{"id":28055,"date":"2024-10-02T10:21:58","date_gmt":"2024-10-02T09:21:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/?p=28055"},"modified":"2024-10-29T10:26:42","modified_gmt":"2024-10-29T09:26:42","slug":"cycle-jacques-demy-sur-arte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2024\/10\/02\/cycle-jacques-demy-sur-arte\/","title":{"rendered":"Cycle Jacques Demy sur ARTE"},"content":{"rendered":"<p><strong>Une promenade dans l&rsquo;univers de Jacques Demy \u00e0 travers un cycle de films en version restaur\u00e9e d\u00e9clin\u00e9 \u00e0 l\u2019antenne et sur Arte.tv, plus un documentaire in\u00e9dit tout en archives, \u00e0 partir du 1<sup>er<\/sup> novembre.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Sur ARTE le 19 d\u00e9cembre \u00e0 21h30 et sur Arte.tv jusqu\u2019au 10 janvier 2025<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Les Parapluies de Cherbourg <\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>(France, 1963, 1h28)<\/strong><br \/>\n<strong>Palme d\u2019or du Festival de Cannes 1964 &#8211; Version restaur\u00e9e<\/strong><br \/>\n<strong>Avec\u00a0Catherine Deneuve, Nino Castelnuovo, Anne Vernon, Marc Michel.<\/strong><br \/>\n<strong>Avec ce film manifeste, le cin\u00e9aste s\u2019impose comme un inventeur de formes cin\u00e9matographiques. Dans le cin\u00e9ma fran\u00e7ais, qui repose davantage sur l\u2019id\u00e9e d\u2019h\u00e9ritage que de r\u00e9volution, ils sont peu nombreux : Jacques Tati, Robert Bresson, Alain Resnais, Jean-Luc Godard. Jacques Demy nourrissait le r\u00eave, depuis des ann\u00e9es, d\u2019un cin\u00e9ma sentimental et \u00e9motionnel port\u00e9 par des partis pris chromatiques et musicaux profond\u00e9ment originaux. Son obstination, la complicit\u00e9 de Michel Legrand et le courage de la productrice Mag Bodard lui permettent de r\u00e9aliser, dans l\u2019euphorie de la jeunesse et de l\u2019inspiration, une aventure cin\u00e9matographique sans \u00e9quivalent avec des choix esth\u00e9tiques diff\u00e9rents de ses deux films pr\u00e9c\u00e9dents\u00a0: usage exceptionnel de la couleur, d\u00e9cors naturels transfigur\u00e9s, picturalit\u00e9 des cadres.\u00a0Les Parapluies de Cherbourg\u00a0est un pari fou, un travail de pers\u00e9v\u00e9rance qui aboutit \u00e0 un objet filmique in\u00e9dit aux confins de l\u2019exp\u00e9rimentation, doubl\u00e9 d\u2019un succ\u00e8s mondial et immens\u00e9ment populaire. Ni com\u00e9die musicale hollywoodienne, ni film op\u00e9ra, ni op\u00e9rette fran\u00e7aise,\u00a0<em>Les Parapluies de Cherbourg<\/em>\u00a0est donc un film \u00ab\u00a0en chant\u00e9\u00a0\u00bb selon la belle formule de Demy, comme on dit \u00ab\u00a0en couleur\u00a0\u00bb. C\u2019est sans doute le d\u00e9but du malentendu autour de \u00ab\u00a0Demy l\u2019enchanteur\u00a0\u00bb, puisqu\u2019il n\u2019existe sans doute pas de film plus d\u00e9senchant\u00e9 que\u00a0Les Parapluies de Cherbourg, et de cin\u00e9aste moins dupe que Demy sur les injustices sociales et politiques. En effet, derri\u00e8re les couleurs \u00e9clatantes, se cache (\u00e0 peine) une histoire cruelle o\u00f9 des enfants berc\u00e9s d\u2019illusions et de sentiments sublimes iront se fracasser contre la loi implacable de la r\u00e9alit\u00e9. Genevi\u00e8ve, enceinte de Guy, se r\u00e9signe \u00e0 \u00e9pouser Roland Cassard pour combler les dettes de sa m\u00e8re et leur \u00e9viter ainsi la faillite et le d\u00e9shonneur.\u00a0<em>Les Parapluies de Cherbourg<\/em>\u00a0est aussi un des rares films fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9poque \u00e0 aborder le sujet de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, repr\u00e9sent\u00e9e par la figure de l\u2019absence, telle que la v\u00e9curent des familles et des femmes fran\u00e7aises durant la p\u00e9riode des \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb alg\u00e9riens. C\u2019est la partie hors champ du film, peut-\u00eatre la plus importante, sur la souffrance de la s\u00e9paration, la peur de mourir. Le raffinement inou\u00ef des images n\u2019\u00e9clipse pas la puissance \u00e9vocatrice des mots, seuls capables d\u2019exprimer le d\u00e9go\u00fbt de la guerre lorsque Guy \u00e9voque les attentats dans un pays o\u00f9 \u00ab\u00a0le soleil et la mort voyagent ensemble\u00a0\u00bb. C\u2019est enfin le film (avec\u00a0<em>Belle de jour<\/em>\u00a0de Luis Bu\u00f1uel) qui invente Catherine Deneuve, et pressent imm\u00e9diatement les m\u00e9tamorphoses de l\u2019actrice au fil de sa carri\u00e8re\u00a0: beaut\u00e9 virginale et rapha\u00e9lique, amoureuse tragique, grande bourgeoise m\u00e9lancolique. V\u00e9ritable chef-d\u2019\u0153uvre sur l\u2019impossibilit\u00e9 de l\u2019amour,\u00a0<em>Les Parapluies de Cherbourg<\/em>\u00a0participent \u00e0 un cin\u00e9ma de la cruaut\u00e9 o\u00f9 les larmes, immanquablement vers\u00e9es \u00e0 chaque vision du film, ne nous soulagent pas.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sur ARTE le 19 d\u00e9cembre \u00e0 22h30 et sur Arte.tv jusqu\u2019au 10 janvier 2025<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Jacques Demy, le rose et le noir <\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Documentaire in\u00e9dit \u00e9crit par Fr\u00e9d\u00e9ric Bonnaud, r\u00e9alis\u00e9 par Florence Platarets <\/strong><br \/>\n<strong>(France, 2024, 1h28)<\/strong><br \/>\n<strong>A travers des images exceptionnelles, des archives familiales et personnelles in\u00e9dites, Jacques Demy se raconte. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ouverture des archives personnelles (et pour la plupart in\u00e9dites) du cin\u00e9aste par ses enfants, Rosalie Varda et Mathieu Demy, ce documentaire offre une plong\u00e9e intime dans le parcours et l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;un des plus grands cin\u00e9astes fran\u00e7ais.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Sur Arte.tv jusqu\u2019au 31 d\u00e9cembre 2024<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Lola<br \/>\n<\/em>(France, 1961, 1h25)<\/strong><\/p>\n<p><strong>Avec Anouk Aim\u00e9e, Marc Michel, Jacques Harden, Elina Labourdette.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Il serait faux de dire que\u00a0<em>Lola<\/em>, un des plus beaux premiers longs m\u00e9trages fran\u00e7ais, offre les pr\u00e9mices d\u2019une \u0153uvre en gestation. Tout est d\u00e9j\u00e0 accompli, parfaitement agenc\u00e9, et l\u2019on a m\u00eame le sentiment que Demy, qui r\u00eave d\u2019une com\u00e9die humaine balzacienne au cin\u00e9ma, a d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9par\u00e9 ses films suivants.\u00a0<em>Lola\u00a0<\/em>oscille entre la perfection subtile de la construction de son r\u00e9cit, fait de plusieurs histoires entrecrois\u00e9es, et l\u2019apparente libert\u00e9 de sa mise en sc\u00e8ne. Avec une ma\u00eetrise impressionnante pour un cin\u00e9aste d\u00e9butant, Demy installe son univers. Pourtant,\u00a0<em>Lola<\/em>\u00a0n\u2019est pas le film dont Demy avait r\u00eav\u00e9 pour son entr\u00e9e en sc\u00e8ne. Il avait d\u00e9j\u00e0 en t\u00eate une com\u00e9die musicale et color\u00e9e. Faute de moyens suffisants, il transforme le tableau chatoyant en esquisse en noir et blanc, o\u00f9 se marient les images hyper contrast\u00e9es du grand directeur de la photographie de la Nouvelle Vague Raoul Coutard, les longs plans et les travellings serpentins h\u00e9rit\u00e9s de Max Ophuls auquel le film est d\u00e9di\u00e9.\u00a0Lola\u00a0permet \u00e0 Demy de r\u00e9unir pour la premi\u00e8re fois le d\u00e9corateur Bernard Evein et le compositeur Michel Legrand (\u00e0 la place de Quincy Jones initialement pressenti), qui deviendront ses plus fid\u00e8les collaborateurs. Demy r\u00e9alise un film profond\u00e9ment personnel, intime et original dans sa conception, son sujet et sa mise en sc\u00e8ne. Tout est l\u00e0, pour la premi\u00e8re fois. Les jeux du hasard et destin, avec des personnages qui se croisent, se retrouvent et s\u2019abandonnent dans les rues de Nantes, les marins en permission, une h\u00e9ro\u00efne sentimentale, moderne et sexy (la belle Anouk Aim\u00e9e, Lola pour toujours), la m\u00e9lancolie et les larmes de joie. Le temps, sans doute le grand th\u00e8me du cin\u00e9ma de Demy, est au c\u0153ur de\u00a0<em>Lola<\/em>, avec l\u2019obsession du retard, les rendez-vous pris ou manqu\u00e9s, et surtout la r\u00e9p\u00e9tition, \u00e0 plusieurs ann\u00e9es d\u2019intervalles, de la sc\u00e8ne primitive du film\u00a0: une jeune fille pr\u00e9nomm\u00e9e C\u00e9cile qui s\u2019\u00e9veille \u00e0 l\u2019amour dans les bras d\u2019un homme habill\u00e9 en marin. Le grand amour se trouve ainsi conjugu\u00e9 sur le mode de la premi\u00e8re fois, la plus forte, la plus inoubliable, \u00e0 toutes les personnes du f\u00e9minin (les trois femmes du film, Lola, C\u00e9cile et Mme Desnoyers). Demy ne fait pas encore chanter ses personnages, mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 un grand parolier. Il invente un phras\u00e9 original, plus proche de Cocteau et de Bresson que des mots d\u2019auteur de la Qualit\u00e9 Fran\u00e7aise. Rien de plus gracieux et \u00e9mouvant que d\u2019entendre la jeune C\u00e9cile, au bagout enfantin, d\u00e9clarer soudain \u00e0 Frankie le marin am\u00e9ricain qui\u00a0l\u2019a emmen\u00e9 \u00e0 la f\u00eate foraine le jour de ses quatorze ans : \u00ab\u00a0J\u2019ai comme une grande peine \u00e0 vous quitter\u00a0\u00bb. Enfin,\u00a0Lola,\u00a0pour Demy, est aussi l\u2019expression d\u2019une morale (d\u2019homme, de cin\u00e9aste) \u00e0 laquelle il demeurera fid\u00e8le. Une morale sto\u00efcienne, qui pr\u00f4ne l\u2019\u00e9l\u00e9gance et le refus du d\u00e9sespoir. \u00ab\u00a0Pleure qui peut, rit qui veut\u00a0\u00bb pr\u00e9vient le carton au d\u00e9but du film. \u00ab\u00a0Il faut toujours plaire, c\u2019est un principe\u00a0\u00bb dit Lola en plaisantant. Toujours plaire, sans rien transiger, et proposer un art po\u00e9tique nouveau, c\u2019est la r\u00e9ussite miraculeuse de ce coup d\u2019\u00e9clat enchanteur.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Sur Arte.tv jusqu\u2019au 31mars 2025<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement le plus important depuis que l&rsquo;homme a march\u00e9 sur la Lune<\/em> (France-Italie, 1973, 1h32)<\/strong><br \/>\n<strong>Avec Marcello Mastroianni, Catherine Deneuve, Micheline Presle.<\/strong><br \/>\n<strong>La grossesse d\u2019Agn\u00e8s Varda, enceinte de leur fils Mathieu, et l\u2019envie de r\u00e9unir \u00e0 l\u2019\u00e9cran le couple form\u00e9 \u00e0 la ville par Marcello Mastroianni et Catherine Deneuve (elle aussi enceinte au moment du tournage) donnent \u00e0 Jacques Demy l\u2019id\u00e9e de cette fantaisie qui jette un regard masculin sur l\u2019apparition des revendications f\u00e9ministes dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. Le cin\u00e9aste s\u2019amuse \u00e0 transformer le latin lover Mastroianni en moniteur d\u2019auto-\u00e9cole enceint et d\u00e9boussol\u00e9, et l\u2019\u00e9vanescente f\u00e9e Deneuve en coiffeuse \u00e9nergique. Demy rend hommage aux classiques de la com\u00e9die burlesque am\u00e9ricaine, transpos\u00e9s dans le quartier de Montparnasse. Avec ce film con\u00e7u et tourn\u00e9 rapidement, le cin\u00e9aste entend prouver qu\u2019il peut r\u00e9ussir une com\u00e9die \u00ab\u00a0grand public\u00a0\u00bb, alors que ses r\u00e9centes exp\u00e9riences cin\u00e9matographiques, risqu\u00e9es et atypiques, l\u2019ont \u00e9loign\u00e9 de la production commerciale hexagonale. Le film marque en effet le retour du cin\u00e9aste dans la France contemporaine qu\u2019il n\u2019avait pas film\u00e9e depuis <em>Les Demoiselles de Rochefort<\/em>. Il ne cache pas son hostilit\u00e9 pour la soci\u00e9t\u00e9 pompidolienne, dont la m\u00e9diocrit\u00e9 est aux antipodes des univers merveilleux et tourment\u00e9s de <em>Peau d\u2019\u00e2ne<\/em> et du <em>Joueur de fl\u00fbte<\/em>. Il affiche au contraire sa sympathie pour les milieux populaires, par l\u2019interm\u00e9diaire de seconds r\u00f4les pittoresques \u00e9chapp\u00e9s des films de Jacques Becker ou de Marcel Carn\u00e9. Le cin\u00e9aste proc\u00e8de au m\u00eame travail de stylisation sur les costumes, les couleurs et les d\u00e9cors naturels transform\u00e9s en studios de cin\u00e9ma que sur ses autres films. Le r\u00e9sultat recherch\u00e9 n\u2019y est plus la beaut\u00e9 et l\u2019harmonie, mais une sorte de trivialit\u00e9 expressive qui exag\u00e8re avec humour un certain mauvais go\u00fbt typique des ann\u00e9es 1970 (voir le pyjama orange de Mastroianni), et parvient \u00e0 le rendre presque aussi po\u00e9tique que le monde de conte de f\u00e9es de <em>Peau d\u2019\u00e2ne<\/em>.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Sur Arte.tv jusqu\u2019au 31 mars 2025<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Une chambre en ville <\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>(France, 1982, 1h30) <\/strong><br \/>\n<strong>Avec Richard Berry, Dominique Sanda, Danielle Darrieux, Michel Piccoli.<\/strong><br \/>\n<strong>Version restaur\u00e9e\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>C\u2019est le projet le plus ancien de Jacques Demy, envisag\u00e9 dans les ann\u00e9es 50 sous la forme d\u2019un roman, puis dans les ann\u00e9es 60 sous la forme d\u2019un op\u00e9ra. Le film conna\u00eetra une gestation longue et difficile \u00e9maill\u00e9e de d\u00e9ceptions (refus de Michel Legrand d\u2019en composer la musique, d\u00e9sistement de Catherine Deneuve et G\u00e9rard Depardieu pr\u00e9vus pour les r\u00f4les principaux, qui exig\u00e8rent de chanter une partition trop difficile pour eux selon le r\u00e9alisateur \u2013 ils seront remplac\u00e9s par Dominique Sanda et Richard Berry), sans que ces multiples accidents de parcours n\u2019alt\u00e8rent l\u2019ambition et la r\u00e9ussite magistrales du r\u00e9sultat. Finalement,\u00a0<em>Une chambre en ville<\/em>\u00a0deviendra le film de Jacques Demy le plus proche de l\u2019art lyrique, gr\u00e2ce \u00e0 la collaboration exceptionnelle avec Michel Colombier. Le cin\u00e9aste y r\u00e9alise un r\u00eave de cin\u00e9ma comme op\u00e9ra populaire. Ce terrible r\u00e9cit de passion sur fond de gr\u00e8ve est donc un film somme et manifeste, une cr\u00e9ation unique en son genre. La seule r\u00e9f\u00e9rence possible serait\u00a0<em>Les Parapluies de Cherbourg<\/em>, l\u2019autre film enti\u00e8rement chant\u00e9 de Demy. Mais le cin\u00e9aste refuse de se r\u00e9p\u00e9ter, de sombrer dans le mani\u00e9risme ou l\u2019autocitation. La diff\u00e9rence entre les deux films, c\u2019est la volont\u00e9 de l\u2019auteur de mettre en sc\u00e8ne une histoire encore plus tragique, cruelle et violente. Comme si les ann\u00e9es pass\u00e9es avaient radicalis\u00e9 sa vision de l\u2019amour fou et de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, avec ses bassesses et ses injustices. Le cin\u00e9aste se livre comme jamais, conscient de r\u00e9aliser le film de sa vie. Le film remonte aux racines de la biographie et de l\u2019\u0153uvre de Jacques Demy : la ville de Nantes, les passions humaines, la tendresse du cin\u00e9aste pour le prol\u00e9tariat, sa fascination pour l\u2019aristocratie, son m\u00e9pris pour la bourgeoisie. Demy ose mettre en sc\u00e8ne la lutte des classes comme on ne l\u2019a jamais fait, touche au g\u00e9nie lorsqu\u2019il fait chanter CRS et ouvriers lors de la s\u00e9quence inaugurale. Le film est expurg\u00e9 de la moindre allusion \u00e0 la com\u00e9die musicale hollywoodienne.\u00a0Une chambre en ville\u00a0est un film tr\u00e8s fran\u00e7ais, ancr\u00e9 dans une r\u00e9alit\u00e9 sociale et historique, sans fioritures s\u00e9duisantes m\u00eame si la direction artistique est toujours aussi pr\u00e9cise et remarquable. L\u2019imaginaire du film, marqu\u00e9 par les th\u00e8mes de la rencontre, du hasard et de la r\u00e9volte, se situe du c\u00f4t\u00e9 du surr\u00e9alisme, si important dans les ann\u00e9es de formation de Demy. Dans\u00a0<em>Une chambre en ville<\/em>, la lecture d\u2019Andr\u00e9 Breton semble ressurgir en m\u00eame temps que les souvenirs de l\u2019enfance nantaise du cin\u00e9aste, et l\u2019\u00e9vocation de la jeunesse de son p\u00e8re ouvrier. Br\u00fblant sous son apparente froideur, le film est aussi le seul dans l\u2019\u0153uvre de Demy \u00e0 accorder une place aussi importante au sexe et \u00e0 la mort. Le d\u00e9sir physique des deux amants s\u2019oppose \u00e0 l\u2019impuissance du mari jaloux et d\u00e9ment interpr\u00e9t\u00e9 par Michel Piccoli, proche des cas pathologiques des films de Bu\u00f1uel, et \u00e0 la frustration sexuelle de la veuve Langlois, g\u00e9nialement camp\u00e9e par Danielle Darrieux. Quant \u00e0 la mort, elle unit \u00e0 jamais le couple scandaleux et marque le film d\u2019une s\u00e9quence inoubliable, le suicide au rasoir du mari d\u2019Esther.\u00a0<em>Une chambre en ville<\/em>\u00a0s\u2019av\u00e8re le testament artistique du cin\u00e9aste, ses v\u00e9ritables adieux non seulement au cin\u00e9ma mais aussi \u00e0 son propre univers esth\u00e9tique et autobiographique.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sur Arte.tv jusqu\u2019au 31 mars 2025<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>La Luxure <\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>(France, 1961, 14 minutes)<\/strong><br \/>\n<strong>Avec Jean-Louis Trintignant, Laurent Terzieff, Jean Desailly, Micheline Presle, Corinne Marchand.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Version restaur\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p><strong>Apr\u00e8s son passage au long m\u00e9trage en 1960, Jacques Demy r\u00e9alise un seul court m\u00e9trage notable, un sketch du film collectif <em>Les Sept P\u00e9ch\u00e9s capitaux<\/em> r\u00e9alis\u00e9 par des cin\u00e9astes apparent\u00e9s \u00e0 la Nouvelle Vague. Demy choisit d\u2019illustrer la luxure. Le film offre une vision tr\u00e8s autobiographique du monde de l\u2019enfance o\u00f9 l\u2019on retrouve la sensibilit\u00e9 de l\u2019auteur de<em> Lola<\/em>.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Sur Arte.tv jusqu\u2019au 28 f\u00e9vrier 2025<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>La Baie des Anges <\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>(France, 1963, 1h19) <\/strong><br \/>\n<strong>Avec Jeanne Moreau, Claude Mann, Paul Guers, Henri Nassiet.<\/strong><br \/>\n<strong>Version restaur\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p><strong>C\u2019est le diamant noir de la filmographie de Jacques Demy. Dans\u00a0<em>Lola<\/em>, Mme Desnoyers, dont le mari avait dilapid\u00e9 la fortune familiale, disait \u00e0 Roland Cassard \u00ab\u00a0Dieu nous pr\u00e9serve des joueurs\u00a0\u00bb.\u00a0<em>La Baie des Anges<\/em>\u00a0est une exploration du monde du jeu, \u00e0 travers l\u2019histoire de la rencontre fortuite entre un jeune homme tent\u00e9 par l\u2019aventure et une femme d\u00e9vor\u00e9e par le vice des casinos. Deuxi\u00e8me long m\u00e9trage de Jacques Demy et nouvelle grande r\u00e9ussite artistique apr\u00e8s\u00a0<em>Lola<\/em>,\u00a0<em>La Baie des Anges<\/em>\u00a0est aussi la premi\u00e8re dissonance dans l\u2019\u0153uvre du cin\u00e9aste, plus vari\u00e9e qu\u2019il n\u2019y para\u00eet. Il s\u2019agit de son film le moins lyrique, le plus clinique, une \u0153uvre d\u2019entomologiste, tranchante et froide comme une lame, qui scrute les m\u00e9canismes de la passion. Cette incartade dans un monde tourment\u00e9 et dur ne doit rien \u00e0 la com\u00e9die musicale, malgr\u00e9 la magnifique partition de Michel Legrand. Pour Demy, le jeu est un pr\u00e9texte pour \u00e9voquer la d\u00e9pendance et l\u2019obsession amoureuse. S\u2019il existe une part documentaire dans le film, elle concerne moins le fonctionnement des casinos de la C\u00f4te d\u2019Azur, et les m\u0153urs de leurs clients, que l\u2019\u00e9tude d\u2019un couple qui s\u2019enfonce dans une relation perverse.\u00a0<em>La Baie des Anges<\/em>\u00a0propose une version moderne d\u2019Orph\u00e9e, o\u00f9 les casinos remplacent les portes des enfers, entrouvertes par un personnage de joueur nomm\u00e9 Caron, en r\u00e9f\u00e9rence au passeur du Styx dans la mythologie grecque. Le jeu, c\u2019est avant tout une exploration du hasard qui fascine tant Demy. Dans une sc\u00e8ne cl\u00e9 de\u00a0<em>La Baie des Anges<\/em>, Jeanne Moreau soudainement isol\u00e9e par la cam\u00e9ra dans une suite de palace, s\u2019adresse aux spectateurs et se demande si Dieu r\u00e8gne sur les chiffres, d\u00e9signant le jeu comme une religion et les casinos des \u00e9glises. Dans cette recherche de l\u2019absolu, le film atteint une dimension m\u00e9taphysique, et m\u00eame mystique.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Sur Arte.tv jusqu\u2019au 28 f\u00e9vrier 2025<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Les Demoiselles de Rochefort<\/em> <\/strong><br \/>\n<strong>(France, 1967, 1h59) <\/strong><br \/>\n<strong>Avec Catherine Deneuve, Fran\u00e7oise Dorl\u00e9ac, Danielle Darrieux, Michel Piccoli, Jacques Perrin, Georges Chakiris, Gene Kelly.<\/strong><br \/>\n<strong>Version restaur\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p><strong>C\u2019est le film du bonheur, le seul totalement joyeux de Jacques Demy.\u00a0<em>Les Demoiselles de Rochefort<\/em>\u00a0est en effet tr\u00e8s diff\u00e9rent des\u00a0<em>Parapluies de Cherbourg<\/em>, aussi l\u00e9ger et optimiste que ce dernier \u00e9tait tragique, peut-\u00eatre con\u00e7u comme un antidote \u00e0 la tristesse du chef-d\u2019\u0153uvre de Demy. C\u2019est aussi l\u2019unique long m\u00e9trage o\u00f9 le cin\u00e9aste s\u2019essaye \u00e0 la com\u00e9die musicale classique, sur le mod\u00e8le hollywoodien.\u00a0<em>Les Demoiselles de Rochefort<\/em>\u00a0respecte scrupuleusement les conventions du genre, fait alterner les plages de dialogues, les chansons et les chor\u00e9graphies. Demy choisit la ville de Rochefort pour son urbanisme g\u00e9om\u00e9trique, propice \u00e0 la mise en sc\u00e8ne des ballets en plein air mais aussi des chass\u00e9s-crois\u00e9s incessants du sc\u00e9nario. Demy repeint le monde aux couleurs du r\u00eave, et la ville enti\u00e8re se transforme en plateau de cin\u00e9ma. Demy d\u00e9finissait volontiers\u00a0<em>Les Demoiselles de Rochefort\u00a0<\/em>comme un nouveau chapitre de ses \u00ab\u00a0sc\u00e8nes de la vie provinciale\u00a0\u00bb, apr\u00e8s\u00a0<em>Lola<\/em>\u00a0et\u00a0<em>Les Parapluies de Cherbourg<\/em>. Le grand amour, une fois de plus, est au c\u0153ur du r\u00e9cit. Tous les personnages le cherchent depuis toujours ou l\u2019ont perdu. Demy \u00e9labore un canevas raffin\u00e9 o\u00f9 se croisent les hommes et les femmes, plusieurs g\u00e9n\u00e9rations d\u2019amants et d\u2019amis. Le film est un feu d\u2019artifice, une farandole de couleurs, de sentiments, de paroles et de musiques. Les jeux de l\u2019amour et du hasard, pr\u00e9sents dans tous les films de Demy, sont ici d\u00e9clin\u00e9s sur un mode ludique et heureux. En effet, ni la guerre, ni les contingences sociales ne seront capables de briser les amours naissants ou les retrouvailles. Demy exalte la sensualit\u00e9 des corps, mais aussi le plaisir des mots, des dialogues po\u00e9tiques, des r\u00e9pliques triviales et des calembours (le fameux \u00ab\u00a0je suis en perm\u2019 \u00e0 Nantes\u00a0\u00bb de Maxence). C\u2019est le versant solaire, ici \u00e0 son z\u00e9nith, du cin\u00e9ma de Demy.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sur Arte.tv jusqu\u2019au 28 f\u00e9vrier 2025<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Peau d&rsquo;\u00e2ne <\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>(France, 1970, 1h27) <\/strong><br \/>\n<strong>Avec Catherine Deneuve, Jean Marais, Jacques Perrin, Delphine Seyrig, Micheline Presle <\/strong><br \/>\n<strong>Version restaur\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p><strong>Avec cette adaptation foisonnante du c\u00e9l\u00e8bre conte de Perrault, Jacques Demy r\u00e9alise son film le plus enchanteur et baroque, nourri par des influences am\u00e9ricaines et fran\u00e7aises, modernes et classiques. Le cin\u00e9aste injecte avec beaucoup de fantaisie sa fascination pour le pop art et le psych\u00e9d\u00e9lisme dans un univers m\u00e9di\u00e9val r\u00eav\u00e9 par le petit gar\u00e7on qu\u2019il fut jadis.\u00a0<em>Peau d\u2019\u00e2ne<\/em>\u00a0est un retour \u00e0 la France et \u00e0 l\u2019enfance, un voyage dans l\u2019espace et le temps. Le film est anachronique par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9poque de son tournage. Il ressuscite un courant du cin\u00e9ma fran\u00e7ais (le merveilleux) qui a toujours \u00e9t\u00e9 marginal dans la production hexagonale. Le cin\u00e9aste s\u2019amuse en orchestrant paradoxes, d\u00e9calages, rencontres fortuites et d\u00e9placements en tout genre. Sur le plan visuel,\u00a0<em>Peau d\u2019\u00e2ne<\/em>\u00a0offre un m\u00e9lange surprenant o\u00f9 se croisent l\u2019influence de l\u2019art contemporain, le souvenir des dessins anim\u00e9s de Walt Disney (plus particuli\u00e8rement\u00a0<em>Blanche-Neige et les sept nains<\/em>), la collision entre Andy Warhol et Gustave Dor\u00e9. C\u2019est avant tout un hommage \u00e0\u00a0<em>La Belle et la B\u00eate<\/em>, avec la pr\u00e9sence de Jean Marais dans le r\u00f4le du roi et des citations directes aux costumes et aux d\u00e9cors du chef-d\u2019\u0153uvre de Jean Cocteau. Demy retrouve son \u00e9g\u00e9rie Catherine Deneuve, parfaite dans un r\u00f4le qui lui permet \u00e0 nouveau d\u2019exprimer une forme de dualit\u00e9, entre lumi\u00e8re et t\u00e9n\u00e8bres, comme dans\u00a0<em>Belle de jour<\/em>\u00a0mais aussi\u00a0<em>Les Parapluies de Cherbourg<\/em>. <em>Peau d\u2019\u00e2ne<\/em>\u00a0\u00e9pouse le regard d\u2019un enfant, mais n\u2019oublie pas les diff\u00e9rents niveaux de lecture psychanalytique du conte. Le film traite sans embarras du tabou de l\u2019inceste et illustre une dialectique puret\u00e9 impuret\u00e9 qui est au c\u0153ur du cin\u00e9ma de Demy. Les h\u00e9ro\u00efnes du cin\u00e9aste sont en effet des princesses et des souillons, des filles m\u00e8res, des putains et des amoureuses fid\u00e8les, ou des vierges qui tombent enceintes d\u00e8s la premi\u00e8re nuit d\u2019amour. Ce jeu entre les diff\u00e9rents \u00e9tats d\u2019une femme trouve son illustration parfaite dans la sc\u00e8ne du g\u00e2teau o\u00f9 Catherine Deneuve est \u00e0 la fois la princesse immacul\u00e9e et Peau d\u2019\u00e2ne. R\u00e9put\u00e9e pour son humour et ses images f\u00e9eriques, ses chansons et ses musiques d\u00e9licieuses sign\u00e9es Michel Legrand,\u00a0<em>Peau d\u2019\u00e2ne<\/em>\u00a0dissimule des zones d\u2019ombre sous les dorures et rec\u00e8le des tr\u00e9sors de perversit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sur Arte.tv jusqu\u2019au 28 f\u00e9vrier 2025<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Le Joueur de fl\u00fbte<\/em> (<em>The Pied Piper<\/em>)<\/strong><br \/>\n<strong>(Royaume-Uni, RFA, \u00c9tats-Unis, 1972, 1h27)<\/strong><br \/>\n<strong>Avec Donovan, John Hurt, Donald Pleasence, Jack Wild, Cathryn Harrison <\/strong><\/p>\n<p><strong>Ce film magnifique est le secret le mieux gard\u00e9 de l\u2019\u0153uvre de Jacques Demy. Tourn\u00e9 en anglais, tr\u00e8s mal distribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque de sa sortie, puis devenu longtemps invisible, il demeure largement sous-estim\u00e9. Cette nouvelle incursion dans le Moyen Age, imm\u00e9diatement apr\u00e8s <em>Peau d\u2019\u00e2ne<\/em>, se veut plus r\u00e9aliste que l\u2019adaptation du conte de Perrault. Le cin\u00e9aste proc\u00e8de \u00e0 un m\u00e9lange subtil de reconstitution historique scrupuleuse et, comme \u00e0 son habitude, de stylisation des d\u00e9cors et des costumes. Les tenues outranci\u00e8res des membres du clerg\u00e9 renforcent leur allure mena\u00e7ante, monstrueuse et grotesque. Les baladins et le joueur de fl\u00fbte, en revanche, \u00e9voquent par leur accoutrement les hippies de l\u2019\u00e9poque du tournage. Coutumier d\u2019un cin\u00e9ma choral, Demy pousse ce principe \u00e0 l\u2019extr\u00eame en signant un long m\u00e9trage sans v\u00e9ritable personnage principal. Malgr\u00e9 le titre du film, le joueur de fl\u00fbte n\u2019est pas le h\u00e9ros du r\u00e9cit, tout au plus un personnage annexe, plus spectateur qu\u2019acteur, aux interventions \u00e9pisodiques. Nous sommes au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, \u00e9poque libertaire et tr\u00e8s politis\u00e9e o\u00f9 se g\u00e9n\u00e9ralise au cin\u00e9ma et ailleurs la critique des institutions et des structures de pouvoir. L\u2019approche de Demy est beaucoup plus intime. Elle d\u00e9signe une fois de plus les barri\u00e8res qui emp\u00eachent les \u00eatres de se rejoindre. Gavin amoureux de Lisa est s\u00e9par\u00e9 d\u2019elle par la hi\u00e9rarchie des castes, le mariage forc\u00e9 de la jeune fille puis le rapt du joueur de fl\u00fbte. Le savant Melius, repr\u00e9sentant des futures Lumi\u00e8res humanistes et philosophiques m\u00e8ne un combat courageux mais perdu d\u2019avance contre les puissantes t\u00e9n\u00e8bres de l\u2019\u00c9glise catholique. L\u2019originalit\u00e9 du sc\u00e9nario, \u00e9crit avec Andrew Birkin et Mark Peploe, est renforc\u00e9e par une mise en sc\u00e8ne brillante et d\u00e9routante. Il s\u2019agit sur le plan formel du film le plus exp\u00e9rimental de Demy. Le cin\u00e9aste syst\u00e9matise le recours au plan-s\u00e9quence, refusant les gros plans pour se concentrer sur des travellings complexes et des mouvements d\u2019ensemble qui enferment les personnages dans des espaces claustrophobes, lors des sc\u00e8nes de conspirations, du proc\u00e8s ou de la noce. <em>Le Joueur de fl\u00fbte<\/em> n\u2019est donc pas l\u2019illustration attendue d\u2019une c\u00e9l\u00e8bre l\u00e9gende racont\u00e9e aux enfants. C\u2019est un film sombre, pessimiste et politique, plus proche d\u2019<em>Une Chambre en ville <\/em>que du f\u00e9erique <em>Peau d\u2019\u00e2ne<\/em>.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sur Arte.tv jusqu\u2019au 28 f\u00e9vrier 2025<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Parking<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>(France, 1985, 1h35) <\/strong><br \/>\n<strong>Avec Francis Huster, Laurent Malet, Keiko It\u00f4, Jean Marais, Marie-France Pisier.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Jacques Demy souhaitait depuis longtemps mettre en sc\u00e8ne une nouvelle\u00a0version d\u2019Orph\u00e9e au cin\u00e9ma, plus proche de la mythologie que de l\u2019adaptation de Jean Cocteau, auquel le film est pourtant d\u00e9di\u00e9. Il s\u2019agit pour Demy, \u00e0 travers le r\u00e9cit fantastique de voyages entre la vie et la mort, d\u2019explorer la dimension la plus tourment\u00e9e de son univers, la face sombre de sa propre personnalit\u00e9 et de l\u2019\u00e9poque contemporaine, avec de troublantes r\u00e9sonances autobiographiques. Le titre d\u00e9finitif du film, <em>Parking<\/em> (apr\u00e8s <em>Monsieur Orph\u00e9e<\/em> longtemps envisag\u00e9), exprime la tentation du sordide et de l\u2019explicite chez un cin\u00e9aste connu pour son go\u00fbt de l\u2019harmonie et de la litote. La crudit\u00e9 des th\u00e8mes abord\u00e9s (inceste, bisexualit\u00e9, drogue) s\u2019accompagne d\u2019un esth\u00e9tisme blafard, presque glauque, synchrone avec le cort\u00e8ge de violences et de fl\u00e9aux apparus dans les ann\u00e9es 1980. Le film souffre d\u2019une pr\u00e9paration trop courte et d\u2019un budget insuffisant \u00e0 satisfaire le perfectionnisme et les ambitieuses visions po\u00e9tiques du cin\u00e9aste. On ne peut que regretter qu\u2019un film aussi personnel et important dans la filmographie de Jacques Demy soit finalement devenu un sujet d\u2019embarras pour le cin\u00e9aste (au point qu\u2019il envisagea d\u2019abandonner le cin\u00e9ma apr\u00e8s cet \u00e9chec critique et public) et ses plus fervents admirateurs. Il n\u2019y a pas de second degr\u00e9 au cin\u00e9ma, et surtout pas dans le celui de Jacques Demy. C\u2019est pour cela qu\u2019il est difficile d\u2019\u00e9prouver quelque plaisir coupable \u00e0 la vision de <em>Parking<\/em>, de se divertir de ses maladresses. Au contraire, l\u2019exp\u00e9rience est triste. Cela n\u2019emp\u00eache pas de saisir, au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9tranget\u00e9 du r\u00e9sultat, les enjeux majeurs et les audaces d\u00e9\u00e7ues de ce film mineur.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Textes extraits du livre \u00ab Jacques Demy \u00bb (\u00e9ditions de La Martini\u00e8re) que nous avons publi\u00e9 en 2010, co-\u00e9crit avec Marie Colmant et avec la complicit\u00e9 bienveillante de la famille Varda-Demy.<\/strong><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-28056\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/61ttx8k8-pl-1.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"1023\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/61ttx8k8-pl-1.jpg 800w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/61ttx8k8-pl-1-219x280.jpg 219w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/61ttx8k8-pl-1-601x768.jpg 601w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/61ttx8k8-pl-1-768x982.jpg 768w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/61ttx8k8-pl-1-580x742.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une promenade dans l&rsquo;univers de Jacques Demy \u00e0 travers un cycle de films en version restaur\u00e9e d\u00e9clin\u00e9 \u00e0 l\u2019antenne et\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9,8],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - 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