{"id":10568,"date":"2013-08-08T03:20:30","date_gmt":"2013-08-08T02:20:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/?p=10568"},"modified":"2020-03-26T09:19:16","modified_gmt":"2020-03-26T08:19:16","slug":"entretien-avec-jean-pierre-mocky","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2013\/08\/08\/entretien-avec-jean-pierre-mocky\/","title":{"rendered":"Rencontre avec Jean-Pierre Mocky"},"content":{"rendered":"<p>A l\u2019occasion de la soir\u00e9e qu\u2019ARTE consacre \u00e0 Jean-Pierre Mocky le lundi 19 ao\u00fbt avec la diffusion du <em>Miracul\u00e9<\/em> (1986) \u00e0 20h50 et de <em>La Cit\u00e9 de l\u2019indicible peur<\/em> (1964) \u00e0 22h15, nous avons rencontr\u00e9 le cin\u00e9aste fran\u00e7ais pour discuter avec lui de ces deux titres formidables dans lesquels triomphent son go\u00fbt bien connu de l\u2019absurde et du burlesque mais aussi du fantastique et de l\u2019observation sociale, sans oublier son amour des acteurs.<\/p>\n<p><em><strong>La Cit\u00e9 de l\u2019indicible peur.<\/strong><\/em><\/p>\n<p><b>Pouvez-vous nous parler de la version in\u00e9dite de <\/b><em><b>La Cit\u00e9 de l\u2019indicible peur<\/b><\/em><b> diffus\u00e9e sur ARTE lundi 19 ao\u00fbt\u00a0?<\/b><\/p>\n<p>Apr\u00e8s le succ\u00e8s d\u2019<em>Un dr\u00f4le de paroissien<\/em> le directeur g\u00e9n\u00e9ral de Path\u00e9 Adrien Remaug\u00e9 voulait tout de suite produire un nouveau Bourvil-Mocky. J\u2019avais un roman de Jean Ray que m\u2019avait recommand\u00e9 Raymond Queneau, \u00ab\u00a0La Cit\u00e9 de l\u2019indicible peur.\u00a0\u00bb Ce n\u2019\u00e9tait pas une com\u00e9die, plut\u00f4t une satire avec des \u00e9l\u00e9ments fantastiques. Jean Ray \u00e9tait un \u00e9crivain belge qui d\u00e9testait la bourgeoisie de Gand qu\u2019il avait transpos\u00e9e dans une petite ville d\u2019Ecosse pour les besoins de son roman. Je l\u2019avais rencontr\u00e9 et nous avions commenc\u00e9 \u00e0 travailler ensemble avec Queneau sur l\u2019adaptation mais il est mort avant de pouvoir d\u00e9fendre le film. Quand ils l\u2019ont vu les gens de Path\u00e9 n\u2019ont rien compris au film et ont exig\u00e9 des coupes et un prologue explicatif. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 d\u2019accepter et de couper plusieurs sc\u00e8nes, qui ont \u00e9t\u00e9 miraculeusement conserv\u00e9es dans le \u00ab\u00a0marron\u00a0\u00bb (positif interm\u00e9diaire tir\u00e9 sur une pellicule \u00e0 grain tr\u00e8s fin et qui sert d\u2019\u00e9l\u00e9ment de s\u00e9curit\u00e9, ndr), tandis que le n\u00e9gatif original avait \u00e9t\u00e9 tronqu\u00e9. Le travail de restauration a consist\u00e9 a r\u00e9tablir une dizaine de minutes de sc\u00e8nes coup\u00e9es\u00a0: avec les cavaliers, dans la lande\u2026 Nous avons \u00e9galement refait le g\u00e9n\u00e9rique puisque le film avait \u00e9t\u00e9 rebaptis\u00e9 <em>La Grande Frousse<\/em>. Gr\u00e2ce \u00e0 ARTE nous avons pu faire cette version int\u00e9grale et d\u00e9finitive. La copie qui sera diffus\u00e9e sur ARTE le 19 ao\u00fbt sera ensuite exploit\u00e9e en DVD. Le seul autre film tronqu\u00e9 de ma longue carri\u00e8re est <em>Le T\u00e9moin<\/em> avec Alberto Sordi, qui poss\u00e8de une fin alternative exploit\u00e9e en Italie.<\/p>\n<p><b>Comme <\/b><em><b>Le T\u00e9moin <\/b><\/em><b>r\u00e9alis\u00e9<\/b><b> <\/b><b>en 1978, <\/b><em><b>La Cit\u00e9 de l\u2019indicible peur <\/b><\/em><b>parle de la peine de mort, d\u2019une mani\u00e8re particuli\u00e8rement corrosive (au d\u00e9but du film c\u2019est le bourreau qui a la t\u00eate tranch\u00e9e par accident.)<\/b><\/p>\n<p>Effectivement en 1964 comme en 1978 j\u2019\u00e9tais contre la peine de mort pour une raison simple\u00a0: je pr\u00e9sentais souvent mes films dans des villes du Nord de la France comme Douai, Roubaix ou Valenciennes et \u00e0 chaque fois que j\u2019arrivais un condamn\u00e9 \u00e0 mort allait \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9. Pourtant la peine capitale \u00e9tait appliqu\u00e9e assez rarement en France \u00e0 l\u2019\u00e9poque. On coupait la t\u00eate \u00e0 trois pauvres types tandis que d\u2019autres se planquaient dans des asiles psychiatriques ou parvenaient \u00e0 s\u2019\u00e9chapper. Quand j\u2019ai fait l\u2019acteur dans <em>La T\u00eate contre les murs<\/em> de Georges Franju en 1959 qui se situait dans un asile nous avions d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 ce probl\u00e8me\u00a0: des criminels parvenaient gr\u00e2ce \u00e0 des combines \u00e0 se faire passer pour fous et \u00e9taient intern\u00e9s au lieu d\u2019\u00eatre emprisonn\u00e9s.<\/p>\n<p><b>Bourvil incarne la bont\u00e9 dans un monde pourri et malhonn\u00eate. Il interpr\u00e8te un petit flic qui part \u00e0 la recherche d\u2019un faux-monnayeur pour l\u2019emp\u00eacher de commettre de nouveaux crimes qui pourraient lui valoir la peine de mort pour la seconde fois\u2026<\/b><\/p>\n<p>Bourvil adorait ce personnage d\u2019humaniste. J\u2019avais voulu en faire une sorte de viking, avec une perruque blonde qui lui donnait un air \u00e9cossais. Dans les quatre films que nous avons fait ensemble Bourvil jouait toujours des missionnaires la\u00efcs, en croisade pour sauver soit les enfants, soit les maris, soit les pauvres, soit les criminels dans le cas de <em>La Cit\u00e9 de l\u2019indicible peur<\/em>.<\/p>\n<p><b>Dans les dialogues on retrouve l\u2019humour de Raymond Queneau et son jeu sur les mots et le langage, comme lorsque un policier dit\u00a0: \u00ab\u00a0je me suis fais moi-m\u00eame, je suis un no man\u2019s land.\u00a0\u00bb<\/b><\/p>\n<p>Le film \u00e9tait produit par une soci\u00e9t\u00e9 coop\u00e9rative. Raymond Queneau travaillait pour les \u00e9ditions Gallimard. Nous avions d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit <em>Un couple<\/em> ensemble. Il a accept\u00e9 d\u2019\u00e9crire les dialogues de <em>La Cit\u00e9 de l\u2019indicible peur<\/em>, mais son agent est venu r\u00e9clamer 50.000 euros \u00e0 la production et a refus\u00e9 que Queneau soit pay\u00e9 en participation sur les b\u00e9n\u00e9fices comme le reste de l\u2019\u00e9quipe, y compris les acteurs. Queneau m\u2019a laiss\u00e9 ses dialogues, mais sans pouvoir les signer. Avant de mourir Queneau a officialis\u00e9 sa collaboration au film, nous aurions pu d\u2019ailleurs r\u00e9tablir son nom au g\u00e9n\u00e9rique. Le film a re\u00e7u de mauvaises critiques pour deux raisons assez curieuses. Nous n\u2019avions pas sollicit\u00e9 Claude Seignolles, le neveu de Jean Ray, pour signer l\u2019adaptation et il a men\u00e9 une campagne contre le film au moment de sa sortie. Et puis \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque mon ami Alain Resnais ne parvenait pas \u00e0 monter son adaptation des aventures d\u2019Harry Dickson, un projet tr\u00e8s cher avec Dirk Bogarde. Alors on m\u2019a accus\u00e9 de trahir Jean Ray et d\u2019en proposer une vision commerciale. Il a fallu attendre 1970 pour que Path\u00e9 me vende ses parts du film que j\u2019ai eu la libert\u00e9 de ressortir au Quartier Latin o\u00f9 il a tenu l\u2019affiche pendant 60 semaines. Il est r\u00e9guli\u00e8rement exploit\u00e9 dans les universit\u00e9s am\u00e9ricaines, pr\u00e9sent\u00e9 aux \u00e9tudiants comme un classique fran\u00e7ais aux c\u00f4t\u00e9s des <em>Enfants du paradis<\/em>, <em>P\u00e9p\u00e9 le Moko<\/em> et <em>Casque d\u2019Or<\/em>\u00a0!<\/p>\n<p><em><b>La Cit\u00e9 de l\u2019indicible peur<\/b><\/em><b> b\u00e9n\u00e9ficie de la photographie d\u2019Eugen Sch\u00fcfftan, grand chef op\u00e9rateur allemand qui avait d\u00e9but\u00e9 au temps de l\u2019expressionnisme et travaill\u00e9 avec Fritz Lang, Edgar G. Ulmer&#8230;<\/b><\/p>\n<p>Je connaissais bien Sch\u00fcfftan, c\u2019est moi qui l\u2019avais pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Georges Franju pour <em>La T\u00eate contre les murs<\/em>. Je l\u2019avais rencontr\u00e9 en Autriche sur un film o\u00f9 je jouais Josef Strauss. Sch\u00fcfftan \u00e9tait tr\u00e8s gentil et je lui avais demand\u00e9 s\u2019il avait envie de retourner travailler en France. Il avait fait le brouillard du <em>Quai des brumes<\/em> avant de partir \u00e0 Hollywood o\u00f9 il avait remport\u00e9 un Oscar pour <em>L\u2019Arnaqueur<\/em> de Robert Rossen.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Vous avez eu l\u2019id\u00e9e tr\u00e8s originale, dans ce film et dans d\u2019autres, d\u2019inviter des figures mythiques de l\u2019histoire du cin\u00e9ma fran\u00e7ais, que vous \u00e9tiez le seul ou presque \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e0 faire travailler.<\/b><\/p>\n<p>Je voulais mettre Bourvil en pr\u00e9sence de plusieurs acteurs d\u2019avant-guerre\u00a0: Jean-Louis Barrault, Raymond Rouleau, Victor Francen, et m\u00eame Fernand Gravey, Tino Rossi et Alain Cuny qui devaient eux aussi jouer dans le film au d\u00e9part. Tino Rossi devait \u00eatre le gendarme, r\u00f4le finalement tenu par Jean Poiret, et Alain Cuny le boucher\u00a0! Malheureusement Alain Cuny n\u2019avait aucun humour, et Tino Rossi (qui avait un \u0153il de verre, personne ne s\u2019en est jamais aper\u00e7u) m\u2019a dit qu\u2019habill\u00e9 en gendarme il aurait l\u2019air d\u2019un con\u00a0! En 1959, quand je devais r\u00e9aliser <em>La T\u00eate contre les murs<\/em>, le producteur m\u2019avait emp\u00each\u00e9 de le faire sous pr\u00e9texte que j\u2019\u00e9tais trop jeune pour diriger des acteurs comme Pierre Brasseur et Paul Meurisse. Je n\u2019avais pas trente ans. C\u2019est la grande diff\u00e9rence entre mes amis de la Nouvelle Vague et moi. Truffaut et Chabrol venaient de la critique et avaient peur d\u2019affronter des grands acteurs sur le tournage, c\u2019est la raison pour laquelle ils ont commenc\u00e9 avec des d\u00e9butants de leur \u00e2ge comme Jean-Claude Brialy, G\u00e9rard Blain ou Bernadette Lafont. Dans la profession les gens me connaissaient comme acteur, ils savaient que j\u2019avais jou\u00e9 avec Gabin, que j\u2019avais \u00e9t\u00e9 le secr\u00e9taire de Stroheim et de Jules Berry, l\u2019\u00e9l\u00e8ve de Louis Jouvet. J\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 dans le m\u00e9tier et j\u2019ai eu l\u2019avantage par rapport \u00e0 la Nouvelle Vague de ne travailler qu\u2019avec des vedettes consacr\u00e9es, dont je me sentais proche. J\u2019\u00e9tais inspir\u00e9 par tous ces grands acteurs, comme Michel Simon dans <em>L\u2019Ibis rouge<\/em>. Mon grand regret est de ne pas avoir pu employer Robert Le Vigan et Erich von Stroheim dans l\u2019un de mes films.<\/p>\n<p><b>Pourquoi avez-vous affubl\u00e9 tous les personnages de <\/b><em><b>La Cit\u00e9 de l\u2019indicible peur<\/b><\/em><b> de tics ridicules et amusants\u00a0?<\/b><\/p>\n<p>Il y avait une pol\u00e9mique \u00e0 l\u2019\u00e9poque au sujet du non-jeu ou une esth\u00e9tique de l\u2019\u00e9pure qui venait du n\u00e9o-r\u00e9alisme italien et qui avait \u00e9t\u00e9 reprise par la Nouvelle Vague, contre une certaine tradition o\u00f9 les acteurs aimaient en faire des tonnes. Moi au contraire j\u2019aimais beaucoup les tics de Louis Jouvet ou Saturnin Fabre. J\u2019ai voulu me singulariser en reprenant et en exag\u00e9rant la vielle m\u00e9thode. C\u2019est la raison pour laquelle Bourvil sautille ou Raymond Rouleau dit toujours \u00ab\u00a0quoi\u00a0?\u00a0\u00bb \u00e0 la fin de ses phrases. J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 contre les personnages trop lisses. Un acteur, c\u2019est un clown.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Le Miracul\u00e9.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><b>Avec plus de 800.000 entr\u00e9es France lors de sa premi\u00e8re exclusivit\u00e9, <\/b><em><b>Le Miracul\u00e9<\/b><\/em><b> est l\u2019un de vos grands succ\u00e8s. C\u2019est aussi l\u2019un de vos films les plus populaires. A juste titre.<\/b><\/p>\n<p>C\u2019est vrai. Le projet du <em>Miracul\u00e9<\/em> s\u2019est balad\u00e9 tr\u00e8s longtemps avant que je puisse le r\u00e9aliser. Il a d\u00e9marr\u00e9 avec Jacques Leitienne qui \u00e9tait un petit distributeur mais qui voulait produire un grand film. Ensuite il a refus\u00e9 pour x raison de le faire et c\u2019est Raymond Danon, avec qui j\u2019avais fait <em>A mort l\u2019arbitre<\/em>, qui a repris le projet. Raymond s\u2019est alors embarqu\u00e9 dans une coproduction avec l\u2019Angleterre. C\u2019est Coluche qui devait interpr\u00e9ter Papu, et Marty Feldman l\u2019assureur muet. Nous avons d\u00een\u00e9 \u00e0 Paris avec Mel Brooks et Marty Feldman avec ses fameux yeux globuleux. Marty \u00e9tait emball\u00e9 par le projet. Nous lui avons pr\u00e9sent\u00e9 mon ami Coluche. Quant \u00e0 \u00ab\u00a0La Major\u00a0\u00bb, elle devait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e par Danielle Darrieux. A l\u2019\u00e9poque le sc\u00e9nariste-dialoguiste \u00e9tait Jean Aurenche, apport\u00e9 par Danon qui avait produit <em>L\u2019Horloger de Saint-Paul<\/em>. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler avec Aurenche, mais il n\u2019avait que des id\u00e9es compl\u00e8tement folles\u00a0! Il faisait arriver Danielle Darrieux \u00e0 Lourdes attach\u00e9e sur le devant de la locomotive. Il \u00e9tait cingl\u00e9. Quand Danon a lu \u00e7a, il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 laisser tomber. Quand nous avons propos\u00e9 le film \u00e0 Gaumont et Path\u00e9 ils nous ont rigol\u00e9 au nez. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que nous avons \u00e9t\u00e9 remorqu\u00e9s par Menahem Golan et Yoram Globus, les producteurs isra\u00e9liens de la Cannon, qui d\u00e9veloppaient leurs activit\u00e9s \u00e0 Hollywood mais aussi en Europe et en France. Ils ont senti que c\u2019\u00e9tait une bonne affaire. Ils l\u2019ont produit avec Jean Cazes, qui n\u2019aimait pas le sc\u00e9nario, et Denis Freyd, futur producteur des fr\u00e8res Dardenne, qui trouvait le sc\u00e9nario formidable. Entretemps Marty Feldman meurt \u00e0 49 ans d\u2019une crise cardiaque. On me propose alors de rencontrer Benny Hill. Il habitait \u00e0 Saint-Tropez. Il commence \u00e0 faire des grimaces devant moi qui ne m\u2019inspirent pas confiance. Lorsque la coproduction anglaise initi\u00e9e par Danon est tomb\u00e9e \u00e0 l\u2019eau, on a abandonn\u00e9 l\u2019id\u00e9e d\u2019employer Benny Hill. Puis quelques jours avant le d\u00e9but du tournage, Coluche meurt. Nous n\u2019\u00e9tions plus s\u00fbrs de faire le film. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que Jeanne Moreau s\u2019emballe pour le r\u00f4le f\u00e9minin et embarque avec elle Sylvie Joly. Nous avions Jeanne Moreau, Sylvie Joly et Roland Blanche, il ne nous manquait que les deux r\u00f4les principaux. Nous avons eu, gr\u00e2ce \u00e0 une pol\u00e9mique dans la presse, l\u2019id\u00e9e de reconstituer le couple Poiret-Serrault, qu\u2019on disait f\u00e2ch\u00e9s. Serrault \u00e9tait enchant\u00e9 de jouer un muet. Pour Papu, nous avons h\u00e9sit\u00e9 entre Jean Yanne et Jean Poiret. Je connaissais tr\u00e8s bien Poiret pour avoir fait plusieurs films avec lui. C\u2019\u00e9tait le parisien classique, toujours bien ras\u00e9 et bien habill\u00e9. Je lui ai propos\u00e9 un r\u00f4le de composition o\u00f9 il \u00e9tait sale, grossier, avec une cro\u00fbte sur le visage et une boucle d\u2019oreille, et il a accept\u00e9. Les premiers jours du tournage, Poiret et Serrault ne se sont pas parl\u00e9s, puis ils se sont r\u00e9concili\u00e9s. Ils s\u2019\u00e9taient f\u00e2ch\u00e9s \u00e0 cause d\u2019une diff\u00e9rence de cachets sur la pi\u00e8ce \u00ab\u00a0La Cage aux folles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em><b>Le Miracul\u00e9<\/b><\/em><b> contient beaucoup de gags visuels, avec des maquillages sp\u00e9ciaux, des accessoires et des d\u00e9guisements\u2026<\/b><\/p>\n<p>J\u2019ai une immense admiration pour le cirque et les clowns, depuis que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 assistant de Fellini sur le tournage de<em> La strada<\/em>. Serrault aussi aimait beaucoup les clowns.<\/p>\n<p><b>Aviez-vous obtenu les autorisations n\u00e9cessaires pour tourner <\/b><em><b>Le Miracul\u00e9<\/b><\/em><b> \u00e0 Lourdes\u00a0?<\/b><\/p>\n<p>Le tournage s\u2019est tr\u00e8s bien d\u00e9roul\u00e9, sauf \u00e0 la fin o\u00f9 nous avons \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9s de Lourdes. Nous avons d\u00fb reconstituer la grotte \u00e0 Salies-de-B\u00e9arn pour la sc\u00e8ne du miracle. Il y a deux tendances dans le clerg\u00e9 \u00e0 Lourdes\u00a0: les J\u00e9suites qui sont tr\u00e8s gentils et qui s\u2019occupent de la police. Ils valident les miracles et surveillent les escroqueries. Mais il y a aussi le rectorat qui est propri\u00e9taire des boutiques qui vendent des babioles religieuses pour les p\u00e8lerins et les touristes. Ce ne sont pas des marchands du temple, ce sont des succursales de l\u2019Eglise\u00a0! Quant \u00e0 la sc\u00e8ne du bordel, je n\u2019ai rien invent\u00e9\u00a0! Il y avait des bordels cach\u00e9s \u00e0 Lourdes, pour que les gardes-malades et les accompagnateurs puissent se d\u00e9tendre le soir apr\u00e8s une dure journ\u00e9e. Quand le recteur a d\u00e9couvert ce que nous filmions, il nous a mis \u00e0 la porte. Il croyait sans doute que nous tournions le film de Delannoy sur Bernadette, \u00e9galement produit par Cannon France\u00a0!<\/p>\n<p><b>Jeanne Moreau est \u00e9patante dans le film.<\/b><\/p>\n<p>En enqu\u00eatant sur les chiffonniers d\u2019Emma\u00fcs, on s\u2019est rendu compte que beaucoup de putes repenties y travaillaient b\u00e9n\u00e9volement. Jeanne est une actrice tr\u00e8s consciencieuse. Elle allait passer du temps avec les chiffonniers pour pr\u00e9parer son r\u00f4le, et elle s\u2019est inspir\u00e9e d\u2019une fille rencontr\u00e9e \u00e0 Saint-Nicolas-du-Chardonnet pour sa garde-robe.<\/p>\n<p><b>Le film ne remet pas en cause l\u2019existence de Dieu et ne se moque pas de la foi chr\u00e9tienne, mais il brocarde au contraire l\u2019hypocrisie, l\u2019app\u00e2t du gain et le cynisme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 des personnages, m\u00e9cr\u00e9ants ou croyants\u2026<\/b><\/p>\n<p>Oui, pourtant j\u2019ai \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9 par le Front National et par les catholiques int\u00e9gristes au moment de sa sortie. Mais la popularit\u00e9 du film ne s\u2019est jamais d\u00e9mentie. Je viens de le pr\u00e9senter devant 2700 personnes au Festival de N\u00eemes. Je suis tr\u00e8s heureux qu\u2019il soit diffus\u00e9 sur ARTE.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Entretien r\u00e9alis\u00e9 le 6 ao\u00fbt \u00e0 Paris. Tous nos remerciements \u00e0 Jean-Pierre Mocky.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l\u2019occasion de la soir\u00e9e qu\u2019ARTE consacre \u00e0 Jean-Pierre Mocky le lundi 19 ao\u00fbt avec la diffusion du Miracul\u00e9 (1986)\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[7,8],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v20.8 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Rencontre avec Jean-Pierre Mocky - Olivier P\u00e8re<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.arte.tv\/sites\/olivierpere\/2013\/08\/08\/entretien-avec-jean-pierre-mocky\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Rencontre avec Jean-Pierre Mocky - 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