Lorenzo Palloni, interview avec un jeune auteur de BD italien

lorenzo_palloni (DR)Lorenzo Palloni en interview!

Oyé Oyé braves gens, Mang’Arte sort exceptionnellement du périmètre du manga pour s’intéresser à d’autres territoires de la BD. Pour cette première, rendez-vous avec un jeune auteur italien déniché par les éditions Sarbacane: Lorenzo Palloni

Qu’il soit scénariste pour The Corner dessiné avec Andrea Settimo ou auteur complet pour L’île (tous deux publiés chez Sarbacane), Lorenzo Palloni allie une maîtrise narrative de vieux routier à une étonnante fraîcheur qui lui permet de transcender les codes du récit de genre. Mêlant l’aventure au mystère, l’action au mélodrame, ses intrigues faussement classiques cultivent un goût pour les personnages tragiques qui font face à des enjeux cruciaux. Ainsi, Italo Serpio, le mafieux anarchiste de The Corner ou Antol, le chef d’une tribu oubliée dans L’Île, vont voir leur existence basculer au point de remettre en cause leur rôle ou leur propre légitimité au sein de leur communauté. Actuellement en résidence à la Maison des auteurs à Angoulême, nous avons profité du passage de l’auteur à l’Escale du livre de Bordeaux pour en savoir plus sur cet hyperactif qui symbolise la vitalité créative et décomplexée de la nouvelle génération d’auteurs transalpins.

Vous êtes né en 1987 à Arezzo en Toscane. Quand avez-vous commencé à dessiner,  à quand remonte votre envie de raconter des histoires ?

J’ai été initié au dessin dès deux ans par ma mère. Elle me donnait des grandes feuilles de papier sur lesquelles je dessinais. A six ans, pour ma première rédaction à la maison, j’ai écrit que je voulais devenir dessinateur de BD ! Il y a bien eu une période vers l’âge de 18 ans où je pensais devenir policier pour avoir des aventures, mais tout compte fait, je me suis dit que je préférais raconter des histoires plutôt que les vivre !

 

Vous êtes passé par une formation avant de devenir professionnel, qu’est-ce que cela vous a apporté ?

 

Après le lycée, j’ai fait une école de BD à Florence, où j’ai pu rencontrer Paul Karasik et d’autres auteurs italiens importants comme Paolo Deplano, Matteo Casali, Giuseppe di Bernardo, Alberto Pagliaro, Lorenzo Pieri. C’est là que j’ai compris ce qu’était vraiment le travail d’un auteur de BD, comment l’on construit une narration graphique. J’ai réalisé que c’était un travail long, intense. L’école n’est pas vraiment nécessaire d’un point de vue artistique, j’avais écrit et dessiné avant, mais elle est utile car j’ai pu rencontrer beaucoup de personnes qui m’ont permis de faire évoluer mon regard. Quand vous êtes à l’école, vous êtes proche du marché, du milieu, de ce qui s’y passe. Ca m’a permis d’aller plus vite dans le travail. Cela fait quatre, cinq ans maintenant que j’ai débuté et je ne m’en lasse pas !

 

C’est une école de BD réputée ?

 

Il  y a plusieurs grandes écoles en Italie, à Florence, Rome, Milan et Naples. Florence est l’une des plus importantes. Elle n’est pas aussi bien qu’en France d’après ce que j’en sais. Il y a beaucoup à redire dans la façon d’enseigner. Sur le plan pédagogique, il faut savoir trier les informations, faire la part entre ce qui est important ou non. Un ami qui est à l’Ecole Supérieur de l’Image d’Angoulême m’a dit que la manière d’enseigner ici était complètement différente, davantage tournée vers la pratique.

 

Quelles œuvres BD vous ont marqué dans votre parcours de lecteur?

 

J’ai grandi en lisant des BD anglo-saxonnes, avec Watchmen, From Hell, The Dark Knight Returns, Daredevil : Born Again, puis la Cité de Verre de Paul Auster adaptée par Mazzucchelli, Blankets , Maus. Plus tard à l’école de BD, j’ai commencé à m’intéresser aux auteurs européens. J’ai lu Corto Maltese, L’inconnu de Magnus, L’Incal, et tous les livres de Tardi. Actuellement je me plonge dans les webcomics. J’aime me projeter vers le futur et les webcomics représentent une forme du futur, en cherchant à casser de nombreux codes de la BD.

 

Vos premiers projets BD ont-ils germé dans cette école ?

 

Oui, à regarder ces travaux aujourd’hui, je les trouve horribles! Mais sans ça, je n’aurais pas été capable de comprendre ce que c’était vraiment que de raconter des histoires. Ca m’a permis de rencontrer mes confrères du collectif Mammaiuto, et des scénaristes qui m’ont écrit des histoires courtes pour me faire la main. C’est aussi à ce moment-là que j’ai commencé une histoire sur laquelle je travaille encore aujourd’hui et j’espère que d’ici deux ans, je commencerai à la dessiner.

 

Justement, pouvez-vous nous parler du site Mammaiuto. Pouvez-vous nous présenter ce collectif et quel rôle vous y jouez ?

 

Le site web a été créé à l’initiative d’un de mes professeurs à l’école de Florence. Je suis le dernier arrivé, ils se sont dit : « Tiens, si on appelait Lorenzo ? ». Je suis le plus jeune, nous voulions un endroit pour nous améliorer en tant qu’auteur, pour pouvoir publier librement tout ce que l’on voulait. En Italie c’est différent de la France, c’est très difficile d’être édité et les éditeurs ne payent pas beaucoup…  C’est donc le moyen le plus rapide de montrer et partager son travail. On a commencé à poster des petits trucs underground, puis plus raffinés, plus pensés. Maintenant le collectif Mammaiuto est différent de ce qu’il était au départ, c’est devenu un pont entre les auteurs et les éditeurs.

 

Dans Mammaiuto, on découvre la variété de votre palette, on peut y lire le strip d’humour burlesque Mooned, le quotidien humoristique avec les strips The Paganos, récemment Esatto penche vers le polar noir. Vous avez signé aussi Un longo cammino avec Davetti et Rossi. Est-il important de changer d’univers et de ne pas vous enfermer dans un seul type de récit?

 

Ce n’est pas tant que je ne voulais pas rester enfermé mais je m’ennuie vite !The Paganos est composé d’histoires très courtes, ce sont des strips autobiographiques inspirés de mes années à l’école primaire. Maintenant quand je les relis, je trouve que c’est de la merde (rires)! C’est très laid. La deuxième chose que j’ai faite, c’est Mooned. C’est sûrement la meilleure chose que j’ai faite jusqu’ici et sans doute pour les prochaines années à venir ! Ca raconte l’histoire d’un petit astronaute coincé en orbite sur la lune, il attend que son ami le rejoigne, mais ce dernier est mort ! Ca va sortir sous la forme d’une intégrale de 800 pages en Italie. Actuellement, je travaille à Angoulême en résidence à la maison des auteurs sur Esatto, l’histoire d’une fille voyou qui se bat pour voler de l’argent et réfléchit sur sa vie. C’est à nouveau quelque-chose de différent, de plus noir…

 

Votre première publication en France est The Corner (Sarbacane).  Il s’agit de l’histoire d’un immigré italien dans le Boston des années 20, Italo Serpio, un anarchiste servant de gros bras à la mafia qui va vouloir venger la mort de son frère assassiné et qui va devoir s’occuper de sa nièce et son supposé neveu… Or celui-ci s’avère être le fils de l’Empereur du Japon kidnappé ! Comment est née cette curieuse histoire qui mêle intrigue policière rocambolesque, histoire familiale, magouille politico-mafieuse et violence anarchiste?

 

Tout est parti de l’assassinat d’un homme à New York par un Italien, c’est le premier terroriste anarchiste à avoir commis un attentat en posant des explosifs dans une carriole devant Wall Street. C’est une histoire vraie. En partant de ca, j’ai voulu voir tout ce qui peut arriver à un homme quand on lui prend tout. Le personnage principal Italo Serpio est contraint de sortir de sa vie, de quitter son travail… Pour un auteur, c’est très amusant de faire souffrir ses personnages de voir tout ce que l’on peut en retirer, d’imaginer jusqu’où peut le  conduire la frustration.

L'utilisation subtile du "gaufrier" pour faire naître la tension

L’utilisation subtile du « gaufrier » pour faire naître la tension

Derrière l’intrigue policière, vous parlez de sujets comme l’immigration, du regard porté sur l’étranger, du poids de la finance, des inégalités sociales… C’était aussi pour vous un moyen de parler de sujets contemporains…

 

Au moment où j’ai imaginé The Corner en 2013, l’immigration était déjà une question sensible en Italie. A écouter le gouvernement italien, tous les problèmes viendraient de l’immigration ! Je pense que c’est injuste. Je voulais rappeler aux Italiens qu’eux-mêmes étaient le «problème» de Boston quand ils arrivèrent aux Etats-Unis dans les années 1920. Ce ne sont pas des criminels, ce sont juste des gens désespérés qui fuient. L’histoire se répète et il y a beaucoup de similarités entre les années 20 et la situation actuelle difficile. Ma façon de réagir est de le faire en racontant des histoires.

Derrière une intrigue dense et rocambolesque, The Corner évoque les problématiques contemporaines de l'immigration et de la finance folle.

Derrière une intrigue dense et rocambolesque, The Corner évoque les problématiques contemporaines de l’immigration et de la finance folle.

Vous semblez avoir une opinion très critique sur la politique et l’Etat en général…

 

Je pense que l’Etat se nourrit de l’ignorance des gens. Si l’Etat blâme l’immigration et dit que tous les problèmes socio-économiques en découlent, une personne ignorante approuvera car elle n’aura pas les ressources pour comprendre, pour critiquer et rechercher la vérité qui est, selon moi, que l’Etat n’est pas le peuple et ne le représente pas. Il s’agit juste d’une autre sorte de prison.

 

Pourquoi avoir fait appel à un dessinateur comme Andrea Settimo et à son style «expressionniste» pour illustrer cette BD, vous qui êtes auteur complet ?

 

J’ai demandé à Andrea de dessiner The Corner, parce que je suis paresseux et je ne me voyais pas dessiner quelque-chose qui se passe dans les années 20 ! Je cherchais à marquer un contraste avec ce que je voulais raconter, créer une distorsion avec ce que l’on a l’habitude de voir dans ce type de récit. Je pense que tout ce que l’on regarde, tout ce qu’on lit, tout ce qu’on entend a déjà été raconté. Il faut trouver une manière différente de raconter des histoires, de les renouveler. Pas uniquement pour des raisons commerciales, mais pour des raisons personnelles.

 

Comment avez-vous travaillé avec le dessinateur ? A-t-il son mot à dire sur le scénario, sur les personnages ?

 

Bien sûr. Quand je travaille avec quelqu’un – et ça arrive fréquemment, en ce moment je travaille sur une vingtaine de projets avec de très bons artistes italiens— je précise toujours que le projet tient du 50-50. Chacun a son mot à dire sur le script ou le dessin. Par exemple, Andrea sur The Corner a apporté des idées visuelles qui ont donné un surcroit de profondeur à tous les personnages. The Corner a été ma première expérience inoubliable en tant que scénariste et pendant que j’écrivais, Andrea dessinait, puis on passait du temps à corriger les pages une à une.

Le style graphique expressionniste et anguleux de Andrea Settimo évoque parfois George Grosz

Le style graphique expressionniste et anguleux de Andrea Settimo évoque parfois George Grosz

Dans L’île vous racontez l’histoire d’une communauté oubliée de tous qui vit dans un lieu paradisiaque à l’écart d’une guerre qu’on devine mondiale. Des prisonniers se sont évadés de leurs geôliers plusieurs décennies plus tôt pour peu à peu devenir libres et bâtir une société en paix, une sorte de cité utopique  qui vit en harmonie avec la nature mais aussi en autarcie. Jusqu’à ce qu’un soldat arrive sur l’île. Se pose la question du devenir de cet intrus. Deux camps vont s’opposer : ceux qui veulent intégrer l’intrus dans la communauté tandis que les anciens plus soupçonneux qui ont connu la guerre veulent l’éliminer. L’île raconte l’affrontement de deux visions qui fragilisent la communauté et va entrainer  l’implosion de la famille qui va l’accueillir…

 

L’Italie est encore très présente dans cette histoire. C’est un pays comme les Etats-Unis, composé de plusieurs régions différentes. En 2011 avant The Corner, j’ai dessiné un livre d’environ soixante pages à l’aquarelle qui raconte la même histoire que L’île mais en Toscane juste après la guerre en 1946. Je me suis demandé ce qui se passerait si quelqu’un ne voulait pas se battre, est-ce que quelqu’un qui ne veut pas se battre peut, malgré tout, vivre dans une nation avec quelqu’un qui a déjà combattu? Je l’ai proposé à mon éditeur Sarbacane mais il a pensé que le sujet n’était pas assez universel. Il m’a proposé que l’action se déroule sur une île non identifiée à une époque indéterminée. J’ai trouvé ça très intéressant. J’ai commencé à réécrire le script pour en faire une réflexion plus générale sur la violence dans la société. Peut-on toujours dire non à la violence ? Pour moi, la réponse est non, la violence fait partie intégrante de notre société.

 

Vos personnages sont souvent confrontés à des choix moraux, à des dilemmes qui vont faire que leur vie va basculer dans un « avant » et un « après ». Chaque décision impose un sacrifice. On est loin des archétypes et du manichéisme…

 

Quand je commence à écrire, je sais que chaque personnage qui n’évolue pas doit mourir. L’évolution des personnages est nécessaire à l’évolution de l’histoire. Dans ce livre, je voulais que chaque personnage ait un rôle, une signification, le chef de l’ile Antol en qui tout le monde a confiance pense savoir ce qui est le mieux  pour son pays mais il ne sait pas la vérité sur le passé de l’ile. Il y a vraiment une corrélation entre The Corner et L’Ile.

 

Quel rapport entretenez-vous avec vos personnages ?

 

Il y a une part de moi-même dans les personnages comme tous les auteurs je pense. Peut-être que le plus proche de moi est Italo. Je ne pense pas que l’on puisse écrire sans mettre de soi, quand un auteur écrit sur quelque chose qui n’a rien à voir avec lui le lecteur sent de suite que vous lui mentez.

 

Pourtant, Italo est un gros dur…

 

Je ne suis pas un violent… Si je tapais quelqu’un, j’en mourrai (rires)! Mais je partage la vision du monde d’Italo, sur cette violence qui fait partie intégrante de la condition humaine.

 

Votre mise en couleur utilise des tons très pastel, doux, l’ambiance est solaire qui contraste avec le sujet dramatique…

 

C’est la même chose que pour The Corner. Je cherchais quelque chose pour mettre en valeur l’histoire. Il y a un côté étouffant et oppressant avec la forêt, je voulais qu’il y ait une certaine séduction, que le lecteur prenne plaisir à suivre l’histoire.

Un style solaire et presque classique de Palloni pour un drame à la portée universelle.

Un style solaire et presque classique de Palloni pour un drame à la portée universelle.

Vous prenez le temps de faire découvrir l’île, vous jouez sur le côté exotique, dépaysant. Vous avez pris manifestement plaisir à construire ce monde comme un tout cohérent… Vous montrez la vie quotidienne, la pêche, la vie de famille, même les jeux des adolescents « le fossoyeur »…

 

C’est toujours important de développer le contexte d’une histoire, sans ça tout s’effondre. Chaque détail permet au lecteur de se sentir transporter dans un monde crédible où les personnages agissent de façon cohérente. Et puis c’est aussi un réel plaisir ! Chaque règle que vous mettez en place vous pousse à réfléchir et à trouver des solutions à toutes sortes de problèmes, c’est comme un jeu intellectuel.

 

Comme The Corner, L’île est un récit très construit. Laissez-vous place à l’improvisation ?

 

Souvent, sauf quand je travaille pour un éditeur. Je m’autorise l’improvisation seulement quand je travaille sur des histoires courtes que je réalise pour moi ou pour les webcomics de Mammaiuto. Sur Mooned et Esatto, j’ai travaillé de cette façon. J’avais une idée précise de la fin et de l’histoire en général mais à partir de la trame je « remplis » à mesure. C’est très stimulant. Mais quand un éditeur vous paye pour un livre et une histoire particulière, ca pourrait être non professionnel et beaucoup plus risqué.

 

L'arrivée inattendue d'un soldat. Que faire? Le tuer pour préserver sa tranquillité ou l'intégrer à la société au risque de briser son harmonie?

L’arrivée inattendue d’un soldat. Que faire? Le tuer pour préserver sa tranquillité ou l’intégrer à la société au risque de briser son harmonie?

Techniquement, comment avez-vous travaillé ?

 

Pour moi, chaque histoire a sa propre identité, sa propre voix, son signe particulier. L’île, par exemple, dans mon esprit devait avoir un style doux en contraste avec un sujet dur. J’ai donc encré toute l’histoire au pinceau. Pour Esatto, j’utilise en ce moment le marqueur car l’histoire requiert un style froid et rapide. Le seul point commun est l’ordinateur : pour les changements, les rajouts, la mise en couleur par Photoshop.

 

Votre découpage est très subtil. A certains moments clés de l’intrigue, vous utilisez un montage alterné, vous faites des effets de symétries… Ces passages sont-ils plus complexes à mettre en place ?

 

Oui, mais même si c’est difficile du point de vue de la mise en scène, ca reste ma partie préférée sur le plan du processus créatif : choisir l’image juste, celle qui se coule le mieux dans la narration. Je suis un passionné de cinéma, de littérature, qui entretiennent des liens étroits avec la BD. Pourquoi ne pas emprunter certaines ruses et concepts à d’autres medias ? Il est passionnant de les adapter et de les repenser dans le cadre d’une narration BD,  C’est le pouvoir de la BD : être plus que la somme de ses parties.

 

Dans le récit, l’intrus va faire offrir un livre au plus jeune membre de la famille, Pinocchio… Pourquoi ce livre en particulier ? Est-ce une manière de dire qu’il est plus important d’affronter la vérité que de vivre dans le mensonge pour maintenir le consensus ?

 

Précisément. J’avais besoin d’un lien symbolique fort  avec notre monde. Et quoi de mieux que de prendre un livre que tout le monde connaît? Il me fallait un symbole pour faire comprendre que la recherche de la vérité, sur l’île comme dans notre société, ne peut parfois  qu’engendrer des perturbations. Je pense que nous ne sommes pas encore prêts à affronter le fonctionnement réel de notre monde, et peut-être ne le serons nous jamais !

 

Vos deux albums sont parus en France et non en Italie. Y’a-t-il une frilosité de la part des éditeurs italiens ? Est-ce si difficile d’être publié quand on est un jeune auteur en Italie?

 

Voilà une question difficile! Aujourd’hui, en Italie, la perception de la BD et de son marché est en train de pas mal évoluer. Après des décennies de sommeil, de nouveaux éditeurs comme Bao ou Shockdom portent la BD là où elle n’était jamais allée : avant Bao, les librairies ne vendaient que peu de BD et Shockdom a attiré les lecteurs de webcomics dans les boutiques spécialisées. Le marché s’élargit mais pas suffisamment pour payer correctement les auteurs. Ca va prendre du temps. C’est pourquoi les auteurs italiens viennent en France, là où le marché est mature et en bonne santé et où les éditeurs sont attentifs aux nouvelles histoires et à des nouveaux noms.

 

Seriez-vous prêt à travailler sur un titre classique italien comme Dylan Dog ou Tex ?

 

J’ai un problème : je m’ennuie très vite! Ca m’empêche d’office de travailler sur des séries comme Tex, vieilles, rigides… Et les chevaux sont si difficiles à dessiner ! Dylan Dog par contre permet de raconter tout type d’histoires, donc oui, j’aimerais écrire un numéro, ca pourrait être marrant !

 

Pensez-vous qu’il y a une spécificité de la BD italienne, une manière de faire la BD en Italie différente de celle franco-belge par exemple ?

 

La vraie différence c’est qu’en France, faire de la BD est considéré comme un véritable travail, et chaque auteur est traité en tant que tel. En Italie, on est loin de ça, à part pour ceux qui travaillent chez Bonelli ou Disney. La bande dessinée en Italie est encore largement considérée comme un loisir « pour les enfants » même si comme je l’ai dit, la perception du medium change. Un auteur de roman graphique en Italie a besoin d’un autre travail pour survivre. Sinon, la BD reste la BD partout dans le monde !

 

Pouvez-vous nous dire un mot de vos projets ?

 

Je suis donc en train de finir Esatto, je fais aussi quelque-chose sur l’histoire de mon père et de sa famille mais sous un angle de science-fiction, un peu étrange et fantastique. Chaque membre de la famille se retrouve ensemble à différents âges et se raconte à différentes périodes de leur vie. J’espère que ca sortira en France !

 

Propos recueillis en avril 2016 lors de l’Escale du livre de Bordeaux par Nicolas Trespallé.

Remerciements à Sol Hess.

Catégories : Interview mangaka

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