{"id":28648,"date":"2026-05-18T14:52:54","date_gmt":"2026-05-18T13:52:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/?p=28648"},"modified":"2026-05-18T17:19:44","modified_gmt":"2026-05-18T16:19:44","slug":"cannes-2026-linconnue-entretien-avec-arthur-harari","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2026\/05\/18\/cannes-2026-linconnue-entretien-avec-arthur-harari\/","title":{"rendered":"Cannes 2026 : L&rsquo;Inconnue &#8211; entretien avec Arthur Harari"},"content":{"rendered":"<p><strong>Apres <em>Diamant noir<\/em> (2018) et <em>Onoda, 10 000 nuits dans la jungle<\/em> (2021), <em>L&rsquo;Inconnue<\/em> est le troisi\u00e8me long m\u00e9trage d&rsquo;Arthur Harari, pr\u00e9sent\u00e9 en comp\u00e9tition au Festival de Cannes. Un film fantastique dans tous les sens du terme, g\u00e9nial et passionnant.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00ab C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un \u00eatre humain qui cesse d\u2019\u00eatre<\/strong><\/p>\n<p><strong>ce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9&#8230; avant de ne devenir plus personne&#8230; \u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>Arthur Harari<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Avant <em>L\u2019inconnue<\/em>, il y a la BD, <em>Le cas David Zimmerman,<\/em> que vous avez \u00e9crite avec votre fr\u00e8re Lucas Harari.<\/p>\n<p><strong>Mon implication dans la BD a tout de suite \u00e9t\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la fabrication d\u2019un film. Lucas a eu l\u2019id\u00e9e de cette histoire et m\u2019en a parl\u00e9, j\u2019ai trouv\u00e9 \u00e7a g\u00e9nial. Il bataillait avec la complexit\u00e9 du projet et cherchait quelqu\u2019un avec qui l\u2019\u00e9crire. Je lui ai sugg\u00e9r\u00e9 Tristan Garcia, qui est passionn\u00e9 par le m\u00e9dium BD et dont le recueil de textes fantastiques <em>7<\/em> \u00e9tait une des r\u00e9f\u00e9rences de Lucas. Tristan \u00e9tait tr\u00e8s stimul\u00e9, mais l\u2019histoire s\u2019\u00e9tait mise \u00e0 m\u2019obs\u00e9der\u2026 J\u2019ai alors vu <em>France<\/em> de Bruno Dumont, o\u00f9 j\u2019ai trouv\u00e9 L\u00e9a Seydoux stup\u00e9fiante. Pendant la projection, quelque chose s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 : je devais absolument faire de cette histoire un film, avec elle. J\u2019ai propos\u00e9 \u00e0 Lucas que nous \u00e9crivions la BD ensemble, dont j\u2019adapterais ensuite le sc\u00e9nario. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Bien que le travail sur la BD et le regard de Lucas primaient, j\u2019\u00e9tais de fait engag\u00e9 dans un \u00e9trange double processus, o\u00f9 l\u2019horizon du film \u00e9tait toujours pr\u00e9sent\u2026 Pour Lucas, \u00e7a ne parasitait rien car il construit des atmosph\u00e8res, un rapport au temps et \u00e0 l\u2019espace qui puisent beaucoup dans le cin\u00e9ma. Mais ses r\u00e9f\u00e9rences \u00e9taient d\u2019abord du c\u00f4t\u00e9 de son m\u00e9dium : <em>David Boring<\/em> de Daniel Clowes, <em>Black Hole<\/em> de Charles Burns, <em>120, rue de la Gare<\/em> de Jacques Tardi\u2026 Au-del\u00e0, il avait en t\u00eate la tradition litt\u00e9raire fantastique, Gogol et \u00e9videmment Kafka, sans doute l\u2019auteur qui m\u2019a le plus marqu\u00e9 dans ma vie.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Comment avez-vous adapt\u00e9 la bande dessin\u00e9e, avec le sc\u00e9nariste Vincent Poymiro ?<\/p>\n<p><strong>J\u2019ai mis du temps \u00e0 comprendre quelle pourrait \u00eatre ma propre vision de l\u2019histoire\u2026 Ce processus particulier qui m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 traverser deux formes distinctes a \u00e9t\u00e9 vertigineux, et redoublait en fait le fond du r\u00e9cit car \u00e7a touchait \u00e0 mon sentiment d\u2019identit\u00e9 : qui \u00e9tais-je, sans Lucas, face \u00e0 ce projet ? En quoi deviendrait-il pleinement le mien, qu\u2019avais-je \u00e0 y mettre ? Je suis pass\u00e9 d\u2019une forme \u00e0 une autre, cherchant \u00e0 me retrouver. Avec Vincent Poymiro, on a tout questionn\u00e9, de l\u2019\u00e2ge du personnage (qui a pris 10 ans entre la<\/strong> <strong>BD et le film) \u00e0 la finalit\u00e9 du r\u00e9cit. Avec une obsession : le r\u00e9alisme.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les notions de r\u00e9alisme et d\u2019incarnation sont consubstantielles au cin\u00e9ma, mais elles fondaient d\u00e9j\u00e0 la BD, qui est un \u00ab\u00a0body switch\u00a0\u00bb r\u00e9aliste, ce qui n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 fait \u00e0 notre connaissance. C\u2019\u00e9tait une mani\u00e8re de remonter aux origines du fantastique, soit la diffusion d\u2019un \u00e9l\u00e9ment \u00ab anormal \u00bb dans un monde \u00ab normal \u00bb. L\u2019adaptation en film permettait de radicaliser cette donn\u00e9e. Nous nous sommes rendu compte, jusqu\u2019\u00e0 la fin du montage, avec le monteur Laurent S\u00e9n\u00e9chal, \u00e0 quel point le film exigeait cette ligne r\u00e9aliste, primant sur tout le reste. Le corollaire a \u00e9t\u00e9 d\u2019aller vers un ass\u00e8chement du commentaire, syst\u00e9matiquement rejet\u00e9 par le film lui-m\u00eame : les personnages ne pouvaient pas verbaliser ce qui leur arrivait, contrairement \u00e0 une convention explicative qui pr\u00e9vaut dans de tels r\u00e9cits. Des spectateurs, troubl\u00e9s, m\u2019ont demand\u00e9 si le film avait \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9 par quelque chose de \u00ab\u00a0r\u00e9el\u00a0\u00bb, si de telles rumeurs circulaient par exemple sur internet\u2026 tellement leur sentiment \u00e9tait proche d\u2019une exp\u00e9rience v\u00e9cue, quasi documentaire.\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong><\/p>\n<p><strong>Je voulais que ce soit par le concret le plus extr\u00eame qu\u2019on parvienne \u00e0 une forme d\u2019abstraction, de m\u00e9ditation existentielle voire m\u00e9taphysique\u2026 mais sans verbalisation. C\u2019est au spectateur de faire ce chemin, avec les personnages, dans le silence. G\u00e9n\u00e9ralement, la raret\u00e9 des dialogues est associ\u00e9e \u00e0 la contemplation, rarement \u00e0 des r\u00e9cits complexes, au thriller ou au fantastique. Cela rapproche le film de la vision kafka\u00efenne. Dans <em>La m\u00e9tamorphose<\/em>, Gregor Samsa ne questionne jamais l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019il vit comme \u00e9tant impensable ou impossible. Elle s\u2019ajoute \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, elle ne la contredit pas. C\u2019est vraiment ce que je voulais faire avec <em>L\u2019inconnue<\/em>.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le film s\u2019empare de mani\u00e8re tr\u00e8s originale de deux fantasmes, qui sont aussi des promesses romanesques et cin\u00e9matographiques puissantes : changer de corps et recommencer sa vie \u00e0 z\u00e9ro. \u00c9tait-ce le point de d\u00e9part de votre d\u00e9sir de cin\u00e9aste ?<\/p>\n<p><strong>Mes pr\u00e9c\u00e9dents films, <em>Diamant noir<\/em> et <em>Onoda, 10 000 nuits dans la jungle<\/em>, parlent aussi de \u00e7a : changer d\u2019identit\u00e9, \u00eatre d\u00e9plac\u00e9, refuser le r\u00e9el pour le r\u00e9cr\u00e9er diff\u00e9remment. C\u2019est certainement plus explicite dans <em>L\u2019inconnue<\/em>. Ce qui m\u2019excitait, c\u2019\u00e9tait de repr\u00e9senter quelque chose de compl\u00e8tement invisible, mais qui soit une exp\u00e9rience du d\u00e9placement et de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 absolus. Avec une succession de situations inimaginables, rendues r\u00e9elles et tangibles\u00a0: habiter un autre corps, se voir de l\u2019ext\u00e9rieur, faire l\u2019amour avec soi-m\u00eame, \u00eatre enceinte alors qu\u2019on est un homme, se voir mourir\u00a0! Un ami m\u2019avait dit que <em>Diamant noir<\/em> \u00e9tait l\u2019histoire d\u2019un homme qui se fait violence, \u00e0 lui et \u00e0 sa famille, et qu\u2019<em>Onoda<\/em> \u00e9tait l\u2019histoire d\u2019un homme qui fait violence au r\u00e9el lui-m\u00eame. <em>L\u2019inconnue<\/em> poursuit cette recherche de fa\u00e7on peut-\u00eatre plus extr\u00eame : je crois que j\u2019ai besoin d\u2019aller aux limites de ce qu\u2019il est possible de raconter, de repr\u00e9senter, pour qu\u2019il soit possible de recommencer. <\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le film illustre la doctrine de la m\u00e9tempsychose, selon laquelle une m\u00eame \u00e2me peut animer successivement plusieurs corps. Dans la religion ou la philosophie, la m\u00e9tempsychose est associ\u00e9e \u00e0 la mort. Ici, le passage d\u2019un corps \u00e0 un autre se fait durant l\u2019acte sexuel, au moment de l\u2019orgasme. D\u2019o\u00f9 vient ce changement et quelle signification peut-on lui donner ?<\/p>\n<p><strong>C\u2019est totalement ouvert \u00e0 la sp\u00e9culation et \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation, y compris pour Lucas et moi-m\u00eame. On peut \u00e9videmment \u00e9tablir un lien entre l\u2019acte sexuel et la mort. L\u2019orgasme est de l\u2019ordre de la suspension de l\u2019\u00eatre. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s marqu\u00e9 par la lecture de <em>L\u2019\u00c9rotisme<\/em> de Georges Bataille, o\u00f9 il d\u00e9crit les humains comme des \u00eatres finis, des \u00ab traits d\u2019union <\/strong><strong>isol\u00e9s dans l\u2019espace \u00bb. Chacun est s\u00e9par\u00e9 de l\u2019autre. Le fantasme de l\u2019\u00e9rotisme, c\u2019est de parvenir tr\u00e8s bri\u00e8vement \u00e0 se reconnecter. Au moment de l\u2019acte sexuel et de l\u2019orgasme, cette s\u00e9paration de chacun se suspend, quelque chose d\u2019une continuit\u00e9 est retrouv\u00e9e, non seulement avec un autre \u00eatre mais avec le tout. Cette image d\u00e9sesp\u00e9rante de la solitude qui s\u2019abolirait pendant l\u2019acte sexuel a s\u00fbrement nourri le film.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Je ne connais pas tr\u00e8s bien le genre du \u00ab body switch \u00bb, sauf <em>Dans la peau d\u2019une blonde <\/em>(<em>Switch<\/em>, 1991) de Blake Edwards que je trouve g\u00e9nial, et qui recoupe des th\u00e8mes de <em>L\u2019inconnue<\/em>. Dans ce film, pourtant une com\u00e9die, le sexe et la mort sont centraux, comme <\/strong><strong>aussi par exemple dans <em>It follows<\/em> (2014) de David Robert Mitchell, o\u00f9 un virus fatal se transmet par l\u2019acte sexuel. <\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le film se pr\u00eate-t-il volontairement \u00e0 des interpr\u00e9tations ou des sp\u00e9culations multiples ?<\/p>\n<p><strong>Oui, la fin notamment peut accueillir beaucoup d\u2019interpr\u00e9tations&#8230; Mais tout du long, les spectateurs ne peuvent que chercher et sp\u00e9culer, en l\u2019absence d\u2019explication. En cela, ils sont exactement au m\u00eame niveau que les personnages, dans une incertitude totale. Mais le film propose un rapport rigoureux au fantastique, une logique est \u00e0 l\u2019\u0153uvre, que l\u2019on peut saisir ou au contraire d\u00e9cider de n\u00e9gliger car l\u2019essentiel est ailleurs, dans les sentiments et l\u2019exp\u00e9rience singuli\u00e8re travers\u00e9e par les personnages. \u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Ce qui leur arrive peut aussi \u00eatre per\u00e7u comme l\u2019expression d\u2019un mal-\u00eatre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. Les victimes de ces body switchs sont jeunes, et semblent seules, malheureuses ou fragiles. Peut-on voir cet \u00e9change de corps comme la \u00ab\u00a0r\u00e9ponse\u00a0\u00bb \u00e0 une frustration, un mal de vivre\u00a0?<\/p>\n<p><strong>C\u2019est une interpr\u00e9tation que je trouve int\u00e9ressante. L\u2019\u00e9v\u00e9nement traumatique, comme certains chocs existentiels profonds, peut \u00eatre vu in fine comme la possibilit\u00e9 d\u2019une lib\u00e9ration, d\u2019une transcendance. David est un \u00eatre qui se d\u00e9finit par sa solitude et son mal \u00eatre. Au d\u00e9but du film, il est comme un fant\u00f4me, dans une distance \u00e0 soi et au monde, quelque chose en lui a besoin d\u2019\u00eatre d\u00e9livr\u00e9. Je <\/strong><strong>crois que l\u2019horizon de <em>L\u2019inconnue\u00a0<\/em>concerne la lib\u00e9ration d\u2019avec soi-m\u00eame, une qu\u00eate qui existe profond\u00e9ment en chacun de nous. Il est insupportable d\u2019\u00eatre soi, et on passe sa vie \u00e0 g\u00e9rer \u00e7a. Le sexe est un fantasme d\u2019abolition du moi. C\u2019est peut-\u00eatre une cl\u00e9 : le changement de corps se produit au seul moment dans la vie o\u00f9 on croit oublier qui on est. <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Le film ne donne jamais l\u2019impression de surfer de mani\u00e8re opportuniste sur une probl\u00e9matique, la transidentit\u00e9, qui occupe largement le champ du contemporain. La transidentit\u00e9, la fluidit\u00e9 ou la non-binarit\u00e9 sont des sujets dont s\u2019emparent beaucoup d\u2019artistes. Dans <em>L\u2019inconnue<\/em>, il n\u2019est pas question de transition, mais plut\u00f4t de disparition, d\u2019effacement radical, et de recommencement.<\/p>\n<p><strong>Ce qui m\u2019int\u00e9resse, c\u2019est que le film soit suffisamment ouvert pour accueillir tous les regards, et agisse comme une sorte de miroir. Il n\u2019a pas \u00e0 \u00ab\u00a0dire\u00a0\u00bb quelque chose. Il a \u00e0 proposer une exp\u00e9rience qui stimule, trouble, inqui\u00e8te, remue. Son \u00ab\u00a0sujet\u00a0\u00bb n\u2019est ni la transidentit\u00e9 ni le genre (on peut en faire des lectures tr\u00e8s diverses je crois, autour de la circulation du mal, du karma, et m\u00eame plus souterrainement de la jud\u00e9it\u00e9&#8230;). En revanche, on peut dire qu\u2019il emprunte plusieurs v\u00e9hicules, notamment celui du changement de genre, pour faire vivre une exp\u00e9rience ayant trait au vertige de l\u2019identit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Le film aborde l\u2019angoisse de la dissolution du moi.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est la question centrale qu\u2019il pose, et elle est autant m\u00e9taphysique qu\u2019\u00e9minemment physique : est-il possible de cesser d\u2019\u00eatre soi ? Qu\u2019est-ce que \u00e7a veut dire ? Est-ce souhaitable ? Est-ce que cela \u00e0 voir avec ce dont on a h\u00e9rit\u00e9, en premier lieu son corps ? Qu\u2019est-ce que veut dire \u00ab\u00a0\u00eatre soi\u00a0\u00bb\u00a0? Et ces questions, je crois, sont centrales dans les exp\u00e9riences de transidentit\u00e9&#8230;<\/strong> <strong>mais elles le sont en r\u00e9alit\u00e9 pour tout le monde.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Le motif de la disparition ne concerne pas seulement les personnages mais aussi le paysage urbain. Le projet photographique de David consiste \u00e0 traquer et fixer des traces visibles ou invisibles de ce qui a disparu dans le paysage p\u00e9riurbain. Souhaitiez-vous ce parall\u00e9lisme entre son travail photographique et son propre destin ?<\/p>\n<p><strong>Pour imaginer le travail photographique de David, j\u2019ai repens\u00e9 \u00e0 un livre qui \u00e9tait chez mes parents et me fascine depuis que je suis gamin : <em>Un si\u00e8cle passe<\/em> d&rsquo;Alain Blondel et Laurent Sully <\/strong><strong>Jaulmes (Dominique Carr\u00e9 \u00e9diteur)<\/strong><strong> qui refl\u00e8te l&rsquo;\u00e9volution urbaine de la proche banlieue parisienne en trois \u00e9tapes\u00a0: les ann\u00e9es 1910, 1970 et 1990 (la derni\u00e8re \u00e9dition en 2007 inclut une quatri\u00e8me \u00e9tape). Cela permettait de donner une existence active au personnage, de l\u2019ancrer dans le temps. Je n\u2019ai m\u00eame pas pens\u00e9 au d\u00e9part au lien m\u00e9taphorique, mais il m\u2019a ensuite frapp\u00e9 : la question de la disparition fonde ce travail, et elle hante David. <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019image photographique occupe une place centrale dans le film. David est photographe. Dans un impr\u00e9visible retournement de situation, le regardeur devient la regard\u00e9e, objet initial de son d\u00e9sir, cette jeune femme crois\u00e9e par hasard lors d\u2019un banquet. C\u2019est une remise en question du rapport regard\u00e9\/regardant qui fait penser \u00e0 un prolongement de <em>Blow Up <\/em>d\u2019Antonioni.<\/p>\n<p><strong>L\u2019id\u00e9e (venant de Lucas d\u00e8s les pr\u00e9misses de la BD)<\/strong> <strong>que la premi\u00e8re rencontre se ferait \u00e0 travers l\u2019appareil photo et la pulsion scopique vient en effet de <em>Blow Up<\/em>, un film<\/strong> <strong>prodigieux <\/strong><strong>sur le regard pr\u00e9dateur et la d\u00e9possession. Et oui, c\u2019est davantage une tentative de prolongement qu\u2019une citation.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>La question du corps habite le film. L\u00e9a Seydoux et Niels Schneider ont chang\u00e9 leur apparence physique pour interpr\u00e9ter leurs personnages, ce qui ajoute au myst\u00e8re du film.<\/p>\n<p>Est-ce que cela faisait partie du projet ?<\/p>\n<p><strong>L\u00e9a Seydoux a accouch\u00e9 trois mois avant le tournage. Lorsqu\u2019elle m\u2019a annonc\u00e9 qu\u2019elle \u00e9tait enceinte, j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s heureux pour elle mais je me suis demand\u00e9 si nous allions devoir d\u00e9caler, ce qu\u2019elle a d\u2019embl\u00e9e exclu. Nous avons senti intuitivement que ce serait <\/strong><strong>extraordinaire<\/strong> <strong>pour le film, si elle pouvait y jouer si t\u00f4t apr\u00e8s son accouchement. Elle n\u2019en a jamais dout\u00e9, ce qui m\u2019impressionne. Niels avait maigri pour un autre r\u00f4le quand nous avons fait la premi\u00e8re s\u00e9ance de travail. C\u2019\u00e9tait frappant, son regard ressortait. En accord avec lui, nous avons d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019il pousserait la m\u00e9tamorphose plus loin, en maigrissant encore. Au naturel, Niels est un gar\u00e7on tellement beau et athl\u00e9tique, \u00e9clatant de vitalit\u00e9. David ne pouvait pas \u00eatre comme \u00e7a. Tous deux interpr\u00e9taient une exp\u00e9rience qu\u2019ils vivaient \u00e0 leur \u00e9chelle\u00a0: ils n\u2019\u00e9taient pas dans leurs corps habituels. \u00c7a a consid\u00e9rablement apport\u00e9 au film. J\u2019ai envie de filmer des choses et des \u00eatres qui cr\u00e9ent une sensation physique de r\u00e9alit\u00e9, jusqu\u2019aux surfaces des murs. Le cin\u00e9ma peut contredire le r\u00e9el\u00a0: ma fascination d\u2019enfant est n\u00e9e devant des films hollywoodiens o\u00f9 les hommes et les femmes sont transform\u00e9es en divinit\u00e9s plus grandes que la vie. Mais le cin\u00e9ma permet aussi de filmer une trace du r\u00e9el, qui accueille tout, tous les corps, toutes les impuret\u00e9s.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Comment avez-vous travaill\u00e9 avec L\u00e9a Seydoux et Niels Schneider ?<\/p>\n<p><strong>Ils ont des approches tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Niels a pass\u00e9 des mois \u00e0 trouver la voix et \u00e0 regarder des vid\u00e9os de Lilith Grasmug, sa r\u00e9f\u00e9rence pour Malia, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 une v\u00e9ritable m\u00e9tamorphose. L\u00e9a ne travaille pas dans la composition. Pourtant, elle parvient \u00e0 nous faire ressentir un homme habitant un corps de femme. Elle poss\u00e8de une mani\u00e8re myst\u00e9rieuse et non volontaire de se laisser p\u00e9n\u00e9trer par un r\u00f4le. Elle ne fait pas la d\u00e9marche de chercher l\u2019autre. Cela passe par elle, elle accueille, elle est accueillie&#8230; C\u2019\u00e9tait de l\u2019ordre de l\u2019abandon absolu.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>On retrouve dans <em>L\u2019inconnue<\/em> l\u2019importance de la figure paternelle, pr\u00e9sente dans tous vos films, ici sous la forme d\u2019une pr\u00e9sence fant\u00f4me, photographique. David semble marcher sur les traces artistiques de son p\u00e8re disparu, avec beaucoup de tristesse.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est encore plus litt\u00e9ral, il marche DANS ses traces, son projet consistant \u00e0 retrouver les emplacements exacts o\u00f9 son p\u00e8re s\u2019est un jour tenu\u00a0! David est d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de lui-m\u00eame d\u00e8s le d\u00e9part, il n\u2019a pas choisi ce projet mortif\u00e8re en soi\u00a0: passer sa vie \u00e0 enregistrer des traces de disparition. Tristan Garcia, quand il avait lu le premier \u00e9tat de l\u2019\u00e9criture de la BD, avait dit que \u00e7a racontait l\u2019histoire d\u2019un type qui se voyait depuis toujours devenir son p\u00e8re, mais qui en fait va devenir sa m\u00e8re. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Cela nous confrontait Lucas et moi \u00e0 notre propre histoire. Il nous avait toujours sembl\u00e9 que nous appartenions \u00e0 une lign\u00e9e paternelle, masculine, puisque nous sommes trois fr\u00e8res. Quand Lucas a initi\u00e9 ce projet, il s\u2019est fait violence car il se sentait prisonnier de ce mod\u00e8le masculin. A la fin du film, il n\u2019y a plus d\u2019hommes\u00a0: le p\u00e8re est non seulement absent mais peut-\u00eatre oubli\u00e9, et David s\u2019est comme dissout&#8230; Restent la m\u00e8re, et cette jeune femme inconnue. Je n\u2019en suis pas s\u00fbr, je manque de recul, mais le film raconte peut-\u00eatre aussi cela, la disparition de l\u2019homme. <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Quels \u00e9taient les principaux d\u00e9fis \u00e0 relever en termes de mise en sc\u00e8ne, pour raconter une histoire aussi originale, o\u00f9 un \u00e9v\u00e9nement fantastique s\u2019insinue dans un cadre r\u00e9aliste, quotidien ?<\/p>\n<p><strong>Je voulais que <em>L\u2019inconnue<\/em> soit un film d\u2019aventures, un thriller, un film d\u2019angoisse, une enqu\u00eate. L\u2019aventure permet la m\u00e9taphysique et la m\u00e9taphysique peut s\u2019incarner dans l\u2019aventure. C\u2019\u00e9tait un objectif difficile puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un film urbain, dont les personnages pouvaient \u00eatre per\u00e7us comme passifs, reclus dans des espaces confin\u00e9s. J\u2019avais tr\u00e8s envie de filmer Paris et sa banlieue de fa\u00e7on neuve, mais j\u2019avais la hantise que le film soit statique, sans \u00e9nergie. L\u2019enjeu \u00e9tait de traverser beaucoup d\u2019\u00e9tats, de d\u00e9cors, de rythmes diff\u00e9rents, de rapports contrast\u00e9s \u00e0 l\u2019espace, et \u00e7a reposait enti\u00e8rement sur la mise en sc\u00e8ne. Le film d\u2019aventures, c\u2019est aussi la question des \u00e9motions fortes, de la surprise permanente. Il fallait que le film se m\u00e9tamorphose sans arr\u00eat, qu\u2019il avance dans l\u2019inconnu, l\u2019impr\u00e9visible, avec un c\u00f4t\u00e9 presque feuilletonnant, accueillant le m\u00e9lodrame et la trag\u00e9die. L\u2019autre peur que j\u2019avais, c\u2019\u00e9tait qu\u2019on ne croit pas que cet homme est une femme, et que cette femme est un homme. C\u2019\u00e9tait un vrai pari : je vois une femme, mais je sais que c\u2019est un homme. \u00c7a ne pouvait pas rester th\u00e9orique, il n\u2019y aurait pas eu de film. L\u00e9a Seydoux et Niels Schneider ont effectu\u00e9 un travail d\u2019incarnation admirable. Ils \u00e9taient vraiment dans la croyance. Niels durant tout le tournage avait l\u2019impression d\u2019\u00eatre cette jeune femme. L\u00e9a disait qu\u2019elle savait qu\u2019elle \u00e9tait David, il n\u2019y avait pas de doute. Elle r\u00e9p\u00e9tait \u00ab\u00a0Je suis David.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 sa dimension m\u00e9taphysique, le film reste tr\u00e8s ancr\u00e9 dans la quotidiennet\u00e9, l\u2019intime, voire le naturalisme. En quoi le film, bien qu\u2019il soit \u00e0 la fois un body switch et un thriller fantastique, est-il tr\u00e8s fran\u00e7ais, et dresse-t-il un \u00e9tat des lieux non seulement des rapports humains aujourd\u2019hui mais aussi des villes dans lesquelles nous vivons ?<\/p>\n<p><strong>J\u2019ai du mal \u00e0 r\u00e9aliser un film sans que la trace de Pialat soit l\u00e0. Cette lign\u00e9e vient de Renoir, et peint l\u2019ambivalence permanente des rapports r\u00e9els entre le gens, le social, le familial, l\u2019intime. Tu filmes ce qui est l\u00e0, c\u2019est \u00e2pre, mais \u00e7a ne veut pas dire que tu ne cherches pas \u00e0 le po\u00e9tiser. Il y a chez Pialat une picturalit\u00e9, une transcendance po\u00e9tique exceptionnelles. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 pendant l\u2019\u00e9criture par l\u2019essai de J\u00e9r\u00f4me Momcilovic qui pr\u00e9sente Pialat comme un cin\u00e9aste des banquets. J\u2019ai eu envie d\u2019amener la fin du film dans une s\u00e9quence de mariage au bord d\u2019une rivi\u00e8re, un peu comme chez Pialat ou Chabrol, dans une sorte de pays sans \u00e2ge.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Pouvez-vous nous parler de la musique du film, minimaliste et qui d\u00e9roule un th\u00e8me r\u00e9p\u00e9titif, comme un \u00e9ternel recommencement, lancinant et m\u00e9lancolique ?<\/p>\n<p><strong>La musique est d\u2019Andrea Poggio, l\u2019un des musiciens qui avaient sign\u00e9s celle d\u2019<em>Onoda<\/em>. Ce n\u2019est pas son activit\u00e9 (il \u00e9crit et chante ses chansons) mais il est tr\u00e8s dou\u00e9 pour \u00e7a\u00a0! L\u2019id\u00e9e d\u2019un th\u00e8me m\u00e9lodique a presque disparu dans le cin\u00e9ma aujourd\u2019hui, alors que la dimension obs\u00e9dante du th\u00e8me participe au fait que l\u2019on retient les films, c\u2019est un \u00e9l\u00e9ment de persistance profonde des images elles-m\u00eames. Andrea a r\u00e9ussi une musique tr\u00e8s m\u00e9lancolique, sombre, et dans le m\u00eame temps c\u2019est une musique de film \u00e0 suspense. Elle d\u00e9cline \u00e0 la fois son fond et la forme du film, elle est r\u00e9p\u00e9titive mais ne cesse de se m\u00e9tamorphoser. J\u2019esp\u00e8re qu\u2019elle cr\u00e9e une sorte de vertige hypnotique. <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Le film s\u2019ach\u00e8ve sur une nouvelle vie, un nouveau futur &#8211; mais rien ne dit que cette vie sera plus heureuse et accomplie. David est porteur d\u2019une solitude ontologique (l\u2019autre est d\u00e9j\u00e0 en lui). Malia s\u2019accroche \u00e0 l\u2019illusion du couple et de la pr\u00e9destination de la rencontre, mais ce r\u00eave s\u2019effondre aussit\u00f4t. Peut-on voir <em>L\u2019inconnue<\/em> comme un film d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 tirant un trait sur des rapports traditionnels comme le couple, la famille, ou alors comme un film \u00e0 la recherche d\u2019utopies et de nouveaux mod\u00e8les ?<\/p>\n<p><strong>Il n\u2019y a aucune volont\u00e9 d\u00e9clarative de ma part posant que les mod\u00e8les existants ne fonctionneraient <\/strong><strong>pas, aucune vis\u00e9e soci\u00e9tale&#8230;<\/strong><strong> En revanche, l\u2019id\u00e9e que l\u2019aventure \u00e0 la fois narrative et \u00e9motionnelle du film propose potentiellement de casser toutes les bases, pour se demander ce qu\u2019il reste quand il n\u2019y a plus rien, m\u2019int\u00e9resse beaucoup. C\u2019est la dimension utopique des r\u00e9cits. A partir du moment o\u00f9 l\u2019on imagine une histoire qui vaut pour elle-m\u00eame et qui a valeur de m\u00e9taphore ou d\u2019all\u00e9gorie d\u2019autre chose, l\u2019utopie et le recommencement existent. Ce que j\u2019aime dans les fins, c\u2019est quand il n\u2019est pas possible de dire si elles sont positives ou n\u00e9gatives, car elles rejoignent alors la vie m\u00eame. C\u2019est rare, mais cela diffuse un sentiment troublant, tr\u00e8s fort. <\/strong><strong>On peut globalement d\u00e9crire <em>L\u2019inconnue<\/em> comme un film d\u2019angoisse, au sens litt\u00e9ral, <\/strong><strong>mais je pense que son dernier mouvement lib\u00e8re quelque chose. Or la libert\u00e9 n\u2019est pas \u00e9quivalente au bonheur. Ce n\u2019est pas une happy end, c\u2019est une free end. Ce qui est s\u00fbr, c\u2019est qu\u2019il y a un apr\u00e8s.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Propos recueillis le 11 avril 2026 \u00e0 Paris, pour le dossier de presse du film.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apres Diamant noir (2018) et Onoda, 10 000 nuits dans la jungle (2021), L&rsquo;Inconnue est le troisi\u00e8me long m\u00e9trage d&rsquo;Arthur\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":28650,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9,7],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Cannes 2026 : L&#039;Inconnue - entretien avec Arthur Harari - Olivier P\u00e8re<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2026\/05\/18\/cannes-2026-linconnue-entretien-avec-arthur-harari\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Cannes 2026 : L&#039;Inconnue - entretien avec Arthur Harari - Olivier P\u00e8re\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Apres Diamant noir (2018) et Onoda, 10 000 nuits dans la jungle (2021), L&rsquo;Inconnue est le troisi\u00e8me long m\u00e9trage d&rsquo;Arthur\u2026\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2026\/05\/18\/cannes-2026-linconnue-entretien-avec-arthur-harari\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Olivier P\u00e8re\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2026-05-18T13:52:54+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-05-18T16:19:44+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/200549.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"830\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"467\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Olivier P\u00e8re\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Olivier P\u00e8re\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"17 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2026\/05\/18\/cannes-2026-linconnue-entretien-avec-arthur-harari\/\",\"url\":\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2026\/05\/18\/cannes-2026-linconnue-entretien-avec-arthur-harari\/\",\"name\":\"Cannes 2026 : L'Inconnue - entretien avec Arthur Harari - Olivier P\u00e8re\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/#website\"},\"datePublished\":\"2026-05-18T13:52:54+00:00\",\"dateModified\":\"2026-05-18T16:19:44+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/#\/schema\/person\/dc32cd6c79be95e52d43b97a74182558\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2026\/05\/18\/cannes-2026-linconnue-entretien-avec-arthur-harari\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2026\/05\/18\/cannes-2026-linconnue-entretien-avec-arthur-harari\/\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2026\/05\/18\/cannes-2026-linconnue-entretien-avec-arthur-harari\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Cannes 2026 : L&rsquo;Inconnue &#8211; 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