{"id":174,"date":"2010-12-21T09:46:48","date_gmt":"2010-12-21T08:46:48","guid":{"rendered":"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/?p=174"},"modified":"2020-03-26T09:22:39","modified_gmt":"2020-03-26T08:22:39","slug":"saluer-claude-chabrol","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2010\/12\/21\/saluer-claude-chabrol\/","title":{"rendered":"Saluer Claude Chabrol"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">La disparition de Claude Chabrol le 12 septembre a pr\u00e9cipit\u00e9 la r\u00e9\u00e9dition de plusieurs ouvrages plus ou moins r\u00e9cents\u00a0: \u00ab\u00a0Comment faire un film\u00a0\u00bb (\u00e9crit avec Fran\u00e7ois Gu\u00e9rif, aux \u00e9ditions Rivages), \u00ab\u00a0Et pourtant je tourne\u00a0\u00bb (ses m\u00e9moires chez Robert Laffont), \u00ab\u00a0Pens\u00e9es, r\u00e9pliques et anecdotes\u00a0\u00bb (Le Cherche Midi). Apr\u00e8s \u00ab\u00a0Un jardin bien \u00e0 moi\u00a0\u00bb (souvenirs recueillis par Fran\u00e7ois Gu\u00e9rif il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es chez Deno\u00ebl), Plon a publi\u00e9 mi-novembre des \u00ab\u00a0M\u00e9moires intimes\u00a0\u00bb \u00e9crites cette fois-ci en collaboration avec Michel Pascal. Si ces livres fourmillent d\u2019anecdotes et de r\u00e9flexions chabroliennes, on conseillera surtout de voir et revoir les films du cin\u00e9aste, et pas seulement ses plus connus, pour bousculer les nombreuses id\u00e9es re\u00e7ues qui entachent encore l\u2019\u0153uvre de Claude Chabrol.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">N\u00e9 le 24 juin 1930 \u00e0 Paris, Claude Chabrol passe son enfance en province, avant de rejoindre la capitale. Cin\u00e9phile d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge, il fait des \u00e9tudes de droits puis devient attach\u00e9 de presse pour la Fox et \u00e9crit aux Cahiers du cin\u00e9ma entre 1952 et 1957. Aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Eric Rohmer, Jean-Luc Godard, Jacques Rivette et Fran\u00e7ois Truffaut, sous le parrainage d\u2019Andr\u00e9 Bazin, il participe \u00e0 la d\u00e9fense de la politique des auteurs et co-signe avec Rohmer un livre de r\u00e9f\u00e9rence sur Alfred Hitchcock, un de ses cin\u00e9astes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s avec Fritz Lang. Ces jeunes critiques de cin\u00e9ma deviendront tous des cin\u00e9astes importants que l\u2019on regroupera sous l\u2019\u00e9tiquette de la Nouvelle Vague. Chabrol passe \u00e0 la mise en sc\u00e8ne en 1959 avec <em>Le Beau Serge<\/em>, Prix Jean-Vigo et Grand Prix du Festival de Locarno. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">\u00ab\u00a0\u00c7a commence psychologique et \u00e7a finit m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb \u00e9crivait Fran\u00e7ois Truffaut au sujet du premier long m\u00e9trage de son ami Claude Chabrol, un petit budget tourn\u00e9 \u00e0 la campagne gr\u00e2ce \u00e0 un h\u00e9ritage. Chabrol se cherche encore dans cette histoire de rachat aux accents christiques, influenc\u00e9e par Rossellini, mais il a d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9, ce n\u2019est pas rien, Jean-Claude Brialy, G\u00e9rard Blain, Bernadette Lafont. Son cin\u00e9ma va se pr\u00e9ciser d\u00e8s le film suivant, <em>Les Cousins<\/em>, dialogu\u00e9 par Paul G\u00e9gauff, qui obtiendra un grand succ\u00e8s et consacrera Chabrol cin\u00e9aste \u00e0 la fois moraliste et provocateur. <em>\u00c0 double tour<\/em> est un drame bourgeois film\u00e9 \u00e0 Aix-en-Provence, o\u00f9 m\u00e9taphysique et intrigue polici\u00e8re font bon m\u00e9nage. C&rsquo;est aussi le premier film ensoleill\u00e9 de Chabrol, qui permet \u00e0 Henri Decae de signer une magnifique photographie en couleur.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Ce sont les d\u00e9buts d\u2019une \u0153uvre prolifique, vari\u00e9e (Chabrol a abord\u00e9 presque tous les genres), parfois d\u00e9routante mais qui t\u00e9moigne d\u2019une ambition et d\u2019une intelligence exceptionnelles. D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es soixante, \u00e0 la suite de plusieurs bides, Chabrol accepte des films de commande, travaille au sein du cin\u00e9ma commercial et refuse la posture du cin\u00e9ma d\u2019auteur. Chabrol a pr\u00e9tendu un jour qu\u2019il n\u2019avait jamais refus\u00e9 une commande. On le croit sans peine \u00e0 la vision de <em>La Ligne de d\u00e9marcation <\/em>(r\u00e9alis\u00e9 juste apr\u00e8s la tr\u00e8s commerciale s\u00e9rie des <em>Tigre<\/em>), film sur la R\u00e9sistance produit par son ami Georges de Beauregard d\u2019apr\u00e8s le livre du colonel R\u00e9my, et d\u2019abord propos\u00e9 \u00e0 Anthony Mann. Le r\u00e9sultat est honn\u00eate, bien que r\u00e9alis\u00e9 par-dessus la jambe par un Chabrol gu\u00e8re concern\u00e9 par son sujet. D\u00e9tail amusant, Chabrol explique dans son livre de souvenirs que le plan du film dont il est le plus satisfait (l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un convoi allemand dans un village) a \u00e9t\u00e9 obtenu en raison de son \u00e9tat d\u2019\u00e9bri\u00e9t\u00e9, qui l\u2019avait pouss\u00e9 \u00e0 \u00e9loigner le plus possible les figurants de la cam\u00e9ra. En effet, il ne se sentait plus en mesure de les diriger !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Cette apparente d\u00e9sinvolture et ce go\u00fbt chabrolien de la blague engendreront quelques malentendus tenaces et la fausse id\u00e9e selon laquelle le cin\u00e9aste aurait vite abandonn\u00e9 ses id\u00e9aux de jeunesse au profit de la facilit\u00e9, alors que Chabrol a toujours plac\u00e9 au-dessus de tout une v\u00e9ritable morale de la mise en sc\u00e8ne, que ce soit dans le domaine du cin\u00e9ma policier ou du drame psychologique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Ses choix de films sont parfois hasardeux, mais sa vision du cin\u00e9ma rel\u00e8ve d\u2019une grande fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 ses cin\u00e9astes de pr\u00e9dilection, Renoir, Hitchcock, Lang, et \u00e0 une id\u00e9e de la mise en sc\u00e8ne qui privil\u00e9gie le classicisme et le romanesque, se m\u00e9fie du lyrisme pour ausculter avec lucidit\u00e9 les actions et les sentiments de personnages souvent d\u00e9pass\u00e9s par leur propre folie, et ali\u00e9n\u00e9s par un milieu social \u00e9touffant. D\u2019une grande culture litt\u00e9raire et cin\u00e9matographique, grand amateur de romans policiers, de Georges Simenon qu\u2019il a plusieurs fois adapt\u00e9, de Balzac et de Flaubert (il signe une <em>Madame Bovary<\/em> avec Isabelle Huppert en 1991), Chabrol a souvent r\u00e9alis\u00e9 des films simples en apparence, mais d\u2019une grande subtilit\u00e9 cin\u00e9matographique et psychologique. Adepte d\u2019une mise en sc\u00e8ne invisible, comme certains r\u00e9alisateurs hollywoodien, ses plans et ses mouvements de cam\u00e9ra sont toujours d\u2019une implacable rigueur, au diapason des questions morales et philosophiques que soul\u00e8vent ses films. La longue carri\u00e8re de Claude Chabrol pourrait se d\u00e9couper en diff\u00e9rentes p\u00e9riodes, plus ou moins riches, mais surtout en diff\u00e9rents producteurs\u00a0; Georges de Beauregard, le producteur de la Nouvelle Vague et Andr\u00e9 G\u00e9nov\u00e8s, qui produit dans les ann\u00e9es 70 une s\u00e9rie de chefs-d\u2019\u0153uvre de Chabrol (<em>La Femme infid\u00e8le, Que la b\u00eate meure, Juste avant la nuit\u2026<\/em>). De cette \u00e9poque faste, on a raison de retenir un film qui s\u2019impose comme un des meilleurs de Chabrol\u00a0: <em>Le Boucher<\/em>. H\u00e9l\u00e8ne (interpr\u00e9t\u00e9e par St\u00e9phane Audran, \u00e9g\u00e9rie et \u00e9pouse du cin\u00e9aste de 64 \u00e0 80), l&rsquo;institutrice d&rsquo;un petit village, se lie d&rsquo;amiti\u00e9 avec Popaul le boucher (magistral Jean Yanne.) Elle se rend compte, petit \u00e0 petit, qu&rsquo;il est l&rsquo;auteur de la s\u00e9rie de meurtres commis dans la r\u00e9gion. Chabrol dresse le fascinant portrait d&rsquo;un assassin ordinaire traumatis\u00e9 par le sang vers\u00e9 \u00e0 la guerre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Dans les ann\u00e9es 80, Chabrol entamera avec le producteur Marin Karmitz une autre collaboration tr\u00e8s f\u00e9conde (<em>Une affaire de femmes, La C\u00e9r\u00e9monie, Merci pour le chocolat\u2026<\/em>). <em>La C\u00e9r\u00e9monie<\/em> perp\u00e9tue la longue s\u00e9rie de chroniques criminelles situ\u00e9es dans la tranquille province de France et qui a inspir\u00e9 \u00e0 Chabrol, dans les ann\u00e9es 70, ses meilleurs films. Une fois de plus, Chabrol \u00e9pingle l\u2019hypocrisie des grands bourgeois et les limites \u00e9troites de leurs principes humanistes. Mais tandis que les chefs-d&rsquo;\u0153uvre de Chabrol \u00e9tudiaient la bourgeoisie comme un monde clos dans lequel le moindre d\u00e9r\u00e8glement interne est vite neutralis\u00e9, c&rsquo;est ici l&rsquo;intrusion d&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment \u00e9tranger, c&rsquo;est-\u00e0-dire une illettr\u00e9e issue d&rsquo;un milieu d\u00e9favoris\u00e9, qui va d\u00e9clencher le chaos. Lorsque Chabrol pr\u00e9sente dans le dossier de presse <em>La C\u00e9r\u00e9monie<\/em> comme \u00ab\u00a0le dernier film marxiste\u00a0\u00bb, on a le droit d&rsquo;y voir une boutade publicitaire destin\u00e9e aux journalistes friands de raccourci. Il serait d&rsquo;ailleurs inexact de r\u00e9duire <em>La C\u00e9r\u00e9monie<\/em> \u00e0 une all\u00e9gorie de la lutte de classes. Si le film n&rsquo;est pas exempt de pr\u00e9occupations politiques, le cin\u00e9aste m\u00e9nage l&rsquo;opacit\u00e9 psychologique des deux meurtri\u00e8res, magnifiquement interpr\u00e9t\u00e9es par Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Chabrol fut aussi r\u00e9put\u00e9 pour sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 des acteurs (Michel Bouquet en t\u00eate, Jean Yanne, Jean Poiret) et surtout des actrices (Bernadette Lafont, St\u00e9phane Audran, Isabelle Huppert) qu\u2019il dirige avec un talent unique. Difficile de parler de Chabrol sans \u00e9voquer son complice et sc\u00e9nariste Paul G\u00e9gauff, qui \u00e9crivit de nombreux films de Chabrol entre 59 et 76, et qui eut une influence consid\u00e9rable sur le cin\u00e9aste, au point que ce dernier lui consacra un film comme acteur (<em>Une partie de plaisir<\/em>) et que le dernier film de Chabrol, <em>Bellamy<\/em>, peut se lire comme l\u2019histoire de leur relation. Sur le mod\u00e8le de son ma\u00eetre Hitchcock, Chabrol avait d\u00e9velopp\u00e9 un personnage public jovial et bon vivant, gourmet accompli, et s\u2019amusait \u00e0 faire l\u2019acteur dans les films des autres et \u00e0 participer \u00e0 de nombreuses \u00e9missions de radio ou de t\u00e9l\u00e9vision, o\u00f9 s\u2019exprimaient son sens de l\u2019humour et son go\u00fbt des anecdotes. Claude Chabrol ne se prenait pas au s\u00e9rieux, mais ce n\u2019est pas une raison pour ne pas le consid\u00e9rer comme un tr\u00e8s grand cin\u00e9aste. Sa r\u00e9putation de peintre satirique de la bourgeoisie de province, \u00e0 laquelle il a consacr\u00e9 de nombreux films en \u00e9mule de Simenon et Flaubert est trop limitative, si l\u2019on consid\u00e8re l\u2019\u00e9tendue de sa palette et de sa curiosit\u00e9. La filmographie de Chabrol n\u2019est pas avare en entreprises un peu aberrantes, mais non n\u00e9gligeables, comme cette incursion dans le fantastique onirique, <em>Alice ou la derni\u00e8re fugue<\/em>, avec Sylvia Kristel dans le r\u00f4le-titre (il existe une dimension fantastique secr\u00e8te, comme chez Lang, dans la plupart des grands films de Chabrol.)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\"><em>Nada<\/em> sur un groupuscule de gauchistes, d\u2019apr\u00e8s un roman de Jean-Patrick Manchette, est un film tr\u00e8s sous-estim\u00e9. De m\u00eame que la toute derni\u00e8re partie de sa filmographie n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9e \u00e0 sa juste valeur (la formidable <em>Fille coup\u00e9e en deux<\/em> par exemple.) Les classiques et des grands succ\u00e8s populaires de Claude Chabrol sont nombreux, des <em>Cousins<\/em> \u00e0 <em>Violette Nozi\u00e8re <\/em>en passant par <em>Les Fant\u00f4mes du chapelier<\/em> ou <em>Le Boucher<\/em>, comme sont nombreux les titres mineurs qui rec\u00e8lent pourtant bien des tr\u00e9sors de mise en sc\u00e8ne (<em>Les Biches, Le Scandale, La Rupture, Les Noces rouges ou Les Innocents aux mains sales.)<\/em> Chabrol est aussi l\u2019auteur d\u2019un film g\u00e9nial mais maudit (le flaubertien <em>Les Bonnes Femmes<\/em>), de quelques nanars tellement \u00e9normes qu\u2019ils en deviennent fascinants (<em>Folies bourgeoises<\/em>, <em>Les Magiciens<\/em>) et d\u2019\u00e9checs souvent passionnants (<em>Oph\u00e9lia<\/em>, <em>L\u2019\u0153il du malin.<\/em>) L\u2019\u0153uvre de Claude Chabrol restera comme une des plus importantes du cin\u00e9ma fran\u00e7ais moderne, avec celle de son ami Eric Rohmer disparu la m\u00eame ann\u00e9e que lui. C\u2019est surtout une filmographie \u00e0 parcourir et \u00e0 red\u00e9couvrir sans cesse, pour appr\u00e9cier le style d\u2019un grand auteur mais aussi mieux comprendre la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise et la psychologie humaine, au m\u00eame titre que \u00ab\u00a0La Com\u00e9die humaine\u00a0\u00bb de Balzac ou les \u0153uvres compl\u00e8tes de Georges Simenon.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La disparition de Claude Chabrol le 12 septembre a pr\u00e9cipit\u00e9 la r\u00e9\u00e9dition de plusieurs ouvrages plus ou moins r\u00e9cents\u00a0: \u00ab\u00a0Comment\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Saluer Claude Chabrol - Olivier P\u00e8re<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2010\/12\/21\/saluer-claude-chabrol\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Saluer Claude Chabrol - 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