{"id":25878,"date":"2020-07-06T12:02:45","date_gmt":"2020-07-06T11:02:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/?p=25878"},"modified":"2020-07-07T08:06:13","modified_gmt":"2020-07-07T07:06:13","slug":"ennio-morricone-1928-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2020\/07\/06\/ennio-morricone-1928-2020\/","title":{"rendered":"Ennio Morricone (1928-2020)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Ennio Morricone s\u2019est \u00e9teint le 6 juillet 2020 \u00e0 Rome, sa ville natale. Il n\u2019a pas attendu sa disparition pour entrer dans la l\u00e9gende. Sa derni\u00e8re musique magistrale pour le cin\u00e9ma restera celle des <em>8 Salopards<\/em> (2015) de Quentin Tarantino. Pour la premi\u00e8re fois de sa carri\u00e8re, le DJ Tarantino renonce \u00e0 son patchwork musical habituel. Il demande \u00e0 Morricone de composer une musique originale pour son western de chambre, enseveli sous des montagnes de neige et des litres d\u2019h\u00e9moglobine, apr\u00e8s avoir pill\u00e9 le r\u00e9pertoire du maestro dans <em>Kill Bill<\/em> et <em>Inglorious Basterds<\/em>. Ce dernier, malgr\u00e9 son aversion pour la violence, finit par accepter, et \u00e9crit une partition s\u00e9pulcrale, en souvenir de deux autres chefs-d\u2019\u0153uvre enneig\u00e9s, <em>Le Grand Silence<\/em> et <em>The Thing<\/em>. <em>Les 8 Salopards<\/em> permettra enfin \u00e0 Morricone de remporter l\u2019Oscar de la meilleure musique de film, apr\u00e8s des d\u00e9cennies d\u2019attente et d\u2019espoirs d\u00e9\u00e7us &#8211; il \u00e9tait largement favori pour d\u00e9crocher la statuette l\u2019ann\u00e9e de <em>Mission<\/em> ou des <em>Incorruptibles<\/em>, et avait d\u00e9j\u00e0 re\u00e7u un Oscar d\u2019honneur pour l\u2019ensemble de son \u0153uvre en 2007.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ennio Morricone n&rsquo;a pas seulement \u00e9t\u00e9 le plus c\u00e9l\u00e8bre et adul\u00e9 compositeur de musique de films de l\u2019histoire du cin\u00e9ma, devenu un monument national de son vivant. Son importance dans le paysage musical et cin\u00e9matographique mondial (sa carri\u00e8re am\u00e9ricaine est loin d&rsquo;\u00eatre n\u00e9gligeable) ne s\u2019est pas non plus limit\u00e9e \u00e0 son immense contribution, qualitative et quantitative, dans le domaine de la bande originale (plus de cinq cents titres entre 1961 et sa mort).<\/strong><\/p>\n<p><strong>Morricone a sans doute \u00e9t\u00e9 l\u2019un des compositeurs les plus prolifiques du XXe si\u00e8cle, et sa cr\u00e9ation s&rsquo;\u00e9tend dans les registres de la vari\u00e9t\u00e9 tout aussi bien que de la musique classique ou savante.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Morricone, fils de trompettiste, compose d\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de six ans des airs de chasse inspir\u00e9e par l&rsquo;ouverture du \u00ab\u00a0Freischutz\u00a0\u00bb de Weber. Sa double vie artistique commence au conservatoire o\u00f9 il \u00e9tudie le jour et joue le soir dans les caf\u00e9s concerts. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 60, il accumule les activit\u00e9s clandestines et alimentaires dans le registre de la musique l\u00e9g\u00e8re, et devient par la m\u00eame occasion le p\u00e8re des arrangements modernes, r\u00e9volutionnant la vari\u00e9t\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 son \u00e9rudition musicale. Il introduit par exemple le bruit d&rsquo;une machine \u00e0 \u00e9crire dans un morceau de pop italienne. \u00ab\u00a0Se telefonando\u00a0\u00bb chant\u00e9 par Mina est un tube imparable o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments m\u00e9lodiques sont pourtant r\u00e9duits \u00e0 quelques notes qui tournent sur elles-m\u00eames, une boucle dans laquelle les phrases s&rsquo;encha\u00eenent sans que les changements d&rsquo;harmonie ne co\u00efncident. C&rsquo;est dans ce mariage de la musique savante et populaire que r\u00e9side le succ\u00e8s de Morricone, qui va tout au long des ann\u00e9es 60 et 70 appliquer cette recette aux musiques de cin\u00e9ma, travaillant \u00e0 la fois pour les plus grands auteurs et les pires t\u00e2cherons. Parall\u00e8lement \u00e0 ses fameux th\u00e8mes de westerns, Morricone participe en 1965 aux recherches sonores du groupe \u00ab\u00a0nuova consonanza\u00a0\u00bb, inspir\u00e9 par John Cage. Le fruit de ses exp\u00e9rimentations dans le domaine de la musique concr\u00e8te se retrouve dans ses bandes originales o\u00f9 il parvient \u00e0 extirper aux instruments des sonorit\u00e9s in\u00e9dites et utilise avec d\u00e9lectation bruits, cris et sifflements divers.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ennio Morricone symbolise \u00e0 lui seul la vitalit\u00e9 passionnante du cin\u00e9ma italien des ann\u00e9es 60-70, v\u00e9ritable passeur entre le divertissement et la po\u00e9sie, le commerce et la politique, l&rsquo;industrie et l&rsquo;art. Morricone a accompagn\u00e9 les grands auteurs du nouveau cin\u00e9ma italien, comme le d\u00e9montrent ses collaborations r\u00e9guli\u00e8res et fructueuses avec Pier Paolo Pasolini, Bernardo Bertolucci, Marco Bellocchio.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les citations de Morricone sont extraites d\u2019un entretien publi\u00e9 dans Les Inrockuptibles en 2001.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0C\u2019est Pasolini qui a eu l\u2019id\u00e9e du g\u00e9n\u00e9rique chant\u00e9 du film <em>Des oiseaux, petits et gros<\/em>. C\u2019est typiquement une id\u00e9e de cin\u00e9aste. Je n\u2019aurais jamais r\u00e9ussi \u00e0 imposer \u00e0 un metteur en sc\u00e8ne une id\u00e9e aussi excentrique, mais dr\u00f4le. Je crois que j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 son id\u00e9e comme il le fallait, et j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s enthousiaste.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pour les artisans du cin\u00e9ma bis, il compose des dizaines de colonnes sonores dont se d\u00e9lectent les amateurs d&rsquo;easy listening (<em>Le Venin de la peur<\/em> de Lucio Fulci, <em>Spasmo<\/em> d&rsquo;Umberto Lenzi, \u2026)<\/strong><\/p>\n<p><strong>Il a altern\u00e9 les fictions de gauche d&rsquo;Elio Petri (la c\u00e9l\u00e8bre ritournelle n\u00e9vrotique d&rsquo;<em>Enqu\u00eate sur un citoyen au-dessus de tout soup\u00e7on<\/em>) et les films de genre, du haut du panier (Sergio Leone, Dario Argento) au bas de l&rsquo;\u00e9chelle, en passant par des s\u00e9ries B standards. Qui a vu <em>Au-Del\u00e0 de la mer \u00c9g\u00e9e<\/em>, porno soft italo-nippon interpr\u00e9t\u00e9 par la Cicciolina, et qui se souvient de<em> L&rsquo;Humano\u00efde<\/em>, piteux plagiat spaghetti de <em>Star Wars<\/em> gratifi\u00e9 d&rsquo;une hilarante ratatouille Bontenpi ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Parmi les navets, on trouve heureusement de nombreuses perles, et certains films, r\u00e9ussites mineures mais ind\u00e9niables, doivent beaucoup aux atmosph\u00e8res sonores cr\u00e9\u00e9es par Morricone, faites de susurrements lascifs ou de r\u00e2les inqui\u00e9tants, g\u00e9mis par-dessus des notes stridentes. Lorsqu&rsquo;on \u00e9voque deux thrillers horrifiques repr\u00e9sentatifs de cette p\u00e9riode, <em>La Tarentule au ventre noir<\/em> de Paolo Cavara et <em>Frissons d&rsquo;horreur<\/em> d&rsquo;Armando Crispino, Morricone d\u00e9clare : \u00ab\u00a0Je me souviens que la musique de ces deux films \u00e9tait dissonante. Mais cette musique dissonante, qui rejoint les exp\u00e9riences de la musique contemporaine non cin\u00e9matographique, je l&rsquo;ai inaugur\u00e9e avec les premiers films de Dario Argento (<em>L&rsquo;Oiseau au plumage de cristal<\/em>, <em>Le Chat \u00e0 neuf queues<\/em>, <em>Quatre Mouches de velours gris<\/em>, ndlr). Il me paraissait \u00e9vident, dans les films d&rsquo;Argento, avec cette <em>traumatisation<\/em> des corps, tout ce sang, de porter la dissonance \u00e0 son paroxysme et de traumatiser moi aussi le public avec les sons. Aujourd&rsquo;hui je dois dire que j&rsquo;ai abandonn\u00e9 cette voie, parce que cette musique, m\u00eame si elle pouvait faire une impression tr\u00e8s forte sur les spectateurs puisqu&rsquo;elle correspondait aux sentiments de peur qu&rsquo;ils \u00e9prouvaient devant les images, avait tendance \u00e0 aller trop loin par rapport au contenu du film. J&rsquo;ai fait une vingtaine d&rsquo;exp\u00e9rience avec ce type de musique, tr\u00e8s libre, puis je me suis frein\u00e9 moi-m\u00eame pour revenir \u00e0 un langage plus compr\u00e9hensible, qui respectait davantage les films.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>Morricone est visiblement heureux de disserter, plut\u00f4t que sur les sempiternels tubes comme la ballade de <em>Sacco et Vanzetti<\/em>, l&rsquo;homme \u00e0 l&rsquo;harmonica ou le \u00ab\u00a0Chi Mai\u00a0\u00bb du <em>Professionnel<\/em>, sur la musique de certains films pass\u00e9s inaper\u00e7us \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de leurs sorties, mais qui sont devenus des objets de culte \u00e9dit\u00e9s en Blu-ray, avec le regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour le cin\u00e9ma d&rsquo;exploitation europ\u00e9en et ses d\u00e9lirantes bandes originales.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0<em>Chi l&rsquo;ha vista morire ?<\/em>, c&rsquo;est un film \u00e0 part. C&rsquo;est une musique faite presque enti\u00e8rement avec des ch\u0153urs d&rsquo;enfants. L&rsquo;utilisation de voix enfantines, dans ce cas, a une signification historique tr\u00e8s pr\u00e9cise, puisque le film se d\u00e9roule \u00e0 Venise, o\u00f9 sont n\u00e9es des cr\u00e9ations chorales tr\u00e8s importantes, \u00e0 la basilique de San Marco. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, le film est une histoire de meurtres d&rsquo;enfants, et donc la musique ajoute \u00e0 la charge \u00e9motionnelle du sujet. C&rsquo;\u00e9tait une musique all\u00e8gre, mais qui paradoxalement soulignait le caract\u00e8re dramatique du film. Une musique de film n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;\u00eatre triste pour \u00e9voquer un sentiment de tristesse. J&rsquo;aime beaucoup ce film, et j&rsquo;ai travaill\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises avec son r\u00e9alisateur, Aldo Lado, quelqu&rsquo;un de tr\u00e8s talentueux. Le premier film que j&rsquo;ai fait avec lui s&rsquo;appelait <em>La corta notte delle bambole di vetro.\u00bb <\/em>(Musique g\u00e9niale, film g\u00e9nial \u00e0 red\u00e9couvrir d&rsquo;urgence. Ces deux films d\u2019Aldo Lado, ainsi que <em>La b\u00eate tue de sang-froid<\/em>, \u00e9galement mis en musique par Morricone, avec un g\u00e9n\u00e9rique chant\u00e9 par Demis Roussos, seront bient\u00f4t disponibles en blu-ray en France, \u00e9dit\u00e9s par Le Chat qui fume, ndlr)\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p><strong>La musique de Morricone a sans conteste apport\u00e9 une dimension intellectuelle \u00e0 des films de genre triviaux, voire agressifs (le giallo, le polar, le western, une flop\u00e9e de films d&rsquo;horreur et de com\u00e9dies \u00e9rotiques) et une dimension triviale \u00e0 des films d&rsquo;auteurs. Un peu gr\u00e2ce \u00e0 lui, les cin\u00e9mas de Pasolini et Leone, diam\u00e9tralement oppos\u00e9s en apparence, finissent par trouver des points de rencontre, notamment dans leur description juste du sous-prol\u00e9tariat.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0En travaillant pour le cin\u00e9ma populaire, j\u2019ai accept\u00e9 d\u2019\u00eatre populaire. Dans le cadre du cin\u00e9ma d\u2019auteur, j\u2019ai tout mis en \u0153uvre pour que le film devienne plus accessible au grand public. Le probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019il y a une l\u00e9g\u00e8re confusion. Je consid\u00e8re comme une banalit\u00e9 de chercher \u00e0 simplifier le discours du cin\u00e9ma intellectuel, de rester \u00e0 l\u2019\u00e9coute du public, et d\u2019\u00e9lever artistiquement le cin\u00e9ma populaire. Autrement, cela voudrait dire que je me contente de composer de la musique banale pour le cin\u00e9ma commercial, et pour le cin\u00e9ma d\u2019auteur une musique tr\u00e8s difficile, filtr\u00e9e, que les gens auraient du mal \u00e0 accepter. Le fait d\u2019avoir r\u00e9ussi cet \u00e9quilibre, cela fait partie de mon travail, et de ma mission.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>R\u00e9put\u00e9 irascible et pr\u00e9tentieux, Morricone \u00e9tait avant tout un perfectionniste acharn\u00e9, dont l\u2019existence \u00e9tait enti\u00e8rement consacr\u00e9e \u00e0 la musique. Son apparence physique et vestimentaire n&rsquo;avait pas boug\u00e9 depuis les pochettes de disques des ann\u00e9es 70 o\u00f9 on le voyait, dans son polo bordeaux et avec ses lunettes de prof de maths, d\u00e9visager l&rsquo;auditeur potentiel d&rsquo;un regard ironique et s\u00e9v\u00e8re.<\/strong><\/p>\n<p><strong>En 2001, lorsque nous le rencontrons, il n&rsquo;y a que la couleur du polo qui a chang\u00e9. S&rsquo;il maugr\u00e9e \u00e0 parler de ses coll\u00e8gues compositeurs de cin\u00e9ma, et de la musique des autres en g\u00e9n\u00e9ral (il avoue ne pas \u00e9couter de musique ni voir de film : pas le temps, trop de travail), son mutisme s&rsquo;arr\u00eate lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;\u00e9voquer sa conception de la musique de film, le rapport du son et de l&rsquo;image, la collaboration avec ses r\u00e9alisateurs de pr\u00e9dilection. Certaines questions peuvent inspirer au maestro de longs monologues en forme de cours magistral, dans lesquels il expose avec pr\u00e9cision son id\u00e9e de la musique. D&rsquo;autres, au contraire, le figent dans un refus cat\u00e9gorique de poursuivre la conversation. Impossible de le faire parler de sa collaboration pourtant fructueuse (cinq films, cinq B.O. magnifiques) avec Sergio Sollima. Morricone pr\u00e9tend avoir oubli\u00e9 qu&rsquo;il est l&rsquo;auteur de la musique du <em>Dernier face \u00e0 face<\/em>, un des plus beaux westerns italiens. On d\u00e9couvrira plus tard que Morricone avait \u00e9t\u00e9 vex\u00e9 en 1971 par le refus de Sollima d&rsquo;utiliser sa musique pour la sc\u00e8ne d&rsquo;ouverture silencieuse de <em>Cit\u00e9 de la violence<\/em>. M\u00e9galo, pas vraiment. Orgueilleux et passionn\u00e9, sans aucun doute. Il suffit de le voir mimer avec force gesticulations et grimaces une sc\u00e8ne de mort violente dans un film d&rsquo;Argento, ou de l&rsquo;entendre affirmer \u00e0 un journaliste que s&rsquo;il avait fait de la musique de strip-tease, elle aurait ressembl\u00e9 \u00e0 de la musique sacr\u00e9e, pour comprendre que Morricone est \u00e9galement dot\u00e9 d&rsquo;un sens de l&rsquo;humour tr\u00e8s particulier.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ennio Morricone, pour avoir d\u00e9but\u00e9 sa carri\u00e8re au d\u00e9but des ann\u00e9es 60, est synchrone avec la p\u00e9riode la plus d\u00e9lur\u00e9e de la production italienne, qui se livre \u00e0 une relecture mani\u00e9riste du cin\u00e9ma classique am\u00e9ricain, \u00e0 coups de citations, parodies et distorsions formelles. Compositeur de toutes les musiques de Sergio Leone \u00e0 partir de Pour une poign\u00e9e de dollars, des trois premiers \u00ab\u00a0gialli\u00a0\u00bb (thrillers horrifiques) de Dario Argento, de <em>Danger : Diabolik !<\/em> de Mario Bava, des principaux westerns de Sergio Corbucci (<em>Le Grand Silence<\/em>, <em>Companeros<\/em>\u2026), Morricone est indissociable de cette mouvance esth\u00e9tique \u00e0 la fois moderniste et m\u00e9lancolique :<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Je ne pense pas avoir suivi des cin\u00e9astes comme Leone ou Argento dans leur d\u00e9marche mani\u00e9riste. Par exemple, dans le cas du western, il \u00e9tait facile d\u2019emprunter cette voie, cela avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fait. M\u00eame dans le cadre du cin\u00e9ma politique, je ne me suis jamais pli\u00e9 \u00e0 la volont\u00e9 du metteur en sc\u00e8ne de se fixer sur un clich\u00e9. En revanche, j\u2019ai travaill\u00e9 plus tard sur des clich\u00e9s que j\u2019avais moi-m\u00eame \u00e9tabli avec certains cin\u00e9astes.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sergio Leone, pour son premier western, m\u2019avait demand\u00e9 de faire une imitation du \u00ab\u00a0Deguello\u00a0\u00bb compos\u00e9 par Dimitri Tiomkin pour <em>Rio Bravo<\/em> d&rsquo;Howard Hawks (en Italie, <em>Un dollaro d\u2019onore<\/em>). Seulement, je n\u2019ai pas imit\u00e9 ce morceau, et ma musique \u00e9voque \u00ab\u00a0Deguello\u00a0\u00bb dans l\u2019esprit de celui qui l\u2019\u00e9coute, mais pas parce que je l\u2019ai voulu. C\u2019est si vrai que lorsque Leone m\u2019a fait cette commande, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019utiliser un morceau que j\u2019avais compos\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment pour un autre film, sorti avant <em>Pour une poign\u00e9e de dollars<\/em>, afin ne pas \u00eatre tent\u00e9 de copier le \u00ab\u00a0Deguello\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ensuite, la trompette a acquis dans le morceau une valeur historique, sous l\u2019influence du style de Leone, et je l\u2019ai suivi dans cette direction, en oubliant compl\u00e8tement la citation de d\u00e9part et les indications originelles de Leone.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sergio Leone est sans doute le r\u00e9alisateur qui a entretenu la relation professionnelle la plus \u00e9troite avec Morricone. La complicit\u00e9 des deux hommes ne s&rsquo;est jamais d\u00e9mentie, et Leone avait pris l&rsquo;habitude de discuter avec Morricone d\u00e8s les pr\u00e9mices de son prochain film. C&rsquo;est ainsi que les morceaux d&rsquo;<em>Il \u00e9tait une fois en Am\u00e9rique <\/em>\u00e9taient tous termin\u00e9s bien avant que ne d\u00e9bute le tournage du chef-d&rsquo;\u0153uvre de Leone. Ainsi, Robert De Niro renon\u00e7a \u00e0 sa religion du son direct et exigea sur le plateau la musique de Morricone, qui l&rsquo;aidait \u00e0 entrer dans son personnage.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Je pr\u00e9f\u00e8re cette fa\u00e7on de travailler, car elle me permet d\u2019avoir beaucoup plus de temps pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la musique que je vais composer. Il m\u2019est arriv\u00e9 de travailler sur une musique de film un mois avant sa sortie en salle, mais aussi deux ans. Il y a une possibilit\u00e9 de r\u00e9flexion personnelle, surtout, mais aussi du r\u00e9alisateur qui en recevant mes suggestions va pouvoir les modifier, ou les am\u00e9liorer. C\u2019est la meilleure fa\u00e7on, mais \u00e7a ne veut pas dire qu\u2019on ne peut pas livrer un bon travail dans la pr\u00e9cipitation et l\u2019angoisse, harcel\u00e9 par des d\u00e9lais. Le propre d\u2019un compositeur professionnel, c\u2019est d\u2019\u00eatre capable de travailler dans tous les cas de figure. Bien s\u00fbr, je pr\u00e9f\u00e8re composer longtemps \u00e0 l\u2019avance. J\u2019ai travaill\u00e9 avec Leone comme \u00e7a, et aussi avec quelques autres, peu nombreux. Tornatore, par exemple. Tous les th\u00e8mes de son film <em>Malena<\/em> \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 l\u2019avance.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Bien s\u00fbr, il m\u2019est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 plusieurs fois de proc\u00e9der d&rsquo;une mani\u00e8re diam\u00e9tralement oppos\u00e9e. L\u2019exemple le plus \u00e9clatant fut pour <em>1900 <\/em>de Bernardo Bertolucci. J\u2019ai \u00e9crit toute la musique dans l\u2019obscurit\u00e9, tandis que je voyais le film pour la premi\u00e8re fois : dans l\u2019obscurit\u00e9 de la salle, en griffonnant des signes de mon invention, sans jamais regarder la feuille.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ennio Morricone a d\u00e9clar\u00e9 un jour que son instrument de musique pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e9tait la voix humaine. Ce g\u00e9nie de l&rsquo;utilisation des sonorit\u00e9s vocales se retrouve dans la fameuse \u00ab\u00a0Marche des mendiants\u00a0\u00bb d&rsquo;<em>Il \u00e9tait une fois\u2026 la R\u00e9volution<\/em>, dans laquelle des onomatop\u00e9es \u00e9voquent les gargouillis de ventres affam\u00e9s, o\u00f9 dans les nombreux th\u00e8mes siffl\u00e9s qui pars\u00e8ment la discographie de Morricone.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0La voix humaine est le son que nous parvenons \u00e0 moduler directement avec notre corps, sans aucun outil interm\u00e9diaire. Nous sommes les patrons de notre voix, davantage que d\u2019un instrument. Pas besoin de passer \u00e0 travers un instrument, une colonne d\u2019air ou des cordes. Les cordes et la colonne d\u2019air sont d\u00e9j\u00e0 en nous. Le son de la voix est le son qui offre le plus de possibilit\u00e9s d\u2019\u00eatre r\u00e9invent\u00e9. Pas seulement le chant, mais aussi les sons naturels que la bouche \u00e9met.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Je n\u2019ai pas cherch\u00e9 \u00e0 imiter la voix humaine \u00e0 travers des instruments. Au contraire, j\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 ce que la voix imite la sonorit\u00e9 des instruments de musique. La voix humaine n\u2019est pas imitable par des instruments de musique, mais l\u2019inverse est possible. Cette op\u00e9ration m\u2019int\u00e9resse. Faire jaillir de la bouche des sons inattendus, inacceptables, impr\u00e9vus, invent\u00e9s. Tous les films ne se pr\u00eatent pas \u00e0 ces sophistications du son vocal. Mais dans les westerns de Leone j\u2019ai beaucoup travaill\u00e9 sur les phon\u00e8mes. Par exemple dans son troisi\u00e8me, <em>Le Bon, la brute et le truand<\/em>, j\u2019ai fait imiter \u00e0 la voix humaine des cris d\u2019animaux, de coyote. R\u00e9cup\u00e9rer avec la voix humaine des bruits de la vie, des sons animaux ou d\u2019instruments de musique m\u2019a toujours int\u00e9ress\u00e9.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>La capacit\u00e9 d&rsquo;adaptation de Morricone \u00e0 une multitude d&rsquo;univers sonores, du synth\u00e9tiseur (<em>The Thing<\/em>) \u00e0 la musique ethnique (<em>Mission<\/em>), de la vari\u00e9t\u00e9 pop aux concerts symphoniques, est sans doute, avec sa prolificit\u00e9, ce qui le diff\u00e9rencie le plus de ses confr\u00e8res. Mais l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 semble trouver cette \u00e9rudition musicale comme la base essentielle du m\u00e9tier de compositeur de musique de films.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0La diversit\u00e9 de sa palette musicale fait partie des choses importantes n\u00e9cessaires \u00e0 un compositeur qui veut faire de la musique de film aujourd\u2019hui, qui puisse \u00eatre comprise par le public sans difficult\u00e9s apparentes. Parce que le public de cin\u00e9ma a une culture musicale g\u00e9n\u00e9rale assez m\u00e9diocre, il s&rsquo;agit de proc\u00e9der \u00e0 des contaminations. Mais pas la contamination forc\u00e9e d\u2019\u00e9l\u00e9ments mal assortis : ce doit \u00eatre une contamination sinc\u00e8re, sentie\u2026 Il est passionnant de m\u00e9langer diff\u00e9rents types d\u2019instruments qui n\u2019ont rien en commun, qui appartiennent \u00e0 des univers compl\u00e8tement diff\u00e9rents de celui que la musique veut exprimer.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ces contaminations ont donn\u00e9 au cin\u00e9ma des r\u00e9sultats divertissants, sympathiques, excellents dans l\u2019expression et le commentaire des images d\u2019un film. Des r\u00e9sultats presque inesp\u00e9r\u00e9s. C\u2019est la meilleure fa\u00e7on pour un compositeur actuel de faire des choses in\u00e9dites mais qui poss\u00e8dent des origines vari\u00e9es, et cela donne aussi l\u2019opportunit\u00e9 de s\u2019amuser, avec des cons\u00e9quences musicales satisfaisantes.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mais c\u2019est un chemin peu fr\u00e9quent\u00e9, car il faut pouvoir trouver des films capables d\u2019accepter de tels partis pris. Par exemple dans un film \u00e0 costumes qui se d\u00e9roule au 18\u00e8me si\u00e8cle, des contaminations sont envisageables, mais je ne sais pas si on peut se permettre d\u2019aller tr\u00e8s loin sur un tel chemin, parce que les dispositifs du film \u00e0 costumes ont du mal \u00e0 le tol\u00e9rer. Ce ne sont pas les producteurs qui m\u2019en emp\u00eachent, d\u2019ailleurs je discute toujours directement avec le r\u00e9alisateur \u00e0 propos de la musique. C\u2019est moi qui d\u00e9cide ce que je peux faire ou pas sur un certain type de film, et apr\u00e8s je propose mes id\u00e9es au r\u00e9alisateur.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>Lorsqu&rsquo;on lui demande s&rsquo;il ne pense pas que la musique de film soit souvent utilis\u00e9e comme un pansement sonore, des b\u00e9quilles charg\u00e9es de dissimuler les faiblesses ou les infirmit\u00e9s d&rsquo;un film, Morricone proteste :<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Vous devriez savoir que chaque r\u00e9alisateur, m\u00eame le plus grand, est toujours tr\u00e8s pessimiste au sujet de la r\u00e9ussite de son film. Il croit toujours qu\u2019il manque quelque chose. Les cin\u00e9astes demandent tous, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, l\u2019aide de la musique. Mais ils sont aussi nombreux \u00e0 avoir tort de s\u2019inqui\u00e9ter. Je trouve ce pessimisme naturel. Quand un artiste cr\u00e9e une \u0153uvre, il ne peut pas \u00eatre s\u00fbr \u00e0 cent pour cent de sa cr\u00e9ation. Il est assez normal de douter, et d\u2019avoir recours \u00e0 la musique pour \u00e9clairer ce qui para\u00eet obscur dans un film pour le public. La plupart des grands r\u00e9alisateurs s\u2019accordent \u00e0 dire qu\u2019ils n\u2019ont jamais autant besoin de la musique que lorsque leur film a des d\u00e9fauts. Certaines musiques naissent de la crainte qu\u2019ait pu ressentir, au montage par exemple, le metteur en sc\u00e8ne de n\u2019avoir pas \u00e9t\u00e9 assez pr\u00e9cis ou clair. Un cin\u00e9aste qui demande cela \u00e0 la musique fait une demande parfaitement l\u00e9gitime\u00a0: la musique doit expliquer ce que les images ou les dialogues sont incapables d\u2019exprimer. C\u2019est normal. Que sa musique soit utilis\u00e9e pour palier \u00e0 une insuffisance cin\u00e9matographique, le compositeur s\u2019en fiche. La fonction de la musique reste la m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>M\u00eame s&rsquo;il a travaill\u00e9 avec les plus grands r\u00e9alisateurs mondiaux, il est arriv\u00e9 plus d&rsquo;une fois \u00e0 Morricone de donner le meilleur de lui-m\u00eame pour des films indignes de son talent (en France, notamment). Morricone se montre modeste \u00e0 ce sujet. Il insiste en revanche sur l&rsquo;intelligence musicale du metteur en sc\u00e8ne :<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Je pense que le film doit \u00eatre bon au d\u00e9part. La musique participe \u00e0 la r\u00e9ussite d\u2019un film, mais elle ne peut pas le sauver. Elle peut seulement l&rsquo;aider. C&rsquo;est une collaboration compl\u00e9mentaire. Si vous attribuez \u00e0 la musique une telle importance, alors c&rsquo;est que le metteur en sc\u00e8ne l&rsquo;a voulue, d&rsquo;une mani\u00e8re fondamentale. Certains cin\u00e9astes se trompent sur le rapport de la musique \u00e0 leurs propres films, en demandant au compositeur une musique dont il ne peut pas trouver la v\u00e9ritable importance par rapport \u00e0 la nature et au montage du film. Quelle est la valeur juste d&rsquo;une musique de film ? C&rsquo;est quand la musique trouve le moment juste pour pouvoir \u00eatre \u00e9cout\u00e9. Elle doit \u00eatre perceptible par le public d&rsquo;une mani\u00e8re pr\u00e9cise. Il ne faut pas qu&rsquo;elle soit m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 un trop grand nombre d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments sonores. Parce que la musique, comme \u00e9l\u00e9ment inalt\u00e9rable, unique, inattendu, et peut-\u00eatre inutile, est quelque chose qui vient d&rsquo;un ailleurs myst\u00e9rieux, que nous ne voyons pas, et doit absolument \u00eatre \u00e9cout\u00e9 avec clart\u00e9. Les cin\u00e9astes demandent souvent la lune aux compositeurs, mais si la lune n&rsquo;est pas l\u00e0, ce n&rsquo;est pas de la faute du compositeur, mais du cin\u00e9aste qui n&rsquo;a pas su faire \u00e9couter les sons dans son film.<\/strong><\/p>\n<p><strong>La magie de la musique de film survient lorsque la musique et l&rsquo;image parviennent \u00e0 la m\u00eame nature. Quel est ce miracle ? Cette nature identique, c&rsquo;est le temps, la dur\u00e9e. Dans un film ou une musique de deux minutes, on ne peut rien dire. Si au contraire une musique dure cinq minutes, ou dix, ou un quart d&rsquo;heure, alors si le cin\u00e9aste respecte la temporalit\u00e9 de la musique, le mariage de l&rsquo;image et du son fonctionnera. Dans ce cas, m\u00eame une mauvaise musique, et il en existe beaucoup, peut fonctionner dans un film. Mais une musique magnifique qu&rsquo;un cin\u00e9aste n&rsquo;a pas su \u00e9couter donnera un r\u00e9sultat d\u00e9cevant.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>Morricone refuse de jeter un regard r\u00e9trospectif sur l&rsquo;ensemble de son \u0153uvre. Aux commentateurs d&rsquo;analyser et de doser la part d&rsquo;ironie et de m\u00e9lancolie dans sa musique. Il affirme travailler film par film. Morricone dresse un bilan positif sur sa carri\u00e8re hollywoodienne : \u00ab\u00a0Je me suis bien entendu avec tous les cin\u00e9astes am\u00e9ricains : Roland Joff\u00e9, Barry Levinson\u2026 Je n&rsquo;ai pas \u00e0 me plaindre. Brian De Palma a ma pr\u00e9f\u00e9rence. Je suis tr\u00e8s satisfait de ce qu&rsquo;il a fait de ma musique dans <em>Mission to Mars<\/em>.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>On se permet de lui dire qu&rsquo;<em>Il \u00e9tait une fois en Am\u00e9rique <\/em>est peut-\u00eatre le sommet de son \u0153uvre :<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0<em>Il \u00e9tait une fois en Am\u00e9rique<\/em>, mon chef-d&rsquo;\u0153uvre ? J&rsquo;accepte cette \u00e9ventualit\u00e9, m\u00eame si je suis aussi tr\u00e8s fier de mes autres collaborations avec Leone, pas les premiers westerns, mais <em>Le Bon, la brute et le truand<\/em>, <em>Il \u00e9tait une fois dans l&rsquo;Ouest<\/em> et <em>Il \u00e9tait une fois\u2026 la R\u00e9volution<\/em>.<\/strong><\/p>\n<p><strong>La musique d&rsquo;<em>Il \u00e9tait une fois en Am\u00e9rique <\/em>est plus clairement une musique qui se suffit \u00e0 elle-m\u00eame, que l&rsquo;on peut \u00e9couter seule. En ce sens, elle se rapproche d&rsquo;un op\u00e9ra, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Propos recueillis et traduits par Olivier P\u00e8re, le 28 f\u00e9vrier 2001 \u00e0 Rome.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ennio Morricone s\u2019est \u00e9teint le 6 juillet 2020 \u00e0 Rome, sa ville natale. 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