{"id":1591,"date":"2011-07-29T08:30:41","date_gmt":"2011-07-29T07:30:41","guid":{"rendered":"http:\/\/olivierpere.wordpress.com\/?p=1591"},"modified":"2020-03-28T13:19:32","modified_gmt":"2020-03-28T12:19:32","slug":"festival-del-film-locarno-depardieu-pialat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/07\/29\/festival-del-film-locarno-depardieu-pialat\/","title":{"rendered":"Festival del film Locarno : Depardieu-Pialat"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Parmi les grands couples de l\u2019histoire du cin\u00e9ma, il y a celui form\u00e9 par G\u00e9rard Depardieu et Maurice Pialat (photo en t\u00eate de texte sur le tournage du <em>Gar\u00e7u<\/em> en 1995, avec Antoine Pialat.)\u00a0 Quatre films ensemble, quatre films superbes, une collaboration artistique et une amiti\u00e9 exceptionnelles que nous avions envie de c\u00e9l\u00e9brer cette ann\u00e9e \u00e0 Locarno, parce que nous admirons le cin\u00e9ma de Maurice Pialat et qu\u2019il nous manque, et parce que G\u00e9rard Depardieu, monstre sacr\u00e9 du cin\u00e9ma fran\u00e7ais, est toujours l\u00e0 pour nous surprendre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Depardieu et Pialat travaillent pour la premi\u00e8re fois ensemble en 1980 avec <em>Loulou<\/em>, r\u00e9cit autobiographique dans lequel le cin\u00e9aste met en sc\u00e8ne un \u00e9pisode douloureux de sa vie. Un homme, Andr\u00e9, est tromp\u00e9 par sa compagne, Nelly, qui part vivre avec un petit voyou sympathique, Loulou. Nelly tombera enceinte, se fera avorter et finira par quitter Loulou pour retrouver Andr\u00e9. Une histoire simple, dans la lign\u00e9e de <em>Nous ne vieillirons pas ensemble<\/em>, qui place une fois de plus la lutte des classes sur le terrain amoureux. Andr\u00e9 et Nelly appartiennent \u00e0 un milieu ais\u00e9 et intellectuel, tandis que Loulou est un ch\u00f4meur vivant de larcins, un loubard des faubourgs. L\u2019attirance entre Nelly et Loulou est purement sexuelle, elle ne m\u00e8nera nulle part et se conclura par un \u00e9chec. Pialat choisit Guy Marchand pour jouer Andr\u00e9 (transposition du cin\u00e9aste \u00e0 l\u2019\u00e9cran), Isabelle Huppert et G\u00e9rard Depardieu, stars montantes du cin\u00e9ma fran\u00e7ais, seront Nelly et Loulou. Sur le tournage, ce ne sera pas l\u2019entente cordiale entre Pialat et Depardieu. Le cin\u00e9aste malm\u00e8ne l\u2019acteur, lui reproche d\u2019\u00eatre paresseux, pas assez professionnel. Depardieu donne l\u2019impression de ne pas jouer, d\u2019\u00eatre vraiment Loulou, avec un naturel qui l\u2019on retrouve chez les com\u00e9diens amateurs que Pialat aime fr\u00e9quemment employer. Heureusement, Depardieu saura pardonner l\u2019agressivit\u00e9 de Pialat (qui ne s\u2019\u00e9pargne rien en consacrant un film \u00e0 l\u2019amant de la femme qu\u2019il a aim\u00e9). Ils se retrouveront pour <em>Police<\/em>, cinq ans plus tard, et l\u2019admiration entre les deux hommes est d\u00e9sormais totale.<br \/>\nPort\u00e9 par une distribution de vedettes (qui sont aussi des champions du box office fran\u00e7ais : Depardieu, Sophie Marceau, Richard Anconina), <em>Police<\/em> est un film qui d\u00e9sire \u00e9largir le public de Maurice Pialat, et qui y parviendra. Ce sera le plus grand succ\u00e8s commercial du cin\u00e9aste. Le genre policier est en effet une valeur s\u00fbre, r\u00e9guli\u00e8rement fr\u00e9quent\u00e9 par la plupart des meilleurs auteurs fran\u00e7ais (de Renoir \u00e0 Melville en passant par les cin\u00e9astes de la Nouvelle Vague). Pourtant, on s\u2019en doute, <em>Police<\/em> de Maurice Pialat n\u2019est pas un polar comme les autres, m\u00eame s\u2019il en respecte certaines conventions. La premi\u00e8re partie est centr\u00e9e autour de sc\u00e8nes d\u2019interrogatoires, qui montrent la routine, la violence banale du m\u00e9tier de flic et des rapports de force entre suspects et policiers, faits de brutalit\u00e9s et de mensonges. Dans le r\u00f4le de Mangin, Depardieu est magnifique. C\u2019est l\u2019une de ses interpr\u00e9tations les plus subtiles. D\u2019abord grossier, s\u00fbr de lui, il laisse peu \u00e0 peu appara\u00eetre une complexit\u00e9 insoup\u00e7onnable, quand le film s\u2019int\u00e9resse \u00e0 sa vie en dehors du commissariat, et d\u00e9voile une fragilit\u00e9 et une solitude bouleversantes (son regard dans le dernier plan du film, lorsqu\u2019il a \u00e9t\u00e9 trahi par Noria, la jeune femme qu\u2019il a eu la faiblesse d\u2019aimer.)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\"><em>Sous le soleil de Satan<\/em> est le premier film \u00e0 costumes (si l&rsquo;on excepte le feuilleton pour la t\u00e9l\u00e9vision<em> La Maison des bois<\/em>) et la premi\u00e8re adaptation litt\u00e9raire dans l&rsquo;\u0153uvre de Maurice Pialat. En d\u00e9cidant de porter \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran le roman de Georges Bernanos, Pialat esp\u00e8re peut-\u00eatre, apr\u00e8s les succ\u00e8s publics et critiques de <em>\u00c0 nos amours<\/em> et <em>Police<\/em> acc\u00e9der \u00e0 une forme de reconnaissance professionnelle d\u00e9finitive. Au-del\u00e0 de l&rsquo;orgueil de l&rsquo;artiste \u00e0 d\u00e9passer la routine de ses sources d&rsquo;inspiration (l&rsquo;autobiographie, le r\u00e9alisme quotidien, le couple), et \u00e0 se confronter pour la premi\u00e8re fois \u00e0 des domaines \u00e9trangers et \u00e0 hauts risques (la reconstitution historique, le sujet religieux, Bernanos), Pialat ne d\u00e9vie pas de sa qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9 et cherche quelque chose de plus profond que le d\u00e9paysement ou l&rsquo;anoblissement. Ne s&rsquo;agit-il pas, pour un cin\u00e9aste qui a souvent film\u00e9 la destruction, la catastrophe et le malheur, sous un angle trivial, de parvenir gr\u00e2ce \u00e0 une \u0153uvre litt\u00e9raire majeure \u00e0 l&rsquo;origine de ses pr\u00e9occupations ? Malgr\u00e9 son ath\u00e9isme, Pialat rejoint Bernanos dans sa vision tr\u00e8s noire d&rsquo;une humanit\u00e9 rong\u00e9e par la faute et le Mal. Il a d\u00e9j\u00e0 enregistr\u00e9, dans Police, l&rsquo;histoire d&rsquo;une chute et un cheminement vers la Gr\u00e2ce. Cin\u00e9aste du r\u00e9el, Pialat prend ici le risque de se mesurer \u00e0 la transcendance, au sacr\u00e9, au fantastique, mais aussi \u00e0 deux cin\u00e9astes admir\u00e9s (ils ne sont pas l\u00e9gion) : Dreyer et Bresson. <em>Sous le soleil de Satan<\/em> n&#8217;emprunte pourtant pas le chemin \u00e9troit trac\u00e9 par Bresson. Pialat \u00e9lague \u00e9norm\u00e9ment au montage, songe \u00e0 ne pas inclure la rencontre de Donissan avec le Diable. Elle est finalement dans le film, sublime, dissonante. Tent\u00e9 par l&rsquo;\u00e9pure, Pialat ne renonce pas pour autant \u00e0 son com\u00e9dien d&rsquo;\u00e9lection G\u00e9rard Depardieu, qui parvient \u00e0 \u00eatre cr\u00e9dible, malgr\u00e9 sa personnalit\u00e9 envahissante et ses kilos en trop, en cur\u00e9 de campagne maladif. Comme \u00e0 son habitude, il filme une star et une actrice de son invention, l&rsquo;incandescente Sandrine Bonnaire, entour\u00e9es de com\u00e9diens non professionnels ou occasionnels (le monteur Yann Dedet), avec des r\u00e9sultats admirables. Il n&rsquo;y a pas dans Sous le soleil de Satan les petits faits vrais, les paroles vaches ou les digressions narratives qui plaisent tant aux amateurs de naturalisme cin\u00e9matographique. Le film est constitu\u00e9 de blocs denses, les dialogues comptent parmi les plus beaux &#8211; et litt\u00e9raires &#8211; du cin\u00e9ma fran\u00e7ais contemporain. Pialat \u00e9vacue l&rsquo;anecdotique et cis\u00e8le un soleil noir dont le pessimisme radical &#8211; celui de Bernanos, le sien &#8211; \u00e9claire et \u00e9crase les films pr\u00e9c\u00e9dents. Le cin\u00e9aste, dans le r\u00f4le de Menou-Segret, mentor de Donissan, exprime au travers de son personnage des sentiments intimes, sur la peur de la vieillesse, la m\u00e9fiance vis-\u00e0-vis de la sagesse (\u00ab\u00a0un vice de vieillard\u00a0\u00bb), l&rsquo;attente terrible de la mort enfin. <em>Sous le soleil de Satan<\/em> obtient la Palme d\u2019or au Festival de Cannes en 1987. Pialat tourne <em>Van Gogh<\/em> en 1991, avec Jacques Dutronc dans le r\u00f4le-titre. En 1995, Pialat retrouve Depardieu pour la quatri\u00e8me et derni\u00e8re fois, pour <em>Le Gar\u00e7u<\/em>. Il lui demande d\u2019\u00eatre son double cin\u00e9matographique, ce qui est nouveau dans leur relation.<br \/>\nUn homme infid\u00e8le quitte sa jeune femme, mais ne parvient pas \u00e0 se d\u00e9tacher d\u2019elle, car il aime passionn\u00e9ment son fils de cinq ans et cherche \u00e0 le revoir par tous les moyens. <em>Le Gar\u00e7u<\/em> marque le retour de Pialat \u00e0 la veine la plus autobiographique de son \u0153uvre, dans la lign\u00e9e de Nous ne vieillirons pas ensemble. Les personnages de Pialat vivent d\u00e9sormais dans l\u2019aisance, l\u2019argent est d\u00e9pens\u00e9 avec ostentation, mais les relations humaines sont toujours aussi conflictuelles et douloureuses. \u00c0 la qu\u00eate du plaisir, \u00e0 la difficult\u00e9 de vivre ensemble s\u2019ajoute l\u2019hyst\u00e9rie paternelle. Le film se cl\u00f4t sur la mort du gar\u00e7u, le p\u00e8re du personnage interpr\u00e9t\u00e9 par G\u00e9rard Depardieu, qui fait \u00e9cho \u00e0 l\u2019agonie de la m\u00e8re dans <em>La Gueule ouverte<\/em>. Le film, presque d\u00e9pourvu de progression dramatique, est constitu\u00e9 d\u2019une succession de morceaux de vie capt\u00e9s avec beaucoup de sensibilit\u00e9. Ce film grave et juste, aux accents d\u00e9chirants, fut mal accueilli \u00e0 sa sortie par le public, qui se jugea sans doute de trop devant ces moments intimes. Quelle erreur. Pialat ne cherche pas l\u2019impudeur, mais il atteint \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 des \u00eatres et des choses. En filmant son propre fils Antoine, sentant peut-\u00eatre la fin venir (ce sera son dernier film, il meurt le 11 janvier 2003), Pialat se rapproche des origines du cin\u00e9ma, des fr\u00e8res Lumi\u00e8re, tout simplement.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial;font-size: 10pt\">Nous remercions chaleureusement G\u00e9rard Depardieu et Sylvie Pialat, qui fut l\u2019\u00e9pouse, la sc\u00e9nariste et l\u2019assistante de Maurice Pialat avant de devenir productrice, et qui a rendu possible la venue de G\u00e9rard Depardieu pour la premi\u00e8re fois au Festival del film Locarno. Une pr\u00e9sentation sur la Piazza Grande de l\u2019hommage Depardieu-Pialat aura lieu le lundi 8 ao\u00fbt, et une rencontre entre G\u00e9rard Depardieu, Sylvie Pialat et le public du festival le lendemain matin, \u00e0 12h15 au Forum, pour \u00e9voquer l\u2019\u0153uvre d\u2019un des plus grands cin\u00e9astes fran\u00e7ais.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parmi les grands couples de l\u2019histoire du cin\u00e9ma, il y a celui form\u00e9 par G\u00e9rard Depardieu et Maurice Pialat (photo\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Festival del film Locarno : Depardieu-Pialat - Olivier P\u00e8re<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2011\/07\/29\/festival-del-film-locarno-depardieu-pialat\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Festival del film Locarno : Depardieu-Pialat - 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