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Yoshihiro Tatsumi tire sa révérence

On vient d’apprendre avec tristesse la disparition de Yoshihiro Tatsumi. Avec lui, c’est toute une page de l’histoire du manga qui se tourne. L’artiste né en 1935 qui comme bon nombre d’enfants de sa génération a subi l’influence du Dieu du manga Tezuka a été l’un des premiers à s’émanciper de son héritage dès les années 50 pour réfléchir à une bande dessinée plus réaliste et plus sombre en accord avec la complexité de l’âme humaine. Rompant avec la veine caricaturale et feuilletonesque, Tatsumi se nourrit au film noir et au réalisme poétique français d’avant-guerre pour produire des récits troubles pessimistes et empreints de solitude livrant une vision sans fard de la société japonaise d’après-guerre sous occupation américaine. Touchant un autre public, de jeunes adultes pauvres et ouvriers, le « gekiga » -terme né pour désigner ce manga qui n’était pas du manga- a infusé durablement la création BD nippone ouvrant la voie à une production plus alternative et personnelle qui permit l’émergence des revues d’avant-garde Garô et aujourd’hui AX. Il nous reste à lire et relire ses œuvres, dont les plus célèbres ont été traduites en français chez Vertige Graphic tels Les Larmes de la bête, Goodbye, Coups d’éclat ou encore Cornélius avec L’enfer et surtout l’extraordinaire autobiographie Une vie dans les marges adaptée au cinéma par Eric Khoo.

Nous avions eu la chance de rencontrer ce monument à l’occasion de sa venue à Angoulême en 2005. L’interview est à lire ici.

Tatsumi le révolutionnaire tranquille du manga, à l'époque de Garô.

Tatsumi le révolutionnaire tranquille du manga, à l’époque de Garô.

 

Catégories : Ambiance

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