{"id":223,"date":"2011-01-07T13:49:06","date_gmt":"2011-01-07T12:49:06","guid":{"rendered":"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/?p=223"},"modified":"2020-03-28T13:13:02","modified_gmt":"2020-03-28T12:13:02","slug":"zurlini-aujourdhui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/01\/07\/zurlini-aujourdhui\/","title":{"rendered":"Zurlini aujourd\u2019hui"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Le Circolo del cinema Bellinzona, sous la houlette de Michele Dell\u2019Ambrogio, a la bonne id\u00e9e de proposer une int\u00e9grale des films de Valerio Zurlini (en photo avec Alain Delon sur le tournage du <em>Professeur<\/em> en t\u00eate d&rsquo;article), dans plusieurs salles du Tessin, du 10 janvier au 2 mars 2011. \u00ab Lacrime squisite, il cinema di Valerio Zurlini \u00bb est le titre de la r\u00e9trospective. Belle image des \u00ab larmes exquises \u00bb pour \u00e9voquer un auteur \u00e0 l\u2019univers d\u00e9liquescent qui pla\u00e7a la tristesse, et m\u00eame le d\u00e9sespoir au c\u0153ur de son \u0153uvre, br\u00e8ve mais br\u00fblante. De tous les grands cin\u00e9astes italiens, Valerio Zurlini reste le plus discret et le plus secret. Le plus fragile aussi, comme l\u2019atteste sa fr\u00eale carri\u00e8re, \u00e9court\u00e9e par son intransigeance artistique, un caract\u00e8re ombrageux et des d\u00e9boires priv\u00e9s.<br \/>\nUne quinzaine de courts et seulement huit longs m\u00e9trages. C\u2019est peu, surtout \u00e0 une \u00e9poque, les ann\u00e9es 60, o\u00f9 le cin\u00e9ma italien produit \u00e0 tout va et semble s\u2019\u00e9tourdir de sa ph\u00e9nom\u00e9nale effervescence.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">N\u00e9 en 1926 \u00e0 Bologne, Zurlini fait des \u00e9tudes de droit et d\u2019histoire de l\u2019art. Sa passion pour la peinture l\u2019accompagnera toute sa vie, elle nourrira son \u0153uvre et il continuera parall\u00e8lement \u00e0 son travail de cin\u00e9aste une remarquable activit\u00e9 de critique d\u2019art et de collectionneur. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de plusieurs projets (une mal\u00e9diction qui se perp\u00e9tuera tout au long de sa carri\u00e8re), son premier long m\u00e9trage est <em>Les Jeunes Filles<\/em> de San Frediano, suivi d\u2019<em>Un \u00e9t\u00e9 violent<\/em>. Son troisi\u00e8me film est sans doute le plus connu : <em>La Fille \u00e0 la valise<\/em>. A\u00efda (sublime Claudia Cardinale), une fille-m\u00e8re qui chante pour gagner sa vie est l\u00e2chement abandonn\u00e9e par son amant, un fils de bonne famille. Elle rencontre le fr\u00e8re de ce dernier, un jeune homme sensible qui lui offre tendresse et amour. Mais les parents du gar\u00e7on contraignent A\u00efda \u00e0 rompre. Les films de Zurlini sont des drames d\u00e9chirants, qui pr\u00e9f\u00e8rent la r\u00e9tention \u00e0 l&rsquo;outrance lacrymale et l&rsquo;intimisme psychologique aux clich\u00e9s. <em>La Fille \u00e0 la valise<\/em> n&rsquo;atteint pas malgr\u00e9 son pessimisme le d\u00e9sespoir des titres suivants de Zurlini et le nihilisme radical de son chef-d&rsquo;\u0153uvre <em>Le Professeur<\/em> avec Alain Delon. Sans doute parce que la jeunesse et la beaut\u00e9 de ses acteurs att\u00e9nuent la tristesse du film, une histoire d&rsquo;amour impossible, th\u00e8me r\u00e9current dans la filmographie du cin\u00e9aste. Zurlini y rencontre son acteur-f\u00e9tiche Jacques Perrin, offre \u00e0 Claudia Cardinale son premier r\u00f4le important et r\u00e9v\u00e8le son incroyable sensualit\u00e9.<br \/>\nApr\u00e8s le succ\u00e8s de <em>La Fille \u00e0 la valise<\/em>, <em>Journal intime<\/em> vaut \u00e0 Zurlini un Lion d\u2019or m\u00e9rit\u00e9 \u00e0 Venise. Voir ou revoir ce film admirable (restaur\u00e9 en 2005 par la Cin\u00e9math\u00e8que de Rome en \u00e9troite collaboration avec son g\u00e9nial directeur de la photographie Giuseppe Rotunno), c\u2019est aussi se souvenir que certains chefs-d\u2019\u0153uvre, plus ou moins reconnus, plus ou moins confidentiels, sont essentiels \u00e0 l\u2019\u00e9dification d\u2019un rapport fertile, passionn\u00e9 et critique au cin\u00e9ma. <em>Journal intime<\/em> est un film de chevet qui a boulevers\u00e9 non seulement la br\u00e8ve histoire du cin\u00e9matographe, mais aussi le regard de plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de cin\u00e9philes. Avec ce film en particulier, Valerio Zurlini s\u2019impose comme un des cin\u00e9astes les plus importants (et les plus subtils) de la modernit\u00e9 cin\u00e9matographique europ\u00e9enne, aux c\u00f4t\u00e9s de Resnais, Pasolini et Antonioni. Il m\u00e9rite \u00e0 ce titre une perp\u00e9tuelle (re)d\u00e9couverte. Voyage dans le temps et la m\u00e9moire, <em>Journal intime<\/em> raconte la d\u00e9chirante histoire d\u2019amour entre deux fr\u00e8res (Jacques Perrin et Marcello Mastroianni, qui rivalisent de beaut\u00e9 et d\u2019\u00e9motion), s\u00e9par\u00e9s par la vie d\u00e8s l\u2019enfance, puis par la mort \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. Extr\u00eamement moderne par sa narration, mais sans effets tapageurs, le film transcende les r\u00e8gles du m\u00e9lodrame, en \u00e9tat de gr\u00e2ce permanent.<br \/>\n<em>Journal intime<\/em>, \u0153uvre fr\u00e9missante, est embl\u00e9matique des r\u00e9volutions formelles qui agit\u00e8rent la production transalpine des ann\u00e9es 60, voisine de la Nouvelle Vague et cependant ancr\u00e9e dans une tradition litt\u00e9raire et picturale italienne. Le film est adapt\u00e9 d\u2019un roman de Vasco Pratolini, grand \u00e9crivain et sc\u00e9nariste \u00e0 la sensibilit\u00e9 proche de Zurlini.<br \/>\nEn 1972, un autre chef-d\u2019\u0153uvre vient dialoguer avec <em>Journal intime<\/em>. Il s\u2019agit du <em>Professeur<\/em> (titre fran\u00e7ais indigne de l\u2019italien, <em>La prima notte di quiete<\/em>, \u00ab la premi\u00e8re nuit de tranquillit\u00e9 \u00bb, soit la mort \u2013 selon Goethe). Zurlini, en pleine crise existentielle, s\u2019y livre comme jamais. C\u2019est un film d\u2019une noirceur absolue, nihiliste et bouleversant, une nouvelle histoire d\u2019amour impossible qui n\u2019a d\u2019autre issue que l\u2019an\u00e9antissement. Zurlini ne parle plus des rapports entre deux fr\u00e8res, mais de l\u2019attirance d\u2019un professeur de lettres pour une de ses \u00e9tudiantes (la tr\u00e8s belle Sonia Petrovna, la m\u00eame ann\u00e9e que <em>Ludwig<\/em> de Visconti !), dans une Rimini hivernale o\u00f9 nous retrouvons le talent de paysagiste de Zurlini, cette fois-ci \u00e9paul\u00e9 par le grand coloriste Carlo Di Palma, et le froid lyrisme de sa mise en sc\u00e8ne. Entour\u00e9 d\u2019une bande de \u00ab vittelloni \u00bb assez louches (parmi lesquels Giancarlo Giannini et Renato Salvatori), Alain Delon y est admirable, dans un de ses meilleurs r\u00f4les \u2013 et sans doute le plus path\u00e9tique. \u00c9galement co-producteur, la star fran\u00e7aise se brouillera avec le cin\u00e9aste, changera le titre et coupera pr\u00e8s de quarante-cinq minutes du film lors de son exploitation fran\u00e7aise. C\u2019est \u00e9videmment dans sa longue, ext\u00e9nuante et d\u00e9pressive version italienne qu\u2019il faut d\u00e9couvrir, voir et revoir jusqu\u2019au malaise ce monument d\u2019autodestruction et de passion morbide.<br \/>\nAvant et apr\u00e8s ce testament cin\u00e9matographique, Zurlini aura r\u00e9alis\u00e9 deux films inaboutis et fantomatiques, incursions all\u00e9goriques hors de l\u2019Italie, <em>Seduto alla sua destra<\/em> et Le <em>D\u00e9sert des Tartares<\/em> d\u2019apr\u00e8s Dino Buzzati. <em>Seduto alla sua destra<\/em> (\u00ab assis \u00e0 sa droite \u00bb, comme Judas lors du dernier repas) \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine un sketch du film politique collectif <em>Vangelo \u201870<\/em> produit par Carlo Lizzani, qui devint finalement un long m\u00e9trage. Inspir\u00e9 par le destin du dirigeant congolais Patrice Lumumba, le film est aussi une transposition tiers-mondiste de la vie du Christ, dans une Afrique abstraite ravag\u00e9e par la violence. La distribution du film participe \u00e0 son \u00e9tranget\u00e9. Aux c\u00f4t\u00e9s de Jean Servais et du pasolinien Franco Citti, on y retrouve le magnifique acteur am\u00e9ricain Woody Strode, inoubliable sergent noir de John Ford, dans le r\u00f4le de l\u2019ind\u00e9pendantiste africain trahi et supplici\u00e9. Ce sera la premi\u00e8re incursion de Woody Strode dans le cin\u00e9ma italien, avant que celui-ci ne squatte les studios de Cinecitt\u00e0 dans les ann\u00e9es 70, du g\u00e9n\u00e9rique d\u2019<em>Il \u00e9tait une fois dans l\u2019Ouest<\/em> jusqu\u2019aux films bis d\u2019Enzo G. Castellari et Fernando Di Leo. \u00c0 peine montr\u00e9 en Italie, invisible et totalement inconnu en France, <em>Seduto alla sua destra sera<\/em> (mal) distribu\u00e9 aux Etats-Unis comme un film de \u00ab blaxploitation \u00bb sous le titre <em>Black Jesus<\/em>. Chacune de ses projections publiques est donc un \u00e9v\u00e9nement suffisamment rare pour \u00eatre signal\u00e9.<br \/>\n<em>Le D\u00e9sert des Tartares<\/em> est une grosse production europ\u00e9enne tourn\u00e9e en Iran o\u00f9 ressurgissent le motif guerrier et le go\u00fbt de l\u2019abstraction qui semblent hanter Zurlini. Co-produit et interpr\u00e9t\u00e9 par Jacques Perrin, avec de grands acteurs internationaux, <em>Le D\u00e9sert des Tartares<\/em> est une entreprise fascinante de cin\u00e9ma m\u00e9taphysique que le cin\u00e9aste, malade, affaibli et alcoolique ne semble plus vraiment \u00eatre en mesure de contr\u00f4ler. C\u2019est son assistant Christian de Chalonge qui aurait r\u00e9alis\u00e9 une grande partie du film. Zurlini meurt \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 56 ans, en 1982. Petit-ma\u00eetre, g\u00e9nie maudit ou cin\u00e9aste du spleen, il laisse une \u0153uvre inachev\u00e9e, mais dont les vestiges nous hanteront pour toujours.<\/span><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.cicibi.ch\/10_11_zurlini\/10_11_zurlini\/presentazione.html\">Pr\u00e9sentation<br \/>\n<\/a><a href=\"http:\/\/www.cicibi.ch\/10_11_zurlini\/10_11_zurlini\/programma.html\">Programme<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Le Circolo del cinema Bellinzona, sous la houlette de Michele Dell\u2019Ambrogio, a la bonne id\u00e9e de proposer une int\u00e9grale\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Zurlini aujourd\u2019hui - Olivier P\u00e8re<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/01\/07\/zurlini-aujourdhui\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Zurlini aujourd\u2019hui - Olivier P\u00e8re\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"&nbsp; 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