Olivier Père

Les Adieux à la reine de Benoit Jacquot Prix Louis-Delluc 2012

Les Adieux à la reine de Benoit Jacquot a reçu le Prix Louis-Delluc. Récompense méritée pour un film très réussi, preuve éclatante de la possibilité en France d’un cinéma d’auteur capable de toucher un large public. Le film, depuis sa présentation en ouverture du Festival de Berlin cette année, a en effet déclenché l’enthousiasme de la critique internationale et des spectateurs, devenant le plus grand succès commercial de la carrière de Benoit Jacquot, depuis son premier long métrage en 1976 (le bressonien L’Assassin musicien.)

Benoit Jacquot est un auteur disions-nous mais c’est avant tout un cinéaste (ce qui est encore mieux), dans la mesure où il aime accepter les commandes culturelles (adaptations littéraires, projets nés du désir d’un producteur) en sachant qu’il pourra se les approprier grâce à sa mise en scène, toujours élégante et savante, et sa grande intelligence de la direction d’acteurs et surtout d’actrices.

Depuis La Désenchantée quelques-uns des meilleurs films de Jacquot se retrouvent idéalement autour de l’idée de portrait et naissent de la complicité entre une actrice plus ou moins débutante et le réalisateur. A chaque fois, il s’agit de suivre au plus près les mouvements du cœur, du corps et de l’esprit d’une jeune femme, tenter de capter les subtiles variations du passage de l’adolescence à l’âge adulte.

Qu’importe finalement le prétexte ou le pari de départ (l’année Rimbaud pour La Désenchantée, l’unité de temps et de lieu pour La Fille seule, un fait-divers passionnel des années 70 pour A tout de suite, la fin du règne de Louis XVI pour Les Adieux à la reine) pourvu que la rencontre ait lieu, donnant-donnant, et que la grâce règne.

Les Adieux à la reine

Les Adieux à la reine

Les Adieux à la reine était un sujet en or pour Benoit Jacquot : être aux premières loges des émois de Sidonie (Léa Seydoux), une jeune lectrice secrètement amoureuse de Marie-Antoinette (Diane Kruger, parfaite), en même temps qu’elle assiste dans les coulisses à la débandade de la Cour de Versailles, sans trop y croire ni comprendre : La Révolution comme toile de fond à la révolution intime d’une jeune femme, qui se retrouve en plein chaos historique et sentimental, et devra apprendre à survivre dans les deux cas.

Les Adieux à la reine fait beaucoup penser à une version historique de La Fille seule, autre grande réussite de Benoit Jacquot. Dans les deux cas il s’agit de se tenir au plus près d’une jeune femme évoluant dans un lieu clos (hôtel ou Versailles) en adoptant son point de vue. Si La Fille seule visait une forme d’épure, véritable documentaire sur une jeune femme et une actrice (Virginie Ledoyen, de nouveau devant la caméra de Benoit Jacquot et très sensuelle dans Les Adieux à la reine), Les Adieux à la reine complexifie le dispositif de mise en scène avec la prolifération de personnages secondaires, tous très bien interprétés, autour de l’héroïne, magnifiquement incarnée par la belle Léa Seydoux, au jeu très moderne.

Cinéaste cinéphile, Benoit Jacquot n’a jamais caché son plaisir à réaliser des films à costumes, qui sont toujours très contemporains, jamais figés dans l’académisme et le décoratif. Ici l’ambiance fin de règne peut en rappeler bien d’autres, plus récentes, et le cinéaste a évoqué le naufrage du Titanic à propos de l’atmosphère délétère des derniers jours de la Cour. On pense aussi aux films historiques italiens de Riccardo Freda ou Mauro Bolognini, stylisés et vifs, qui s’intéressaient davantage à la beauté des actrices et aux péripéties de l’action qu’à la véracité ou la minutie de la reconstitution. Comme Benoit Jacquot, qui aime l’intimité et la vitesse.

 

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