{"id":4076,"date":"2011-12-06T08:00:34","date_gmt":"2011-12-06T07:00:34","guid":{"rendered":"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/?p=4076"},"modified":"2015-07-18T05:15:25","modified_gmt":"2015-07-18T04:15:25","slug":"centenaire-de-la-nikkatsu-a-la-cinematheque-francaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/12\/06\/centenaire-de-la-nikkatsu-a-la-cinematheque-francaise\/","title":{"rendered":"Centenaire de la Nikkatsu \u00e0 la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Jean-Fran\u00e7ois Rauger, directeur de la programmation de la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise, aime beaucoup le Japon et le cin\u00e9ma japonais. Il ne manque pas une occasion d\u2019exploser ses tr\u00e9sors pass\u00e9s et pr\u00e9sents, \u00e0 un rythme de plus en plus soutenu. Qui s\u2019en plaindra? Surtout pas les spectateurs de la v\u00e9n\u00e9rable institution parisienne qui apr\u00e8s un hommage \u00e0 la tr\u00e8s politique firme Siglo et avant une int\u00e9grale Kiyoshi Kurosawa f\u00eate \u00e0 partir de demain mercredi 7 d\u00e9cembre (et jusqu\u2019au 20 janvier) le centenaire de la v\u00e9n\u00e9rable soci\u00e9t\u00e9 de production et de distribution nippone Nikkatsu, avec une programmation riches en d\u00e9couvertes et en \u0153uvres in\u00e9dites.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">N\u00e9e en 1912, donc, la Nikkatsu a travers\u00e9 l\u2019histoire du cin\u00e9ma japonais en produisant d\u2019abord des films historique inspir\u00e9s du th\u00e9\u00e2tre kabuki, puis des drames sociaux o\u00f9 s\u2019illustrera un certain Kenji Mizoguchi (<em>La Marche de Tokyo <\/em>en 1929 et <em>Terre natale<\/em> en 1930, parmi les films les plus anciens sauvegard\u00e9s de cet immense cin\u00e9aste). La Nikkatsu conna\u00eet un nouvel \u00e2ge d\u2019or apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale et prend compte du rajeunissement du public en produisant dans les ann\u00e9es 50 plusieurs films comparables \u00e0 nos nouvelles vagues europ\u00e9ennes. C\u2019est elle qui produit les premiers br\u00fblots d\u2019un tr\u00e8s grand auteur du cin\u00e9ma moderne japonais, Sh\u00f4hei Imamura (<em>D\u00e9sir meurtrier<\/em>, <em>Cochons et Cuirass\u00e9s<\/em>). La Nikkatsu r\u00e9volutionne \u00e9galement le cin\u00e9ma de genre en confiant ses polars et films de yakuza \u00e0 des cin\u00e9astes allum\u00e9s et pop, comme le fameux Seijun Suzuki, dont la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise montrera <em>La Jeunesse de la b\u00eate<\/em> et <em>Le Vagabond de Tokyo<\/em>.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_4083\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/2011\/12\/06\/centenaire-de-la-nikkatsu-a-la-cinematheque-francaise\/le-vagabond-de-tokyo\/\" rel=\"attachment wp-att-4083\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-4083\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-large wp-image-4083\" title=\"Le Vagabond de Tokyo de Sijun Suzuki (1966)\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/12\/le-vagabond-de-tokyo.jpg?w=1024\" alt=\"Le Vagabond de Tokyo de Sijun Suzuki (1966)\" width=\"1024\" height=\"576\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/12\/le-vagabond-de-tokyo.jpg 1280w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/12\/le-vagabond-de-tokyo-497x280.jpg 497w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/12\/le-vagabond-de-tokyo-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/12\/le-vagabond-de-tokyo-580x326.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-4083\" class=\"wp-caption-text\">Le Vagabond de Tokyo de Seijun Suzuki (1966)<\/p><\/div>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Seijun Suzuki, dynamiteur du film de yakuza<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Le cin\u00e9ma japonais regorge de cin\u00e9astes plus ou moins oubli\u00e9s cantonn\u00e9s dans la s\u00e9rie B polici\u00e8re, fantastique ou \u00e9rotique et il ne se passe pas une ann\u00e9e sans que le public occidental d\u00e9couvre avec \u00e9merveillement tel nouveau petit-ma\u00eetre du film de samoura\u00ef ou de yakusa. Aux c\u00f4t\u00e9s de Kato Tai, Kenji Misumi et Hideo Gosha, loin devant Koji Wakamatsu, Kinji Fukazaku ou Tatsumi Kumashiro, Seijun Suzuki demeure le cin\u00e9aste embl\u00e9matique du cin\u00e9ma de genre japonais. Il occupe une place cruciale dans l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma nippon des ann\u00e9es 60 car il symbolise la vague de contestation formelle et politique qui secoua l&rsquo;industrie cin\u00e9matographique \u00e0 cette \u00e9poque. Suzuki signa des films d&rsquo;avant-garde tout en continuant \u00e0 \u0153uvrer, avec des fortunes diverses, au sein du syst\u00e8me le plus commercial, industriel et hi\u00e9rarchis\u00e9 qui soit, en l&rsquo;occurrence la soci\u00e9t\u00e9 de production Nikkatsu. Suzuki, par le caract\u00e8re exp\u00e9rimental et provocateur de ses s\u00e9ries B, mais aussi son discours politique virulent, devint une ic\u00f4ne de la contre-culture japonaise, le cin\u00e9aste \u00e9tendard de toute une g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;\u00e9tudiants gauchistes, de cin\u00e9philes contestataires appel\u00e9s \u00e0 devenir les auteurs de demain. Suzuki a sign\u00e9 quelques films au contenu ouvertement historique et politique, mais il a toujours fait, pour reprendre l&rsquo;expression de Godard, politiquement du cin\u00e9ma. Nul paradoxe alors dans le fait que ses mises en sc\u00e8ne aient suscit\u00e9 plus que d&rsquo;autres l&rsquo;enthousiasme du public populaire mais aussi des \u00e9tudiants et de la jeune critique. \u00c0 l&rsquo;instar des westerns italiens ou de certains films sexy r\u00e9alis\u00e9s en Europe \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque (soit autour de 1968), le cin\u00e9ma de genre japonais, entre les mains d&rsquo;agitateurs tels que Suzuki, sait parler aux masses et aux intellectuels. Il est r\u00e9volutionnaire car il a d\u00e9cid\u00e9 de faire voler en \u00e9clats des valeurs qui sont \u00e0 la fois celles de la narration et de la mise en sc\u00e8ne classiques, mais aussi celles de la soci\u00e9t\u00e9 japonaise, de ses traditions et de ses tabous. Le cin\u00e9ma de Suzuki tourne en d\u00e9rision les dogmes et les r\u00e8gles de toutes sortes, et il invente de surcro\u00eet de sombres h\u00e9ros, nouvelles idoles qui prennent l&rsquo;identit\u00e9 de tueurs brutaux ou de voyous des faubourgs. Un vent de r\u00e9bellion souffle sur le Japon, et Suzuki capte les \u00e9lans de la jeunesse comme il r\u00e9ussit \u00e0 retranscrire avec justesse et intelligence l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit du peuple japonais au lendemain des pages les plus tragiques de son histoire. Un esprit aussi frondeur que Suzuki n&rsquo;allait pouvoir s&rsquo;exprimer qu&rsquo;une br\u00e8ve d\u00e9cennie. Son travail est en effet marqu\u00e9 par de perp\u00e9tuels conflits avec ses employeurs, qu&rsquo;il ne cessa d&rsquo;indisposer et de scandaliser. Apr\u00e8s avoir dynamit\u00e9 les conventions du film de yakusa durant les ann\u00e9es 60, avec des polars violents et stylis\u00e9s prenant de plus en plus de libert\u00e9 avec le sc\u00e9nario, comme si en Occident Samuel Fuller et Jean-Luc Godard n&rsquo;avaient fait qu&rsquo;une seule personne, Suzuki est licenci\u00e9 de la Nikkatsu. Le pr\u00e9sident de la compagnie a vu <em>La Marque du tueur<\/em>, n&rsquo;y a rien compris et est entr\u00e9 dans une rage folle. Malgr\u00e9 la cr\u00e9ation d&rsquo;un groupe de soutien au cin\u00e9aste compos\u00e9 d&rsquo;\u00e9tudiants, de critiques et d&rsquo;intellectuels et un proc\u00e8s contre la Nikkatsu que Suzuki finira par gagner en 1971, cet incident brise la carri\u00e8re de Suzuki. Il est interdit de tournage \u00e0 la suite d&rsquo;un accord pass\u00e9 entre les cinq principales soci\u00e9t\u00e9s de production japonaises et survit en tournant des publicit\u00e9s. Suzuki travaillera pour la t\u00e9l\u00e9vision et signera quelques films dans les ann\u00e9es 80 et 90, sans jamais retrouver l&rsquo;inspiration de sa p\u00e9riode pop. En 2001, <em>Pistol Opera<\/em>, nouvelle version pour la t\u00e9l\u00e9vision de sa c\u00e9l\u00e8bre <em>Marque du tueur<\/em> a constern\u00e9 la plupart de ses fans. Il a depuis r\u00e9alis\u00e9 une <em>Princess Raccoon<\/em> (2005) com\u00e9die musicale qui ferait passer Ken Russell (r\u00e9cemment d\u00e9c\u00e9d\u00e9) pour un mod\u00e8le de sobri\u00e9t\u00e9.<br \/>\nLa p\u00e9riode la plus faste du cin\u00e9aste se situe entre 1963 et 1967 (quand il est sous contrat \u00e0 la Nikkatsu) et t\u00e9moigne de la diversit\u00e9 de l&rsquo;inspiration de Suzuki, tant \u00e0 propos du style que des sujets abord\u00e9s.<em><br \/>\nD\u00e9tective Bureau 2-3<\/em> (1963) est une histoire polici\u00e8re irr\u00e9v\u00e9rencieuse qui frise \u00e0 plusieurs reprises la parodie pure et simple. Suzuki malm\u00e8ne les sempiternelles histoires de d\u00e9tectives qui commencent \u00e0 lasser le public. Il s\u2019amuse \u00e0 truffer son film de symboles sexuels et d\u2019allusions scabreuses, plonge son h\u00e9ros dans des situations plus rocambolesques les unes que les autres. Ce dernier est interpr\u00e9t\u00e9 par Joe Shishido, qui sera la vedette de plusieurs films de Suzuki. Shishido poss\u00e8de une d\u00e9gaine assez surprenante et surtout une tronche inoubliable, puisqu\u2019il eut recours \u00e0 la chirurgie esth\u00e9tique pour faire saillir ses pommettes, afin d\u2019\u00eatre plus s\u00e9duisant\u00a0: le r\u00e9sultat (ses joues enfl\u00e9es lui donne l\u2019aspect permanent de quelqu\u2019un qui sort de chez le dentiste apr\u00e8s une extraction douloureuse des molaires) laisse sceptique mais chacune de ses prestations d\u00e9clenche l\u2019enthousiasme des amateurs de com\u00e9diens excentriques.<em><br \/>\nLa Jeunesse de la b\u00eate<\/em> (1963) survient apr\u00e8s le succ\u00e8s ph\u00e9nom\u00e9nal de <em>D\u00e9tective Bureau 2-3<\/em>. Joe Shishido, l\u2019homme au visage de hamster, reprend du service dans un polar plac\u00e9 sous le signe de la surench\u00e8re, dans le mani\u00e9risme et la violence. Suzuki \u00e9tablit avec ce film le cha\u00eenon manquant entre la production commerciale de s\u00e9rie B et la nouvelle vague japonaise repr\u00e9sent\u00e9e par les br\u00fblots agressifs et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s de Nagisa Oshima, dont les <em>Contes cruels de la jeunesse<\/em> avaient fait sensation trois ans auparavant. Si l\u2019histoire du film de Suzuki est incompr\u00e9hensible (une caract\u00e9ristique que partagera d\u00e8s lors la quasi-totalit\u00e9 de ses films), le cin\u00e9aste accorde un souci \u00e9vident \u00e0 des recherches formelles et de jeux sur la couleur qui font du film un sommet du cin\u00e9ma pop.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_4082\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/2011\/12\/06\/centenaire-de-la-nikkatsu-a-la-cinematheque-francaise\/la-jeunesse-de-la-be%cc%82te\/\" rel=\"attachment wp-att-4082\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-4082\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-large wp-image-4082\" title=\"La Jeunesse de la be\u0302te de Sijun Suzuki (1963)\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/12\/la-jeunesse-de-la-becc82te.jpg?w=1024\" alt=\"La Jeunesse de la be\u0302te de Sijun Suzuki (1963)\" width=\"1024\" height=\"576\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/12\/la-jeunesse-de-la-becc82te.jpg 1280w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/12\/la-jeunesse-de-la-becc82te-497x280.jpg 497w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/12\/la-jeunesse-de-la-becc82te-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/12\/la-jeunesse-de-la-becc82te-580x326.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-4082\" class=\"wp-caption-text\">La Jeunesse de la b\u00eate de Seijun Suzuki (1963)<\/p><\/div>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\"><em>Les Fleurs et les Vagues<\/em> (1964) et <em>Histoire d&rsquo;une prostitu\u00e9e<\/em> (1965) appartiennent \u00e0 la veine &#8211; relativement &#8211; sobre de Suzuki et sont \u00e0 conseiller aux spectateurs indiff\u00e9rents aux charmes kitsch des couleurs acidul\u00e9s et des effets de montages ostensibles des fantaisies de Suzuki. Ces deux films d\u00e9montrent que Suzuki est capable de choisir une orientation esth\u00e9tique diff\u00e9rente selon qu&rsquo;il filme les arabesques futiles de ses histoires de gangsters et des sujets plus graves comme la guerre, la lutte d&rsquo;ouvriers contre leurs employeurs corrompus et les syndicats du crime ou les heures noires du Japon sous contr\u00f4le militaire am\u00e9ricain, rong\u00e9 par le march\u00e9 noir et la prostitution. <em>Histoire d&rsquo;une prostitu\u00e9e<\/em> conte le destin d&rsquo;une fille \u00e0 soldat sur le front de Mandchourie, ma\u00eetresse d&rsquo;un officier sadique et d&rsquo;une recrue id\u00e9aliste. La photographie en scope noir et blanc et la mise en sc\u00e8ne heurt\u00e9e et baroque offrent une vision de la guerre \u00e0 la fois sordide et hallucin\u00e9e que n&rsquo;aurait pas reni\u00e9e Samuel Fuller. Suzuki d\u00e9laisse l&rsquo;ironie pour d\u00e9crire un monde en proie au chaos et des personnages soumis \u00e0 diff\u00e9rentes formes d&rsquo;humiliations. Malgr\u00e9 quelques aff\u00e9teries de style comme des arr\u00eats sur images et des visions oniriques, Suzuki t\u00e9moigne d&rsquo;un v\u00e9ritable talent pour le r\u00e9alisme cru et livre un tableau \u00e2pre de la condition humaine. Avec <em>La Barri\u00e8re de chair<\/em> (1964), sans doute un de ses meilleurs films, Suzuki se surpasse dans le domaine de la stylisation outranci\u00e8re : chaque prostitu\u00e9e est associ\u00e9e \u00e0 une couleur primaire, les \u00e9clairages violents et les d\u00e9cors de ruines accentuent la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 de ce huis clos moite et sexuel qui offre de nombreuses sc\u00e8nes de flagellations et de sado-masochisme. Nous sommes dans un film d&rsquo;horreur \u00e9rotique qui dresse pourtant le portrait moral extr\u00eamement juste d&rsquo;un pays livr\u00e9 tout entier au commerce de son corps et de son \u00e2me. C&rsquo;est dans <em>La Barri\u00e8re de chair <\/em>que les id\u00e9es visuelles de Suzuki apportent le plus de force \u00e0 son discours politique. <em>La Barri\u00e8re de chair<\/em> est une all\u00e9gorie extraordinaire, une aberration remarquable dans le courant du cin\u00e9ma \u00e9rotique nippon qui permet d&rsquo;\u00e9voquer Fassbinder, Oshima mais aussi Mario Bava. <em>La Vie d&rsquo;un tatou\u00e9<\/em> (1965) est un autre film de yakusa \u00e0 costumes, dans la lign\u00e9e des <em>Fleurs et les Vagues<\/em>, et ne laisse pas un souvenir imp\u00e9rissable malgr\u00e9 les in\u00e9vitables trouvailles et plans sid\u00e9rants dont Suzuki poss\u00e8de le secret. <em>\u00c9l\u00e9gie de la bagarre<\/em> (1966) est une satire extr\u00eamement agressive du militarisme et des rites machistes japonais en g\u00e9n\u00e9ral. <em>Le vagabond de Tokyo<\/em> (1966) et <em>La Marque du tueur<\/em> (1967), l&rsquo;un en couleur pop et l&rsquo;autre en noir et blanc jazzy, sont les deux titres de gloire du cin\u00e9aste \u00e0 l&rsquo;apog\u00e9e de son style flamboyant et ironique. Irracontables, ils privil\u00e9gient la sensation au sens et cultivent un go\u00fbt de la confusion alli\u00e9 \u00e0 un soin extr\u00eame et volontiers tapageur accord\u00e9 la composition des plans, aux ruptures de tons et aux recherches picturales souvent sid\u00e9rantes. L&rsquo;histoire de bande dessin\u00e9e a encore moins d&rsquo;importance que d&rsquo;habitude et Suzuki se concentre sur des exp\u00e9rimentations qui tombent souvent juste. <em>La Marque du tueur<\/em> est encore plus r\u00e9ussie car les d\u00e9lires visuels de Suzuki (au moins une id\u00e9e par plan, de pr\u00e9f\u00e9rence saugrenue) s&rsquo;accompagnent d&rsquo;un nihilisme sarcastique qui pi\u00e9tine le film noir au point de le r\u00e9duire en miettes. On ne lui pardonnera pas un tel acharnement iconoclaste et ce feu d&rsquo;artifices sera aussi un chant du cygne. Les champions actuels du \u00ab\u00a0world cinema\u00a0\u00bb ou des films de genre \u00ab\u00a0d\u00e9cal\u00e9s\u00a0\u00bb semblent condamn\u00e9s \u00e0 puiser jusqu&rsquo;au pillage dans leur petit Suzuki illustr\u00e9 la moindre de leurs audaces. Les nouveaux trublions du cin\u00e9ma asiatiques lui doivent beaucoup sinon tout, sans parler de Quentin Tarantino ou Jim Jarmusch, dont le <em>Ghost Dog, la voie du samoura\u00ef<\/em> est un hommage direct \u00e0 <em>La Marque du tueur<\/em>. Les cin\u00e9philes, quant \u00e0 eux, lui seront \u00e0 jamais reconnaissants pour quelques-unes des plus folles images du cin\u00e9ma japonais et en particulier celle ou le tueur \u00e0 gages jou\u00e9 par Joe Shishido dans <em>La Marque du tueur<\/em> rate sa cible \u00e0 cause du papillon qui s&rsquo;est pos\u00e9 sur le canon de son fusil.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">L\u2019hommage de la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise \u00e0 la Nikkatsu propose 40 films, parmi lesquels <em>Cochons et Cuirass\u00e9s, D\u00e9sir meurtrier, La Jeunesse de la b\u00eate, Terre natale, Le Vagabond de Tokyo, La Marche de Tokyo<\/em> et d\u2019autres merveilles. Nous reviendrons bient\u00f4t sur la p\u00e9riode \u00ab\u00a0rose\u00a0\u00bb de la Nikkatsu, ses nombreuses et fastueuses productions \u00e9rotiques. Certaines d\u2019entre elles, les plus folles et les plus rares, seront projet\u00e9es. Evidemment.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean-Fran\u00e7ois Rauger, directeur de la programmation de la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise, aime beaucoup le Japon et le cin\u00e9ma japonais. Il ne\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":4083,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Centenaire de la Nikkatsu \u00e0 la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise - Olivier P\u00e8re<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/12\/06\/centenaire-de-la-nikkatsu-a-la-cinematheque-francaise\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Centenaire de la Nikkatsu \u00e0 la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise - Olivier P\u00e8re\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Jean-Fran\u00e7ois Rauger, directeur de la programmation de la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise, aime beaucoup le Japon et le cin\u00e9ma japonais. Il ne\u2026\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/12\/06\/centenaire-de-la-nikkatsu-a-la-cinematheque-francaise\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Olivier P\u00e8re\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2011-12-06T07:00:34+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2015-07-18T04:15:25+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/12\/le-vagabond-de-tokyo.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"1280\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"720\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Olivier P\u00e8re\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Olivier P\u00e8re\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"11 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/12\/06\/centenaire-de-la-nikkatsu-a-la-cinematheque-francaise\/\",\"url\":\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/12\/06\/centenaire-de-la-nikkatsu-a-la-cinematheque-francaise\/\",\"name\":\"Centenaire de la Nikkatsu \u00e0 la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise - Olivier P\u00e8re\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/#website\"},\"datePublished\":\"2011-12-06T07:00:34+00:00\",\"dateModified\":\"2015-07-18T04:15:25+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/#\/schema\/person\/dc32cd6c79be95e52d43b97a74182558\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/12\/06\/centenaire-de-la-nikkatsu-a-la-cinematheque-francaise\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/12\/06\/centenaire-de-la-nikkatsu-a-la-cinematheque-francaise\/\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/12\/06\/centenaire-de-la-nikkatsu-a-la-cinematheque-francaise\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Centenaire de la Nikkatsu \u00e0 la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/#website\",\"url\":\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/\",\"name\":\"Olivier P\u00e8re\",\"description\":\"\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":\"required name=search_term_string\"}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/#\/schema\/person\/dc32cd6c79be95e52d43b97a74182558\",\"name\":\"Olivier P\u00e8re\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/#\/schema\/person\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/bdea7b6a2c195e2c41772429a9694758?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/bdea7b6a2c195e2c41772429a9694758?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"Olivier P\u00e8re\"},\"url\":\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/author\/pereolivier\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Centenaire de la Nikkatsu \u00e0 la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise - Olivier P\u00e8re","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/12\/06\/centenaire-de-la-nikkatsu-a-la-cinematheque-francaise\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Centenaire de la Nikkatsu \u00e0 la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise - Olivier P\u00e8re","og_description":"Jean-Fran\u00e7ois Rauger, directeur de la programmation de la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise, aime beaucoup le Japon et le cin\u00e9ma japonais. Il ne\u2026","og_url":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/12\/06\/centenaire-de-la-nikkatsu-a-la-cinematheque-francaise\/","og_site_name":"Olivier P\u00e8re","article_published_time":"2011-12-06T07:00:34+00:00","article_modified_time":"2015-07-18T04:15:25+00:00","og_image":[{"width":"1280","height":"720","url":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/12\/le-vagabond-de-tokyo.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"Olivier P\u00e8re","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"Olivier P\u00e8re","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"11 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/12\/06\/centenaire-de-la-nikkatsu-a-la-cinematheque-francaise\/","url":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/12\/06\/centenaire-de-la-nikkatsu-a-la-cinematheque-francaise\/","name":"Centenaire de la Nikkatsu \u00e0 la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise - Olivier P\u00e8re","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/#website"},"datePublished":"2011-12-06T07:00:34+00:00","dateModified":"2015-07-18T04:15:25+00:00","author":{"@id":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/#\/schema\/person\/dc32cd6c79be95e52d43b97a74182558"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/12\/06\/centenaire-de-la-nikkatsu-a-la-cinematheque-francaise\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/12\/06\/centenaire-de-la-nikkatsu-a-la-cinematheque-francaise\/"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/12\/06\/centenaire-de-la-nikkatsu-a-la-cinematheque-francaise\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Centenaire de la Nikkatsu \u00e0 la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/#website","url":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/","name":"Olivier P\u00e8re","description":"","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/?s={search_term_string}"},"query-input":"required name=search_term_string"}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/#\/schema\/person\/dc32cd6c79be95e52d43b97a74182558","name":"Olivier P\u00e8re","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/bdea7b6a2c195e2c41772429a9694758?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/bdea7b6a2c195e2c41772429a9694758?s=96&d=mm&r=g","caption":"Olivier P\u00e8re"},"url":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/author\/pereolivier\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4076"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/wp-json\/wp\/v2\/users\/116"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4076"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4076\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16396,"href":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4076\/revisions\/16396"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4083"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4076"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4076"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4076"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}