{"id":14111,"date":"2014-11-01T22:16:59","date_gmt":"2014-11-01T21:16:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/?p=14111"},"modified":"2020-04-13T15:35:39","modified_gmt":"2020-04-13T14:35:39","slug":"fat-city-de-john-huston","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2014\/11\/01\/fat-city-de-john-huston\/","title":{"rendered":"Fat City de John Huston"},"content":{"rendered":"<p>Une \u00e9dition Blu-ray + DVD + livre\u2026 Wild Side ne m\u00e9nage pas sa peine pour nous permettre de revoir ou de d\u00e9couvrir pour la premi\u00e8re fois en HD et dans des conditions optimales le beau film de John Huston <em>Fat City<\/em>.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s sa pr\u00e9sentation au Festival de Cannes <em>Fat City<\/em> est sorti en France en 1972 sous un titre d\u2019exploitation tomb\u00e9 en d\u00e9su\u00e9tude, <em>La Derni\u00e8re Chance<\/em>, curieux hasard si l\u2019on consid\u00e8re que Huston abandonna le tournage des <em>Complices de la derni\u00e8re chance<\/em> (<em>The Last Run<\/em>) pour se consacrer \u00e0 ce film qui compte sans nul doute parmi ses plus personnels, et ses meilleurs. Et que Jeff Bridges deviendra une vedette gr\u00e2ce au film de Peter Bodganovich sorti quelques mois avant celui de Huston, <em>La Derni\u00e8re S\u00e9ance<\/em>. Apr\u00e8s un d\u00e9cennie tr\u00e8s erratique marqu\u00e9e par la d\u00e9route commerciale de la plupart de ses films, de qualit\u00e9 tr\u00e8s in\u00e9gale, Huston \u00e0 l\u2019or\u00e9e des ann\u00e9es 70, soit au moment du triomphe du Nouvel Hollywood et de cin\u00e9astes qui ont la moiti\u00e9 de son \u00e2ge, d\u00e9cide de s\u2019atteler \u00e0 un projet tourn\u00e9 loin des studios et du star system, l\u2019adaptation d\u2019un roman tr\u00e8s remarqu\u00e9 sur le monde de la boxe, que le r\u00e9alisateur pratiqua dans sa jeunesse\u00a0: <em>Fat City<\/em> de Leonard Gardner.<\/p>\n<p>Dans un petit bled de Californie ravag\u00e9 par la pauvret\u00e9, Stockton, Billy Tully (Stacy Keach, excellent comme souvent), un ancien boxeur devenu alcoolique apr\u00e8s le d\u00e9part de sa femme, m\u00e8ne une vie de clochard. Il erre de bars en chambres d\u2019h\u00f4tels minables, contraint de travailler dans les champs \u00e0 la r\u00e9colte des fruits et des l\u00e9gumes, pay\u00e9 \u00e0 la journ\u00e9e avec d\u2019autres mis\u00e9reux.<\/p>\n<p>Sur le chemin de sa d\u00e9ch\u00e9ance il croise Ernie Munger (Jeff Bridges, alors inconnu), un jeune boxeur amateur avec qui il se lie d\u2019amiti\u00e9. Il accepte de l&rsquo;aider \u00e0 s&rsquo;entra\u00eener et lui recommande son ancien coach. Billy reconnait en Ernie le jeune sportif prometteur, mais au talent incertain, qu\u2019il fut dans un pass\u00e9 pas si lointain. Vieillard pr\u00e9coce, Billy n\u2019a pas encore trente ans quand le film d\u00e9bute. Il en para\u00eet vingt ans de plus.<\/p>\n<p>On le sait John Huston est le cin\u00e9aste de l\u2019\u00e9chec, th\u00e9matique un rien galvaud\u00e9e mais qu\u2019il a illustr\u00e9 dans bon nombre de ses films les plus importants. L\u2019\u00e9chec d\u2019antih\u00e9ros aventuriers pr\u00eats \u00e0 tout risquer pour la fortune peut prendre une dimension picaresque dans <em>Le Tr\u00e9sor de la Sierra Madre<\/em> ou m\u00eame \u00e9pique dans <em>L\u2019homme qui voulut \u00eatre roi<\/em>. Ici il est film\u00e9 au ras du bitume et du caniveau, dans un style hyperr\u00e9aliste. Les films sur la boxe sont nombreux mais ils pr\u00e9f\u00e8rent en g\u00e9n\u00e9ral s\u2019int\u00e9resser aux champions, r\u00e9els ou imaginaires. <em>Fat City<\/em> est un film sur le prol\u00e9tariat de la boxe, ces sportifs semi-professionnels qui n\u2019acc\u00e8deront jamais \u00e0 la gloire. Le passage le plus poignant de ce film sur les sans-grades du \u00ab\u00a0noble art\u00a0\u00bb montre l\u2019adversaire de Billy pour son retour sans lendemain sur le ring\u00a0: un Mexicain qui arrive et repart en bus de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re, sans dire un mot dans son costume du dimanche, et qui pisse le sang dans les toilettes de sa chambre d\u2019h\u00f4tel avant le combat. Inoubliable de concision et de v\u00e9rit\u00e9, et bouleversant.<\/p>\n<p><em>Fat City<\/em> contient aussi des sc\u00e8nes poignantes sur le couple form\u00e9 par Billy et une jeune poivrote, Oma, elle aussi abim\u00e9e avant l\u2019\u00e2ge par l\u2019alcool et la mouise. Des sc\u00e8nes de tendresse mais surtout de violence d\u2019un r\u00e9alisme extr\u00eame, port\u00e9es par les interpr\u00e9tations impressionnantes de Stacy Keach et de Susan Tyrrell (photo en t\u00eate de texte), \u00e2g\u00e9e seulement de vingt-six ans au moment du tournage mais d\u00e9j\u00e0 bien d\u00e9glingu\u00e9e \u2013 l\u2019actrice \u00e0 la forte personnalit\u00e9 conna\u00eetra une carri\u00e8re atypique et underground, jouant chez Andy Warhol, Pau Verhoeven, Marco Ferreri ou John Waters, entre autres.<\/p>\n<p>Il faut saluer la photographie audacieuse de Conrad Hall qui restitue \u00e0 la perfection les ambiances des bars plong\u00e9s dans la p\u00e9nombre ou de chambres miteuses, ou des rues mis\u00e9rables br\u00fbl\u00e9es par le soleil californien. La conclusion du film, devenue c\u00e9l\u00e8bre, marque les retrouvailles accidentelles un soir entre Ernie et Billy, ivre mort dans la rue. Les deux hommes vont prendre un caf\u00e9, ils discutent au comptoir et contemplent le d\u00e9sastre, pr\u00e9sent et \u00e0 venir, de leurs existences. Billy se retourne, les sens brouill\u00e9s par l\u2019alcool, et l\u2019image, en vision subjective, se g\u00e8le inexplicablement sur les clients du bar et des joueurs de billard. Le vieux Huston, en quelques plans fugaces mais inoubliables, rejoint les exp\u00e9rimentations modernistes d\u2019un Monte Hellman (un temps envisag\u00e9, avant que John Huston ne s\u2019en empare, pour adapter le roman <em>Fat City<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9cran).<\/p>\n<p><em>Fat City<\/em> est travers\u00e9 par la ballade country \u00ab\u00a0Help Me Make It Through the Night\u00a0\u00bb compos\u00e9e et chant\u00e9e par Kris Kristofferson, magnifique chanson qui participe \u00e0 la tristesse ontologique du film et ach\u00e8ve d\u2019en faire l\u2019un des chefs-d\u2019\u0153uvre trop m\u00e9connus du cin\u00e9ma am\u00e9ricain des ann\u00e9es 70.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Saluons une nouvelle fois le travail de Wild Side qui en plus de <em>Fat City<\/em> \u00e9dite d\u2019autres beaux films en novembre notamment dans sa bien nomm\u00e9e collection \u00ab\u00a0Les Introuvables\u00a0\u00bb\u00a0: (<em>Cyb\u00e8le ou) Les Dimanches de Ville d\u2019Avray<\/em> de Serge Bourguignon que nous n\u2019avions jamais vu. Au mois de mai Harmony Korine, en r\u00e9pondant \u00e0 notre questionnaire des meilleurs films fran\u00e7ais selon les cin\u00e9astes \u00e9trangers, le pla\u00e7ait au sommet de sa liste. Choix \u00e0 moiti\u00e9 surprenant si l\u2019on sait que ce premier long m\u00e9trage r\u00e9alis\u00e9 en 1962 par un ancien reporter a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9, d\u00e8s l\u2019\u00e9poque de sa sortie, d\u2019une bien meilleure r\u00e9putation aux Etats-Unis qu\u2019en France, remportant m\u00eame l\u2019Oscar du meilleur film \u00e9tranger. Cette histoire d\u2019amour platonique entre un homme enfant traumatis\u00e9 par la guerre et une enfant abandonn\u00e9e par son p\u00e8re dans un pensionnat de banlieue baigne dans une atmosph\u00e8re po\u00e9tique, soulign\u00e9e par la musique de Maurice Jarre et une superbe image en noir et blanc, qui la rapproche des premiers films de Georges Franju davantage que du r\u00e9alisme des auteurs de la Nouvelle Vague. Serge Bourguignon ne transformera pas ce coup d\u2019essai et ne r\u00e9alisera que deux autres films avant de dispara\u00eetre des radars. Dans un entretien propos\u00e9 en bonus il revient longuement sur la production, la r\u00e9alisation et la r\u00e9ception de ce long m\u00e9trage atypique du cin\u00e9ma fran\u00e7ais, \u00e0 red\u00e9couvrir.<\/p>\n<p>Wild Side propose \u00e9galement <em>Le Pr\u00eate-nom<\/em> (<em>The Front<\/em>, 1976) de Martin Ritt sur les sc\u00e9naristes mis sur liste noire durant le maccarthysme avec Woody Allen seulement acteur pour une fois mais dans le r\u00f4le titre, et <em>R\u00e8glement de comptes<\/em> (<em>The Big Heat<\/em>, 1953), l\u2019un des chefs-d\u2019\u0153uvre de la p\u00e9riode am\u00e9ricaine de Fritz Lang, accompagn\u00e9 par un livre du grand critique Jean Douchet qui en analyse en d\u00e9tail les vingt premi\u00e8res s\u00e9quences. Dans ce film noir extr\u00eamement violent le cin\u00e9aste allemand poursuit ses questionnements sur la morale et la culpabilit\u00e9, en montrant ici le d\u00e9sir de la vengeance et son impossibilit\u00e9. En lutte contre la corruption dans une petite ville am\u00e9ricaine, un flic d\u00e9missionne de la police afin de mener sa propre enqu\u00eate sur l\u2019assassinat de sa femme, morte \u00e0 sa place dans l\u2019explosion de sa voiture. A revoir absolument, pour Glenn Ford, Gloria Grahame d\u00e9figur\u00e9e par du caf\u00e9 bouillant et Lee Marvin en gangster sadique, et surtout pour la mise en sc\u00e8ne implacable et g\u00e9niale de Fritz Lang.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une \u00e9dition Blu-ray + DVD + livre\u2026 Wild Side ne m\u00e9nage pas sa peine pour nous permettre de revoir ou\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Fat City de John Huston - Olivier P\u00e8re<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2014\/11\/01\/fat-city-de-john-huston\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Fat City de John Huston - 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