{"id":305,"date":"2011-02-25T11:15:43","date_gmt":"2011-02-25T10:15:43","guid":{"rendered":"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/?p=305"},"modified":"2020-03-28T13:15:57","modified_gmt":"2020-03-28T12:15:57","slug":"monte-hellman-sympathy-for-the-devil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/02\/25\/monte-hellman-sympathy-for-the-devil\/","title":{"rendered":"Monte Hellman, Sympathy for the Devil"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">\u00ab\u00a0Sympathy for the Devil\u00a0\u00bb, c\u2019est le titre d\u2019un livre d\u2019entretien qu\u2019Emmanuel Burdeau vient de consacrer \u00e0 Monte Hellman aux \u00e9ditions Capricci, dans une collection qui regroupe d\u00e9j\u00e0 quelques-uns des meilleurs livres de cin\u00e9ma (essais, recueils d\u2019articles ou conversations avec des cin\u00e9astes) publi\u00e9s en France ces derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Cin\u00e9aste maudit, \u00e0 la carri\u00e8re totalement accident\u00e9e (sur les onze longs m\u00e9trages qu\u2019il a r\u00e9alis\u00e9 depuis 1959, seulement un connut une br\u00e8ve distribution normale aux Etats-Unis, les autres \u00e9tant rest\u00e9s in\u00e9dits ou directement sortis en vid\u00e9o sur le territoire am\u00e9ricain.) Hellman est un cin\u00e9aste de la soustraction (personnages sans nom, sans voix, sans visage), et m\u00eame de la disparition pure et simple. Ses films ressemblent \u00e0 des fant\u00f4mes, \u00e0 des substituts ou \u00e0 des \u00e9bauches, un sentiment d\u2019inach\u00e8vement et de frustration domine. Apr\u00e8s des ann\u00e9es de silence, Hellman est enfin d\u2019actualit\u00e9. Il revient avec un nouveau film, <em>Road to Nowhere<\/em>. Et avec le livre passionnant de Burdeau o\u00f9 il se confie avec sinc\u00e9rit\u00e9, conservant son l\u00e9gendaire laconisme mais peu avare sur ses d\u00e9convenues, ses aventures et ses secrets de tournage. Au fil des pages Hellman passe de Roger Corman \u00e0 Alain Robbe-Grillet, de Jack Nicholson \u00e0 <em>Robocop, <\/em>et nous d\u00e9couvrons un des destins et une des personnalit\u00e9s les plus insolites du cin\u00e9ma am\u00e9ricain contemporain.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\"><em>Road to Nowhere<\/em>, sorte de <em>Mulholland Drive<\/em> zen r\u00e9alis\u00e9 par un \u00e9mule de Jacques Rivette, entre \u00ab\u00a0home movie\u00a0\u00bb et film noir, est une sombre histoire de meurtre et de machination mettant en sc\u00e8ne un cin\u00e9aste (double de M.H.), son \u00e9quipe, son actrice et quelques personnages louches. Hellman revisite le th\u00e8me du film dans le film, livre quelques consid\u00e9rations personnelles sur le cin\u00e9ma et rappelle comme le Wenders de <em>L\u2019Etat des choses<\/em> que \u00ab\u00a0to shoot\u00a0\u00bb, c\u2019est \u00e0 la fois \u00ab\u00a0filmer\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0tuer\u00a0\u00bb. <em>The Shooting<\/em> \u00e9tait d\u2019ailleurs le titre d\u2019un de ses premiers films. L\u2019appareil photo Canon 5D Mark II que tend le cin\u00e9aste dans le film comme une arme est celui qui a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 pour le tournage de <em>Road to Nowhere<\/em>. Ce nouveau film va sans doute d\u00e9concerter le grand public mais apporte la preuve qu\u2019Hellman continue de ne rien faire comme les autres, indiff\u00e9rent aux modes et aux lois du march\u00e9, et fid\u00e8le \u00e0 une conception orgueilleuse et solitaire du cin\u00e9ma.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Monte Hellman est sans doute le plus \u00e9trange et le plus secret des cin\u00e9astes am\u00e9ricains. Son immense r\u00e9putation dans le monde entier (et dans son propre pays) n\u2019a pourtant pas d\u00e9pass\u00e9 le cercle des cin\u00e9philes et des cin\u00e9astes (Sam Peckinpah, Quentin Tarantino, Jean-Fran\u00e7ois St\u00e9venin), contrairement aux autres auteurs de sa g\u00e9n\u00e9ration comme Francis Ford Coppola ou Peter Bogdanovich. Monte Hellman est n\u00e9 le 12 juillet 1932 \u00e0 New York. Il appartient \u00e0 cette promotion de cin\u00e9astes cin\u00e9philes des ann\u00e9es 60, \u00e9tudiants plus ou moins libertaires qui firent leurs armes chez Roger Corman en occupant tous les postes sur des bandes tr\u00e8s fauch\u00e9es et en ex\u00e9cutant les basses \u0153uvres de la r\u00e9\u00e9criture ou du remontage de films de science-fiction ou de d\u00e9linquance juv\u00e9nile. Le premier film sign\u00e9 par Monte Hellman est <em>The Beast from the Haunted Cave<\/em> (1959), une production Corman qui m\u00eale une histoire de gangsters et de monstre cavernicole. Le r\u00e9sultat est bizarre et on peut d\u00e9j\u00e0 y distinguer, avec pas mal d\u2019indulgence, l\u2019originalit\u00e9 du jeune cin\u00e9aste. Cinq ans plus tard, Hellman met en sc\u00e8ne deux petits films de guerre et d\u2019aventure aux Philippines avec son ami Jack Nicholson, \u00e0 la fois acteur et co-auteur\u00a0: <em>Back Door to Hell<\/em> et <em>Flight to Fury<\/em>. Le duo a ensuite un projet beaucoup plus ambitieux de film intimiste sur le mod\u00e8le des nouvelles vagues europ\u00e9ennes, mais Corman trouve le sujet (l\u2019avortement) trop risqu\u00e9 commercialement. Il leur propose de faire un western \u00e0 la place, et pourquoi pas deux westerns (\u00e0 condition d\u2019utiliser le m\u00eame budget, pingrerie l\u00e9gendaire oblige.). C\u2019est ainsi que na\u00eetront <em>The Shooting<\/em> et <em>L\u2019Ouragan de la vengeance<\/em>, tourn\u00e9s dans le d\u00e9sert de l\u2019Utah, et qui marquent la v\u00e9ritable naissance de l\u2019\u0153uvre de Monte Hellman. Les deux films ont pour th\u00e8me commun la violence, d\u00e9j\u00e0 trait\u00e9 dans plusieurs chefs-d\u2019\u0153uvre du genre sign\u00e9s Anthony Mann ou Samuel Fuller, mais la forme adopt\u00e9e par Hellman est profond\u00e9ment r\u00e9volutionnaire. <em>The Shooting <\/em>est un essai m\u00e9taphysique sur la mort, dans lequel des personnages avancent inexorablement vers leur destin, longtemps myst\u00e9rieux et impr\u00e9visible, et qui prend dans les ultimes images une tournure absurde. Longue travers\u00e9e all\u00e9gorique du d\u00e9sert (certains plans \u00e9voquent <em>La Cicatrice int\u00e9rieure<\/em> ou <em>Gerry<\/em>), r\u00e9cit minimaliste (une poign\u00e9e d\u2019acteurs et de chevaux, la nature comme seul d\u00e9cor), <em>The Shooting<\/em> surprend \u00e9galement par une utilisation exp\u00e9rimentale de la musique et du ralenti (ou plut\u00f4t de la d\u00e9composition de l\u2019image) dans sa derni\u00e8re s\u00e9quence. Hellman invente le western critique, et se distingue des relectures mani\u00e9ristes, baroques ou psychanalytiques propos\u00e9es \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque par Sergio Leone, Sam Peckinpah ou Arthur Penn. Il n\u2019y a chez Hellman aucune volont\u00e9 de d\u00e9mystification, parodique ou politique. Au contraire, Hellman substitue aux mythes positifs du western hollywoodien (la conqu\u00eate de l\u2019Ouest, les nouvelles fronti\u00e8res, l\u2019aventure) d\u2019autres mythes, plus proches des concepts philosophiques, tels que la mort, le n\u00e9ant, l\u2019inqui\u00e9tude et la confusion. Ces concepts seront \u00e0 nouveau illustr\u00e9s dans <em>L\u2019Ouragan de la vengeance<\/em>, sur un canevas plus classique. Ce titre est sans doute moins radical dans sa forme que <em>The Shooting<\/em>, mais il distille la m\u00eame impression d\u2019intellectualisme attach\u00e9 \u00e0 un profond sentiment de concr\u00e9tion. Hellman et son sc\u00e9nariste Nicholson font des recherches sur les us et coutumes des cow-boys, s\u2019inqui\u00e8tent de la v\u00e9racit\u00e9 du moindre geste ou v\u00eatement, poussent le souci du r\u00e9alisme jusqu\u2019\u00e0 \u00e9crire les dialogues dans la langue de l\u2019\u00e9poque, ce qui ajoute \u00e0 la dissonance du film. Cette histoire de deux hommes pris par erreur pour des bandits et traqu\u00e9s par des vigiles confirme le go\u00fbt de Monte Hellman pour les situations absurdes et r\u00e9v\u00e8le un sens tr\u00e8s pessimiste de la fatalit\u00e9. Accul\u00e9 par ses poursuivants, un des cow-boys tuera un homme et deviendra ainsi le hors-la-loi avec lequel il avait \u00e9t\u00e9 confondu. Ces deux westerns ne rencontrent aucun succ\u00e8s public, mais impressionnent la critique internationale. La carri\u00e8re de Monte Hellman semble lanc\u00e9e. La contre-culture est \u00e0 la mode. C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les studios, en perte de vitesse et d\u00e9boussol\u00e9s par les attentes d\u2019un public jeune et libertaire d\u00e9cident de faire confiance \u00e0 de nouveaux auteurs, et \u00e0 leur confier des projets ambitieux ou personnels. L\u2019immense succ\u00e8s de <em>Easy Rider<\/em> de Dennis Hopper invite les patrons hollywoodiens \u00e0 faire confiance \u00e0 ces rebelles opportunistes mais parfois extr\u00eamement dou\u00e9s (Coppola, Scorsese, De Palma, Friedkin.) Lorsqu\u2019Universal lui donne carte blanche pour r\u00e9aliser <em>Macadam \u00e0 deux voies<\/em>, une histoire de courses de voitures trafiqu\u00e9es, Hellman propose \u00e0 l\u2019\u00e9crivain Rudolph Wurlitzer de r\u00e9\u00e9crire le sc\u00e9nario. Il tourne le film dans l\u2019ordre chronologique absolu, et les com\u00e9diens ne savent pas ce qui les attend le lendemain. Cette m\u00e9thode a vite fait de profond\u00e9ment les d\u00e9stabiliser, d\u2019autant plus que ce sont des non professionnels emprunt\u00e9s \u00e0 la sc\u00e8ne rock (James Taylor, Dennis Wilson le batteur des Beach Boys), \u00e0 l\u2019exception du grand Warren Oates, com\u00e9dien f\u00e9tiche de Monte Hellman et Sam Peckinpah. <em>Macadam \u00e0 deux voies<\/em> est un road-movie existentiel dans lequel un chauffeur et son m\u00e9canicien, \u00e0 bord d\u2019une Chevrolet 1955 customis\u00e9e, rencontrent une fille sur la route et entrent en rivalit\u00e9 (\u00e0 propos de la fille, la voiture, la vitesse, la jeunesse, la libert\u00e9) avec un autre conducteur, un play-boy plus \u00e2g\u00e9 \u00e0 bord d\u2019une Pontiac GTO. <em>Macadam \u00e0 deux voies<\/em> est le plus beau voyage de l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma (avec <em>Profession : reporter<\/em> d&rsquo;Antonioni, interpr\u00e9t\u00e9 par Jack Nicholson, un hasard ?) C&rsquo;est aussi le plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. Les voyageurs ne sont guid\u00e9s par aucun but; le trajet n&rsquo;est pas l&rsquo;occasion d&rsquo;une d\u00e9couverte de soi, ni du monde, encore moins des autres. Les protagonistes n&rsquo;ont pas de nom, d\u00e9sign\u00e9s par leurs fonctions ou leur r\u00f4le (\u00ab\u00a0The Driver\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0The Girl\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0The Mechanic\u00a0\u00bb). Les deux voitures apparaissent au g\u00e9n\u00e9rique de fin dans la distribution, avec les com\u00e9diens. La fille passe indiff\u00e9remment entre les bras des trois hommes, et d&rsquo;une voiture \u00e0 l&rsquo;autre. Ni fuite, ni qu\u00eate, le voyage en voiture est ici l&rsquo;histoire d&rsquo;un effacement du sens, des affects, jusqu&rsquo;\u00e0 une forme de nihilisme absolu qui ne d\u00e9bouche m\u00eame pas sur la mort (trop romantique !) mais sur la disparition, non pas des personnages &#8211; toujours au volant &#8211; mais du film lui-m\u00eame, qui soudain se fige et br\u00fble dans une simulation d&rsquo;accident de projection. Chef-d&rsquo;\u0153uvre absolu du cin\u00e9ma am\u00e9ricain des ann\u00e9es 70, grand (seul ?) titre moderne et sans concession produit dans le syst\u00e8me hollywoodien, <em>Macadam \u00e0 deux voies<\/em> est un \u00e9chec sans appel (malgr\u00e9 une notori\u00e9t\u00e9 instantan\u00e9e de film g\u00e9nial) et compromet gravement la carri\u00e8re de Monte Hellman. Le cin\u00e9aste n&rsquo;est pas comme Cimino un artiste maudit bris\u00e9 dans son \u00e9lan m\u00e9galomane, mais un auteur qui n&rsquo;arrive &#8211; presque &#8211; plus \u00e0 faire des films, par malchance et inadaptation. Entre 1971 et aujourd&rsquo;hui, Monte Hellman n&rsquo;a tourn\u00e9 que cinq films. Et vingt ans s\u00e9parent ses deux derniers films. <em>Cockfighter <\/em>(un des plus beaux r\u00f4les de Warren Oates) est brad\u00e9 par Corman qui le trouve anti-commercial, <em>Liberty 9 China 37<\/em> est un western Italien pass\u00e9 inaper\u00e7u (avec Fabio Testi, Jenny Agutter, Warren Oates et Sam Peckinpah), <em>Iguana<\/em> un nouveau film g\u00e9nial et maudit, histoire de piraterie et de sexe tourn\u00e9 au Portugal, entre Stevenson et Sade, pass\u00e9 inaper\u00e7u lui aussi, enfin la deuxi\u00e8me suite d&rsquo;un film d&rsquo;horreur de s\u00e9rie Z, sorti directement en vid\u00e9o, <em>Silent Night Deadly Night 3<\/em>, connu \u00e9galement sous le titre <em>Better Watch Out\u00a0!<\/em>, plut\u00f4t oubliable, en 1989. Faute de mener \u00e0 bien ses projets personnels, il se cantonne depuis les ann\u00e9es 70 \u00e0 des activit\u00e9s indignes ou en dessous de son talent, souvent dans l&rsquo;anonymat. Peu d\u2019auteurs ont d\u00fb comme lui accepter des t\u00e2ches purement alimentaires. Il se fait virer d&rsquo;une production Hammer d\u00e9cadente tourn\u00e9e \u00e0 Hong Kong (<em>Shatter<\/em>), monte et termine <em>Avalanche Express<\/em> de Mark Robson \u00e0 la mort du cin\u00e9aste. La m\u00eame situation se reproduit avec <em>The Greatest<\/em> de Tom Gries, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 avant la fin du tournage. Sam Peckinpah lui demande de refaire le montage de <em>Tueur d&rsquo;\u00e9lite<\/em>. Hellman est r\u00e9alisateur de seconde \u00e9quipe (non cr\u00e9dit\u00e9) de <em>Robocop<\/em>, producteur ex\u00e9cutif de <em>Reservoir Dogs<\/em> (qu&rsquo;il devait, \u00e0 l&rsquo;origine, mettre en sc\u00e8ne.) En 2005 \u00e0 Cannes, Monte Hellman venait pr\u00e9senter la copie neuve de <em>Macadam \u00e0 deux voies<\/em>, rendre hommage \u00e0 son ami Sam Peckinpah \u00e0 la projection d\u2019une copie neuve de <em>Coups de feu dans la sierra<\/em> que nous avions organis\u00e9 \u00e0 la Quinzaine des r\u00e9alisateurs, en gardait l&rsquo;espoir de tourner un jour son onzi\u00e8me long m\u00e9trage, un film d&rsquo;horreur qu\u2019il ne fera jamais. Il r\u00e9alise en revanche un court m\u00e9trage <em>Stanley\u2019s Girlfriend<\/em>, inspir\u00e9 d\u2019un \u00e9pisode de la vie de Stanley Kubrick et qui sort en DVD dans un film \u00e0 sketches collectif <em>Trapped Ashes<\/em> (2006) qui ne conna\u00eet aucun succ\u00e8s. Il faudra attendre 2010 pour qu\u2019Hellman fasse enfin un nouveau long m\u00e9trage, <em>Road to Nowhere<\/em> qui sort en France le 13 avril apr\u00e8s sa s\u00e9lection au Festival de Venise o\u00f9 le cin\u00e9aste a remport\u00e9 un Lion d\u2019or sp\u00e9cial qui semblait r\u00e9compenser autant ce film que l\u2019ensemble de son \u0153uvre, trop longtemps occult\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Des critiques am\u00e9ricains ont d\u00e9fini Hellman comme \u201c\u00a0le secret le mieux gard\u00e9 d\u2019Hollywood\u00a0\u201d, ou \u201c\u00a0un auteur europ\u00e9en exil\u00e9 aux \u00c9tats-Unis\u00a0\u201d. Il est vrai que le cin\u00e9aste cultive les paradoxes. Grand connaisseur du th\u00e9\u00e2tre et de la litt\u00e9rature europ\u00e9enne (il fut le premier \u00e0 monter <em>En attendant Godot<\/em> \u00e0 Los Angeles au d\u00e9but des ann\u00e9es 60), Hellman est pourtant profond\u00e9ment am\u00e9ricain, comme en t\u00e9moigne sa passion pour le western et les grands espaces. Si Hellman est sans doute le plus intellectuel des cin\u00e9astes de son pays (ses films sont influenc\u00e9s par l\u2019existentialisme et le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019absurde, mais aussi le nouveau roman, il cite <em>Paris nous appartient<\/em> de Jacques Rivette comme une r\u00e9v\u00e9lation qui orienta le d\u00e9but de sa carri\u00e8re), il a toujours travaill\u00e9 dans des r\u00e9seaux commerciaux (sa collaboration pr\u00e9coce avec Roger Corman), voire dans des circuits proches du cin\u00e9ma d\u2019exploitation. Chacun de ses films se rattache ouvertement au cin\u00e9ma de genre\u00a0: le film d\u2019horreur, de guerre ou d\u2019aventure, et <em>Macadam \u00e0 deux voies<\/em> a invent\u00e9 son propre genre, le \u201c\u00a0road movie existentiel\u00a0\u201d, la m\u00eame ann\u00e9e que <em>Point limite z\u00e9ro<\/em> de Richard C. Sarafian et deux ans avant <em>Electra Glide and Blue<\/em> de James William Guercio. Enfin, les films de Monte Hellman proposent sans doute les exp\u00e9riences les plus radicales du cin\u00e9ma am\u00e9ricain des ann\u00e9es 60 et 70. Il faudra attendre les r\u00e9cents films de Gus Van Sant ou Vincent Gallo pour qu\u2019un auteur am\u00e9ricain aille aussi loin dans le refus du sc\u00e9nario traditionnel, la crise de l\u2019image action, l\u2019opacit\u00e9 des sentiments et des comportements, la dilatation du temps. Et pourtant, le cin\u00e9ma de Monte Hellman ne se pose jamais en installation d\u2019art contemporain ou en travail avant-gardiste. Ses films sont schizophr\u00e8nes, car ils sont \u00e0 la fois tortur\u00e9s par l\u2019inqui\u00e9tude et le doute, sympt\u00f4mes de la modernit\u00e9 cin\u00e9matographique contamin\u00e9e par les autres arts et la philosophie, mais ils s\u2019inscrivent \u00e9galement dans une continuit\u00e9 du cin\u00e9ma classique am\u00e9ricain, sa m\u00e9fiance envers la psychologie, son romanesque et surtout ses paysages. Monte Hellman est le fils de Samuel Beckett et de John Ford. Ses personnages h\u00e9sitent entre le mutisme et l\u2019anarchisme des h\u00e9ros de s\u00e9ries B de Budd Boetticher, et la n\u00e9vrose antonionienne. Son cin\u00e9ma est fr\u00f4l\u00e9 en permanence par l\u2019abstraction et la th\u00e9orie, mais son souci du monde vivant et parfois sa sensualit\u00e9 (voir <em>Iguana, <\/em>son western italien <em>China 9 Liberty 37 <\/em>ou la beaut\u00e9 de l\u2019actrice Shannyn Sossamon (photo) dans <em>Road to Nowhere<\/em>) le sauvent de la s\u00e9cheresse et de l\u2019ennui.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/2011\/02\/25\/monte-hellman-sympathy-for-the-devil\/road-to-nowhere-2\/\" rel=\"attachment wp-att-317\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-317\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/02\/road-to-nowhere1.jpg?w=300\" alt=\"Screenshot from &quot;Road to Nowhere&quot;\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/02\/road-to-nowhere1.jpg 520w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/02\/road-to-nowhere1-496x280.jpg 496w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Road to Nowhere &#8211; Distribution CAPRICCI FILMS<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">PS : Revu hier en projection de presse, \u00e0 la suite de <em>Road to Nowhere<\/em>, <em>Essential Killing<\/em> de Jerzy Skolimowski avec Vincent Gallo, premier chef-d&rsquo;oeuvre de l&rsquo;ann\u00e9e cin\u00e9matographique 2011. Le film sortira en France le 6 avril.<br \/>\n<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Sympathy for the Devil\u00a0\u00bb, c\u2019est le titre d\u2019un livre d\u2019entretien qu\u2019Emmanuel Burdeau vient de consacrer \u00e0 Monte Hellman aux \u00e9ditions\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Monte Hellman, Sympathy for the Devil - Olivier P\u00e8re<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/02\/25\/monte-hellman-sympathy-for-the-devil\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Monte Hellman, Sympathy for the Devil - 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