{"id":2186,"date":"2011-10-20T08:00:09","date_gmt":"2011-10-20T07:00:09","guid":{"rendered":"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/?p=2186"},"modified":"2020-03-28T13:24:57","modified_gmt":"2020-03-28T12:24:57","slug":"integrale-fritz-lang-a-la-cinematheque-francaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/10\/20\/integrale-fritz-lang-a-la-cinematheque-francaise\/","title":{"rendered":"Int\u00e9grale Fritz Lang \u00e0 la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">S\u2019il fallait d\u00e9signer le plus grand metteur en sc\u00e8ne de l\u2019histoire du cin\u00e9ma, nul doute que le nom de Fritz Lang (1890-1976) nous viendrait automatiquement \u00e0 l\u2019esprit. Une \u00e9vidence partag\u00e9e par bon nombre de cin\u00e9philes et qui pourra se v\u00e9rifier du 19 octobre au 5 d\u00e9cembre \u00e0 l\u2019occasion de la r\u00e9trospective compl\u00e8te de son \u0153uvre organis\u00e9e par la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise. On pourra y revoir tout Fritz Lang, p\u00e9riodes allemandes et am\u00e9ricaine confondues, et admirer une filmographie qui compte presque trop de chefs-d\u2019\u0153uvre pour \u00eatre honn\u00eate. Des films monumentaux du jeune visionnaire de la p\u00e9riode muette \u00e0 la perfection d\u00e9sabus\u00e9e des trois derniers films allemands du vieux ma\u00eetre de retour \u00e0 Berlin apr\u00e8s une longue parenth\u00e8se hollywoodienne (<em>Le Tombeau hindou<\/em>, <em>Le Tigre du Bengale<\/em>, <em>Le Diabolique Docteur Mabuse<\/em>, sublimes \u0153uvres de vieillesse), totalement incompris \u00e0 leur sortie sauf par la jeune critique fran\u00e7aise, il y a toujours quelque chose d\u2019intimidant, parce que sup\u00e9rieur, dans la ma\u00eetrise du cin\u00e9ma de Fritz Lang.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\"><br \/>\nIl influence plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de cin\u00e9astes avec une des plus grosses superproductions (de science-fiction) de tous les temps (<em>Metropolis<\/em>, qui ressort en salles dans une version longue in\u00e9dite et fait l\u2019objet d\u2019une exposition, con\u00e7ue en 2009 par la Cin\u00e9math\u00e8que de Berlin, reprise et enrichie par la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise jusqu\u2019au 29 janvier), utilise g\u00e9nialement le son d\u00e8s son premier film parlant (<em>M le maudit<\/em>), parvient \u00e0 ciseler une s\u00e9rie de films parfaits \u00e0 Hollywood malgr\u00e9 les contraintes des studios et des petits budgets, transforme enfin des films de genre tr\u00e8s populaires en testaments artistiques et moraux. La premi\u00e8re partie de l\u2019\u0153uvre de Lang (les films muets allemands), \u00e0 l\u2019impressionnante composition architecturale, est marqu\u00e9e par la notion tr\u00e8s germanique du Destin. Avec <em>Les Nibelungen<\/em> (1924), diptyque ambitieux d\u2019apr\u00e8s la c\u00e9l\u00e8bre l\u00e9gende germanique, Lang souhaite, contrairement \u00e0 Wagner, humaniser les h\u00e9ros de cette \u00e9pop\u00e9e nationale, tout en prolongeant une r\u00e9flexion personnelle sur le combat de l&rsquo;homme contre sa destin\u00e9e, d\u00e9j\u00e0 au c\u0153ur d\u2019un pr\u00e9c\u00e9dent film <em>Les Trois Lumi\u00e8res.<\/em> Malgr\u00e9 des th\u00e9matiques aussi imposantes, le cin\u00e9ma de Lang n\u2019est jamais lourd. Il est dense, intense m\u00eame, terrible dans sa rigueur et sa lucidit\u00e9, et sublime par la puissance visionnaire de ses images et la composition extraordinaire de chaque plan, comme en t\u00e9moigne cette saga monumentale, ind\u00e9passable sommet du cin\u00e9ma \u00e9pique. Apr\u00e8s <em>Les Nibelungen<\/em>, Fritz Lang se consacre \u00e0 un projet presque modeste, un sensationnel r\u00e9cit d\u2019espionnage. <em>Les Espions<\/em> (1928) est un thriller \u00e9blouissant, un mod\u00e8le de cin\u00e9ma d\u2019action et de suspens truff\u00e9 de sc\u00e8nes spectaculaires et dont le style \u00e9pur\u00e9 et abstrait annonce les implacables films noirs de la p\u00e9riode am\u00e9ricaine de Lang. Dans la filmographie de Fritz Lang, <em>La Femme sur la Lune <\/em>(1929), \u00e0 l\u2019instar des<em> Espions,<\/em> est une \u0153uvre presque l\u00e9g\u00e8re et optimiste. Adieux de Fritz Lang aux grosses machineries de studio, <em>La Femme sur la Lune <\/em>est le premier film de science-fiction s\u00e9rieux et r\u00e9aliste. Dans la filmographie de Fritz Lang, il vient clore la p\u00e9riode muette du cin\u00e9aste, au cours de laquelle Lang explora, avec des moyens colossaux, le patrimoine culturel allemand et les mythologies germaniques (<em>Les Nibelungen<\/em>) mais aussi les territoires du r\u00eave, de l&rsquo;imagination et du futur (<em>Metropolis<\/em>). D\u00e8s ses premiers films parlants (<em>M le maudit <\/em>et <em>Le Testament du docteur Mabuse<\/em>), Lang s\u2019int\u00e9ressera enfin \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 et au monde moderne. <em>La Femme sur la Lune<\/em> qui raconte la pr\u00e9paration puis le d\u00e9roulement d&rsquo;une exp\u00e9dition lunaire, s&rsquo;\u00e9loigne pourtant du folklore du cin\u00e9ma de science-fiction et des premiers r\u00e9cits de croisi\u00e8res sid\u00e9rales mis en image par M\u00e9li\u00e8s. Ici, point de s\u00e9l\u00e9nites, de fus\u00e9es de fantaisie ou de monstres extra-terrestres. M\u00eame si le film d\u00e9bute par des p\u00e9rip\u00e9ties emprunt\u00e9es au cin\u00e9ma d&rsquo;espionnage, <em>La Femme sur la Lune<\/em> s&rsquo;affranchit dans sa seconde partie des conventions du feuilleton en vogue et des serials de luxe pr\u00e9c\u00e9demment film\u00e9s par Lang.<br \/>\nLe cin\u00e9aste d\u00e9cide de s&rsquo;entourer de savants et de s&rsquo;appuyer sur la r\u00e9alit\u00e9 scientifique. Il parviendra m\u00eame \u00e0 anticiper l&rsquo;histoire de la conqu\u00eate spatiale, notamment en inventant le principe du compte \u00e0 rebours, employ\u00e9 dans un souci de suspens dramatique. \u00c0 l&rsquo;instar de Jules Verne en litt\u00e9rature, certaines trouvailles de Lang se r\u00e9v\u00e9leront proph\u00e9tiques, et les Nazis interdiront le film et d\u00e9truiront les maquettes du vaisseau spatial, trop proches des v\u00e9ritables V1 et V2 tenus secrets par le r\u00e9gime.<em><br \/>\nM le maudit<\/em> (1932) et <em>Le Testament du docteur Mabuse<\/em> (1933), chefs-d&rsquo;\u0153uvre absolus de l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma, sont les deux premiers films sonores de Fritz Lang. Deuxi\u00e8me film parlant de Fritz Lang, et seconde rencontre avec le docteur Mabuse apr\u00e8s le diptyque muet de 1922, <em>Le Testament du docteur Mabuse<\/em> s&rsquo;inspire encore de la forme feuilletonesque et des p\u00e9rip\u00e9ties violentes qui avaient assur\u00e9 le triomphe de ce g\u00e9nie du Mal, mais cette fois-ci Lang est davantage sensible \u00e0 la port\u00e9e politique, voire documentaire, de son film. Les exactions d\u00e9crites (attentats, explosions, menaces) sont directement tir\u00e9es des colonnes des faits-divers, et t\u00e9moignent de la tension qui pouvait r\u00e9gner en Allemagne \u00e0 l&rsquo;aube du nazisme. <em>Le Testament du docteur Mabuse<\/em> appartient \u00e0 une p\u00e9riode transitoire dans la filmographie de Lang, qui ne signa que trois films entre sa grande p\u00e9riode muette et son exil hollywoodien. On constate, comme dans <em>M le maudit<\/em>, une ma\u00eetrise impressionnante dans l&rsquo;utilisation dramatique des \u00e9l\u00e9ments sonores et un sens incroyable du suspens et de l&rsquo;action. Les passages surnaturels, quant \u00e0 eux, ont conserv\u00e9 leur terrifiante pr\u00e9cision onirique. Cin\u00e9aste des hommes victimes de leur destin, Lang a ainsi donn\u00e9 naissance en deux films cons\u00e9cutifs, d&rsquo;une implacable lucidit\u00e9 sur les dangers du nazisme, au plus path\u00e9tique des assassins (M) et au plus omnipotent des criminels (Mabuse).<br \/>\nHant\u00e9 par cette cr\u00e9ation fascinante, Lang conclura sa carri\u00e8re avec une ultime r\u00e9apparition de Mabuse, en triomphateur des m\u00e9dias et de la soci\u00e9t\u00e9 de surveillance, dans le proph\u00e9tique <em>Diabolique Docteur Mabuse<\/em> (1960).<br \/>\nLang d\u00e9bute sa p\u00e9riode am\u00e9ricaine avec deux grands films\u00a0: <em>Furie<\/em> (1936) sur le th\u00e8me du lynchage avec Spencer Tracy et <em>J\u2019ai le droit de vivre<\/em> (1937) qui conte la cavale tragique d\u2019un jeune r\u00e9cidiviste et de son \u00e9pouse (couple bouleversant form\u00e9 par Henry Fonda et Sylvia Sidney) rattrap\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 mais aussi la fatalit\u00e9. Ce sont deux chefs-d\u2019\u0153uvre de la carri\u00e8re de Fritz Lang et de l\u2019histoire du cin\u00e9ma dans son ensemble.<br \/>\nDans les ann\u00e9es 40 Hollywood participe \u00e0 l\u2019effort de guerre et produit de nombreux films antinazis. Lang, comme Hitchcock, r\u00e9alise durant cette p\u00e9riode quelques-uns des plus beaux films d\u2019espionnage de l\u2019histoire du cin\u00e9ma. Les actes de bravoure les plus extraordinaires, les rebondissements les plus romanesques sont souvent ceux inspir\u00e9s par l\u2019Histoire, tandis que l\u2019espion se r\u00e9v\u00e8le un personnage exemplaire sur le plan cin\u00e9matographique, \u00e0 d\u00e9faut de la morale\u00a0: le mensonge, l\u2019imposture, la trahison ou le simulacre, au c\u0153ur du film d\u2019espionnage, vont permettre \u00e0 Lang (<em>Chasse \u00e0 l\u2019homme<\/em>, <em>Les bourreaux meurent aussi<\/em>, <em>Le Minist\u00e8re de la peur<\/em>, <em>Cape et Poignard<\/em>) de conjuguer le suspens sentimental et policier, mettre en sc\u00e8ne l\u2019action mais aussi les dialogues comme des armes \u00e0 double tranchant.<em><br \/>\nLe Retour de Frank James<\/em> (1940) ne figure pas au panth\u00e9on des classiques du cin\u00e9aste allemand. Il s&rsquo;agit pourtant d&rsquo;un film g\u00e9nial, la d\u00e9monstration que Fritz Lang, rapidement tomb\u00e9 de son pi\u00e9destal en arrivant aux Etats-Unis, est parvenu \u00e0 ciseler une s\u00e9rie de films parfaits \u00e0 Hollywood malgr\u00e9 les contraintes des studios et des petits budgets, transformant des films de genre tr\u00e8s populaires en r\u00e9flexions personnelles.<br \/>\nEn 1939 <em>Le Brigand bien-aim\u00e9<\/em> d&rsquo;Henry King, biographie romanc\u00e9e de Jesse James (interpr\u00e9t\u00e9 par Tyrone Power) remporte un tr\u00e8s grand succ\u00e8s. Un an plus tard, la Fox d\u00e9cide d&rsquo;en produire la suite, dans laquelle Henry Fonda, qui jouait d\u00e9j\u00e0 Frank dans le film de King, part \u00e0 la poursuite des Fr\u00e8res Ford,\u00a0 l\u00e2ches assassins son fr\u00e8re Jesse. Cette entreprise purement mercantile, et ignorant la v\u00e9rit\u00e9 historique (Frank James ne fut en rien responsable de la mort des fr\u00e8res Ford) entend profiter de la popularit\u00e9 du film de King et d&rsquo;Henry Fonda. Lang, qui a d\u00e9j\u00e0 sign\u00e9 trois films \u00e0 Hollywood, accepte la commande avec humilit\u00e9. C&rsquo;est l&rsquo;occasion pour lui, qui a soif d&rsquo;int\u00e9gration, de se confronter au western, le genre am\u00e9ricain par excellence, qu&rsquo;il compare aux mythes et aux sagas germaniques qu&rsquo;il avait illustr\u00e9 dans ses films muets. <em>Le Retour de Frank James<\/em> impressionne par son utilisation impressionnante de la couleur (pour la premi\u00e8re fois dans la filmographie de Lang), sa gestion de l&rsquo;espace et le d\u00e9roulement implacable de son r\u00e9cit. On retrouve la th\u00e9matique du Destin dans ses films am\u00e9ricains. Lang, \u00e9galement obs\u00e9d\u00e9 par le th\u00e8me de la vengeance (tant individuelle que collective \u2013 voir <em>M le Maudit <\/em>ou <em>Furie<\/em>), prend donc ce \u00ab petit\u00a0\u00bb western tr\u00e8s au s\u00e9rieux. La vengeance et son impossibilit\u00e9 ontologique continueront de passionner Lang qui leur consacrera deux autres chefs-d\u2019\u0153uvre dans les ann\u00e9es 50\u00a0: <em>L&rsquo;Ange des maudits<\/em> (western avec Marlene Dietrich) et <em>R\u00e8glements de comptes, <\/em>film extraordinairement noir et violent dans lequel le cin\u00e9aste poursuit ses interrogations sur la morale et la culpabilit\u00e9, en montrant ici le d\u00e9sir de la vengeance et son impossibilit\u00e9 (en lutte contre la corruption dans une petite ville am\u00e9ricaine, un flic d\u00e9missionne de la police afin de mener sa propre enqu\u00eate sur l\u2019assassinat de sa femme, morte \u00e0 sa place dans l\u2019explosion de sa voiture.)<em><br \/>\nHouse by the River<\/em> (1950) est une \u00e9tude criminelle g\u00e9niale et terrible, dans laquelle Fritz Lang dresse le portrait d&rsquo;un assassin particuli\u00e8rement r\u00e9pugnant. Fritz Lang s&rsquo;int\u00e9ressa tout au long de son \u0153uvre \u00e0 l&rsquo;arbitraire du Destin et \u00e0 la psychologie criminelle. Il a souvent montr\u00e9 dans ses films, de <em>M le maudit<\/em> \u00e0 <em>La Cinqui\u00e8me Victime<\/em>, que les assassins sont aussi path\u00e9tiques que leurs victimes, captifs et esclaves de leurs pulsions ou de l&rsquo;engrenage social. Mais Jamais Lang ne s&rsquo;est approch\u00e9 aussi pr\u00e8s du Mal incarn\u00e9 (sauf bien s\u00fbr dans ses \u0153uvres abordant ouvertement le nazisme) que dans cette g\u00e9niale s\u00e9rie B, un des titres les plus sous-estim\u00e9s de sa carri\u00e8re am\u00e9ricaine. <\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_2198\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/2011\/10\/20\/integrale-fritz-lang-a-la-cinematheque-francaise\/house-by-the-river\/\" rel=\"attachment wp-att-2198\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-2198\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-2198\" title=\"House by the River de Fritz Lang (1949)\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/09\/house-by-the-river.jpg?w=300\" alt=\"House by the River (1949)\" width=\"300\" height=\"229\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/09\/house-by-the-river.jpg 1600w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/09\/house-by-the-river-365x280.jpg 365w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/09\/house-by-the-river-1002x768.jpg 1002w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/09\/house-by-the-river-580x444.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2198\" class=\"wp-caption-text\"><em>House by the River<\/em> (1949)<\/p><\/div>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\"><em>House by the River<\/em> baigne du d\u00e9but \u00e0 la fin dans une atmosph\u00e8re sombre et gothique. Un \u00e9crivain rat\u00e9 \u00e9trangle par accident sa jeune et s\u00e9duisante bonne. Il jette le corps dans le fleuve avec la complicit\u00e9 forc\u00e9e de son fr\u00e8re, un honn\u00eate homme abus\u00e9 une fois de plus par les mensonges de son cadet, qu&rsquo;il a toujours prot\u00e9g\u00e9 tout en d\u00e9plorant la faiblesse de caract\u00e8re. Exalt\u00e9 par ce crime qui r\u00e9veille en lui des d\u00e9sirs de puissance et de gloire, l&rsquo;\u00e9crivain transforme le fait-divers en tremplin publicitaire pour sa carri\u00e8re litt\u00e9raire, fait peser les soup\u00e7ons sur son fr\u00e8re et adopte un comportement de plus en plus irascible et violent \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de son \u00e9pouse. Si Lang souligne la pathologie de son criminel, rong\u00e9 par la frustration et l&rsquo;impuissance cr\u00e9atrice et \u00e9cras\u00e9 de surcro\u00eet sous le poids de l&rsquo;hypocrisie bourgeoise, il refuse de lui accorder des excuses et nous fait partager son d\u00e9go\u00fbt pour ce personnage abject qui bafoue la morale et la d\u00e9cence. Lang laisse \u00e9clater dans cette \u0153uvre au noir un pessimisme aussi implacable et pr\u00e9cis que sa mise en sc\u00e8ne.<em><br \/>\nHouse by the River<\/em>est un film qui aborde des th\u00e8mes psychanalytiques, comme avant lui d\u2019autres films de Lang, qui s\u2019int\u00e9ressait aux th\u00e9ories freudienne, aux r\u00eaves et \u00e0 l\u2019inconscient.<\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_2698\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/2011\/10\/20\/integrale-fritz-lang-a-la-cinematheque-francaise\/la-femme-au-portrait\/\" rel=\"attachment wp-att-2698\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-2698\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-2698\" title=\"La Femme au portrait de Fritz Lang (1944)\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/10\/la-femme-au-portrait1.jpg?w=300\" alt=\"La Femme au portrait de Fritz Lang (1944)\" width=\"300\" height=\"232\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/10\/la-femme-au-portrait1.jpg 1579w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/10\/la-femme-au-portrait1-360x280.jpg 360w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/10\/la-femme-au-portrait1-989x768.jpg 989w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/10\/la-femme-au-portrait1-580x449.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2698\" class=\"wp-caption-text\"><em>La Femme au portrait<\/em> de Fritz Lang (1944)<\/p><\/div>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\"><em>La Femme au portrait <\/em>est un r\u00e9cit onirique dans lequel Edward G. Robinson r\u00eave d\u2019une jeune femme fascinante (Joan Bennett) qui le transforme accidentellement en meurtrier. <em>La Rue Rouge<\/em>, toujours avec Robinson et Bennett, est un remake de<em> La Chienne <\/em>de Renoir, tandis que <em>Le Secret derri\u00e8re la porte<\/em> est une variation psychanalytique autour du conte de Barbe-Bleue, o\u00f9 Michael Redgrave remplace Robinson aux c\u00f4t\u00e9s de la belle Joan Bennett, \u00e9galement productrice de ces trois films avec Lang. Le dernier film de Joan Bennett est <em>Suspiria<\/em> (1977) de Dario Argento, grand admirateur du cin\u00e9ma de Lang.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Chef-d&rsquo;\u0153uvre de la p\u00e9riode hollywoodienne de Lang, <em>Les Contrebandiers de Moonfleet <\/em>(1955) est un film de chevet qu&rsquo;on a envie d&rsquo;offrir aux autres, un film de passeur sur le passage. Un essai posthume de Serge Daney s\u2019intitule d\u2019ailleurs \u00ab\u00a0L&rsquo;exercice a \u00e9t\u00e9 profitable, Monsieur\u00a0\u00bb, en hommage \u00e0 une phrase \u00e9nonc\u00e9 dans le film.<br \/>\nPour la cin\u00e9philie fran\u00e7aise, \u00ab\u00a0Moonfleet\u00a0\u00bb sonne comme un mot de passe. On en trouve m\u00eame un extrait dans <em>Les Enfants du placard<\/em> de Benoit Jacquot. Admirateur du Lang am\u00e9ricain, le groupe des mac-mahonniens distribua le film en contrebande et milita pour sa reconnaissance critique alors qu&rsquo;il ne s&rsquo;agissait pour Hollywood qu&rsquo;un produit de s\u00e9rie, r\u00e9alis\u00e9 dans les studios de la MGM. Le principal int\u00e9ress\u00e9 n&rsquo;y croyait pas beaucoup non plus. Lang a souvent parl\u00e9 de ce film, dernier avatar des aventures historiques tourn\u00e9es par Stewart Granger, comme d&rsquo;une simple commande accept\u00e9e par esprit de revanche. Granger y interpr\u00e8te Jeremy Fox, un contrebandier qui recueille malgr\u00e9 lui John Mohune, un jeune orphelin, bient\u00f4t m\u00eal\u00e9 aux affaires louches de ce p\u00e8re de substitution, mauvais et malhonn\u00eate mais admir\u00e9. Le film est en CinemaScope, format inhabituel dans l&rsquo;\u0153uvre de Lang qui pr\u00e9tendit le d\u00e9tester, tout juste bon, comme il l&rsquo;affirme dans <em>Le M\u00e9pris<\/em>, \u00e0 filmer les serpents et les enterrements. Lang d\u00e9nigra aussi le d\u00e9nouement, happy end impos\u00e9 par les studios qui vient s&rsquo;ajouter \u00e0 la conclusion voulue par Lang, plus pessimiste. Il n&#8217;emp\u00eache que pour plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de cin\u00e9philes, <em>Les Contrebandiers de Moonfleet<\/em> est le film d&rsquo;un esth\u00e8te et d&rsquo;un moraliste, un des sommets de la carri\u00e8re de Lang. Le film \u00e0 costume peut para\u00eetre incongru dans la filmographie d&rsquo;un cin\u00e9aste si peu concern\u00e9 par les effets d\u00e9coratifs, mais cette histoire de faux fant\u00f4mes cach\u00e9s dans un cimeti\u00e8re sur une lande reconstitu\u00e9e en studio n&rsquo;est pas sans rappeler le romantisme noir d&rsquo;un de ses grands films muets allemands, <em>Les Trois Lumi\u00e8res<\/em>. L&rsquo;\u00e9cran large honni par Lang ne l&#8217;emp\u00eache pas de composer des plans rigoureux et \u00e9l\u00e9gants \u00e0 la picturalit\u00e9 discr\u00e8te. Quant au r\u00e9cit d&rsquo;apprentissage dans lequel un gar\u00e7on est confront\u00e9 \u00e0 la violence et la mort, il confirme le regard implacable de Lang sur l&rsquo;humanit\u00e9. Le cin\u00e9aste a transform\u00e9 cette s\u00e9rie B en chef-d&rsquo;\u0153uvre sur la fin de l&rsquo;enfance et l&rsquo;entr\u00e9e dans le monde des adultes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Apr\u00e8s <em>Les Contrebandiers de Moonfleet<\/em>, Lang r\u00e9alise la m\u00eame ann\u00e9e (1956) deux ultimes films, absolument g\u00e9niaux, aux Etats-Unis, mais qui ne sont pas consid\u00e9r\u00e9s \u00e0 leur juste valeur au moment de leur sortie\u00a0: <em>La Cinqui\u00e8me Victime<\/em> (une nouvelle histoire de tueur en s\u00e9rie qui fustige le cynisme des m\u00e9dias voulant exploiter une affaire criminelle) et <em>L\u2019Invraisemblable V\u00e9rit\u00e9<\/em>, conte moral d\u2019une extr\u00eame noirceur qui prend le sujet de la peine de mort comme pr\u00e9texte pour d\u00e9montrer que \u00ab\u00a0tous les hommes sont coupables\u00a0\u00bb. Sur le fond, ces deux films ne sont pas tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s de <em>M le<\/em> <em>maudit<\/em> ou du <em>Testament du docteur Mabuse<\/em>, mais le style du cin\u00e9aste est devenu plus \u00e9pur\u00e9, d\u2019une froideur clinique, et son regard sur l\u2019humanit\u00e9 encore plus pessimiste.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">A la fin des ann\u00e9es 50, Fritz Lang revient en Allemagne (ou plut\u00f4t en RFA) et signe pour le producteur Artur Brauner (plus habitu\u00e9s aux s\u00e9ries B qu\u2019aux films de grands ma\u00eetres) un splendide diptyque indien, <em>Le Tigre du Bengale<\/em> et <em>Le Tombeau hindou<\/em>.<\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_2202\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/2011\/10\/20\/integrale-fritz-lang-a-la-cinematheque-francaise\/le-tigre-du-bengale-1\/\" rel=\"attachment wp-att-2202\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-2202\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-2202\" title=\"Le Tigre du Bengale de Fritz Lang (1958)\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/09\/le-tigre-du-bengale-1.jpg?w=300\" alt=\"Le Tigre du Bengale (1958)\" width=\"300\" height=\"212\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/09\/le-tigre-du-bengale-1.jpg 1600w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/09\/le-tigre-du-bengale-1-395x280.jpg 395w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/09\/le-tigre-du-bengale-1-1024x725.jpg 1024w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/2011\/09\/le-tigre-du-bengale-1-580x411.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2202\" class=\"wp-caption-text\"><em>Le Tigre du Bengale<\/em> (1958)<\/p><\/div>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Triple retour aux sources\u00a0: celle de l\u2019Allemagne, du serial (il s\u2019agit au d\u00e9part d\u2019un roman et d\u2019un sc\u00e9nario de Thea von Harbou qui avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9 au cin\u00e9ma en 1921 par Joe May et en 1938 \u2013 sans g\u00e9nie &#8211; par Richard Eichberg) et du Destin (le grand sujet du film). La rigueur architecturale et la somptuosit\u00e9 plastique de la mise en sc\u00e8ne font de ces sublimes films d\u2019aventures po\u00e9tiques et philosophiques le sommet testamentaire de l\u2019\u0153uvre de Lang, h\u00e9las incompris par la majorit\u00e9 des critiques au moment de leurs sorties, \u00e0 l\u2019instar de <em>Gertrud<\/em> de Dreyer ou <em>Fronti\u00e8re chinoise<\/em> de Ford.<br \/>\nLe dernier film de Lang, de nouveau produit par Brauner est un serial moderne o\u00f9 le cin\u00e9aste retrouve sa fameuse cr\u00e9ation Mabuse, proph\u00e8te de la soci\u00e9t\u00e9 de surveillance dans un monde d\u00e9shumanis\u00e9 peupl\u00e9 d\u2019automates et de zombies, all\u00e9gorie cruelle de l\u2019Allemagne de l\u2019apr\u00e8s-guerre : <em>Le Diabolique docteur Mabuse<\/em> (1960).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Claude Chabrol, le plus langien des cin\u00e9astes fran\u00e7ais, avait trouv\u00e9 le mot juste pour qualifier le cin\u00e9ma de son auteur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0implacable\u00a0\u00bb. Chabrol analysait \u00e9galement comment Lang introduit le sentiment de fatalit\u00e9 dans ses films, en avan\u00e7ant que \u00ab\u00a0chaque plan est consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019ensemble du monde, et le monde s\u2019arr\u00eate au cadre.\u00a0\u00bb Certains commentateurs ou historiens ont pu faire des rapprochements plus ou moins pertinents entre les grands th\u00e8mes abord\u00e9s par Lang dans ses films \u2013 la culpabilit\u00e9, la morale, la vengeance &#8211; et des \u00e9l\u00e9ments biographiques assez fameux, comme le doute sur sa responsabilit\u00e9 directe dans le suicide de sa femme, qu\u2019il trompait avec sa sc\u00e9nariste Thea von Harbou (avec qui il signa ses premiers gros succ\u00e8s allemands), ses v\u00e9ritables sentiments sur le nazisme au moment de <em>Metropolis<\/em>, ou sa fuite de Berlin lorsque Goebbels lui propose de diriger le cin\u00e9ma allemand (\u00e9pisode c\u00e9l\u00e8bre que Lang avait pris soin de romancer et de transformer en acte plus h\u00e9ro\u00efque qu\u2019il ne l\u2019avait \u00e9t\u00e9 vraiment dans la r\u00e9alit\u00e9.) Le grand cin\u00e9aste connut une fin path\u00e9tique. Lang se retrouva r\u00e9duit au ch\u00f4mage par la vieillesse et sa mauvaise r\u00e9putation de tyran misanthrope, malgr\u00e9 le soutien de nombreux jeunes critiques et cin\u00e9astes fran\u00e7ais (il fait une apparition magnifique dans <em>Le M\u00e9pris<\/em> de Jean-Luc Godard, et essaya en vain de monter un ultime projet avec Jeanne Moreau). Puis l\u2019oubli de Berlin et Hollywood, la solitude. Et la mort.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u2019il fallait d\u00e9signer le plus grand metteur en sc\u00e8ne de l\u2019histoire du cin\u00e9ma, nul doute que le nom de Fritz\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Int\u00e9grale Fritz Lang \u00e0 la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise - Olivier P\u00e8re<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/10\/20\/integrale-fritz-lang-a-la-cinematheque-francaise\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Int\u00e9grale Fritz Lang \u00e0 la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise - 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