{"id":15056,"date":"2015-03-23T09:22:45","date_gmt":"2015-03-23T08:22:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/?p=15056"},"modified":"2015-03-23T09:22:45","modified_gmt":"2015-03-23T08:22:45","slug":"classiques-du-cinema-erotique-japonais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2015\/03\/23\/classiques-du-cinema-erotique-japonais\/","title":{"rendered":"Classiques du cin\u00e9ma \u00e9rotique japonais"},"content":{"rendered":"<p>Dans la collection \u00ab\u00a0Culte et Underground\u00a0\u00bb Zootrope Films et Luminor r\u00e9\u00e9ditent le 7 avril trois classiques de l\u2019\u00e9rotisme japonais plus un in\u00e9dit (<em>La Maison des perversit\u00e9s<\/em>) en DVD. Le titre du coffret est \u00e9dulcor\u00e9 pour ne pas heurter les oreilles fran\u00e7aises : \u00ab\u00a0Romans \u00e9rotiques vol. 1\u00a0\u00bb alors que ce type de films sont d\u00e9sign\u00e9s au Japon sous l\u2019appellation \u00ab\u00a0roman porno\u00a0\u00bb, m\u00eame s\u2019il ne s\u2019agit pas \u00e0 proprement parler de pornographie, du moins selon l\u2019acceptation occidentale, les sc\u00e8nes de sexe explicite et le fait de montrer des pilosit\u00e9s ou des organes g\u00e9nitaux \u00e9tant strictement interdits par la censure japonaise. Le terme de \u00ab\u00a0roman porno\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0roman poruno\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0roman\u00a0\u00bb pour \u00ab\u00a0romantique\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0porno\u00a0\u00bb dans le sens d&rsquo;\u00e9rotisme soft) est plut\u00f4t une trouvaille marketing de la soci\u00e9t\u00e9 Nikkatsu, qui produira de nombreux films de ce genre \u00e0 partir de 1971. La principale diff\u00e9rence entre les \u00ab\u00a0roman porno\u00a0\u00bb et les films traditionnels \u00e9rotiques produits auparavant par la Nikkatsu ou d\u2019autres compagnies (les \u00ab\u00a0pinku eiga\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0films roses\u00a0\u00bb) r\u00e9side essentiellement dans la dimension sadomasochiste de ces productions qui contournent la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la censure nippone en mati\u00e8re de sexe pour d\u00e9velopper des pratiques plus violentes et paradoxalement plus acceptables comme le \u00ab\u00a0bondage\u00a0\u00bb et autres sp\u00e9cialit\u00e9s sadiques et d\u00e9viantes. Il en r\u00e9sulte des films \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re trouble et perverse, parfois extr\u00eamement choquants et excessifs, qui permirent \u00e0 certains r\u00e9alisateur de s\u2019\u00e9panouir artistiquement dans un registre au cahier des charges pourtant bien d\u00e9fini, mais ouvert aux d\u00e9lices de l\u2019imagination sans limite et aux pi\u00e8ges du plaisir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Bien connus de nos services, les titres en question comptent parmi les plus appr\u00e9ci\u00e9s dans leur pays natal et en Occident au sein d\u2019une production pl\u00e9thorique, sign\u00e9s par des cin\u00e9astes identifi\u00e9s comme des auteurs talentueux, passionn\u00e9s par l\u2019\u00e9rotisme et son pouvoir de subversion, pas de simples ex\u00e9cutants.<\/p>\n<p>Cin\u00e9aste de la Nikkatsu sp\u00e9cialis\u00e9 dans le \u00ab\u00a0roman porno\u00a0\u00bb, Masaru Konuma fut dans sa jeunesse un grand lecteur de Sade et de Tanizaki et l\u2019auteur d\u2019une th\u00e8se universitaire sur Godard. Derri\u00e8re la cam\u00e9ra il franchit all\u00e9grement les limites de la biens\u00e9ance, va encore plus loin que ses confr\u00e8res dans le sadomasochisme, la scatologie et l&rsquo;urolagnie et raconte avec d\u00e9lectation les pires histoires d&rsquo;amour fou. Comme Konuma est un obs\u00e9d\u00e9 sexuel mais aussi un brillant metteur en sc\u00e8ne, on peut sans exag\u00e9ration classer <em>La Vie secr\u00e8te de Mme Yoshino<\/em> (<em>Kashin no irezumi : ureta tsubo<\/em>, 1976) parmi les joyaux du cin\u00e9ma \u00e9rotique japonais, \u00e0 r\u00e9server cependant \u00e0 un public tr\u00e8s averti. Le cin\u00e9ma de Konuma doit beaucoup \u00e0 son actrice f\u00e9tiche, Naomi Tani, superstar de l\u2019\u00e9rotisme nippon avec pas moins de 200 films en douze ann\u00e9es de carri\u00e8re, symbole de la modernit\u00e9 sexuelle dans son pays, et accessoirement reine du \u00ab\u00a0bondage\u00a0\u00bb nippon. Elle tourna ses meilleurs films sous la direction de Konuma, et leur relation artistique fut pour le moins houleuse et probl\u00e9matique. <em>La Vie secr\u00e8te de Mme Yoshino<\/em> est un m\u00e9lo SM douloureux pour les sens du spectateur et le corps magnifique de Naomi Tani soumis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du tatouage.<\/p>\n<div id=\"attachment_15059\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-15059\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-15059\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/18649684.jpg\" alt=\"La Vie secr\u00e8te de Mme Yoshino\" width=\"600\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/18649684.jpg 600w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/18649684-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/18649684-580x387.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><p id=\"caption-attachment-15059\" class=\"wp-caption-text\">La Vie secr\u00e8te de Mme Yoshino<\/p><\/div>\n<p>Madame Yoshino (Naomi Tani) est veuve et \u00e9l\u00e8ve seule sa fille qui s\u2019\u00e9veille \u00e0 l\u2019amour et jalouse la beaut\u00e9 de sa m\u00e8re. Cette derni\u00e8re a pass\u00e9 toute sa vie dans les coulisses du th\u00e9\u00e2tre kabuki et confectionne des poup\u00e9es de papier traditionnelles. Un jour, les deux femmes rencontrent un jeune homme qui se r\u00e9v\u00e8le le fils de l\u2019acteur qui a viol\u00e9 Madame Yoshino dans son adolescence. La fille tombe amoureuse du gar\u00e7on en ignorant tout du secret de sa g\u00e9nitrice tandis que notre h\u00e9ro\u00efne sombre dans la folie, superposant le corps et l\u2019image de son ancien tortionnaire avec ceux de son fils. Dans le cadre \u00e9troit du cin\u00e9ma d\u2019exploitation, avec l\u2019obligation de satisfaire un public de voyeurs, Konuma r\u00e9ussit n\u00e9anmoins un splendide m\u00e9lodrame pervers dans lequel les sc\u00e8nes de sexe sont autant d\u2019\u00e9tapes dans la psychose traumatique de Madame Yoshino qui revit les \u00e9treintes douloureuses avec son amant mal\u00e9fique et tatoueur. La mise en sc\u00e8ne est constamment inventive, jusqu\u2019au finale paroxystique o\u00f9 un jeu de miroirs fait \u00e9clater la schizophr\u00e9nie et la folie meurtri\u00e8re du personnage.<\/p>\n<div id=\"attachment_15060\" style=\"width: 1210px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-15060\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-15060\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/vie-secrete-de-madame-yoshino-1976-07-1-g.jpg\" alt=\"La Vie secr\u00e8te de Mme Yoshino\" width=\"1200\" height=\"609\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/vie-secrete-de-madame-yoshino-1976-07-1-g.jpg 1200w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/vie-secrete-de-madame-yoshino-1976-07-1-g-552x280.jpg 552w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/vie-secrete-de-madame-yoshino-1976-07-1-g-1024x520.jpg 1024w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/vie-secrete-de-madame-yoshino-1976-07-1-g-580x294.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><p id=\"caption-attachment-15060\" class=\"wp-caption-text\">La Vie secr\u00e8te de Mme Yoshino<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les trois autres titres sont <em>Sayuri strip-teaseuse<\/em> de Tatsumi Kumashiro, <em>La V\u00e9ritable histoire d\u2019Abe Sada<\/em> et <em>La Maison des perversit\u00e9s<\/em> r\u00e9alis\u00e9s par Noboru Tanaka<\/p>\n<div id=\"attachment_15058\" style=\"width: 1073px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-15058\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-15058\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/maison-des-perversites-76-1-g.jpg\" alt=\"La Maison des perversit\u00e9s\" width=\"1063\" height=\"1000\" srcset=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/maison-des-perversites-76-1-g.jpg 1063w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/maison-des-perversites-76-1-g-298x280.jpg 298w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/maison-des-perversites-76-1-g-816x768.jpg 816w, https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/maison-des-perversites-76-1-g-580x546.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 1063px) 100vw, 1063px\" \/><p id=\"caption-attachment-15058\" class=\"wp-caption-text\">La Maison des perversit\u00e9s<\/p><\/div>\n<p><em>La Maison des perversit\u00e9s<\/em> (<em>Edogawa Ranpo ry\u00f4ki-kan: Yaneura no sanposha<\/em>, 1976) est inspir\u00e9 d\u2019une nouvelle de Edogawa Rampo, figure du roman policier japonais connu pour ses histories de d\u00e9tective et ses \u00e9tudes psychologiques, fr\u00e9quemment adapt\u00e9 au cin\u00e9ma. Le film de Tanaka se d\u00e9roule en 1923 \u00e0 Tokyo. Le propri\u00e9taire d\u2019un immeuble passe son temps dans les combles \u00e0 espionner les rendez-vous secrets de ses locataires par le plafond de leurs appartements, jouissant d\u2019observer leurs \u00e9tranges \u00e9bats sexuels. Une bourgeoise tue son ennui avec un amant d\u00e9guis\u00e9 en clown. Une prostitu\u00e9e tue un client en l\u2019\u00e9touffant avec ses jambes pendant l\u2019orgasme. Devant un tel spectacle, notre voyeur est persuad\u00e9 d\u2019avoir trouv\u00e9 l\u2019\u00e2me s\u0153ur et va approcher la mante religieuse. Les amants criminels finiront broy\u00e9s dans les d\u00e9combres de la maison. Film assez g\u00e9nial sur le voyeurisme et diff\u00e9rents rites de domination et de soumission \u2013 inoubliable esclave fauteuil enferm\u00e9 dans le mobilier qui jouit du contact de la peau de sa ma\u00eetresse \u00e0 travers le velours rouge du si\u00e8ge lorsqu\u2019elle s\u2019assoit sur lui, <em>La Maison des perversit\u00e9s<\/em> enregistre une multitude de micro s\u00e9ismes orgasmiques, meurtriers ou sensuels dans l\u2019intimit\u00e9 des salons ou des chambres \u00e0 coucher, qui culminent \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019une r\u00e9gion avec le grand tremblement de terre du 1<sup>er<\/sup> septembre 1923 qui toucha la plaine de Kanto et d\u00e9truisit plusieurs quartiers de Tokyo. Une conclusion d\u00e9vastatrice comme les affectionne le \u00ab\u00a0roman porno\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>La V\u00e9ritable Histoire d\u2019Abe Sada<\/em> (<em>Jitsuroku Abe Sada<\/em>, 1975) relate, dans les ann\u00e9es 30 \u00e0 Tokyo, la passion amoureuse et sexuelle entre une ancienne geisha et un restaurateur, qui d\u00e9bouche sur un acte de folie. N\u00e9 en 1905, Abe Sada tua son amant Kichizo Ishida par asphyxie \u00e9rotique puis lui coupa le p\u00e9nis et les testicules qu\u2019elle garda dans son sac \u00e0 main plusieurs jours, avant d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9e par la police pour vagabondage, ivre de joie. Ce fait-divers d\u00e9fraya la chronique et demeure l\u2019une des affaires criminelles les plus c\u00e9l\u00e8bres de l\u2019histoire du Japon. Kichizo Ishida fut condamn\u00e9e \u00e0 six d\u2019emprisonnement puis se convertit en tenanci\u00e8re de bar une fois sa peine purg\u00e9e. Elle b\u00e9n\u00e9ficia d\u2019une grande sympathie de l\u2019opinion publique, qui comprit son acte comme une manifestation d\u2019amour fou. Un an apr\u00e8s la version de Tanaka Nagisa Oshima filmera \u00e0 son tour l\u2019histoire d\u2019Abe Sada dans <em>L\u2019Empire de sens<\/em>, qui conna\u00eetra un triomphe international en grande partie gr\u00e2ce \u00e0 ses sc\u00e8nes de sexe non simul\u00e9e, brisant les tabous culturels japonais en m\u00eame temps que l\u2019esth\u00e9tique et les contraintes du \u00ab\u00a0roman porno\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est avec ces deux films d\u2019\u00e9poque et quelques autres que Tanaka va acqu\u00e9rir la r\u00e9putation d\u2019un petit ma\u00eetre de l\u2019\u00e9rotisme au style plus sophistiqu\u00e9 que d\u2019autres cin\u00e9astes de la Nikkatsu sp\u00e9cialis\u00e9s dans le \u00ab roman porno\u00a0\u00bb. <em>La V\u00e9ritable Histoire d\u2019Abe Sada<\/em> et <em>La Maison des perversit\u00e9s<\/em> sont plus raffin\u00e9s et moins brutaux que la moyenne des films du genre. Les deux films sont interpr\u00e9t\u00e9s par Junko Miyashita (photo en t\u00eate de texte dans <em>La V\u00e9ritable Histoire d&rsquo;Abe Sada<\/em>) l\u2019une des grandes vedettes de l\u2019\u00e9rotisme nippon que l\u2019on peut aussi admirer dans plusieurs titres \u00e9dit\u00e9 en DVD par Wild Side dans sa collection \u00ab\u00a0roman porno japonais\u00a0\u00bb comme par exemple <em>Hong Kong Requiem<\/em> de Masaru Konuma.<\/p>\n<div id=\"attachment_15062\" style=\"width: 560px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-15062\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-15062\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/files\/sayuri-strip-teaseuse_18654_2704.jpg\" alt=\"Sayuri strip-teaseuse\" width=\"550\" height=\"249\" \/><p id=\"caption-attachment-15062\" class=\"wp-caption-text\">Sayuri strip-teaseuse<\/p><\/div>\n<p>Quant \u00e0 <em>Sayuri strip-teaseuse (<\/em><em>Ichijo Sayuri nureta yokujo, 1972)<\/em>, il s\u2019agit de l\u2019un des nombreux films \u00ab\u00a0humides\u00a0\u00bb &#8211; terme qui revient dans toute une s\u00e9rie de titres \u2013 sign\u00e9s Tatsumi Kumashiro pour la Nikkatsu. Ce portrait d\u2019une strip-teaseuse qui joue son propre r\u00f4le \u00e0 l\u2019\u00e9cran est typique du cin\u00e9ma de Kumashiro, pr\u00e9occup\u00e9 par le commerce du sexe et des corps f\u00e9minins. Dans un bar populaire d&rsquo;Osaka, la c\u00e9l\u00e8bre strip-teaseuse Sayuri Ichijo joue une sc\u00e8ne dans son spectacle, alors que la jeune Harumi fait son apparition et d\u00e9cide de ne pas faire de cadeau \u00e0 Sayuri, tentant de d\u00e9passer son niveau. On aura reconnu dans ce canevas dramatique une variation autour du <em>Eve<\/em> (<em>All About Eve<\/em>, 1950) de Joseph L. Mankiewicz, chef-d\u2019\u0153uvre qui inspirera \u00e9galement Paul Verhoeven et son sc\u00e9nariste Joe Eszterhas pour <em>Showgirls<\/em> en 1995.<\/p>\n<p>Pour plusieurs de ses films, Kumashiro proposa \u00e0 des strip-teaseuses de jouer leurs propres r\u00f4les devant sa cam\u00e9ra, entour\u00e9es de vraies actrices. Cette recherche de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des corps et des visages \u00e9pouse un projet plus vaste de Kumashiro qui m\u00eale dans son film, gr\u00e2ce \u00e0 un montage heurt\u00e9, des plans tr\u00e8s compos\u00e9s (souvent des plans-s\u00e9quences) et des images qui semblent vol\u00e9es \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Sous une agitation de fa\u00e7ade, le cin\u00e9ma de Kumashiro r\u00e9ussit par une structure \u00e9clat\u00e9e \u00e0 rendre compte de la confusion du monde qu\u2019il d\u00e9peint (le quartier des th\u00e9\u00e2tres de strip-tease et des bars \u00e0 h\u00f4tesses). Visiblement influenc\u00e9 par le Godard de <em>Deux ou trois choses que je sais d\u2019elle<\/em> et par les pamphlets r\u00e9volutionnaires des jeunes hommes en col\u00e8re Oshima et Imamura, Kumashiro relie le sexe et la politique avec une saine virulence et un humour ravageur. Contrairement \u00e0 Konuma ou Tanaka Kumashiro ne s\u2019int\u00e9resse pas \u00e0 des cas de \u00ab\u00a0psychopathia sexualis\u00a0\u00bb, pr\u00e9textes \u00e0 une apologie de la transgression de la morale bourgeoise. Chez Kumashiro, le sexe et un outil de travail, int\u00e9gr\u00e9 dans un syst\u00e8me de commerce sexuel qui va du club de strip-tease au bordel. Mais les films de Kumashiro sont r\u00e9volutionnaires dans le sens o\u00f9 le sexe devient aussi une \u00e9mancipation, une ouverture par la jouissance \u00e0 la libert\u00e9. J\u2019existe, donc je jouis. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9 de certains jeux formels assez vains du cin\u00e9ma japonais influenc\u00e9 par le manga et terriblement d\u00e9sincarn\u00e9 jusque dans ses exc\u00e8s \u00e9rotiques, le cin\u00e9ma de Kumashiro place le corps de ses actrices au c\u0153ur de ses dispositifs sc\u00e9niques. La v\u00e9rit\u00e9 est la mati\u00e8re premi\u00e8re de son cin\u00e9ma, qui m\u00e9lange diff\u00e9rents degr\u00e9s de r\u00e9el. Actrices et \u00ab\u00a0professionnelles\u00a0\u00bb se c\u00f4toient, co\u00efts simul\u00e9s et performances \u00ab\u00a0live\u00a0\u00bb se succ\u00e8dent. L\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 toujours, et la mixtion du sexuel et du politique, de mani\u00e8re \u00e0 peine moins heurt\u00e9e que chez Wakamatsu.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Un volume 2 est pr\u00e9vu le 5 mai avec notamment <em>Fleur secr\u00e8te<\/em> (1974) une autre r\u00e9ussite au parfum v\u00e9n\u00e9neux de Masaru Konuma toujours avec la superbe Naomi Tani, capable de sublimer \u00e0 l\u2019\u00e9cran les actes les plus choquants ou triviaux. On en reparlera.<\/p>\n<h1><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la collection \u00ab\u00a0Culte et Underground\u00a0\u00bb Zootrope Films et Luminor r\u00e9\u00e9ditent le 7 avril trois classiques de l\u2019\u00e9rotisme japonais plus\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":15057,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Classiques du cin\u00e9ma \u00e9rotique japonais - Olivier P\u00e8re<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2015\/03\/23\/classiques-du-cinema-erotique-japonais\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Classiques du cin\u00e9ma \u00e9rotique japonais - 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