{"id":21664,"date":"2017-12-30T17:58:17","date_gmt":"2017-12-30T16:58:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/?p=21664"},"modified":"2020-04-10T18:51:21","modified_gmt":"2020-04-10T17:51:21","slug":"diable-emporte-entretien-jean-claude-brisseau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2017\/12\/30\/diable-emporte-entretien-jean-claude-brisseau\/","title":{"rendered":"Que le diable nous emporte : entretien avec Jean-Claude Brisseau"},"content":{"rendered":"<p>Le nouveau long m\u00e9trage de Jean-Claude Brisseau, <em>Que le diable nous emporte<\/em>, sort mercredi 10 janvier, distribu\u00e9 par Les Aciacias. On pourra le d\u00e9couvrir en 2D mais aussi en 3D dans certaines salles. Une belle mani\u00e8re de commencer l\u2019ann\u00e9e cin\u00e9matographique, avec un film passionnant dans lequel Brisseau renoue avec ses th\u00e8mes de pr\u00e9dilection, mais peut-\u00eatre de fa\u00e7on plus apais\u00e9e, et optimiste, que par le pass\u00e9, port\u00e9 par un trio d\u2019actrices remarquables \u2013 demain nous vous proposerons des entretiens avec Fabienne Babe, Anna Sigalevitch et Isabelle Prim, r\u00e9alis\u00e9s pour le dossier de presse du film, comme celui avec Jean-Claude Brisseau.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Quel a \u00e9t\u00e9 le point de d\u00e9part de votre nouveau film <em>Que le diable nous<\/em> <em>emporte\u00a0<\/em>?<\/strong><\/p>\n<p>Cela m\u2019int\u00e9ressait de faire un travail de stylisation en utilisant la 3D et le m\u00e9lange des images, comme dans cette s\u00e9quence o\u00f9 l\u2019on voit les filles dans le ciel. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 fait une premi\u00e8re tentative avec un film de 25 minutes qui n\u2019est pas sorti dans lequel je testais la 3D.<\/p>\n<p>La plupart des choses qui sont dites dans le film sont authentiques. Je me suis inspir\u00e9 de t\u00e9moignages. J\u2019ai voulu pr\u00e9senter des personnages et montrer ce qu\u2019il y avait derri\u00e8re la fa\u00e7ade.<\/p>\n<p>J\u2019ai d\u2019abord \u00e9t\u00e9 surpris quand une jeune femme m\u2019a confi\u00e9 qu\u2019elle envoyait des images intimes \u00e0 ses petits amis par portable. J\u2019ai \u00e9crit un sc\u00e9nario \u00e0 partir de \u00e7a.<\/p>\n<p>J\u2019ignorais que ces pratiques existaient. Je me suis dit que cela devait modifier la vie des gens. Je pense que s\u2019il y avait eu des ordinateurs du temps de ma jeunesse je serais moins all\u00e9 au cin\u00e9ma. Ces petites machines miniaturis\u00e9es se sont immisc\u00e9es dans notre vie priv\u00e9e et ouvrent de nombreuses perspectives. C\u2019est sans doute plus important que la machine \u00e0 vapeur dans la transformation de notre quotidien. J\u2019avais envie d\u2019en savoir davantage.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi d\u00e9buter avec une citation de Pouchkine dont la derni\u00e8re phrase donne son titre au film\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne savons pas o\u00f9 nous allons, alors laissons le diable nous emporter. C\u2019est ce que raconte le film. Il met en sc\u00e8ne des gens un peu paum\u00e9s, qui n\u2019ont plus de guide. Les guides sont en train de dispara\u00eetre. J\u2019\u00e9tais en train de me poser la question \u00e0 propos du cin\u00e9ma. Avant nous lisions les journaux. Maintenant les gens se fient \u00e0 des avis sur internet. C\u2019est souvent n\u2019importe quoi, ce qui personnellement me choque. Il n\u2019y a plus de guides de l\u2019opinion r\u00e9ellement s\u00e9rieux.<\/p>\n<p><strong>Ce film aborde une nouvelle fois le th\u00e8me de l\u2019\u00e9rotisme, mais il s\u2019int\u00e9resse de surtout aux questions de la libert\u00e9, de la transgression.<\/strong><\/p>\n<p>Je recherche la beaut\u00e9 et ne peux supporter la moindre complaisance pour les images sales. Si je montre un corps, f\u00e9minin en particulier, je me refuse \u00e0 l\u2019enlaidir et je veux sublimer quelque chose. Dans mon premier m\u00e9trage super 8 qui remonte \u00e0 1975 il y avait d\u00e9j\u00e0 de l\u2019\u00e9rotisme.<\/p>\n<p>Dans <em>Que le diable nous emporte<\/em>, j\u2019ai voulu aller un peu plus loin que dans mes films pr\u00e9c\u00e9dents. J\u2019avais deux objectifs : d\u2019abord renvoyer \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 et montrer les effets traumatisants de certains exc\u00e8s \u00e0 travers le personnage interpr\u00e9t\u00e9 par Fabienne Babe, en utilisant le sexe comme \u00e9l\u00e9ment dramatique. Ensuite je voulais exprimer davantage de compassion pour mes personnages f\u00e9minins.<\/p>\n<p><strong>Dans cette qu\u00eate de soi et d\u2019aventures, il est rapidement question d\u2019argent. La question de la libert\u00e9 est conditionn\u00e9e \u00e0 celle de l\u2019ind\u00e9pendance financi\u00e8re des trois h\u00e9ro\u00efnes.<\/strong><\/p>\n<p>Je suis n\u00e9 dans une famille prol\u00e9tarienne, ma m\u00e8re \u00e9tait femme de m\u00e9nage. J\u2019ai toujours connu ce rapport \u00e0 l\u2019argent : il y en avait ou pas. Pour aller au cin\u00e9ma le plus souvent possible, j\u2019empruntais vingt centimes \u00e0 plein de gens. Pourquoi vingt centimes ? Parce que cela ne se rembourse pas. Ou alors j\u2019\u00e9conomisais l\u2019argent de la cantine ou des tickets de m\u00e9tro. Nous vivons tous dans une prison en partie mat\u00e9rielle. L\u2019argent \u00e9largit les murs de cette prison. J\u2019ai toujours travaill\u00e9 pour vivre.<\/p>\n<p>J\u2019ai lu Marx et Freud presque pour les m\u00eames raisons, et je les ai lus comme un roman policier. On y voit que ce n\u2019est pas en fonction de ce que les gens pensent d\u2019eux m\u00eame qu\u2019il faut les juger ou les comprendre, mais en fonction d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments. Par exemple l\u2019inconscient chez Freud, d\u2019un point de vue individuel et un autre inconscient qui est une sorte d\u2019inconscient collectif \u2013 pas au sens jungien du terme. On p\u00e9n\u00e8tre dans un monde d\u00e9j\u00e0 r\u00e9gi par les classes sociales, et on est impr\u00e9gn\u00e9 par ce monde mat\u00e9riel et son id\u00e9ologie. Il faut du temps pour en prendre conscience. J\u2019ai relu le <em>Manifeste du Parti communiste<\/em>. D\u00e8s la premi\u00e8re partie nous sommes en plein monde moderne.<\/p>\n<p><strong><em>Que le diable nous emporte<\/em><\/strong><strong> illustre des th\u00e8mes qui apparaissent de mani\u00e8re plus pr\u00e9gnante que dans vos films pr\u00e9c\u00e9dents : ceux de l\u2019amiti\u00e9, de la complicit\u00e9 et de la solidarit\u00e9 f\u00e9minines.<\/strong><\/p>\n<p>Oui, m\u00eame si on s\u2019aper\u00e7oit que la plus gentille (interpr\u00e9t\u00e9e par Anna Sigalevitch) se fait quand m\u00eame un peu rouler \u00e0 la fin. Heureusement elle en rit.<\/p>\n<p>Il y a une sorte de solidarit\u00e9 qui s\u2019instaure tr\u00e8s vite entre les trois filles. Elles nouent des rapports d\u2019amiti\u00e9 qui leur permettent d\u2019aller plus loin dans les confidences et r\u00e9v\u00e9lations sur elles m\u00eames, et donc de s\u2019entraider.<\/p>\n<p>J\u2019ai voulu m\u2019int\u00e9resser \u00e0 la souffrance inexprim\u00e9e des gens. La seule mani\u00e8re \u00e0 mon avis de pouvoir surmonter ou pallier la peine et la souffrance, c\u2019est la sublimation. Par les arts en g\u00e9n\u00e9ral. Ce n\u2019est pas nouveau, j\u2019en parle dans tous mes films. Freud \u00e0 la fin de sa vie disait que les cures psychanalytiques pouvaient r\u00e9ussir ou pas, mais que la seule chose qui comptait vraiment \u00e9tait la capacit\u00e9 \u00e0 sublimer. Tous les gens qui ont la possibilit\u00e9 de pratiquer une activit\u00e9 artistique poss\u00e8dent une chance consid\u00e9rable. Mais rien n\u2019emp\u00eache les autres de pratiquer la sublimation passive, en \u00e9tant spectateurs par exemple.<\/p>\n<p><strong>Il y a aussi la sublimation par l\u2019amour.<\/strong><\/p>\n<p>Ce th\u00e8me revient dans tous mes films. Le probl\u00e8me avec l\u2019amour, c\u2019est que nous souffrons lorsque l\u2019objet de notre amour vient \u00e0 dispara\u00eetre. L\u2019id\u00e9al serait d\u2019arriver \u00e0 une sorte d\u2019amour sans objet, un amour universel. C\u2019est tr\u00e8s proche de ce que dit le Christ.<\/p>\n<p><strong>Et la m\u00e9ditation\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La m\u00e9ditation est diff\u00e9rente de la sublimation. Comme le dit le personnage de Tonton (Jean-Christophe Bouvet), m\u00e9diter c\u2019est arriver \u00e0 ne plus penser. Quand la conscience est fix\u00e9e et que l\u2019intelligence cesse de passer d\u2019un sujet \u00e0 un autre et en particulier les choses qui font souffrir, vous ne pensez plus. Quand vous ne pensez plus la souffrance s\u2019arr\u00eate et la conscience peut devenir autre.<\/p>\n<p><strong>Le film parle des forces destructrices des familles et du besoin d\u2019inventer ses propres refuges \u2013 ici un gyn\u00e9c\u00e9e \u2013 pour se prot\u00e9ger de la violence du monde.<\/strong><\/p>\n<p>Je ne suis pas du tout contre la psychanalyse, malgr\u00e9 ce que je raconte dans le film au sujet des parents de l\u2019une des filles. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 professeur pendant de longues ann\u00e9es. Je suis pour laisser les jeunes gens en contact avec tout, par le biais entre autres de la litt\u00e9rature, de la musique ou du cin\u00e9ma, mais ensuite de les laisser choisir par eux m\u00eames, sans leur imposer quoi que ce soit. En revanche, je suis beaucoup plus nuanc\u00e9 en ce qui concerne le r\u00f4le des parents. Les jeunes gens ont besoin d\u2019aide pour sortir de leur souffrance. Livr\u00e9s \u00e0 eux m\u00eames ils ont tendance \u00e0 s\u2019enfoncer.<\/p>\n<p>Il y a quelque chose de tragique \u00e0 vivre dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e. Les parents, les amis ou leurs substituts doivent \u00eatre l\u00e0 quand il le faut pour pouvoir assurer aux enfants une certaine colonne vert\u00e9brale psychique.<\/p>\n<p><strong>Vos h\u00e9ro\u00efnes r\u00eavent ou d\u00e9sirent des choses contradictoires. Elles sont en qu\u00eate du bonheur, de l\u2019amour, de la libert\u00e9, de la paix int\u00e9rieure, voudraient un peu tout en m\u00eame temps\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Comme nous tous, dans la vie. L\u2019abondance des choses qui sont autour de nous et que nous pouvons d\u00e9sirer, g\u00eane. Il faut faire un tri, sinon on s\u2019accroche \u00e0 trop de choses contradictoires. Le principal paradoxe est de vouloir d\u00e9sirer sans souffrir. Certaines personnes sont tellement attach\u00e9es \u00e0 des id\u00e9aux ou des personnes que cela peut se muer en d\u00e9sespoir et conduire au suicide en cas de d\u00e9senchantement et de destruction des r\u00eaves.<\/p>\n<p><strong><em>Que le diable nous emporte<\/em><\/strong><strong> est un film sur la puissance de la parole. La parole joue un r\u00f4le central dans la cure psychanalytique mais aussi dans votre \u00e9criture cin\u00e9matographique.<\/strong><\/p>\n<p>Dans une sc\u00e8ne importante, le personnage de Fabienne Babe se confesse \u00e0 ses amies et raconte des choses qui l\u2019ont profond\u00e9ment traumatis\u00e9e.<\/p>\n<p>Je me suis longtemps demand\u00e9 comment j\u2019allais filmer \u00e7a. J\u2019aurais pu adopter une autre solution. Je me suis content\u00e9 de filmer la femme qui parle, sans faire de flash back. J\u2019aurais pu combiner les deux, le meilleur exemple \u00e9tant <em>Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier <\/em>de Mankiewicz.<\/p>\n<p>J\u2019y ai song\u00e9 mais je me suis r\u00e9solu \u00e0 \u00eatre le plus simple possible. Cela a n\u00e9cessit\u00e9 un gros travail de la part de Fabienne Babe. Ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait un plan s\u00e9quence car je me m\u00e9fie des plans s\u00e9quence, mais c\u2019est une longue sc\u00e8ne qui dure environ dix minutes. J\u2019avoue que j\u2019avais peur de faire durer cette s\u00e9quence trop longtemps et d\u2019ennuyer le spectateur. Surtout qu\u2019il y a deux autres s\u00e9quences d\u2019une dur\u00e9e semblable dans <em>Que le diable nous emporte<\/em> : la rencontre entre Fabienne Babe et Isabelle Prim au d\u00e9but du film, o\u00f9 j\u2019esp\u00e8re qu\u2019une sorte de suspens s\u2019installe, qu\u2019on se demande ce qui va se passer entre elles ; puis le jeu de la psychanalyse entre Suzy (Isabelle Prim) et Tonton (Jean-Christophe Bouvet).<\/p>\n<p><strong>Le film pose la question suivante : comment peut-on sortir de son enfer ?<\/strong><\/p>\n<p>Il faut d\u2019abord avoir la possibilit\u00e9 de le faire, c\u2019est-\u00e0-dire poss\u00e9der un minimum de langage.<\/p>\n<p>On peut aussi se lib\u00e9rer par le sport, mais c\u2019est essentiellement par la parole qu\u2019on peut se lib\u00e9rer. Les suicidaires qui passent \u00e0 l\u2019acte ne parlent pas, ils renferment tout. Le fait de parler sert. Parler et pleurer, cela soulage, je le pense v\u00e9ritablement. On peut aussi \u00eatre soulag\u00e9 par la pratique des arts. Quand j\u2019\u00e9tais enseignant, je faisais \u00e9tudier \u00e0 tous mes \u00e9l\u00e8ves un po\u00e8me de Baudelaire que l\u2019on retrouve dans mon premier film en 35 mm <em>Un jeu brutal<\/em> et qui s\u2019appelle <em>La musique<\/em>. Baudelaire explique comment la musique parfois le transporte et fait remonter toutes les \u00e9motions cach\u00e9es. On dirait presque que c\u2019est Freud qui parle de l\u2019inconscient. Baudelaire dit que cette remont\u00e9e le berce, et le verbe \u00ab\u00a0bercer\u00a0\u00bb est m\u00eame mis en valeur par la versification. L\u2019art sert \u00e0 \u00e7a. Je suis all\u00e9 au cin\u00e9ma voir <em>Autant en emporte le vent<\/em> quand il est ressorti en France dans les ann\u00e9es 60. Lors d\u2019une sc\u00e8ne \u00e9mouvante je me suis retourn\u00e9 dans la salle pour voir les spectateurs : tout le monde pleurait. Pourquoi paye-t-on l\u2019\u00e9quivalent de dix euros pour pleurer\u00a0? Probablement parce que les arts \u2013 et le cin\u00e9ma \u2013 r\u00e9veillent la souffrance, mais d\u2019une mani\u00e8re qui aide \u00e0 vivre.<\/p>\n<p>Quand j\u2019\u00e9tais enfant, j\u2019\u00e9tais victime de terreurs nocturnes violentes. Lorsque j\u2019ai vu <em>Psychose<\/em> au cin\u00e9ma au moment de sa sortie j\u2019ai eu vraiment la trouille, et pourtant je suis retourn\u00e9 le voir au moins quinze fois. Je pense qu\u2019un certain type de narration litt\u00e9raire, musicale ou cin\u00e9matographique est l\u00e0 pour faire ressurgir certaines \u00e9motions et nous aider \u00e0 les accepter ou les surmonter. Mais il y a tout un \u00e9quilibre \u00e0 maintenir. Je pense que le cin\u00e9aste qui a \u00e9t\u00e9 le meilleur \u00e9quilibriste est Ernst Lubitsch. Dans <em>Angel<\/em> avec Marlene Dietrich, Lubitsch joue tr\u00e8s d\u00e9licatement avec le d\u00e9sir du spectateur. Ce qui marche au cin\u00e9ma, c\u2019est qu\u2019on r\u00e9veille les \u00e9motions des spectateurs, sans lui faire oublier qu\u2019on est au spectacle. Dans la vie, on ne sait pas quand notre souffrance va s\u2019arr\u00eater.<\/p>\n<p><strong>Tonton dit \u00e0 Suzy\u00a0: \u00ab ce sont les plus grands p\u00e9cheurs qui sont le plus proches de Dieu. \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est juste. On peut avoir l\u2019audace de ne pas \u00eatre conformiste et de trouver autre chose que ce que vous dit le monde, y compris par l\u2019interm\u00e9diaire du langage. Les audacieux peuvent trouver autre chose, pourquoi pas en passant par la transgression et le sexe. On peut avoir un amour spirituel et charnel \u00e0 la fois. C\u2019est un lien tr\u00e8s fort. Les sc\u00e8nes \u00e9rotiques sont pour moi un symbole visuel de l\u2019attachement et de la difficult\u00e9 \u00e0 se d\u00e9tacher.<\/p>\n<p><strong>D\u2019o\u00f9 vient la th\u00e9orie de la \u00ab pens\u00e9e je \u00bb exprim\u00e9e dans le monologue de Tonton\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Cela vient d\u2019un guru indien, Ramana Maharshi, qui pratiquait le yoga. Le monde n\u2019existe que dans la mani\u00e8re o\u00f9 moi je le per\u00e7ois. Je m\u2019attache aux objets et aux sons que je per\u00e7ois. Si la pens\u00e9e je, c\u2019est-\u00e0-dire le moi, dispara\u00eet, l\u2019int\u00e9r\u00eat pour les choses dispara\u00eet aussi. Et curieusement on d\u00e9couvre d\u2019autres choses en m\u00eame temps. C\u2019est vrai pour le yoga mais aussi le christianisme et d\u2019autres disciplines religieuses. On pr\u00eache le d\u00e9tachement et quand le d\u00e9tachement arrive, des ph\u00e9nom\u00e8nes de type parapsychologiques se produisent. Les mystiques disent qu\u2019il ne faut pas y pr\u00eater attention car cela a tendance \u00e0 renforcer l\u2019\u00e9go.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi la 3D\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Cela modifie pas mal de choses. J\u2019ai eu beaucoup de satisfaction en faisant pour la premi\u00e8re fois l\u2019exp\u00e9rience de la 3D dans un court m\u00e9trage <em>Des jeunes femmes disparaissent<\/em>, en 2014. J\u2019y utilisais le relief pour cr\u00e9er de la peur, en dramatisant du vide. Avec la 3D la notion de cadre est modifi\u00e9e, c\u2019est comme si vous p\u00e9n\u00e9triez dans la vie r\u00e9elle, alors que le cadre du cin\u00e9ma vous renvoie quand m\u00eame \u00e0 un spectacle. J\u2019aurai aim\u00e9 aller plus loin avec le relief.<\/p>\n<p><strong>La 3D aide \u00e0 une appr\u00e9hension cosmique du sexe.<\/strong><\/p>\n<p>Je cherchais une forme de stylisation pour les sc\u00e8nes \u00e9rotiques. J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 par la beaut\u00e9 des images des \u00e9toiles et des galaxies. Quand j\u2019\u00e9tais enfant les reproductions dans les bouquins m\u2019\u00e9merveillaient. Aujourd\u2019hui avec les nouvelles technologies c\u2019est encore plus spectaculaire. Cela renvoie th\u00e9matiquement au fait que le d\u00e9sir et l\u2019amour peuvent nous rapprocher de temps en temps \u00e0 du surnaturel, mais avec une limite. Cela demeure pour moi une \u00e9nigme, un grand point d\u2019interrogation<\/p>\n<p><strong><em>Que le diable nous emporte<\/em><\/strong><strong> appara\u00eet comme votre film le plus apais\u00e9, le plus optimiste. Il se termine sur un \u00e9clat de rire. <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Ce n\u2019est pas faux. Ce n\u2019est pas un film d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, m\u00eame si on y voit des gens \u00e0 la limite du d\u00e9sespoir. Mais ils finissent par s\u2019en sortir. Les trois filles de trois mani\u00e8res diff\u00e9rentes, plus le personnage d\u2019Olivier et celui de Tonton qui dispara\u00eet dans la nature, momentan\u00e9ment.<\/p>\n<p><strong><em>Que le diable nous emporte<\/em><\/strong><strong> se permet beaucoup plus d\u2019humour que vos films pr\u00e9c\u00e9dents.<\/strong><\/p>\n<p>Il m\u2019arrive souvent de me marrer \u00e0 la vision de mes films. Il y a de l\u2019humour noir dans <em>De bruit et de fureur<\/em>. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 mis des \u00e9l\u00e9ments comiques dans certains de mes films. Il y a un m\u00e9lange des registres et des genres dans mes films qui n\u2019est pas du tout dans la tradition fran\u00e7aise. Un Fran\u00e7ais n\u2019aurait jamais pu \u00e9crire les pi\u00e8ces de Shakespeare.<\/p>\n<p><strong>Comment s\u2019est effectu\u00e9 le choix des com\u00e9diens ?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019avais envie de faire un film pour les trois actrices, Fabienne Babe, Anna Sigalevitch et Isabelle Prim. J\u2019ai \u00e9crit le sc\u00e9nario en pensant \u00e0 elles en partie. Je connais Fabrice Deville depuis longtemps, j\u2019ai tout de suite pens\u00e9 \u00e0 lui pour le r\u00f4le d\u2019Olivier. Je ne connaissais pas Jean-Christophe Bouvet et il m\u2019a tr\u00e8s agr\u00e9ablement surpris. Je suis tr\u00e8s content de lui dans le r\u00f4le de Tonton.<\/p>\n<p>Propos recueillis le 4 octobre 2017<\/p>\n<div id=\"attachment_21667\" style=\"width: 8202px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-21667\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-21667\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/chez-brisseau.jpeg\" alt=\"Avec Jean-Claude Brisseau \u00a9 Lo\u00efc Mah\u00e9\" width=\"8192\" height=\"3364\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/chez-brisseau.jpeg 8192w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/chez-brisseau-580x238.jpeg 580w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/chez-brisseau-768x315.jpeg 768w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/chez-brisseau-1024x421.jpeg 1024w\" sizes=\"(max-width: 8192px) 100vw, 8192px\" \/><p id=\"caption-attachment-21667\" class=\"wp-caption-text\">Avec Jean-Claude Brisseau \u00a9 Lo\u00efc Mah\u00e9<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le nouveau long m\u00e9trage de Jean-Claude Brisseau, Que le diable nous emporte, sort mercredi 10 janvier, distribu\u00e9 par Les Aciacias.\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9,7],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - 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