{"id":20135,"date":"2017-03-09T20:14:30","date_gmt":"2017-03-09T19:14:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/?p=20135"},"modified":"2020-04-16T12:48:56","modified_gmt":"2020-04-16T11:48:56","slug":"fantomes-quotidien-entretien-kiyoshi-kurosawa","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2017\/03\/09\/fantomes-quotidien-entretien-kiyoshi-kurosawa\/","title":{"rendered":"Les fant\u00f4mes du quotidien : entretien avec Kiyoshi Kurosawa"},"content":{"rendered":"<p>A l\u2019occasion de la sortie du <em>Secret de la chambre noire<\/em> et du coffret DVD qui r\u00e9unit neuf de ses grands films, voici un entretien in\u00e9dit avec Kiyoshi Kurosawa r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 Paris lors de la pr\u00e9paration de son long m\u00e9trage fran\u00e7ais. Le cin\u00e9aste s\u2019y exprime sur son rapport avec le cin\u00e9ma fantastique, qui irrigue une large partie de son \u0153uvre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Avec votre premier vrai film d\u2019horreur <em>Sweet Home<\/em> (<em>Suito Homu<\/em>, 1989), une histoire de maison hant\u00e9e, vous vous imposez comme un des pionniers du nouveau cin\u00e9ma fantastique japonais.<\/strong><\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 80 les films de studios qui existaient jusque dans les ann\u00e9es 70 comme les \u00ab\u00a0kaidan eigas\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0films de fant\u00f4mes\u00a0\u00bb) n\u2019\u00e9taient plus produits au Japon. Pourtant j\u2019avais le d\u00e9sir de r\u00e9aliser des films de fant\u00f4mes, sans doute parce que quand j\u2019\u00e9tais enfant dans les ann\u00e9es 60, je regardais beaucoup de films de ce genre, qui \u00e9taient surtout des productions venues des Etats-Unis ou d\u2019Europe. Mais je ne savais pas comment concr\u00e9tiser ce d\u00e9sir. Entre temps j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s influenc\u00e9 par la nouvelle vague des films d\u2019horreur am\u00e9ricains comme <em>L\u2019Exorciste<\/em>, <em>Massacre \u00e0 la tron\u00e7onneuse<\/em> ou <em>Poltergeist<\/em>. Ce ne sont pas des films de fant\u00f4mes au sens strict mais ils m\u2019avaient intrigu\u00e9 au moment de leurs sorties.<\/p>\n<p>J\u2019ai rencontr\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80 un producteur et r\u00e9alisateur, Itami J\u00fbz\u00f4, et je me suis bien entendu avec lui. C\u2019est ainsi que j\u2019ai pu r\u00e9aliser <em>Sweet Home<\/em> qui a n\u00e9cessit\u00e9 de nombreux effets sp\u00e9ciaux. Ce film est le r\u00e9sultat d\u2019un heureux concours de circonstances. Mais malgr\u00e9 son succ\u00e8s on ne peut pas dire qu\u2019il ait donn\u00e9 un nouveau souffle au cin\u00e9ma fantastique japonais, car il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diatement suivi par des films de ce type r\u00e9alis\u00e9s par d\u2019autres cin\u00e9astes ou moi-m\u00eame.<\/p>\n<p><strong><em>Sweet Home<\/em> a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un budget relativement important, avec la participation surprenante de Dick Smith, c\u00e9l\u00e8bre sp\u00e9cialiste am\u00e9ricain des maquillages sp\u00e9ciaux (<em>Little Big Man, Le Parrain, L\u2019Exorciste<\/em>\u2026)<\/strong><\/p>\n<p>Le film a \u00e9t\u00e9 produit pendant la bulle \u00e9conomique japonaise de la fin des ann\u00e9es 80. L\u2019histoire ne poss\u00e9dait pas une ampleur exceptionnelle mais nous avions \u00e0 notre disposition des moyens consid\u00e9rables pour la mettre en sc\u00e8ne. Au d\u00e9part je n\u2019avais aucune intention de faire venir quelqu\u2019un des Etats-Unis pour r\u00e9aliser les effets sp\u00e9ciaux. C\u2019est une id\u00e9e du producteur qui pensait que cela pourrait cr\u00e9er de la publicit\u00e9 autour du film. A l\u2019\u00e9poque les trucages et les maquillages sp\u00e9ciaux \u00e9taient tr\u00e8s en vogue au Japon et il y avait plusieurs jeunes r\u00e9alisateurs qui s\u2019y essayaient. Le producteur m\u2019a demand\u00e9 qui je voulais appeler parmi les maquilleurs am\u00e9ricains : j\u2019ai imm\u00e9diatement r\u00e9pondu \u00ab\u00a0Dick Smith\u00a0\u00bb car je croyais que c\u2019\u00e9tait absolument irr\u00e9aliste qu\u2019il accepte.<\/p>\n<p>J\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 Dick Smith pour une raison bien pr\u00e9cise. Dans <em>Sweet Home<\/em> il y a des personnages qui sont d\u00e9figur\u00e9s ou d\u00e9form\u00e9s mais je voulais qu\u2019ils restent des \u00eatres humains. Ce sont des trucages r\u00e9alistes dans la mesure o\u00f9 il n\u2019y a pas de monstres imaginaires qui apparaissent. Dans le domaine des maquillages r\u00e9alistes, Dick Smith \u00e9tait le meilleur. Si j\u2019avais voulu montrer des cr\u00e9atures \u00e9tranges j\u2019aurais sans doute fait appel \u00e0 Rob Bottin. J\u2019ai propos\u00e9 le nom de Dick Smith sans savoir \u00e0 combien s\u2019\u00e9l\u00e8verait son salaire et s\u2019il accepterait de voyager jusqu\u2019au Japon pour travailler. Il s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre quelqu\u2019un de formidable. Il a demand\u00e9 un salaire tr\u00e8s bas et a refus\u00e9 d\u2019\u00eatre mis en avant au g\u00e9n\u00e9rique, car il se consid\u00e9rait comme un artisan au service du film et de la vision du r\u00e9alisateur. Il voulait rester le plus discret possible.<\/p>\n<p><strong>M\u00eame si l\u2019esth\u00e9tique de <em>Sweet Home<\/em> est tr\u00e8s diff\u00e9rente de vos films suivants on y constate d\u00e9j\u00e0 l\u2019\u00e9bauche d\u2019une r\u00e9flexion sur les diff\u00e9rents statuts des images, avec la pr\u00e9sence d\u2019une \u00e9quipe de t\u00e9l\u00e9vision et l\u2019importance d\u2019une fresque murale dans l\u2019histoire. Vous d\u00e9veloppez ce motif des images peintes ou photographiques dans certains de vos films, jusqu\u2019\u00e0 votre nouveau projet en France\u2026<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019on me fait cette remarque donc je suis un peu surpris, mais maintenant que vous me le dites c\u2019est vrai que j\u2019utilise souvent des images projet\u00e9es dans mes films, y compris dans <em>Sweet Home<\/em> o\u00f9 l\u2019on voit une r\u00e9troprojection sur un mur.<\/p>\n<p><strong><em>Sweet Home<\/em> faisait r\u00e9f\u00e9rence aux films de Mario Bava et Terence Fisher, <em>Door 3<\/em> (<em>Doa 3<\/em>, 1996), variation autour du th\u00e8mes des \u00ab\u00a0body snatchers\u00a0\u00bb, propose au contraire une<\/strong><strong> esth\u00e9tique \u00e9pur\u00e9e et triviale o\u00f9 le fantastique surgit du quotidien. Ce film fantastique montre avant tout l\u2019inhumanit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 japonaise.<\/strong><\/p>\n<p>Entre <em>Sweet Home<\/em> et <em>Door 3<\/em> une longue p\u00e9riode s\u2019est \u00e9coul\u00e9e. La situation \u00e9conomique du cin\u00e9ma japonais et ma propre position de cin\u00e9aste ont beaucoup chang\u00e9. On arrive au d\u00e9but des ann\u00e9es 90 \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le cin\u00e9ma en vid\u00e9o (V-cin\u00e9ma) s\u2019est beaucoup d\u00e9velopp\u00e9. De nombreux cin\u00e9astes se sont retrouv\u00e9s contraints \u00e0 faire des films qui n\u2019\u00e9taient plus destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre projet\u00e9s dans les salles mais directement au march\u00e9 vid\u00e9o. C\u2019est dans ce cadre-l\u00e0 que j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 <em>Door 3<\/em>. Le V-cin\u00e9ma est un support qui a permis au cin\u00e9ma fantastique japonais de se d\u00e9velopper. C\u2019est \u00e0 travers ce m\u00e9dia l\u00e0 qu\u2019il a pris une telle ampleur. J\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 <em>Door 3<\/em> en tirant la le\u00e7on des films d\u2019horreur en vid\u00e9o que j\u2019avais pu voir.<\/p>\n<p><strong>Ces contraintes de budget, de support et de tournage vous ont-elles invit\u00e9 \u00e0 imaginer une nouvelle esth\u00e9tique\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Il est vrai que j\u2019ai subi l\u2019influence directe, et assez na\u00efve, du cin\u00e9ma am\u00e9ricain, principalement les s\u00e9ries B produites \u00e0 Hollywood. Vous avez parl\u00e9 de critique de la soci\u00e9t\u00e9 dans <em>Door 3<\/em>. C\u2019est int\u00e9ressant car \u00e0 partir du moment que je veux faire un film avec une approche critique, de la soci\u00e9t\u00e9 japonaise par exemple, il est tr\u00e8s difficile pour moi de concr\u00e9tiser un tel projet car il y a beaucoup de choses \u00e0 mettre en ordre. En revanche si on me donne des contraintes de budget, de temps de tournage, si le genre du film et m\u00eame le sc\u00e9nario \u2013 c\u2019\u00e9tait le cas pour <em>Door 3<\/em> \u2013 sont d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 l\u2019avance, mais que j\u2019ai une enti\u00e8re libert\u00e9 sur le plateau, je vais parvenir \u00e0 injecter dans le film des consid\u00e9rations personnelles sur la soci\u00e9t\u00e9 japonaise.<\/p>\n<p><strong>Le V-cin\u00e9ma \u00e9tait-il tourn\u00e9 en vid\u00e9o, en 16 ou en 35mm\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai eu la chance de pouvoir tourner <em>Door 3<\/em> en 16mm, ce qui fait que le film existe toujours en pellicule et que dans certains cas il a pu \u00eatre montr\u00e9 en salles. J\u2019ai tourn\u00e9 presque tous mes films sur support argentique.<\/p>\n<p><strong>Le succ\u00e8s critique de <em>Cure<\/em> (1997) vous a permis d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une reconnaissance internationale. C\u2019est aussi un film dans lequel semble s\u2019affirmer votre style.<\/strong><\/p>\n<p>En Occident on a tendance \u00e0 consid\u00e9rer <em>Cure<\/em> comme le point de d\u00e9part d\u2019une nouvelle p\u00e9riode dans ma filmographie. C\u2019est aussi un film qui compte beaucoup pour moi mais finalement il n\u2019est pas si \u00e9loign\u00e9 dans mon esprit de <em>Door 3<\/em>. Parce qu\u2019il s\u2019agit du m\u00eame \u00e9lan de production. J\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 <em>Cure<\/em> apr\u00e8s avoir tourn\u00e9 de nombreux films pour le V-cin\u00e9ma. La principale diff\u00e9rence est que j\u2019ai pu r\u00e9aliser <em>Cure<\/em> d\u2019apr\u00e8s un sc\u00e9nario original que j\u2019avais \u00e9crit moi-m\u00eame. Mais au moment o\u00f9 j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 <em>Cure<\/em> je n\u2019avais vraiment aucune id\u00e9e de la mani\u00e8re dont ce film pourrait \u00eatre per\u00e7u \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p>Cela faisait longtemps que je n\u2019avais pas eu l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019\u00e9crire mon propre film donc quand on m\u2019a propos\u00e9 de le faire je me suis d\u2019abord demand\u00e9 ce que j\u2019avais envie de raconter et de d\u00e9peindre. <em>Le Silence des agneaux<\/em> a \u00e9t\u00e9 un v\u00e9ritable d\u00e9clencheur. C\u2019est apr\u00e8s avoir vu le film de Jonathan Demme que j\u2019ai \u00e9crit d\u2019un jet le sc\u00e9nario de <em>Cure.<\/em> Une fois le sc\u00e9nario r\u00e9dig\u00e9 il s\u2019est pass\u00e9 beaucoup de temps avant que le projet puisse voir le jour. Quand la production s\u2019est enfin mise en place, et que j\u2019ai r\u00e9\u00e9crit une nouvelle version du sc\u00e9nario, je me suis rendu compte que j\u2019allais pouvoir r\u00e9aliser un type de film que je voulais faire depuis longtemps et que je n\u2019avais pas pu concr\u00e9tiser dans le V-cin\u00e9ma, m\u00eame si j\u2019avais r\u00e9alis\u00e9 plusieurs histoires de yakuzas : un film policier qui d\u00e9crive la relation entre un criminel et un d\u00e9tective, avec une tension extr\u00eamement forte. J\u2019ai con\u00e7u <em>Cure<\/em> ni comme un film de tueur en s\u00e9rie, ni comme un film d\u2019horreur, mais comme un m\u00e9lange des deux. Avec bien s\u00fbr l\u2019influence des sc\u00e8nes d\u2019interrogatoires de <em>L\u2019Etrangleur de Boston<\/em> de Richard Fleischer, un de mes films pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Dans <em>Cure<\/em> comme plus tard dans <em>R\u00e9tribution<\/em>, mais aussi dans certains autres de vos films, l\u2019eau joue un r\u00f4le primordial\u2026 <\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9l\u00e9ment aquatique appara\u00eet souvent dans mes films, et je le fais de mani\u00e8re consciente, mais je serais bien en peine de vous dire sa signification. Dans mon esprit il est clair que l\u2019eau poss\u00e8de deux aspects distincts : l\u2019eau en tant que surface qui fonctionne comme une fronti\u00e8re ambigu\u00eb, instable et trouble ; et l\u2019eau qui goutte et s\u2019\u00e9coule, qui peut prendre une direction pr\u00e9cise et avancer par exemple vers les personnages.<\/p>\n<p><strong>M\u00eame apr\u00e8s le succ\u00e8s de <em>Cure<\/em> il vous est arriv\u00e9 de travailler pour la t\u00e9l\u00e9vision. Certains t\u00e9l\u00e9films ou s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es comme <em>S\u00e9ance<\/em> (<em>Korei<\/em>) en 2000 ou <em>Shokuzai<\/em> en 2012 figurent ainsi parmi vos \u0153uvres les plus remarquables.<\/strong><\/p>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 votre \u00e9tonnement devant le peu de diff\u00e9rence entre mes films tourn\u00e9s pour le cin\u00e9ma et la t\u00e9l\u00e9vision, je crois que ma fa\u00e7on de tourner ne change pas, je travaille avec des budgets \u00e9quivalents, avec les m\u00eames contraintes de temps et d\u2019argent. Il y a sans doute une chose importante \u00e0 savoir qui est que les acteurs au Japon jouent indiff\u00e9remment pour le cin\u00e9ma et la t\u00e9l\u00e9vision. Il n\u2019y a pas de fronti\u00e8re entre ces deux modes de production. Ainsi mon acteur de pr\u00e9dilection K\u00f4ji Yakusho joue aussi bien dans des t\u00e9l\u00e9films que dans des films d\u2019auteur.<\/p>\n<p><strong>Pourtant en g\u00e9n\u00e9ral la syntaxe t\u00e9l\u00e9visuelle n\u2019est pas la m\u00eame qu\u2019au cin\u00e9ma : il faut songer \u00e0 la diffusion sur un petit \u00e9cran et pas sur un \u00e9cran de cin\u00e9ma\u2026<\/strong><\/p>\n<p>En effet cela existe aussi au Japon, la grammaire des s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es n\u2019est pas la m\u00eame que celle du cin\u00e9ma, on demande beaucoup de gros plans par exemple. Ce n\u2019est pas le genre de travail que l\u2019on me propose \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, mais plut\u00f4t des t\u00e9l\u00e9films unitaires comme S\u00e9ance, o\u00f9 le t\u00e9l\u00e9spectateur est averti qu\u2019il va voir un programme d\u2019un style particulier, mis en sc\u00e8ne par un r\u00e9alisateur de cin\u00e9ma. C\u2019est la raison pour laquelle je jouis de cette libert\u00e9.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, je pense que <em>S\u00e9ance<\/em> a \u00e9t\u00e9 et restera un cas unique : il a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 en 16mm pour une chaine publique, alors qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque les autres t\u00e9l\u00e9films \u00e9taient tourn\u00e9s en vid\u00e9o. Plusieurs hasards heureux ont fait que j\u2019ai pu rencontrer un producteur qui m\u2019a permis de r\u00e9aliser S\u00e9ance dans de telles conditions. Tandis que la minis\u00e9rie <em>Shokuzai<\/em> a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9e en num\u00e9rique pour une chaine c\u00e2bl\u00e9e, WoWow, une autre forme de m\u00e9dia.<\/p>\n<p><strong><em>S\u00e9ance<\/em> raconte une sombre<\/strong><strong> histoire de m\u00e9dium et de fant\u00f4me mais c\u2019est surtout un film sur le couple, un conte moral sur la vanit\u00e9 et l\u2019\u00e9go\u00efsme. <\/strong><\/p>\n<p><em>S\u00e9ance<\/em> poss\u00e8de pour moi une autre particularit\u00e9\u00a0: c\u2019est la premi\u00e8re fois que j\u2019ai pu mettre en sc\u00e8ne quelque chose dont j\u2019avais envie depuis longtemps, l\u2019id\u00e9e des diff\u00e9rentes \u00e9tapes entre la vie, la mort et l\u2019au-del\u00e0. La petite fille est d\u2019abord vivante, puis elle meurt et r\u00e9apparait sous la forme d\u2019un fant\u00f4me. C\u2019est \u00e9tonnamment quelque chose que l\u2019on ne voit pas souvent dans le cin\u00e9ma d\u2019horreur japonais. Les films de fant\u00f4mes montrent des spectres seulement apr\u00e8s leur mort, comme dans la s\u00e9rie des <em>Ring<\/em>. Quand j\u2019ai lu le roman dont S\u00e9ance est tir\u00e9, \u00ab\u00a0Seance on a Wet Afternoon\u00a0\u00bb de l\u2019auteur britannique Mark McShane la petite fille mourrait au milieu du r\u00e9cit mais son fant\u00f4me n\u2019apparaissait pas dans le texte, j\u2019ai introduit cela dans mon film.<\/p>\n<p><strong>La mort d\u2019un enfant est un th\u00e8me r\u00e9current dans vos films\u2026<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est assez simple : cela provient des r\u00e9cits classiques de fant\u00f4mes japonais. Les fant\u00f4mes y sont souvent des \u00eatres qui de leur vivant \u00e9taient des personnes sans d\u00e9fense, incapables de se battre face \u00e0 leur agresseur, souvent des femmes, et qui trouvent apr\u00e8s la mort une force qu\u2019elles ne poss\u00e9daient pas, leur permettant de se venger. Je crois que la jeune fille, ou la petite fille, est l\u2019apog\u00e9e de cette figure-l\u00e0. Elle repr\u00e9sente l\u2019\u00eatre humain le plus fragile. Pour celui qui l\u2019a tu\u00e9e ou a provoqu\u00e9 sa mort, c\u2019est un acte d\u2019autant plus lourd en cons\u00e9quences. A travers l\u2019apparition de la petite fille sous la forme d\u2019un fant\u00f4me, le coupable est questionn\u00e9 sur la nature de son crime, avec un impact consid\u00e9rable. Je ne suis pas le seul \u00e0 repr\u00e9senter des jeunes filles fant\u00f4mes dans mes films, c\u2019est quelque chose de tr\u00e8s courant dans le cin\u00e9ma fantastique japonais.<\/p>\n<p>Mes fant\u00f4mes ne sont pas des monstres : ils n\u2019attaquent pas les vivants. C\u2019est l\u00e0 que r\u00e9side leur force. Pour moi les fant\u00f4mes sont d\u2019autant plus terrifiants qu\u2019il leur suffit d\u2019\u00eatre l\u00e0, immobiles. C\u2019est la passivit\u00e9 m\u00eame du fant\u00f4me qui lui donne son aspect terrifiant.<\/p>\n<p><strong>Cela nous am\u00e8ne \u00e0 parler de <em>Ka\u00efro<\/em> (<em>Kairo<\/em>, 2001), votre grand film de fant\u00f4mes, r\u00e9alis\u00e9 quelques ann\u00e9es apr\u00e8s <em>Ring<\/em> (<em>Ringu<\/em>, 1998) de Hideo Nakata. Les deux films se pr\u00e9sentent comme une transition entre classicisme et modernit\u00e9. Dans <em>Ka\u00efro<\/em> les fant\u00f4mes ne sont pas agressifs, mais \u00e9manent de la tristesse, de la solitude de ceux qui les voient. Ils ne surgissent pas de l\u2019ext\u00e9rieur, mais de l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame des vivants, comme la manifestation d\u2019un malaise existentiel, de n\u00e9vroses et d\u2019angoisses. Vous inventez un fantastique de l\u2019intime et du quotidien.<\/strong><\/p>\n<p><em>Ring<\/em> a \u00e9t\u00e9 produit en premier et<em> Ka\u00efro<\/em> est venu apr\u00e8s. A la suite du succ\u00e8s de <em>Ring<\/em>, le producteur avec lequel je travaillais m\u2019a demand\u00e9 de faire quelque chose dans la m\u00eame veine. Evidemment le projet de <em>Ka\u00efro<\/em> se d\u00e9marquait de ce mod\u00e8le. En \u00e9crivant le sc\u00e9nario, je me suis demand\u00e9 si la solitude des jeunes gens qui sont les protagonistes du film ne pouvait pas donner naissance \u00e0 des fant\u00f4mes.<\/p>\n<p>Il y a autre chose de particulier au sujet de <em>Ka\u00efro<\/em>. Avant <em>Ring<\/em> le genre fantastique n\u2019\u00e9tait pas aussi populaire au Japon qu\u2019on pourrait le penser en Occident. Apr\u00e8s <em>Ring<\/em> et ses suites, quand j\u2019ai tourn\u00e9 <em>Ka\u00efro<\/em>, je me suis dit que cette mode touchait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 sa fin et qu\u2019il s\u2019agissait peut-\u00eatre pour moi de la derni\u00e8re occasion de r\u00e9aliser tout ce que je voulais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un film de fant\u00f4mes, et donc j\u2019y ai introduit beaucoup de d\u00e9sirs en latence que je me suis d\u00e9p\u00each\u00e9 de concr\u00e9tiser.<\/p>\n<p>Par exemple un \u00e9l\u00e9ment emprunt\u00e9 \u00e0 <em>L\u2019Invasion des profanateurs de s\u00e9pultures<\/em> : les fant\u00f4mes s\u2019introduisent dans le corps des personnages et les font mourir, jusqu\u2019\u00e0 la destruction totale de l\u2019humanit\u00e9. Cette id\u00e9e rapproche <em>Ka\u00efro<\/em> d\u2019un film de science-fiction. J\u2019avais envie de repr\u00e9senter au cin\u00e9ma une invasion extraterrestre et c\u2019est la fa\u00e7on dont je m\u2019y suis pris.<\/p>\n<p><strong>De <em>Sweet Home<\/em> \u00e0 <em>Ka\u00efro<\/em> vous passez de Mario Bava \u00e0 Antonioni\u00a0: l\u2019imagerie gothique a disparu, les fant\u00f4mes investissent un univers r\u00e9aliste. Quand j\u2019ai d\u00e9couvert <em>Ka\u00efro<\/em> j\u2019ai pens\u00e9 au cin\u00e9ma de Michelangelo Antonioni, avec cette ville enti\u00e8re qui devenait le paysage mental des personnages.<\/strong><\/p>\n<p>Je suis honor\u00e9 par cette comparaison mais je ne pense pas m\u2019\u00eatre directement r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 Antonioni quand j\u2019ai tourn\u00e9 <em>Ka\u00efro<\/em> ; en revanche l\u2019influence du cin\u00e9aste ta\u00efwanais Edward Yang est consciente et r\u00e9elle, surtout dans sa fa\u00e7on de filmer la ville, et de repr\u00e9senter des personnages avec une solitude immense.<\/p>\n<p><strong>Dans vos films suivants <em>Doppelganger<\/em> (<\/strong><strong><em>Dopperugeng\u00e2<\/em>, 2003), <em>Loft<\/em> (<em>Rofuto<\/em>, 2005)<\/strong> <strong>et <\/strong><strong><em>R\u00e9tribution<\/em> (<em>Sakebi<\/em>, 2006) <\/strong><strong>vous abordez les th\u00e8mes du d\u00e9doublement et de la fronti\u00e8re entre le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent, la vie et la mort, le r\u00e9el et l\u2019imaginaire, la communication entre diff\u00e9rents espaces incompatibles \u2026<\/strong><\/p>\n<p><em>Doppelganger<\/em> est un peu diff\u00e9rent mais en ce qui concerne <em>Loft<\/em> et <em>R\u00e9tribution<\/em>, la mode du film d\u2019horreur au Japon que je croyais mourante s\u2019acharnait \u00e0 survivre \u00e0 mon grand \u00e9tonnement et on continuait \u00e0 me demander des films de ce genre. Je me suis donc laiss\u00e9 aller \u00e0 une inspiration assez exp\u00e9rimentale sans trop savoir ce que cela allait donner. Le principal probl\u00e8me que je me suis pos\u00e9 est celui du pass\u00e9. Mes films de fant\u00f4mes se posent la question de la repr\u00e9sentation du pass\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un temps pr\u00e9sent. J\u2019ai essay\u00e9 diff\u00e9rentes choses, j\u2019ai fait des exp\u00e9riences, certaines de mes id\u00e9es les plus audacieuses ont \u00e9chou\u00e9, d\u2019autres sont devenues incompr\u00e9hensibles. <em>R\u00e9tribution<\/em> a \u00e9t\u00e9 un film particuli\u00e8rement difficile \u00e0 r\u00e9aliser, parce que dans ce film il ne s\u2019agit par d\u2019\u00e9voquer le pass\u00e9 d\u2019une seule personne, mais d\u2019un pays tout entier. La question \u00e9tait de savoir comment la soci\u00e9t\u00e9 japonaise pouvait faire face \u00e0 son pass\u00e9, c\u2019\u00e9tait un th\u00e8me immense et tr\u00e8s ambitieux que je voulais introduire dans un contexte de film d\u2019horreur et cela a \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t douloureux.<\/p>\n<p><strong><em>R\u00e9tribution<\/em> annonce ainsi <em>Tokyo Sonata<\/em> (2008) et<em> Shokuzai<\/em> dans lesquels vous d\u00e9passez le genre fantastique pour continuer \u00e0 filmer des personnages fantomatiques et des atmosph\u00e8res angoissantes\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Je suis content de ce que vous me d\u00eetes mais cela n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 mon intention. J\u2019ai toujours pris le cin\u00e9ma fantastique tr\u00e8s au s\u00e9rieux. Parce qu\u2019un fant\u00f4me c\u2019est aussi la mort d\u2019un \u00eatre humain, et la mort est un \u00e9l\u00e9ment qui a toujours \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent dans mes films. Comme je vis dans le monde des hommes j\u2019ai forc\u00e9ment une opinion sur la soci\u00e9t\u00e9 qui m\u2019entoure, des contacts avec elle et cela a forc\u00e9ment des cons\u00e9quences dans les films que je tourne. Mais plut\u00f4t que d\u2019\u00e9voquer ces probl\u00e8mes de soci\u00e9t\u00e9 comme le font les gens dans les m\u00e9dias ou autour d\u2019une table, j\u2019ai envie de leur donner une approche fantastique, en les confrontant avec des \u00e9l\u00e9ments surnaturels. Un fant\u00f4me \u00e0 l\u2019\u00e9cran, c\u2019est la pr\u00e9sence concr\u00e8te de la mort dans l\u2019image et donc dans l\u2019univers des personnages que je mets en sc\u00e8ne dans mes films.<\/p>\n<p><strong>Au d\u00e9but de <em>S\u00e9ance<\/em> et dans <em>R\u00e9tribution<\/em> on retrouve l\u2019image r\u00e9currente d\u2019un fant\u00f4me de femme dans une robe rouge\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Je cherche une r\u00e9ponse intelligente mais je ne suis pas s\u00fbr de la trouver. A chaque fois que je filme un fant\u00f4me je me demande comment il pourrait \u00eatre habill\u00e9, avec une robe d\u2019une couleur ou d\u2019une autre. La couleur rouge ne poss\u00e8de pas v\u00e9ritablement de signification cach\u00e9e. Dans <em>S\u00e9ance<\/em> un autre fant\u00f4me \u00e9tait v\u00eatu de vert, dans <em>Ka\u00efro<\/em> ils sont en noir. Dans <em>Ring<\/em> le fant\u00f4me est v\u00eatu de blanc donc je me suis dis que je ne ferais jamais la m\u00eame chose. Il y a quelque chose que je n\u2019ai encore jamais essay\u00e9 mais que j\u2019aimerai bien tenter une fois, c\u2019est un fant\u00f4me nu. Mais Tobe Hooper a d\u00e9j\u00e0 film\u00e9 une extraterrestre nue dans <em>Lifeforce<\/em>, alors\u2026<\/p>\n<p>_______________________________________________________________________________<\/p>\n<p><strong>Votre prochain film fantastique tourn\u00e9 en France, toujours sur le th\u00e8me des images, poss\u00e8de une histoire proche de vos films japonais mais avec une vision plus psychologique\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Le film que je vais tourner en France, <em>La Femme de la plaque argentique<\/em> (titre de travail du <em>Secret de la chambre noire<\/em>, ndr), est une pure histoire de fant\u00f4me, ce que je n\u2019avais pas fait depuis longtemps. Je porte ce projet en moi depuis plus de dix ans sans jamais avoir pu le concr\u00e9tiser. C\u2019est un sc\u00e9nario original que j\u2019ai \u00e9crit seul, et qui est tr\u00e8s difficile \u00e0 r\u00e9aliser au Japon actuellement, car d\u00e8s que l\u2019on veut faire un film commercial avec un certain budget, il faut que le sc\u00e9nario soit adapt\u00e9 d\u2019un \u0153uvre pr\u00e9existante pour qu\u2019il soit valid\u00e9 par une compagnie de production.<\/p>\n<p>Je suis tr\u00e8s content de pouvoir tourner ce film en France. Comme je ne connais pas la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise en profondeur je pense que le film sera plus abstrait. C\u2019est un film assez luxueux dans la mesure o\u00f9 deux fant\u00f4mes apparaissent dans le film, dont un qui le devient au cours de l\u2019histoire\u2026 je ne l\u2019avais jamais fait auparavant et je juge cela assez audacieux.<\/p>\n<p><strong>Le cin\u00e9ma fantastique est demeur\u00e9 assez marginal en France.<\/strong><\/p>\n<p>Il y a en effet tr\u00e8s peu de films de fant\u00f4mes r\u00e9alis\u00e9s en France, et encore moins de Fran\u00e7ais qui croient \u00e0 l\u2019existence des fant\u00f4mes. En revanche les spectateurs fran\u00e7ais aiment beaucoup les films d\u2019horreur japonais, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment en France qu\u2019on me donne l\u2019occasion de r\u00e9aliser ce film de fant\u00f4mes. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s surpris par ce paradoxe.<\/p>\n<p><strong>L\u2019histoire de votre nouveau film \u00e9voque les nouvelles fantastiques d\u2019\u00e9crivains fran\u00e7ais tels que Maupassant, Balzac, Th\u00e9ophile Gautier. Le daguerr\u00e9otype, l\u2019un des premiers proc\u00e9d\u00e9s photographiques mis au point en France au XIX\u00e8me si\u00e8cle, y tient une place importante\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Le daguerr\u00e9otype a \u00e9t\u00e9 import\u00e9 de France au Japon et certains daguerr\u00e9otypes ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s au Japon. Il n\u2019aurait donc pas \u00e9t\u00e9 totalement impensable de r\u00e9aliser ce nouveau film au Japon. Mais je pense que le d\u00e9fi aurait surtout repos\u00e9 dans la difficult\u00e9 \u00e0 repr\u00e9senter la relation qui s\u2019installe entre le photographe et son mod\u00e8le. Il y a quelque chose de beaucoup plus sec, et de moins romantique, dans cette relation-l\u00e0 au Japon. Les Japonais auraient des difficult\u00e9s \u00e0 imaginer qu\u2019une relation entre un artiste et son mod\u00e8le puisse avoir autant de cons\u00e9quences. Le fait d\u2019\u00eatre pris en photo est finalement quelque chose de tr\u00e8s anodin au Japon. En France c\u2019est sans doute aussi le cas aujourd\u2019hui, avec les appareils num\u00e9riques, les Smartphones et la mode des \u00ab\u00a0selfies\u00a0\u00bb, mais tout le monde semble croire \u00e0 l\u2019histoire que je veux raconter et cela donnera sans doute naissance \u00e0 un film fran\u00e7ais assez particulier.<\/p>\n<p>Sur le tournage d\u2019un film s\u2019instaure aussi cette relation sp\u00e9ciale entre celui qui filme et celui ou celle qui est film\u00e9. On en parle souvent comme une relation intense et tr\u00e8s difficile. La r\u00e9alit\u00e9 est que sur un tournage on doit penser \u00e0 tellement de choses et r\u00e9gler tellement de probl\u00e8mes que la relation avec les acteurs est rarement aussi importante qu\u2019on le croit.<\/p>\n<p>Quand je suis sur un tournage j\u2019essaie de supprimer mes propres sentiments. Je pense qu\u2019un r\u00e9alisateur ne doit pas se laisser influencer par ses \u00e9motions, et mes relations avec les acteurs ne sont jamais de l\u2019ordre de l\u2019intimit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Quelle est par exemple votre relation avec votre acteur f\u00e9tiche K\u00f4ji Yakusho ?<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons le m\u00eame \u00e2ge, nous nous entendons tr\u00e8s bien et avons une vraie relation de confiance ; mais dans ma vie priv\u00e9e je n\u2019ai aucun contact avec lui, ni avec les techniciens et autres personnes du cin\u00e9ma avec lesquelles je travaille. Au Japon il y a une cat\u00e9gorie de gens qui m\u00eale relations priv\u00e9es et professionnelles, mais je n\u2019en fais pas partie. K\u00f4ji Yakusho trouve que c\u2019est tr\u00e8s bien comme \u00e7a. Quand j\u2019\u00e9cris un film je mets beaucoup de mes sentiments, sans me retenir, mais quand je r\u00e9fl\u00e9chis \u00e0 un personnage il n\u2019y a aucune interf\u00e9rence possible avec la vie priv\u00e9e ou le caract\u00e8re de l\u2019acteur qui va l\u2019interpr\u00e9ter. C\u2019est un personnage de fiction qui doit \u00eatre totalement distanci\u00e9 de ce qu\u2019est l\u2019acteur dans la vie de tous les jours. Pour Koji, c\u2019est agr\u00e9able de travailler devant un r\u00e9alisateur qui ne le conna\u00eet pas dans sa vie civile.<\/p>\n<p><strong>Leos Carax dit la m\u00eame chose \u00e0 propos de Denis Lavant. Il ne le fr\u00e9quente pas en dehors des tournages et n\u2019a jamais d\u00een\u00e9 avec lui.<\/strong><\/p>\n<p>\u00c7a alors\u00a0! Je suis tr\u00e8s \u00e9tonn\u00e9 et en m\u00eame temps cela me rassure de ne pas \u00eatre le seul \u00e0 me comporter de cette fa\u00e7on !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Propos recueillis le 20 d\u00e9cembre 2014 \u00e0 Paris ; traduction El\u00e9onore Mahmoudian ; remerciements \u00e0 Kiyoshi Kurosawa, Michiko Yoshitake, Camille Pollas et Maxime Werner (Capricci).<\/p>\n<p>Photo en t\u00eate de texte : Kiyoshi Kurosawa par Paul Blind, Cannes 2015<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-20131\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/7e14cfb219b13c5427528dfc9f0c31a3.jpg\" alt=\"\" width=\"736\" height=\"525\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/7e14cfb219b13c5427528dfc9f0c31a3.jpg 736w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/7e14cfb219b13c5427528dfc9f0c31a3-393x280.jpg 393w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/7e14cfb219b13c5427528dfc9f0c31a3-580x414.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 736px) 100vw, 736px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l\u2019occasion de la sortie du Secret de la chambre noire et du coffret DVD qui r\u00e9unit neuf de ses\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9,6,7],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - 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