{"id":2405,"date":"2011-10-03T08:36:48","date_gmt":"2011-10-03T07:36:48","guid":{"rendered":"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/?p=2405"},"modified":"2014-07-11T18:33:46","modified_gmt":"2014-07-11T17:33:46","slug":"les-chiens-de-paille-de-sam-peckinpah","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/10\/03\/les-chiens-de-paille-de-sam-peckinpah\/","title":{"rendered":"Les Chiens de paille de Sam Peckinpah"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Alors qu\u2019un inutile remake vient de sortir aux Etats-Unis dans l\u2019indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale, le chef-d\u2019\u0153uvre de Sam Peckinpah <em>Les Chiens de paille<\/em> (<em>Straw Dogs<\/em>, 1971) est d\u00e9sormais disponible en Blu-ray zone 1 chez MGM, dans une version \u00ab\u00a0unrated\u00a0\u00bb.<br \/>\nLors du montage d\u2019<em>Un nomm\u00e9 Cable Hogue <\/em>(<em>The Ballad of Cable Hogue<\/em>, 1970) Sam Peckinpah envisage plusieurs projets. Celui qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re est une adaptation du roman de James Dickley \u00ab\u00a0Deliverance\u00a0\u00bb. Le travail de Peckinpah prend du retard et <em>D\u00e9livrance<\/em> (<em>Deliverance<\/em>) sera finalement mis en sc\u00e8ne par John Boorman en 1972. D\u00e9\u00e7u par l\u2019abandon de ce qui devait \u00eatre son film suivant, \u00ab\u00a0The Summer Soldiers\u00a0\u00bb, Peckinpah accepte de tourner \u00ab\u00a0The Siege of Trencher\u2019s Farm\u00a0\u00bb, d\u2019apr\u00e8s un roman anglais du m\u00eame nom de Gordon M. Williams (pseudonyme de J. Anderson Black), soumis \u00e0 Peckinpah par le producteur Daniel Melnick et qui avait suscit\u00e9 de la part du cin\u00e9aste un enthousiasme mod\u00e9r\u00e9. Le sc\u00e9nario final, \u00e9crit par David Goodman et Peckinpah, ne conserve pas grand-chose du roman si ce n\u2019est l\u2019assaut final d\u2019une ferme par une bande de voyous. Les auteurs ajoute le viol de l\u2019\u00e9pouse. Le titre devient <em>Les Chiens de paille<\/em> (<em>Straw Dogs<\/em>), expression extraite d\u2019une citation du philosophe chinois Lao-tseu. Les premiers choix de Peckinpah pour la distribution sont Jack Nicholson et Carol White. Mais Dustin Hoffman se montre vivement int\u00e9ress\u00e9 par le r\u00f4le du professeur tandis que le cin\u00e9aste impose la starlette Susan George, au vif regret d\u2019Hoffman qui aurait souhait\u00e9 une actrice plus \u00e2g\u00e9e et moins sexy. Peckinpah s\u2019installe \u00e0 Londres pour son premier tournage sur le continent. Ses monteurs attitr\u00e9s depuis <em>La Horde sauvage<\/em> (<em>The Wild Bunch, <\/em>1969) ne sont pas disponibles et Peckinpah choisit une \u00e9quipe de jeunes monteurs anglais parmi lesquels le futur cin\u00e9aste Roger Spotiswoode qui collaborera ensuite \u00e0 plusieurs films de Peckinpah aux Etats-Unis. C\u2019est Jerry Fielding, fid\u00e8le compositeur du cin\u00e9aste, qui signera la musique. D\u00e8s le d\u00e9but des prises de vues en Cornouailles (tous les ext\u00e9rieurs seront film\u00e9s \u00e0 Londres) un conflit \u00e9clate entre les producteurs et le directeur de la photographie Brian Probyn qui sera remplac\u00e9 par John Coquillon \u00e0 la grande satisfaction du cin\u00e9aste. Victime des conditions climatiques \u00e9pouvantables, Peckinpah tombe gravement malade, mais parvient \u00e0 rester aux commandes du film gr\u00e2ce \u00e0 une forte consommation d\u2019alcool et des injections de vitamines B. R\u00e9put\u00e9 pour son perfectionnisme et son caract\u00e8re ombrageux, Sam Peckinpah ne tarit pas d\u2019\u00e9loges sur le travail de Dustin Hoffman. Dans un environnement tr\u00e8s viril, Susan George doit subir l\u2019hostilit\u00e9 d\u2019Hoffman, et le comportement ambivalent de Peckinpah. Ce dernier, conforme \u00e0 sa r\u00e9putation de macho, mais aussi de cin\u00e9aste obs\u00e9d\u00e9 par le r\u00e9alisme, s\u2019oppose \u00e0 l\u2019utilisation d\u2019une doublure pour la sc\u00e8ne cl\u00e9 du viol. Une fois le tournage termin\u00e9, Peckinpah s\u2019envole pour les Etats-Unis afin de pr\u00e9parer son prochain film, <em>Junior Bonner<\/em>, mais aussi monter tranquillement <em>Straw Dogs<\/em> loin de ses producteurs qui souhaiteraient une fin moins noire. Dans le sc\u00e9nario original le couple \u00e9tait confront\u00e9 apr\u00e8s la tuerie de la ferme aux enfants du village arm\u00e9s jusqu\u2019aux dents. La fin actuelle est peut-\u00eatre moins pessimiste, mais elle conclut le film sur une note ambigu\u00eb et d\u00e9stabilisante pour le spectateur. La m\u00eame ann\u00e9e que <em>Orange m\u00e9canique<\/em> (<em>A Clockwork Orange<\/em>) de Stanley Kubrick, la sortie de <em>Straw Dogs<\/em> r\u00e9active la pol\u00e9mique sur la violence au cin\u00e9ma. La critique am\u00e9ricaine est tr\u00e8s impressionn\u00e9e et le film est un gros succ\u00e8s de scandale, tandis que plusieurs journalistes en Europe n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 taxer Peckinpah de fasciste. Cette accusation, aliment\u00e9e par la fascination du cin\u00e9aste pour la violence, aura la vie longue et continuera d\u2019entacher la filmographie de Peckinpah, comme celle de Samuel Fuller ou de William Friedkin.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Sixi\u00e8me long m\u00e9trage de Sam Peckinpah, <em>Straw Dogs<\/em> est le premier film du cin\u00e9aste \u00e0 ne pas \u00eatre un western et dont l\u2019action est contemporaine de son tournage. En abandonnant non seulement le territoire des Etats-Unis mais aussi le genre am\u00e9ricain par excellence, Peckinpah d\u00e9cide de se confronter \u00e0 un sujet qui le passionne : la barbarie, enfouie sous le vernis plus ou moins \u00e9pais des lois et de la civilisation, toujours prompte \u00e0 exploser. Si le film emprunte au drame psychologique pour s\u2019interroger sur l\u2019importance de la violence, on retrouve dans <em>Straw Dogs<\/em> des situations qui appartiennent au western : en particulier l\u2019assaut final, dans lequel le \u201ch\u00e9ros\u201d doit \u00e0 la fois prot\u00e9ger un fugitif ayant trouv\u00e9 refuge sous son toit, sa femme, mais surtout sa maison. Tout le film de Peckinpah installe une tension progressive jusqu\u2019au morceau de bravoure final, d\u00e9cha\u00eenement baroque de violence et de mort, mis en sc\u00e8ne avec un art du montage et du ralenti \u00e9tabli depuis <em>The Wild Bunch<\/em> et ses fusillades sanglantes.<br \/>\nLe go\u00fbt du cin\u00e9aste pour les sc\u00e8nes de violence emphatiques, \u00e0 la fois stylis\u00e9es et brutales, s\u2019accompagne d\u2019une misanthropie et d\u2019un pessimisme encore plus spectaculaires.<br \/>\nSi le film de Peckinpah est aussi passionnant, c\u2019est parce que son ambigu\u00eft\u00e9 l\u2019emp\u00eache de sombrer dans les travers du film \u00e0 th\u00e8se. Et l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 est toujours plus int\u00e9ressante que la complaisance. Il est \u00e9vident que Peckinpah ne d\u00e9nonce pas la violence, mais en analyse les raisons et les cons\u00e9quences. Le choix de Susan George est symptomatique des intentions du cin\u00e9aste. Son physique juv\u00e9nile et sa sensualit\u00e9 la transforment d\u00e8s le g\u00e9n\u00e9rique (gros plan sur ses seins pointant sous son chandail) en objet de concupiscence pour son ancien petit ami et ses compagnons de beuverie. Il n\u2019est pas interdit de penser que la jeune femme est secr\u00e8tement attir\u00e9e par son ancien amant, m\u00eame si sa fid\u00e9lit\u00e9 et son amour \u00e0 son mari lui interdisent de c\u00e9der \u00e0 ses avances autrement que sous la menace du viol. Si Susan George est trop aguichante, Dustin Hoffman est trop l\u00e2che. Les deux premiers tiers du film s\u2019obstinent \u00e0 le d\u00e9crire en individu veule incapable de tenir t\u00eate aux voyous dont les intrusions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es dans l\u2019intimit\u00e9 du couple inqui\u00e8tent \u00e0 juste titre la jeune femme. Malgr\u00e9 sa sup\u00e9riorit\u00e9 sociale et intellectuelle, il ne cesse de se montrer en position d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 devant la menace physique de la bande de Tom Hedden. Seule avec sa femme, il r\u00e9affirme son besoin de puissance par un comportement misogyne en lui reprochant implicitement son ignorance et en la consid\u00e9rant uniquement \u2013 au m\u00eame titre que ses futurs agresseurs \u2013 comme une cr\u00e9ature sensuelle apte \u00e0 assouvir son d\u00e9sir sexuel. Il est significatif que l\u2019\u00e9veil du personnage de Dustin Hoffman \u00e0 la violence s\u2019effectuera au moment de d\u00e9fendre sa maison contre l\u2019assaut des voyous, et non apr\u00e8s les multiples intimidations et le viol subis par son \u00e9pouse. Dans l\u2019ivresse du combat, il ira jusqu\u2019\u00e0 gifler cette derni\u00e8re, exactement comme son violeur, pour ensuite l\u2019entra\u00eener dans sa fr\u00e9n\u00e9sie meurtri\u00e8re. Si Peckinpah illustre dans <em>Straw Dogs<\/em> la r\u00e9manence des pulsions primitives chez l\u2019homme civilis\u00e9, il \u00e9bauche surtout une r\u00e9flexion \u00e0 la fois cynique et lucide sur le couple et ses fonctionnements paradoxaux, un th\u00e8me qu\u2019il abordera de mani\u00e8re plus frontale dans un autre grand film, <em>Guet-apens<\/em> (<em>The Getaway<\/em>, 1972) interpr\u00e9t\u00e9 par un vrai couple \u00e0 la ville, Steve McQueen et Ali McGraw.<\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_2408\" style=\"width: 650px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/2011\/10\/03\/les-chiens-de-paille-de-sam-peckinpah\/les-chiens-de-paille\/\" rel=\"attachment wp-att-2408\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-2408\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-2408 \" title=\"Dustin Hoffman dans Les Chiens de paille de Sam Peckinpah (1971)\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/10\/les-chiens-de-paille.jpg\" alt=\"Dustin Hoffman dans Les Chiens de paille (1971)\" width=\"640\" height=\"482\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/10\/les-chiens-de-paille.jpg 1600w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/10\/les-chiens-de-paille-371x280.jpg 371w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/10\/les-chiens-de-paille-1019x768.jpg 1019w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/10\/les-chiens-de-paille-580x436.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2408\" class=\"wp-caption-text\">Dustin Hoffman dans <em>Les Chiens de paille<\/em> (1971)<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors qu\u2019un inutile remake vient de sortir aux Etats-Unis dans l\u2019indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale, le chef-d\u2019\u0153uvre de Sam Peckinpah Les Chiens de\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":13283,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - 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