{"id":11918,"date":"2014-03-03T07:37:37","date_gmt":"2014-03-03T06:37:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/?p=11918"},"modified":"2020-03-26T14:56:56","modified_gmt":"2020-03-26T13:56:56","slug":"alain-resnais-1922-2014","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2014\/03\/03\/alain-resnais-1922-2014\/","title":{"rendered":"Alain Resnais (1922-2014)"},"content":{"rendered":"<p>Avec Ingmar Bergman, Jean-Luc Godard et Michelangelo Antonioni Alain Resnais (photo en t\u00eate de texte avec Delphine Seyrig sur le tournage de <i>L\u2019Ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 Marienbad<\/i>) est le cin\u00e9aste qui incarne, d\u00e8s son premier long m\u00e9trage <i>Hiroshima mon amour<\/i> et tout au long de sa filmographie, remarquable par sa diversit\u00e9 et son intelligence, ses perp\u00e9tuelles exp\u00e9rimentations formelles et narratives, la modernit\u00e9 cin\u00e9matographique. Il s\u2019est \u00e9teint samedi 1<sup>er<\/sup> mars \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 91 ans.<\/p>\n<p>ARTE ne manquera pas de rendre hommage \u00e0 cet immense cin\u00e9aste en bouleversant ses programmes, avec la diffusion mercredi 5 mars de <i>Mon oncle d\u2019Am\u00e9rique<\/i> et <i>M\u00e9lo<\/i>, deux de ses plus beaux films \u2013 en attendant la diffusion de <i>Hiroshima mon amour<\/i> lors d\u2019une journ\u00e9e sp\u00e9ciale Marguerite Duras en avril.<\/p>\n<p>Parmi les auteurs \u2013 Resnais pr\u00e9f\u00e8rerait le mot \u00ab\u00a0artisan\u00a0\u00bb \u2013 du cin\u00e9ma moderne, Resnais est celui qui a entretenu les liens les plus \u00e9troits avec la litt\u00e9rature de son \u00e9poque. Sous la double influence du surr\u00e9alisme et de la litt\u00e9rature feuilletonesque &#8211; oublions la fausse piste proustienne, \u00e9crivain peu fr\u00e9quent\u00e9 par Resnais &#8211; le cin\u00e9aste s\u2019est appliqu\u00e9 \u00e0 demander \u00e0 ses \u00e9crivains des id\u00e9es de films, refusant longtemps \u00e0 adapter des textes pr\u00e9existants pour motiver un travail f\u00e9cond et in\u00e9dit avec quelques auteurs fran\u00e7ais \u2013 ou de langue fran\u00e7aise \u2013 du XX\u00e8me si\u00e8cle\u00a0: R\u00e9mo Forlani (<i>Toute la m\u00e9moire du monde<\/i>), Raymond Queneau (<i>Le Chant du styr\u00e8ne<\/i>), Jean Cayrol (<i>Nuit et Brouillard<\/i>, <i>Muriel ou le temps d\u2019un retour<\/i>), Marguerite Duras (<i>Hiroshima mon amour<\/i>), Alain Robbe-Grillet (<i>L\u2019Ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 Marienbad<\/i>),<i> <\/i>Jorge Semprun (<i>La guerre est finie<\/i>, <i>Stavisky<\/i>\u2026), Jacques Sternberg (<i>Je t\u2019aime je t\u2019aime<\/i>) forment une constellation litt\u00e9raire autour du cin\u00e9aste, pour explorer les th\u00e8mes de l\u2019imaginaire, de la conscience et de l\u2019inconscient, du temps et du hasard, mais aussi de l\u2019histoire du XX\u00e8me si\u00e8cle et de ses d\u00e9sastres humains et moraux (camps de concentration, bombe atomique, guerres coloniales, guerre d\u2019Espagne, torture\u2026) Pour Resnais, il s\u2019agit \u00e0 chaque nouveau film d\u2019inventer une forme cin\u00e9matographique in\u00e9dite qui corresponde \u00e0 un projet original, dont on puisse attribuer la paternit\u00e9 aussi bien \u00e0 l\u2019auteur sc\u00e9nariste (Resnais n\u2019\u00e9crit jamais rien) qu\u2019au cin\u00e9aste, r\u00e9put\u00e9 pour son art du montage et de la mise en sc\u00e8ne. Cette curiosit\u00e9 formelle et cette ouverture d\u2019esprit ont conduit Resnais \u00e0 fr\u00e9quenter les avant-gardes culturelles de son temps et inviter des \u00e9crivains \u2013 mais aussi des musiciens, des dramaturges, des auteurs de bandes dessin\u00e9es \u00e0 nourrir son d\u00e9sir d\u2019exploration et d\u2019exp\u00e9rimentation.<\/p>\n<p>Alain Resnais na\u00eet en 1922 \u00e0 Vannes, dans le Morbihan. Il entre \u00e0 l\u2019IDHEC \u00e0 21 ans dans la section montage. Il r\u00e9alise des documentaires pendant une dizaine d\u2019ann\u00e9es, ainsi des courts m\u00e9trages remarquables (<i>Les statues meurent aussi<\/i> cor\u00e9alis\u00e9 avec Chris Marker, victime de la censure sur le sujet br\u00fblant du colonialisme, <i>Toute la m\u00e9moire du monde<\/i> sur la Biblioth\u00e8que Nationale, <i>Le Chant du styr\u00e8ne<\/i> sur la mati\u00e8re plastique) o\u00f9 s\u2019exprime tr\u00e8s t\u00f4t son g\u00e9nie hors pair pour le montage. En 1956 il obtient le prix Jean-Vigo pour <i>Nuit et Brouillard<\/i>, produit par Anatole Dauman, premier film de r\u00e9f\u00e9rence sur les camps de concentration et d\u2019extermination, qui d\u00e9clenche \u00e0 la fois admiration, \u00e9motion et scandale \u00e0 propos d\u2019un sujet encore tabou (les autorit\u00e9s allemandes exigeront que le film soit retir\u00e9 de la s\u00e9lection officielle du Festival de Cannes, sous pr\u00e9texte de la r\u00e9conciliation franco-allemande\u00a0; Resnais sera oblig\u00e9 de masquer un k\u00e9pi de gendarme fran\u00e7ais en train de surveiller le camp de Pithiviers sur une image d\u2019archive.)<\/p>\n<p>En 1959, son premier long m\u00e9trage de fiction, \u00e9crit par Marguerite Duras, <i>Hiroshima mon amour<\/i>, conna\u00eet un immense retentissement critique et public, v\u00e9ritable r\u00e9volution dans la mani\u00e8re d\u2019appr\u00e9hender l\u2019art cin\u00e9matographique. On reproche \u00e0 son film suivant, <i>L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 Marienbad<\/i> \u00e9crit par Alain Robbe-Grillet, d\u2019\u00eatre trop abstrait, c\u00e9r\u00e9bral et apolitique, dans une p\u00e9riode \u2013 le d\u00e9but des ann\u00e9es 60 \u2013 qui l\u2019est moins. Cela ne l\u2019emp\u00eache pas de rencontrer un grand succ\u00e8s de mode, \u00e0 l\u2019instar d\u2019<i>\u00c0 bout de souffle <\/i>de Godard ou <i>L\u2019avventura <\/i>d\u2019Antonioni. C\u2019est avant tout une exploration de l\u2019imaginaire et des potentialit\u00e9s du r\u00e9cit, que Resnais poursuivra dans des nombreux films comme <i>Providence<\/i> ou <i>Smoking\/No Smoking<\/i>. A la fois voyage mental et jeu intellectuel, <i>L\u2019Ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 Marienbad<\/i> met en pratique \u00e0 l\u2019\u00e9cran les th\u00e9ories du Nouveau Roman dont Robbe-Grillet est l\u2019un des chefs de file. Resnais va frayer avec plusieurs romanciers de ce courant litt\u00e9raire, publi\u00e9s aux Editions de Minuit\u00a0: Robbe-Grillet, Jean Cayrol, mais aussi Marguerite Duras (plus satellitaire, elle publiera surtout chez Gallimard), Jacques Sternberg (auteur de science-fiction dont le premier roman, appr\u00e9ci\u00e9 par Resnais et Marker, \u00ab\u00a0L\u2019Emploi du temps\u00a0\u00bb, a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 chez Minuit.) Il est int\u00e9ressant de noter qu\u2019au contact de Resnais, bon nombre d\u2019\u00e9crivains deviendront cin\u00e9astes\u00a0: Duras, Robbe-Grillet, Cayrol, Semprun.<\/p>\n<p>Le formalisme de Resnais s\u2019accompagne de convictions politiques, m\u00eame si Resnais r\u00e9pugne \u00e0 se d\u00e9finir comme un cin\u00e9aste engag\u00e9. Avec <i>Muriel ou le temps d\u2019un retour <\/i>(1963) qui traite de la Guerre d\u2019Alg\u00e9rie, <i>La guerre est finie <\/i>(1966) de l\u2019histoire d\u2019un militant gauchiste et <i>Stavisky\u2026 <\/i>(1974) du scandale financier de la III<sup>e\u00a0 <\/sup>R\u00e9publique, Resnais engage plus nettement que d\u2019habitude ses fictions dans l\u2019Histoire et la politique.<\/p>\n<p>Avec <i>Stavisky\u2026<\/i>, somptueuse reconstitution d\u2019\u00e9poque retra\u00e7ant la carri\u00e8re du c\u00e9l\u00e8bre escroc, le cin\u00e9aste poursuit sous le vernis d\u2019un cin\u00e9ma plus commercial (le film est produit et interpr\u00e9t\u00e9 par la vedette Jean-Paul Belmondo) son exploration onirique de la m\u00e9moire et de l\u2019Histoire contemporaine. Pour la derni\u00e8re fois.<\/p>\n<p>Pour de nombreux cin\u00e9philes, Resnais est l\u2019un des piliers du cin\u00e9ma moderne europ\u00e9en, celui qui fit entrer l\u2019art du XX\u00e8me si\u00e8cle dans l\u2019\u00e8re du soup\u00e7on et du d\u00e9sastre, aux c\u00f4t\u00e9s de Rossellini et de Bergman, en osant se confronter aux camps et \u00e0 Hiroshima. Son importance historique, son caract\u00e8re s\u00e9rieux et intellectuel ne doivent pourtant pas faire oublier la dimension ludique de l\u2019\u0153uvre de Resnais, dont chaque nouveau titre est un jeu avec le r\u00e9cit, la temporalit\u00e9 et les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments sonores et visuels qui composent un film.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 70, les films de Resnais poursuivent un chemin unique et inattendu, loin du cin\u00e9ma d\u2019auteur de l\u2019\u00e9poque, restant fid\u00e8les aux racines culturelles et aux passions du cin\u00e9aste\u00a0: le surr\u00e9alisme, la bande dessin\u00e9e, la litt\u00e9rature populaire, le fantastique anglo-saxon, le cin\u00e9ma fran\u00e7ais des ann\u00e9es 20 et 30, le th\u00e9\u00e2tre de boulevard (Resnais v\u00e9n\u00e8re Guitry et adaptera Bernstein au milieu des ann\u00e9es 80.), l\u2019op\u00e9rette, plus tardivement les s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es am\u00e9ricaines\u2026<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que <i>Providence<\/i>, \u0153uvre anglophone \u00e9crit par le romancier et sc\u00e9nariste britannique David Mercer, garde en m\u00e9moire des projets inaboutis de Resnais d\u2019adaptations des aventures d\u2019Harry Dickson de Jean Ray et des nouvelles de Lovecraft. Le sc\u00e9nario d\u00e9structur\u00e9, onirique et al\u00e9atoire de <i>Providence<\/i>, la mise en abyme du r\u00e9cit qui met en sc\u00e8ne un \u00e9crivain vieillissant imaginant un dernier roman, revisitant son existence et manipulant ses fils comme des marionnettes n\u2019est pas sans connivence avec les exp\u00e9rimentations narratives des auteurs du Nouveau Roman et de films pr\u00e9c\u00e9dents de Resnais comme <i>L\u2019Ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 Marienbad<\/i> et <i>Je t\u2019aime je t\u2019aime<\/i>. <i>Mon oncle d\u2019Am\u00e9rique<\/i> (1980) premi\u00e8re des trois collaborations avec le sc\u00e9nariste de la Nouvelle Vague Jean Gruault est l\u2019une des plus grandes r\u00e9ussites du cin\u00e9ma d\u2019Alain Resnais, qui d\u00e9laisse la compagnie des \u00e9crivains pour puiser son inspiration dans l\u2019imaginaire des savants.<\/p>\n<p>Le d\u00e9calage d\u2019accentue entre la perception moderniste qu\u2019ont le public et la critique du cin\u00e9aste, et ses d\u00e9sirs qui le portent \u00e0 filmer des utopies de la Belle Epoque (<i>La vie est un roman<\/i>), un conte m\u00e9taphysique (<i>L\u2019Amour \u00e0 mort<\/i>), ou une adaptation th\u00e9\u00e2trale d\u2019un auteur m\u00e9pris\u00e9 \u00e0 tort, Henri Bernstein (<i>M\u00e9lo<\/i>).<\/p>\n<p>A partir des ann\u00e9es 1990, le cin\u00e9aste s\u2019ouvre \u00e0 de nouvelles collaborations, notamment avec le duo de sc\u00e9naristes acteurs Jean-Pierre Bacri et Agn\u00e8s Jaoui, et d\u00e9veloppe un aspect ludique jusqu\u2019alors pr\u00e9sent mais discret dans son cin\u00e9ma, en explorant le th\u00e9\u00e2tre avec le diptyque <i>Smoking\/No smoking<\/i> en 1993, o\u00f9 les com\u00e9diens Sabine Az\u00e9ma et Pierre Arditi \u2013 fid\u00e8les parmi les fid\u00e8les dans la troupe d\u2019acteurs que Resnais aimait mettre en sc\u00e8ne depuis les ann\u00e9es 80 &#8211; jouent chacun cinq r\u00f4les, la com\u00e9die musicale avec <i>On conna\u00eet la chanson <\/i>ou l\u2019op\u00e9rette en 2003, avec <i>Pas sur la bouche.<\/i> A quatre vingt six ans, Alain Resnais re\u00e7oit le Lion d\u2019argent de la Mostra de Venise 2006 pour <i>C\u0153urs<\/i>, adaptation d\u2019une pi\u00e8ce d\u2019Alan Ayckbourn, dramaturge anglais auteur de <em>Smoking\/No Smoking<\/em> :<i> Private Fears in Public Places<\/i>. Suivront <i>Les Herbes folles<\/i>, <i>Vous n\u2019avez encore rien vu<\/i> et <i>Aimer, boire et chanter<\/i> (pas encore vu \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 nous \u00e9crivons ces lignes, troisi\u00e8me adaptation d\u2019une pi\u00e8ce d\u2019Ayckbourn, <i>Life of Riley<\/i>) tous interpr\u00e9t\u00e9s par sa muse et \u00e9pouse Sabine Az\u00e9ma, et dans lesquels Resnais se montre plus juv\u00e9nile, l\u00e9ger et imaginatif que jamais, m\u00eame si la mort n\u2019\u00e9tait jamais loin.<\/p>\n<p>A lire aussi ces deux textes sur <i>Les Herbes folles<\/i> et <i>Vous n\u2019avez encore rien vu<\/i> avant-dernier film d\u2019Alain Resnais \u2013 son dernier, <i>Aimer, boire et chanter<\/i>, qui sort le 26 mars a re\u00e7u le Prix Alfred-Bauer lors de la Berlinale, r\u00e9compense attribu\u00e9e chaque ann\u00e9e \u00e0 \u00ab\u00a0un film qui ouvre de nouvelles perspectives dans l&rsquo;art cin\u00e9matographique ou offre une vision esth\u00e9tique novatrice et singuli\u00e8re.\u00a0\u00bb Mots qui pourraient convenir parfaitement \u00e0 l\u2019\u0153uvre enti\u00e8re d\u2019Alain Resnais.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2013\/12\/16\/les-herbes-folles-dalain-resnais-2\/\">https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2013\/12\/16\/les-herbes-folles-dalain-resnais-2\/<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2012\/09\/25\/vous-navez-encore-rien-vu-dalain-resnais\/\">https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2012\/09\/25\/vous-navez-encore-rien-vu-dalain-resnais\/<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec Ingmar Bergman, Jean-Luc Godard et Michelangelo Antonioni Alain Resnais (photo en t\u00eate de texte avec Delphine Seyrig sur le\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - 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