{"id":28271,"date":"2025-05-18T08:42:21","date_gmt":"2025-05-18T07:42:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/?p=28271"},"modified":"2025-05-23T10:24:25","modified_gmt":"2025-05-23T09:24:25","slug":"cannes-2025-oui-entretien-avec-nadav-lapid","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2025\/05\/18\/cannes-2025-oui-entretien-avec-nadav-lapid\/","title":{"rendered":"Cannes 2025 : Oui &#8211; entretien avec Nadav Lapid"},"content":{"rendered":"<p><iframe loading=\"lazy\" style=\"margin: 0 auto;position: relative;background-color: #000000\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/embeds\/fr\/122119-028-A?autoplay=false\" width=\"720\" height=\"406\" frameborder=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe><\/p>\n<p><strong>Y. \u00e9tait pianiste et compositeur. D\u00e9sormais, il divertit les puissants avec sa femme Jasmine. Le couple se donne corps et \u00e2me. Ils ne disent jamais non, toujours oui. Et \u00e7a marche plut\u00f4t bien pour eux. Leur vie est donc horrible. On ne peut pas que danser, chanter et se prostituer toute la journ\u00e9e.<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Oui<\/em> (<em>Ken<\/em>), le nouveau film remarquable de Nadav Lapid, est pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Quinzaine des Cin\u00e9astes.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Comment est n\u00e9 l\u2019envie de r\u00e9aliser ce nouveau film sur un musicien qui a d\u00e9cid\u00e9 de se donner corps et \u00e2me aux puissants pour les divertir, dans l\u2019espoir d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la gloire et \u00e0 la richesse ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>La question de la relation entre un individu et une communaut\u00e9, ou un pays, existe dans tous mes films. Je m\u2019int\u00e9resse \u00e0 la capacit\u00e9 d\u2019un individu d\u2019exister face \u00e0 un groupe. Il est important pour un artiste de chercher \u00e0 comprendre l\u2019air du temps. J\u2019ai eu l\u2019impression que mon film pr\u00e9c\u00e9dent, <em>Le Genou d\u2019Ahed<\/em>, allait un peu au bout du cri, du refus, de la col\u00e8re, du discours v\u00e9h\u00e9ment d\u2019opposition. Ce n\u2019est pas un hasard si le film se terminait quand le personnage principal d\u00e9cidait d\u2019arr\u00eater avec tout \u00e7a et de devenir bon.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Je me suis demand\u00e9 ce que c\u2019\u00e9tait d\u2019\u00eatre bon aujourd\u2019hui dans un monde qui profond\u00e9ment est de plus en plus mauvais.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Il est dit dans <em>Ken<\/em> (oui en h\u00e9breu) qu\u2019il n\u2019existe que deux mots : le non du refus et de la r\u00e9sistance, le oui de l\u2019acceptation et du renoncement. <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ce dont je parle dans le film va bien au-del\u00e0 de la situation en Isra\u00ebl. Je trouvais qu\u2019aborder ce sujet du point de vue du non avait quelque chose de d\u00e9mod\u00e9. La meilleure mani\u00e8re de parler de cette puissance qui domine le monde, c\u2019est en \u00e9tant \u00e9cras\u00e9e par elle. On se heurte aux limites de la fourmi qui hurle contre un \u00e9l\u00e9phant. La soumission est la seule v\u00e9rit\u00e9 du temps. A un moment dans le film, Y dit \u00e0 son fils \u00ab r\u00e9signe-toi le plus vite possible. La soumission, c\u2019est le bonheur. \u00bb Mes personnages se sont beaucoup aventur\u00e9s dans le champ de la rage, de la contestation, de la r\u00e9volte. L\u00e0, c\u2019est le contraire.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Il existait dans mes films pr\u00e9c\u00e9dents le fantasme que gr\u00e2ce aux po\u00e8mes d\u2019un enfant, ou aux cris d\u2019un homme, l\u2019\u00e9cart qui existe entre le monde dans lequel nous vivons et celui dans lequel nous devrions vivre allait se r\u00e9duire, ou s\u2019an\u00e9antir. J\u2019avais envie d\u2019y croire m\u00eame si je savais que j\u2019allais \u00eatre d\u00e9\u00e7u. Je me sentais toujours proche de personnages qui se cognaient contre des murs ou des portes ferm\u00e9es. Je suis toujours obs\u00e9d\u00e9 par ces portes ouvertes ou ferm\u00e9es, mais se cogner la t\u00eate contre elles, pour moi, c\u2019est termin\u00e9. C\u2019est devenu archa\u00efque. La mani\u00e8re pour moi d\u2019en parler aujourd\u2019hui, c\u2019est de montrer quelqu\u2019un qui choisit de ramper pour arriver \u00e0 se faufiler dans l\u2019ouverture de la porte avant qu\u2019elle se ferme. Je pense que cela en dit davantage sur la v\u00e9rit\u00e9 du monde, la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019artiste dans ce moment.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Y est mon premier personnage principal passif, dans le sens qu\u2019il accepte tout, se donne sans condition. Cela devient tr\u00e8s int\u00e9ressant sur le plan cin\u00e9matographique. Par ses mouvements et ses gestes, il est le plus actif possible : il n\u2019arr\u00eate pas de bouger, de danser. Mais en fait, sa volont\u00e9 et son d\u00e9sir ont \u00e9t\u00e9 st\u00e9rilis\u00e9s.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Tout en d\u00e9crivant une situation d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, <em>Ken<\/em> s\u2019apparente \u00e0 un geste cin\u00e9matographique plein de fougue et de po\u00e9sie.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Tant que tu t\u2019acharnes \u00e0 manier une cam\u00e9ra jusqu\u2019\u00e0 atteindre quelque chose qui peut transcender ton sujet, tant que tu crois \u00e0 la force d\u2019un objet filmant et d\u2019un objet film\u00e9, tu es forc\u00e9ment \u00e0 la recherche de la beaut\u00e9. C\u2019est un film qui par sa mani\u00e8re formelle essaie tout le temps de trouver des petites r\u00e9demptions, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une sorte de r\u00e9alit\u00e9 assez triste.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Y a-t-il un part d\u2019autoportrait dans le personnage de Y ?<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Nous sommes tous aujourd\u2019hui des artistes \u00e0 la porte de Y, m\u00eame si quelques rayons de soleil nous \u00e9pargnent de l\u00e9cher des bottes et des oreilles. Il n\u2019y a pas d\u2019apitoiement dans le film. Mais je dois constater, en tant que r\u00e9alisateur, que nous sommes souvent r\u00e9duits \u00e0 la condition de Y. Y est mon premier h\u00e9ros qui d\u2019une certaine mani\u00e8re n\u2019est pas du tout politique. Il ne comprend rien au monde qui l\u2019entoure, et ne cherche pas \u00e0 le comprendre. La politique l\u2019ennuie. Il ne veut pas faire partie d\u2019un film politique, mais d\u2019une com\u00e9die musicale. Le film l\u2019entra\u00eene contre son gr\u00e9 en direction de la politique, parce que c\u2019est l\u2019\u00e9tat des choses. Y se sent beaucoup plus \u00e0 l\u2019aise dans la partie com\u00e9die musicale, il y est comme \u00e0 la maison. Malheureusement pour lui, il a besoin d\u2019argent et doit aller \u00e0 la rencontre du monde, et entrer dans un film politique.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le 7 octobre 2023 le Hamas d\u00e9clenchait une offensive meurtri\u00e8re contre Isra\u00ebl, suivie par de nombreuses contre-attaques de l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne dans la bande de Gaza. Dans quelle mesure cet \u00e9v\u00e9nement historique a-t-il boulevers\u00e9 l\u2019\u00e9laboration de votre film, dont le sc\u00e9nario avant \u00e9t\u00e9 \u00e9crit au printemps de la m\u00eame ann\u00e9e\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Je me sens un peu comme Y puisqu\u2019au d\u00e9part je ne voulais pas r\u00e9aliser un film qui soit per\u00e7u comme politique. J\u2019\u00e9tais \u00e0 Paris le 7 octobre et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 choqu\u00e9 comme beaucoup de gens par ce qui \u00e9tait en train de se passer en Isra\u00ebl. Au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, puisque je suis cin\u00e9aste, je me suis demand\u00e9, au bout de quelques heures, \u00e0 quoi cela pouvait encore servir de faire des films, et en particulier celui que j\u2019\u00e9tais en train de pr\u00e9parer, sur la condition d\u2019un artiste. Cela a dur\u00e9 une dizaine de jours avant que je commence, avec prudence, \u00e0 rouvrir mon ordinateur et examiner le sc\u00e9nario. La premi\u00e8re phrase du sc\u00e9nario est demeur\u00e9e dans le film. Elle provient de la bouche du chef d\u2019\u00e9tat-major qui invite Y \u00e0 une guerre de chansons. La deuxi\u00e8me phrase est celle de Jasmine, l\u2019\u00e9pouse de Y, qui lui dit \u00ab laisse chef d\u2019\u00e9tat-major gagner. \u00bb Pour moi ces deux phrases sont li\u00e9es aux attaques du 7 octobre. La d\u00e9faite magistrale de l\u2019arm\u00e9e a \u00e9t\u00e9 une des raisons principales de la vengeance qui a suivi. Le 7 octobre n\u2019avait pas encore eu lieu, mais l\u2019\u00e9tat d\u2019Isra\u00ebl n\u2019\u00e9tait pas si diff\u00e9rent. Le sc\u00e9nario original a subi quelques modifications, sans \u00eatre totalement transform\u00e9. Je viens d\u2019un pays o\u00f9 la vie et la mort font partie du quotidien. C\u2019est peut-\u00eatre cela qui distingue un r\u00e9alisateur isra\u00e9lien d\u2019un r\u00e9alisateur fran\u00e7ais : un r\u00e9alisateur isra\u00e9lien ne peut pas s\u2019\u00e9chapper de l\u2019\u00e9tat ou de la politique de son pays. Tu peux te cacher tant que tu veux, mais le pays viendra te trouver.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>En acceptant de composer un hymne patriotique, Y devient un agent de la propagande isra\u00e9lienne.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>J\u2019aimais l\u2019id\u00e9e que l\u2019acte guerrier de Y envers Gaza se r\u00e9sume \u00e0 la composition d\u2019une m\u00e9lodie. Tandis que des avions et des canons bombardent Gaza, Y lance des notes de musique. Deux semaines apr\u00e8s le 7 octobre, je suis retourn\u00e9 en Isra\u00ebl pour chercher \u00e0 comprendre ce qu\u2019il s\u2019y passait. J\u2019ai rencontr\u00e9 beaucoup de gens pour les \u00e9couter : des amis, des connaissances, des chanteurs de rock, des cin\u00e9astes. Tous, \u00e0 leur mani\u00e8re, ont travaill\u00e9 pour la guerre, avec des chansons ou des vid\u00e9os. Il y avait une union sacr\u00e9e. C\u2019\u00e9tait aussi la guerre des artistes. L\u2019art, en Isra\u00ebl, a choisi son chemin.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>On remarque dans les d\u00e9cors du film l\u2019omnipr\u00e9sence du drapeau isra\u00e9lien. Quelle est la part d\u2019exag\u00e9ration ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>C\u2019est le strict reflet de la r\u00e9alit\u00e9 aujourd\u2019hui. Il y avait dans le projet un potentiel qui est devenu actuel. Le pays \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 assez frontal, mais les nuances sont tomb\u00e9es. L\u2019ambigu\u00eft\u00e9 n\u2019a plus sa place.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Il y a de nombreuses s\u00e9quences dans\u00e9es et chant\u00e9es dans le film.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>J\u2019ai tendance \u00e0 pr\u00e9senter le film comme une trag\u00e9die musicale. Dans tous mes films pr\u00e9c\u00e9dents il existait une dichotomie entre la parole et le mouvement. Avec ce film, je voulais proposer un personnage qui ne se sert pas beaucoup des mots. Ma foi en la parole s\u2019est \u00e9puis\u00e9e. Pour Y aussi. Dans son activit\u00e9 de musicien, il compose la m\u00e9lodie mais n\u2019\u00e9crit pas les paroles. Ne pas \u00eatre dans l\u2019expression verbale lui permet d\u2019esquiver, de se cacher dans la danse et la musique. Quand on lui pose une question, en guise de r\u00e9ponse il danse. Dans plusieurs films le fou du roi dit la v\u00e9rit\u00e9 en chantant et en dansant. Les danses et les chants constituent alors un chemin alternatif pour dire la v\u00e9rit\u00e9 quand les mots sont interdits. Au contraire, les chants et les danses de Y rejoignent la violence des mots et des armes. Pourtant, je ne pense pas que le film pointe un doigt accusateur sur Y. Il y a \u00e0 la fin du film l\u2019id\u00e9e de partir, et l\u2019id\u00e9e de l\u2019amour. Il y a la volont\u00e9 de s\u2019\u00e9chapper de tout \u00e7a, m\u00eame s\u2019il ne peut s\u2019agir que d\u2019une solution temporaire.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Dans une sc\u00e8ne d\u2019all\u00e9gresse, les mains de Jasmine et Y conversent et sont film\u00e9es \u00e0 la place de leurs visages. Il y a dans votre film la volont\u00e9 d\u2019exploiter toutes les parties du corps, et de leur conf\u00e9rer une grande expressivit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Je suis fascin\u00e9 par les parties du corps qui sont moins film\u00e9es que les autres. Il existe une discrimination dans l\u2019histoire du cin\u00e9ma envers certains membres du corps. Les yeux, la bouche poss\u00e8dent une sup\u00e9riorit\u00e9 \u00e9crasante sur d\u2019autres organes. L\u2019\u00e9norme avantage du cin\u00e9ma, c\u2019est finalement de m\u00e9langer les paroles et les corps.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La bouche joue un r\u00f4le essentiel dans <em>Ken<\/em>. La Bouche pour chanter, embrasser bien s\u00fbr, mais aussi l\u00e9cher, d\u00e9vorer, ingurgiter, vomir. L\u2019importance de la bouche souligne la voracit\u00e9 de Y et Jasmine, leur app\u00e9tit effr\u00e9n\u00e9 d\u2019argent et de r\u00e9ussite, qui provoque un d\u00e9go\u00fbt certain.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>C\u2019est un film o\u00f9 la bouche parle peu, contrairement \u00e0 <em>Synonymes<\/em> et au <em>Genou d\u2019Ahed.<\/em> Elle est occup\u00e9e \u00e0 faire autre chose. Elle n\u2019a plus de mots mais elle est rest\u00e9e tr\u00e8s active.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La bouche est li\u00e9e \u00e0 l\u2019obsession de la nourriture qui traverse le film. Vous d\u00e9tournez la nourriture de sa fonction premi\u00e8re, alimentaire. L\u2019ingestion fr\u00e9n\u00e9tique de nourriture est ici associ\u00e9e aux notions d\u2019obsc\u00e9nit\u00e9, de souillure, de prostitution. Ce qui est \u00e0 l\u2019origine naturel devient dans le film contre-nature.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>La nourriture dans le film constitue une forme d\u2019humiliation permanente pour ceux qui la consomment. Soit tu parles, soit tu l\u00e8ches et tu te goinfres.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Lors de l\u2019ouverture de <em>Ken<\/em>, une f\u00eate d\u00e9cadente parmi les ultra-riches, vous citez de mani\u00e8re explicite le tableau de George Grosz <em>Les Piliers de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>. Vous utilisez tout au long du film la cam\u00e9ra comme un pinceau, avec la tentation de l\u2019abstraction visuelle dans plusieurs s\u00e9quences. Avez-vous \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9 par le futurisme, le dada\u00efsme, l\u2019expressionisme ou d\u2019autres courants artistiques ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Oui, \u00e9norm\u00e9ment. Je suis fascin\u00e9 par le projet impressionniste de ne pas dessiner la voiture mais l\u2019\u00e9motion qu\u2019a laiss\u00e9e la voiture en passant. Ou alors par l\u2019\u0153uvre de Jackson Pollock qui se rue sur la toile avec les pinceaux, pour m\u00e9langer le hasard et la cr\u00e9ation, et lib\u00e9rer le geste de la pens\u00e9e. Je trouve ce d\u00e9fi mille fois plus int\u00e9ressant, et plus grand, avec une cam\u00e9ra qui est un outil extr\u00eamement st\u00e9rile \u00e0 la base, et extr\u00eamement fid\u00e8le \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Il faut laisser entrer dans un film le chaos du monde. Le danger des films trop pr\u00e9cis et trop lisses est de ne finalement parler que d\u2019eux-m\u00eames, et d\u2019\u00e9chouer \u00e0 parler du monde entier. J\u2019aime le proverbe qui dit que quand tu danses, tu sens le monde danser avec toi. J\u2019ai essay\u00e9 dans mon film de prendre cette phrase \u00e0 la lettre, et c\u2019est beaucoup plus facile \u00e0 dire qu\u2019\u00e0 filmer.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Comment avez-vous choisi les musiques et les chansons du film, par exemple <em>Love Me Tender<\/em> d\u2019Elvis Presley\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Je pense que chaque sc\u00e8ne d\u2019un film doit contenir l\u2019entit\u00e9 du film en entier, et toutes les tensions centrales qui composent le film. Et surtout la premi\u00e8re sc\u00e8ne. La f\u00eate inaugurale se termine par une bataille de chansons, avec les piliers de la soci\u00e9t\u00e9, conduite chef d\u2019\u00e9tat-major qui hurle <em>Love Me Tender<\/em>, une chanson d\u2019amour, d\u00e9form\u00e9e par la folie du collectif, comme si c\u2019\u00e9tait une chanson de guerre. Le couple commence par r\u00e9sister, puis finit par se rendre. En se rendant, il restitue \u00e0 <em>Love Me Tender <\/em>sa dimension de chanson d\u2019amour absolu. J\u2019ai aim\u00e9 l\u2019id\u00e9e de prendre une chanson comme <em>Love Me Tender<\/em>, de la d\u00e9tourner puis de la retourner. Toutes les id\u00e9es du film, la folie du groupe qui pourrit l\u2019amour, la tension entre le priv\u00e9 et le collectif, existent d\u00e9j\u00e0 dans cette sc\u00e8ne, et cela passe par la musique. J\u2019aimais aussi l\u2019id\u00e9e qu\u2019un chef d\u2019\u00e9tat-major chante du Elvis Presley. S\u2019il y avait eu une arm\u00e9e de chanteurs, Elvis aurait pu en \u00eatre le chef d\u2019\u00e9tat-major, avec sa virilit\u00e9 bizarre que j\u2019associe \u00e0 la virilit\u00e9 militariste isra\u00e9lienne.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Pouvez-vous nous parler de la vid\u00e9o musicale de propagande que l\u2019on voit \u00e0 la fin du film\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Je n\u2019ai rien invent\u00e9. Quelques semaines apr\u00e8s les attaques du 7 octobre et le d\u00e9but de la guerre \u00e0 Gaza, des consultants strat\u00e9giques se sont r\u00e9unis pour remonter le moral du peuple, avec toutes sortes d\u2019initiatives. Ils ont ainsi pris une chanson mythologique isra\u00e9lienne \u00e9crite au moment de la naissance du pays, dont ils ont d\u00e9tourn\u00e9 les paroles pour la transformer en hymne de de la vengeance et de la tuerie. Ils ont aussi film\u00e9 une chorale d\u2019enfants en train de chanter cette chanson. On peut dire que le film est aussi l\u2019histoire de la cr\u00e9ation d\u2019une chanson. Les paroles terribles que Y doit mettre en musique sont bien r\u00e9elles. Elles ne sont pas le fruit de mon imagination.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Y entretient une relation conflictuelle avec sa m\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9e, \u00e0 laquelle il s\u2019adresse en levant les yeux au ciel, et qui parfois exprime sa d\u00e9saprobation.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les seuls moments de tendresse du <em>Genou d\u2019Ahed<\/em> \u00e9taient ceux o\u00f9 le personnage principal parlait avec sa m\u00e8re malade.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dans <em>Ken<\/em>, la m\u00e8re de Y repr\u00e9sente la conscience et la morale qu\u2019on veut faire taire, mais qui parvient quand m\u00eame \u00e0 menacer de faire chavirer le yacht d\u2019amusement et de stupidit\u00e9 des nationalistes, ou fait tomber des pierres sur Y, apr\u00e8s qu\u2019il a crach\u00e9 ses notes sur la ville bombard\u00e9e de Gaza. Ses interventions donnent au film une dimension mystique.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Comment pr\u00e9senteriez-vous le personnage de Jasmine, qui partage la vie de Y\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Ils dansent ensemble, s\u2019amusent ensemble et se prostituent ensemble. Mais je pense que la prostitution est pour Jasmine un outil, tandis qu\u2019elle devient pour Y un \u00e9tat existentiel. Y devient accro \u00e0 la soumission. La seule chose qu\u2019il est capable de dire, c\u2019est oui. Jasmine est une combattante, \u00e0 la diff\u00e9rence de Y.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le film contient des s\u00e9quences d\u2019effets sp\u00e9ciaux surprenantes.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Nous vivons dans un monde tr\u00e8s technologique. Il y a un m\u00e9lange dans le film de technologies futuristes, par exemple le chef de la propagande avec une t\u00eate-\u00e9cran, et des choses tr\u00e8s primitives, comme lorsqu\u2019il donne des coups de t\u00eate sur un t\u00e9l\u00e9phone pour envoyer des messages. Cela exprime le temps de passage entre la d\u00e9shumanisation totale et une sorte de simplicit\u00e9 de la vie qui est encore l\u00e0. Cela renforce aussi l\u2019aspect fable ou l\u00e9gende du film. On y rencontre des personnages l\u00e9gendaires, comme ce Russe, l\u2019homme le plus riche du monde. C\u2019est quelqu\u2019un qui d\u00e9passe les r\u00e8gles de la nature. Il est capable de faire pousser un gratte-ciel dans le d\u00e9sert en quelques secondes, mais il le fait gr\u00e2ce \u00e0 une t\u00e9l\u00e9commande pourrie. Cette tension dans le film est toujours l\u00e0. Je regrette que la plupart de films aujourd\u2019hui sont plus sages que la r\u00e9alit\u00e9. Quand on va sur Google, ou sur un site d\u2019infos, ou m\u00eame qu\u2019on regarde dans la rue, on observe des choses beaucoup plus folles et inqui\u00e9tantes que dans un film de fiction.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La deuxi\u00e8me partie du film, la travers\u00e9e du d\u00e9sert, propose un voyage introspectif dans l\u2019espace mais aussi dans le temps, o\u00f9 sont convoqu\u00e9es la m\u00e9moire et l\u2019imagination.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>La premi\u00e8re partie est celle de l\u2019exub\u00e9rance. Tout y est excessif. Elle est trop color\u00e9e, trop bruyante, trop dans\u00e9e, trop trash. Elle t\u00e9moigne aussi d\u2019un aveuglement face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. On y ressent une forme de perversion \u00e9vidente. La deuxi\u00e8me partie est en apparence beaucoup plus noble et pos\u00e9e, avec de vraies conversations. En m\u00eame temps, elle montre une r\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 l\u2019intime n\u2019existe pas. A quoi sert l\u2019intimit\u00e9 en temps de guerre, pendant que Gaza est bombard\u00e9\u00a0? Les anciens amoureux ont beau \u00e9voquer leur jeunesse, leurs \u00e9motions, ils sont totalement d\u00e9vor\u00e9s par la situation actuelle. S\u2019embrasser face \u00e0 Gaza qui br\u00fble, c\u2019est \u00e0 la fois \u00eatre isra\u00e9lien mais aussi citoyen du monde. Pour moi, la deuxi\u00e8me partie n\u2019est pas plus saine que la premi\u00e8re. Elle propose juste une mani\u00e8re tr\u00e8s diff\u00e9rente, par sa forme et ses personnages f\u00e9minins, de montrer la d\u00e9shumanisation du monde. Les d\u00e9clarations d\u2019amour, les baisers deviennent d\u00e9risoires, s\u2019annihilent et se pervertissent compl\u00e8tement devant l\u2019horreur de la guerre. Nulle \u00e9chappatoire dans ce d\u00e9part de la ville en direction de la nature. On connait bien le vieux th\u00e8me de la qu\u00eate de l\u2019artiste qui entreprend une sorte de voyage existentiel pour chercher l\u2019inspiration, accoucher de son \u0153uvre. Ici, cette inspiration est la pire que l\u2019on puisse imaginer.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Qui sont les interpr\u00e8tes de Y et Jasmine ?<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Ariel Bronz n\u2019\u00e9tait pas exactement un acteur avant de jouer dans mon film. C\u2019est un cr\u00e9ateur de spectacles d\u2019avant-garde, tr\u00e8s radicaux et provocateurs. Il est brillantissime. Quand je l\u2019ai rencontr\u00e9, il m\u2019a avou\u00e9 que son r\u00eave \u00e9tait de jouer dans un film commercial ou une s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9mu par sa volont\u00e9 simple d\u2019\u00eatre \u00ab normal \u00bb. En Isra\u00ebl le cin\u00e9ma agonise et les acteurs sont souvent contraints pour vivre de participer \u00e0 des projets stupides. Tout ce qui est alternatif est devenu tellement minoritaire. Ariel voulait faire partie de la stupidit\u00e9 ambiante qui permet aux artistes d\u2019\u00eatre aim\u00e9s. Il \u00e9tait donc \u00e0 mes yeux le Y parfait, \u00e0 tous points de vue. Je vois sur lui ce que je vois aussi sur Y dans le film. Y a beau l\u00e9cher des bottes, je ne pense pas qu\u2019il parviendra \u00e0 ses fins. Il est trop \u00e9trange pour \u00e7a. Il est touch\u00e9 par la mal\u00e9diction de la singularit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Efrat Dor se situe \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 d\u2019Ariel Bronz. C\u2019est l\u2019Actrice. Elle a \u00e9t\u00e9 une vedette d\u2019une s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9 tr\u00e8s populaire en Isra\u00ebl. Quand elle \u00e9tait plus jeune, son r\u00eave \u00e9tait de devenir une star am\u00e9ricaine. Elle a pass\u00e9 onze ans \u00e0 Los Angeles, o\u00f9 elle a travaill\u00e9 comme une folle. Mais son projet de carri\u00e8re internationale ne s\u2019est pas r\u00e9alis\u00e9. Pour moi, elle est une Jasmine parfaite, car elle contient comme on personnage cet \u00e9cart entre le r\u00eave et la r\u00e9alit\u00e9, avec tout son talent, son courage. Quand on voit Ariel et Efrat ensemble, on distingue tr\u00e8s vite leurs similitudes et leurs diff\u00e9rences, qui existent \u00e9galement dans le film.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Naama Preis, qui interpr\u00e8te Lea, aurait pu elle aussi \u00eatre une Jasmine parfaite. Mais j\u2019ai trouv\u00e9 plus int\u00e9ressant de lui confier le r\u00f4le de l\u2019ex amoureuse de Y, la femme des mots, pas du corps. C\u2019est le seul personnage du film qui parle vraiment.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Comment s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 le tournage, dans un pays en guerre ?<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Pour la premi\u00e8re fois de ma vie, de nombreux techniciens ont refus\u00e9 de travailler sur le film, sur la base de son sujet, et aussi \u00e0 cause de moi. Chaque jour, un nouveau technicien abandonnait le tournage. J\u2019ai eu des \u00e9changes assez vifs avec des gens qui m\u2019expliquaient pourquoi ils ne voulaient pas participer au film. Nous avons d\u00fb engager un chef maquilleur serbe, car nous avons d\u00e9couvert que tous les maquilleurs en Isra\u00ebl sont tr\u00e8s patriotes. Je me suis dis que ce n\u2019\u00e9tait pas moi qui avais chang\u00e9, mais la r\u00e9alit\u00e9 du pays. M\u00eame chose avec des acteurs qui avaient tr\u00e8s envie au d\u00e9part de jouer dans le film. Leurs agents nous ont appel\u00e9 pour nous dire qu\u2019ils avaient chang\u00e9 d\u2019avis, avec des explications \u00e9tranges. C\u2019\u00e9tait choquant. Cela nous a plong\u00e9 dans un \u00e9tat un peu parano\u00efaque. Lorsque nous avons tourn\u00e9 \u00e0 Chypre, la guerre avec le Liban a \u00e9clat\u00e9. Nous avons d\u00fb \u00e9courter le tournage.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Filmer en pleine guerre a pos\u00e9 une multitude de probl\u00e8mes \u00e0 la production, et a augment\u00e9 le co\u00fbt du film. Lorsque nous avons film\u00e9 face \u00e0 Gaza, avec cet \u00e9norme nuage de fum\u00e9e noire, toute notre bande sonore \u00e9tait remplie de vraies explosions. Quand tu filmes une sc\u00e8ne de baiser sur la colline devant Gaza, tu te demandes combien de gens seront morts \u00e0 la fin du tournage. Il y avait dans l\u2019\u00e9quipe un technicien dont le p\u00e8re \u00e9tait un otage assassin\u00e9 par le Hamas. Et un autre qui disait que son fils soldat \u00e9tait en train de bombarder Gaza. Quand nous avons tourn\u00e9 la sc\u00e8ne sur la fameuse \u00ab colline de l\u2019amour \u00bb, durant une journ\u00e9e tr\u00e8s charg\u00e9e en explosions, nous l\u2019avons fait en mode gu\u00e9rilla, avec une petite \u00e9quipe, car nous \u00e9tions dans un zone militaire interdite. L\u2019arm\u00e9e est intervenue et a demand\u00e9 que nous arr\u00eations le tournage. Heureusement, nous sommes tomb\u00e9s sur un jeune officier conciliant et curieux qui a engag\u00e9 une conversation sur le cin\u00e9ma avec l\u2019\u00e9quipe, et nous a accord\u00e9 la permission de tourner pendant six heures.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Entretien r\u00e9alis\u00e9 pour le dossier de presse du film le 3 mai 2025.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Y. \u00e9tait pianiste et compositeur. 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