors de sa magistrale derni\u00e8re s\u00e9quence. Le film est encadr\u00e9 par deux s\u00e9quences, un prologue et un \u00e9pilogue qui nous \u00e9clairent sur sa signification. Il d\u00e9bute sur le visage d&rsquo;une femme d\u2019un certain \u00e2ge et d\u00e9pressive (Imelda Staunton l\u2019interpr\u00e8te principale de <em>Vera Drake<\/em>). Ce personnage va dispara\u00eetre du film, on ne le voit qu\u2019au d\u00e9but lors de deux sc\u00e8nes d&rsquo;entretien. En gros plan, face \u00e0 la camera, elle r\u00e9pond aux questions d\u2019un m\u00e9decin ou d\u2019un psychologue. On per\u00e7oit la d\u00e9tresse d\u2019une femme prisonni\u00e8re d&rsquo;une existence, d&rsquo;une vie qu&rsquo;elle voudrait changer mais c\u2019est impossible. Cette impasse va \u00eatre le sujet du film d\u00e9clin\u00e9 sur plusieurs personnages, jusqu\u2019\u00e0 la sc\u00e8ne finale o\u00f9 la camera s&rsquo;attarde sur le visage bouleversant de Mary, interpr\u00e9t\u00e9e par une actrice g\u00e9niale, Lesley Manville.<\/p>\n<p><em>Another Year<\/em> est un film o\u00f9 les personnages secondaires sont les plus importants, en particulier celui de Mary, l\u2019amie malheureuse du couple vedette form\u00e9 par Tom et Gerri. Mary est le c\u0153ur du film et lui donne ses v\u00e9ritables sens et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Je pense que Mike Leigh en est parfaitement conscient, m\u00eame si cela va \u00e0 l\u2019encontre d\u2019une premi\u00e8re impression de spectateur ou d\u2019une vision superficielle du film. Dans un entretien publi\u00e9 dans la revue am\u00e9ricaine \u00ab\u00a0Film Comment\u00a0\u00bb Mike Leigh semble en d\u00e9saccord avec certaines th\u00e9ories ou opinions exprim\u00e9es au sujet d\u2019<em>Another Year<\/em> selon lesquelles le film montrerait finalement le couple de Tom et Gerri comme des personnages pas si sympathiques, philanthropes et bienveillants que cela. C\u2019est pourtant ma lecture du film puisque ce bonheur n&rsquo;est pas &#8211; en tout cas pour moi &#8211; un mod\u00e8le. C\u2019est plut\u00f4t un fonctionnement un peu mesquin, mais qui apparait comme un mod\u00e8le et un refuge, comme un repaire pour les deux personnages en d\u00e9tresse du film &#8211; Mary et Ken, qui sont des amis de Tom et Gerri et qui s&rsquo;accrochent \u00e0 eux, admiratifs et envieux de cette vie de couple faite de complicit\u00e9, de stabilit\u00e9 (Tom et Gerri sont mari\u00e9s depuis vingt ans), d\u2019\u00e9quilibre. Cet \u00e9quilibre est montr\u00e9 dans le film par l\u2019interm\u00e9diaire du rythme de saisons, des activit\u00e9s de jardinage, qui offrent la vision d\u2019une existence extr\u00eamement r\u00e9gl\u00e9e, ordonn\u00e9e et harmonieuse.<\/p>\n<p>Mais on peut aussi estimer que ce couple \u00ab\u00a0parfait\u00a0\u00bb adopte \u00e0 certaines occasions une attitude tr\u00e8s condescendante, presque m\u00e9prisante et donneuse de le\u00e7ons \u00e0 l\u2019encontre de ceux qui sont \u00e0 la recherche du bonheur et de l\u2019amour, qui souffrent de solitude, et dont la vie ressemble \u00e0 un g\u00e2chis. Il y a chez eux une forme d\u2019autosatisfaction et de complexe de sup\u00e9riorit\u00e9 dans ce besoin de fr\u00e9quenter exclusivement des amis un peu paum\u00e9s et m\u00eame idiots, pour se mettre en valeur par rapport \u00e0 eux.<\/p>\n<p>Mary est d\u00e9sign\u00e9e comme un personnage tr\u00e8s \u00e9nervant et mal \u00e9lev\u00e9, qui s&rsquo;incruste chez Tom et Gerri \u00e0 la recherche d\u2019un peu de chaleur humaine et de compr\u00e9hension. Elle parle beaucoup et \u00e0 besoin qu\u2019on l\u2019\u00e9coute. Et puis elle est alcoolique, comme Ken. L&rsquo;alcoolisme n&rsquo;est pas un des th\u00e8mes du film, mais un motif assez pr\u00e9sent montr\u00e9 comme un palliatif \u00e0 un manque affectif.<\/p>\n<p>Il y a un basculement qui se produit au cours du film : celui d&rsquo;une opposition entre un couple heureux, \u00e9quilibr\u00e9 et puis des amis un peu \u00e0 la d\u00e9rive. On a aussi le droit de penser que le personnage de Mary est tr\u00e8s charg\u00e9 et m\u00eame malmen\u00e9 par le scenario. Elle n\u2019a vraiment rien pour elle, accabl\u00e9e par de nombreux d\u00e9fauts, par des probl\u00e8mes caricaturaux qui la ridiculisent : son alcoolisme, son incapacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9ussir quoi que ce soit (vie de couple, vie sociale, conduire une voiture, trouver un appartement&#8230;)<\/p>\n<p>Vers la fin du film, le basculement a lieu au moment de l\u2019apparition de la fianc\u00e9e du fils de Tom et Gerry. Mary qui le conna\u00eet depuis qu\u2019il est adolescent est secr\u00e8tement amoureuse de lui. Elle est tr\u00e8s contrari\u00e9e et d\u00e9\u00e7ue quand elle le voit chez ses parents, accompagn\u00e9e d\u2019une fianc\u00e9e de son \u00e2ge. La fianc\u00e9e est montr\u00e9e comme l&rsquo;antith\u00e8se de Mary : une fille joviale, heureuse, mais plut\u00f4t vulgaire, ridicule, stupide. Elle va pourtant \u00eatre imm\u00e9diatement adopt\u00e9e par Tom et Gerri, qui vont abandonner Mary au profit de la nouvelle venue. Mary est rejet\u00e9e, m\u00e9pris\u00e9e, per\u00e7ue pour la premi\u00e8re fois comme un intruse lors qu&rsquo;elle fait son habituelle apparition dans la maison sans avoir pr\u00e9venu ses amis. <em>Another Year<\/em> devient un film sur la d\u00e9pendance affective. Mary est totalement d\u00e9pendante de Tom et Gerry. Quand la fianc\u00e9e prend sa place, Mary n&rsquo;existe plus. Mike Leigh pratique un cin\u00e9ma psychologique mais aussi un cin\u00e9ma de la cruaut\u00e9. Mike Leigh montre la cruaut\u00e9 des rapports sociaux, des relations de domination et de pouvoir dans la vie de tous les jours. <em>Another Year<\/em> a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit comme une tranche de vie, une chronique, un film de la banalit\u00e9 et du quotidien, mais cela n\u2019emp\u00eache pas Mike Leigh de parler de choses extr\u00eamement fortes et importantes qui constituent le ciment des relations entre les hommes et les femmes.<\/p>\n<p>Le personnage de Mary a donc \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s malmen\u00e9 tout au long d\u2019<em>Another Year <\/em>avec une tr\u00e8s grande cruaut\u00e9. Mike Leigh lui offre n\u00e9anmoins le plus beau et ultime plan du film, o\u00f9 on la voit perdue dans ses pens\u00e9es, o\u00f9 elle se rende compte qu&rsquo;elle a compl\u00e8tement rat\u00e9e sa vie, et qu&rsquo;il n\u2019y a aucun espoir que cela s\u2019arrange.<\/p>\n<p>Alors que le film est classique dans sa mise en sc\u00e8ne, ce plan est tr\u00e8s minutieusement r\u00e9fl\u00e9chi. Il y a un effort de composition de la part du cin\u00e9aste. Autour de la table du d\u00e9jeuner r\u00e9unissant Tom et Gerri, leur fils et sa fianc\u00e9e, plus Mary, on \u00e9coute une conversation hors champ d&rsquo;une grand banalit\u00e9 tandis que la cam\u00e9ra se fixe sur la seule personne qui n\u2019y participe pas, Mary bien s\u00fbr. La seule question qu\u2019on lui pose, sur un travail qu&rsquo;elle a fait en Australie, la tourne en ridicule. En y r\u00e9pondant, elle se rende compte que sa vie est un immense ratage. Mary devient alors le personnage qui d\u00e9tient la v\u00e9rit\u00e9, la morale du film d\u00e9livr\u00e9e in extremis. La conclusion lib\u00e8re \u00e9galement cette ambig\u00fcit\u00e9 passionnante sur le \u00ab\u00a0gentil\u00a0\u00bb couple form\u00e9 par Tom et Gerri. On se rend finalement compte que ce ne sont pas des gens si exemplaires que \u00e7a. Ils sont conformistes, mesquins, et m\u00eame odieux lorsqu\u2019ils choisissent d\u2019\u00e9carter \u2013 et m\u00eame d\u2019\u00e9craser \u2013 Mary, le personnage le plus fragile, le plus faible mais aussi le plus bouleversant, le plus humain, dont on se sent soudainement si proche et si amoureux lorsque le film s\u2019ach\u00e8ve.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mike Leigh pr\u00e9sidera le jury de la prochaine Berlinale. 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